LES ARTISTES-PEINTRES DE SAINT-PRIX AU XIXe SIÈCLE

CHARLES-PHILIPPE LARIVIÈRE (1798-1876)

ALBERT-PIERRE MAIGNAN (1845-1908)



Le docteur Gérald Donzelle, avec lequel nous avons collaboré pour l’Histoire de Saint-Prix1, publiée en 1982, nous parlait de la vie de son village, dans sa jeunesse, des habitants et visiteurs célèbres et entre autres des artistes-peintres du village au XIXe siècle, il écrivait : « Charles Larivière, peintre d’histoire (Musée de Versailles), Albert Maignan son gendre2, à qui nous devons Les voix du tocsin (Musée d’Amiens), la décoration de la voûte de la chapelle votive de la rue Jean-Goujon édifiée après l’incendie du bazar de la Charité, la décoration du célèbre buffet de la gare de Lyon, les fresques de l’ancienne église d’Ermont et de nombreuses toiles à Amiens et au Mans ».


Charles-Philippe LARIVIÈRE (1798-1876)


Charles-Philippe-Auguste de Larivière, peintre d’histoire, surnommé « le peintre des Maréchaux et de nos gloires militaires », né à Paris, le 30 septembre 1798. Fils d’André-Philippe de Larivière [mort en 1855], son premier maître, Charles-Philippe entre à l’École des beaux-arts le 3 septembre 1813 dans les ateliers de Girodet et de Gros. En 1819, il obtient le 2e prix de Rome pour Thémistocle se réfugie chez Admète, roi des Molosses. L’année suivante, il tente une deuxième fois le concours et échoue encore de justesse, le jury lui donne une médaille d’or pour Achille donnant à Nestor le prix de la sagesse. Cela ne l’empêche pas d’exposer pour la première fois au Salon de 1822 (Mars en repos, musée d’Amiens). En 1824, il obtient pour sa troisième tentative le prix de Rome pour La mort d’Alcibiade (École des beaux-arts). Il part pour l’Italie et y demeure encore lorsqu’il envoie au Salon de 1831 une grande toile La Peste à Rome sous Nicolas V (1830, Paris, musée du Louvre). Cette œuvre connaît un grand succès et lui vaut une médaille de 1re classe. De 1831 jusqu’en 1869 (La fugitive), il participe de façon très irrégulière au Salon, y exposant des portraits et des scènes de batailles, souvent des commandes pour les galeries du château de Versailles. À partir de 1833 et jusqu’en 1861, l’État lui commande des portraits de militaires, morts ou vivants (Portrait du maréchal comte de Gérard, château de Versailles) et des scènes historiques entre 1836 et 1844 (Bayard blessé à la prise de Brescia, le 19 février 1512, Salon de 1838, château de Versailles). Il bénéficie aussi de commandes religieuses. En 1841, il décore l’hémicycle de l’église S.-Pierre-du Gros-Caillou à Paris (Le Christ entre S. Pierre et S. Paul). Il peint en 1855 le décor de la chapelle du Sacré-Cœur à S. Eustache de Paris (L’adoration du cœur de Jésus, Le cœur de Marie, Groupe d’anges, peintures murales). Il exécute également, d’après les esquisses de Julien Gué (XVI, 1416-17), trois tableaux pour la chapelle royale de Dreux (aux musées de Dunkerque et de Bordeaux). Ces œuvres illustrant la passion du Christ, faisaient partie d’une série de huit tableaux commandée par Louis-Philippe à Julien Gué qui meurt en 1843 avant leur achèvement. La commande est transmise à Larivière en 1844 (La Pentecôte, Salon de 1855). Ces tableaux seront recopiés sur verre à la manufacture de Sèvres, entre 1843 et 1850, pour les vitraux de la même chapelle.

Comme graveur, il illustre La France guerrière d’Héricault (1868) et les Lettres du maréchal de Saint-Arnaud (1855). Il est également professeur à l’École nationale des beaux-arts et décoré de l’ordre de Nicham Iftikar. Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur le 20 février 18363.


Toute sa vie est dans ses œuvres : batailles (pour les galeries de Versailles), portraits de célébrités : Vauban, Comte de Rochambeau, Drouet d’Erbon, Dode de la Brunerie, Veille, Exelmans, Saint-Arnaud, Magnan, Baraguay d’Hilliers, Niel, Régnault de Saint-Jean d’Angély, Forey, Amiral Roussin, Amiral Parcival, Deschein, Achille Fould, Bineau, Dupin, procureur général ; en 1864, voyage en Algérie pour faire le portrait du Maréchal Bugeaud, d’Ibrahim Pacha, Bey de Tunis.

Ses tableaux principaux sont : La Peste à Rome sous le pontificat de Nicolas V, Bayard à Brescia, Batailles des Dunes, de Castillon, de Cocherel, de Mons-en-Puelle, d’Ascalou, Le lieutenant-Général à l’Hôtel de Ville en 1830. Il créa également des vitraux pour la Chapelle d’Orléans à Dreux, en 1855, etc.


Charles-Philippe Larivière épouse Jenny Thorel [Angers (Maine-et-Loire) 25 juillet 1801 – Daon (Mayenne) 8 novembre 1885], peintre qui étudia auprès de Charles Meynier. On connaît d’elle deux tableaux au musée d’Angers : La marquise de Rambouillet pardonnant aux ligueurs, 1836, et la copie de La belle Jardinière d’après Raphaël. Ils ont plusieurs enfants. Mais Charles-Philippe Larivière se remarie avec Louise-Eugénie Saint-André, ils ont une fille, Louise-Joséphine-Étiennette Larivière qui épousera en 1878 le peintre d’histoire, Albert Maignan [1845-1908] et participera de façon épisodique aux Salons. Ses broderies exposées obtiendront en 1902 une mention honorable. Nombre de ses tableaux sont conservés dans les musées français : Amiens (Mars en repos, Salon de 1822, Portrait du général de Rumigny), Angers (Portrait de Bineau, ministre des finances, 1856), Bar-le-Duc (Portrait du maréchal Gérard), Bordeaux (Le Christ au Jardin des Oliviers), Dreux (esquisses des vitraux de la chapelle royale), Dunkerque (Le portement de la Croix, Le Christ livré aux juifs), Marseille (Homme d’armes), Mulhouse (Un homme d’armes), Orléans (Tête de jeune homme) et au château de Versailles (Portrait du général Mortier).

Son frère Louis-Eugène de Larivière [Paris 5 décembre 1801 – id. 9 juin 1823], peintre, est aussi élève de Gros. Il meurt prématurément en laissant deux portraits, Portrait de Paméla L. (Paris, Louvre) et Portrait d’enfant (musée d’Amiens), qui témoignent d’un talent évident4.

Charles-Philippe Larivière fit en outre, en 1859, un portrait en buste du maire de l’époque Hector Carlin, maire de Saint-Prix de 1846 à 1884.

Cette belle existence de labeur et de noble inspiration se terminait le 29 février 1876, à Paris, dans sa maison parisienne du 1 rue La Bruyère.

Deux ans après, le 11 septembre 1878, Mademoiselle Louise Larivière, sa fille, épousait Albert Maignan. Celui-ci, dans toute l’ardeur de sa jeunesse et de son talent, fit revivre les traditions artistiques dans la maison de Saint-Prix5, il s’y installa complètement ; un grand atelier y fut construit pour doubler celui qu’il possédait rue La Bruyère, de façon à pouvoir transporter de l’un à l’autre ses grandes toiles, ses grandes décorations6.


Albert MAIGNAN (1845-1908)


Albert Maignan, né le 14 octobre 1845 à Beaumont-le-Vicomte (Sarthe), licencié en droit, élève de Jules Noël et de Luminais. Ses œuvres principales sont : L’Amiral Carlozano, Louis IX consolant un lépreux, Le Christ appelle à lui les affligés, Dante rencontre Mateida la répudiée, Guillaume le Conquérant, Fra Angelico en 1888, Le Tocsin en 1892 (médaille d’honneur).

Grandes compositions, plafonds, Chambre de Commerce de Saint-Étienne, panneau-plafond de l’Opéra-Comique, Coupole de la Chapelle de la rue Jean-Goujon, vitraux à Saint-Philippe du Roule, huit cartons de tapisserie pour la galerie du Sénat exécutés aux Gobelins, illustrations pour les Amis des Livres, innombrables et magnifiques études et dessins à la mine de plomb.

À partir de 1890, Albert Maignan reçut ses élèves à Saint-Prix. Il voulait les avoir près de lui, suivre leurs travaux, heureux quand le jardin de Saint-Prix pouvait leur servir, heureux quand ils pouvaient y installer un projet, y préparer un tableau, parfois on y a vu se succéder des compositions bien fantaisistes : une course de taureaux, un goûté servit dans la forêt, des demi-soldes complotant, des Arlésiennes occupées par leur vie familiale.

Une vieille maison voisine, achetée par Albert Maignan, servait de logis à ses amis, sous le nom pompeux du « Lion d’Or », là, quatre chambres et un atelier étaient à leur disposition, et chaque soir on se réunissait dans le salon de la villa, où livres et belles photos de musées célèbres étaient à leur disposition. Tous ces jeunes gens, d’un goût et d’une éducation fine et distinguée, apportaient là la vie, la jeunesse, leur foi et leur enthousiasme dans l’avenir ; et une gaîté et une verve qui faisaient de ces soirées les plus intéressantes, les plus charmantes réunions. Ce sont : Charles Bitte, doué de si belles qualités d’artiste, enlevé à la fleur de l’âge ; Etcheverry, le brillant portraitiste ; Georges Bergès, si beau peintre passionné pour l’Espagne ; Henri Zo, Guédy, Sieffert, animant les réunions par leur esprit naturel et fin et leur gaîté si communicative ; Avy, artiste fin et distingué, passant toute sa vie en Italie ; Camorey, illustrateur connu et si apprécié de publications précieuses. Enfin Jonas, l’artiste à l’imagination si vive et aux travaux sans cesse renouvelés. Hélas ! Une vie si intense, si belle, devait se briser brutalement dans la nuit du 29 septembre 1908 ; Albert Maignan, frappé par une crise subite, était enlevé à l’affection de tous les siens7.


Albert Maignan épouse, le 7 septembre 1878, à la mairie du IXe arrondissement de Paris, Louise-Joséphine-Étiennette Larivière, âgée de 23 ans, fille de son défunt confrère Charles-Philippe Larivière, et de Louise-Eugénie Saint-André8.

Albert Maignan réalisa en 1900 deux fresques au restaurant parisien Le Train Bleu, situé dans le hall de la gare de Lyon, dans le XIIe arrondissement de Paris. La première, située dans la Grande Salle, représente Le théâtre antique d’Orange, sa palette est lumineuse et ses personnages qui ont conservé leur vie, leur mouvement, avec en particulier, la présence de Stéphane-Adolphe Dervillé, président du Conseil d’administration de la Compagnie de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée (P.L.M.), de Noblemaire, Directeur Général, des comédiennes Sarah Bernhardt, Réjane, Jeanne Bartet, Edmond Rostand, Albert Maignan et sa femme. La seconde, dans la Salle Dorée, représente Les vendanges en Bourgogne, œuvres qu’il réalisa sous l’œil vigilant de Marius Toudoire, architecte en charge de la décoration des lieux.

Nous voudrions signaler deux autres tableaux réalisés par Albert Maignan à Saint-Prix. Le premier est un portrait qui représente Monsieur le curé, l’abbé Pierre-Henri de Gesne, curé de Saint-Prix9, dont l’effigie figure au Salon de 1889, il est toujours conservé dans la sacristie, du XVIe siècle, de l’église Saint-Germain à Saint-Prix10. Le second, Le Frère peintre (souvenir de la présence des bénédictins du Prieuré Noir11, installés au nord de l’église, dès le XIIe siècle), peint en 1887, immortalise l’intérieur de la sacristie, il fut présenté à l’Exposition Universelle de 1900..


Albert Maignan évoque longuement l’abbé de Gesne, pittoresque figure locale, comme nous l’indique Florence Bruyant, qui a étudié son Journal intime, conservé à la Bibliothèque nationale de France12, dans un article consacré à l’artiste, paru en 2007, dans la Revue Vivre en Val d’Oise13.

« Le 5 juillet 1891, jour de la première communion, il observe avec bienveillance le prêtre qui, indifférent aux infirmités de l’âge, poursuit intrépidement son sacerdoce : « Le vieux curé si fatigué, émacié sous ses vêtements trop larges, avec sa belle tête d’Érasme vieilli, prenait naturellement des attitudes d’un mysticisme hiératique. Il est ainsi tout simplement sans s’en douter et parce que ses gestes sont le résultat d’un état d’âme qui est toute abnégation, sentiment religieux, j’allais dire sainte folie […] Ajoutez à cela la belle tête aux yeux cachés dans la profondeur des grands orbites, le nez mince et grand, d’une courbure distinguée, la bouche tantôt fine et avec une pointe d’ironie, tantôt tragique, les lèvres ouvertes carrément comme celles des masques de la tragédie antique. Ajoutez pour compléter l’éclairage qui tombe d’en haut sur les abondants cheveux gris, droits, rebelles au peigne et qui semblent toujours secoués dans un rêve14 ».

Le saint homme, qui vit chichement, cultive un petit lopin de terre : « terrain tout broussailleux, tout emmêlé de vieux pommiers, de pêchers et de pruniers auxquels s’accrochent des liserons, des houblons et autres plantes parasites. À côté de moi, une vieille vigne mal taillée qui ébauche malgré cela quelques belles grappes. Au milieu des orties et des herbes, quelques carrés cultivés, des haricots et une rangée d’oignons réservés pour la graine avec leurs jolies boules violacées sur leur haute tige veloutée de gris. Ils sont soigneusement attachés à une baguette de coudrier par des vieux morceaux noirs, des débris de la soutane de Mr le curé. On sent qu’ils sont l’objet d’une sollicitude particulière et qu’on attache une grande importance à leur santé. C’est du reste à peu près tout ce qui autorise Mr le curé à nommer ce terrain « le jardin ». Les fleurs y sont rares et je n’y vois que celles que le bon Dieu a l’habitude de mettre au bord des chemins, c’est-à-dire des liserons blancs et roses, les candélabres de l’oseille avec ses rosettes bleues accrochées çà et là, et les ombelles montées comme un bijou de la fleur de carotte sauvage15 ». La disparition du prélat plongea la communauté dans l’affliction. Une souscription fut ouverte pour ériger un tombeau digne de celui que l’on surnommait le « saint de la vallée ». Antonin Carlès réalisa le cénotaphe à la demande d’Albert Maignan.


À la demande (ou pas) de Lucien Magne16, architecte, il peint les trois fresques17 dans les niches du chevet de la nouvelle église Saint-Flaive et Saint-Étienne d’Ermont en échange du mobilier archéologique (sarcophages décorés, bijoux, etc.) découvert lors des fouilles archéologiques de la nécropole mérovingienne d’Ermont en 188518, offert par le maire de l’époque, François Roussel, qui avait réussit à convaincre, assez malhonnêtement, tout son conseil municipal.

Cette histoire fit grand bruit, deux lettres en deux articles du sieur Morisson en sont parus dans Diogène19. Laissons André Vaquier nous en parler :

« Ces peintures, d’après le Maire, étaient estimées 5 000 francs représentant pour lui la valeur des objets troqués. Mais il n’y a pas eu de procès verbal d’échange, même pas de récépissé délivré, nous ignorons donc quel sont les objets que le peintre-« archéologue » Maignan a emportés. Mais, avec le citoyen Morisson, on est loin du compte, qui les estime, au dire de peintres qualifiés, tout au plus à 500 francs 20».


Voyons maintenant le point de vue de l’intéressé au travers de son Journal intime, étudié par Florence Bruyant, qui nous indique encore : « En parfait « antiquaire », Maignan recherchait inlassablement les vestiges des civilisations disparues dont il publiait des descriptions raisonnées dans la Revue archéologique ou dans des correspondances avec des sociétés savantes auxquelles il appartenait. Suivant l’exemple du curé d’Hermes (Oise), qui avait mis au jour plus de 3 000 sépultures, il entreprend des fouilles aux abords de l’église [de Saint-Prix]. Le 1er août 1887, un escalier à vis et trois cercueils de plâtre sont exhumés21. L’érudit consigne scrupuleusement le compte rendu de ses trouvailles et effectue des relevés. Il en conclue que « l’église de Saint-Prix comme celle d’Ermont22, comme aussi celle de Saint-Leu, je veux parler de celle qui était sur la hauteur au-dessous de la fontaine Genet, toutes ces églises ont été bâties sur une terre consacrée depuis des siècles par des traditions religieuses et par d’antiques sépultures dont l’existence se trouve ainsi parfaitement établie23 ». Le 30 octobre suivant, il se rend précisément à Ermont pour admirer le nouveau lieu de culte édifié par l’architecte Lucien Magne. Il remarque avec tristesse que les cercueils mérovingiens découverts dans les fondations sont relégués dans un coin, aux trois-quarts brisés et voués aux plâtras. Indigné, il propose à la municipalité de les acquérir moyennant la décoration des trois niches plates du chœur, une madone et deux anges ».


Nous avons pu, après de longues recherches, retrouver une partie du mobilier archéologique d’Ermont au Musée de Picardie d’Amiens (malgré les bombardements et destructions de la Guerre de 1940-1945), où, Albert Maignan en avait fait don (par un testament rédigé à Saint-Prix le 15 juillet 1905), avec toute sa collection de mobilier antique, médiéval et Renaissance, fort beau en substance et de son fonds d’atelier d’artiste.

Cette recherche, menée en 2004, par Monique Wabont, du Service départemental d’archéologie du Val d’Oise, a permis en effet d’identifier 21 objets mobiliers : vases, épingles à spatule avec polyèdre central (styles) colliers de perles, boucles, etc., provenant de la collection Maignan, de Saint-Prix et de Paris, et mis au jour lors des fouilles de Lucien Magne, en 1885, sur la nécropole mérovingienne d’Ermont24, conservés au musée de Picardie à Amiens25.


Dominique Mallet, dans une conférence : Albert Maignan et son œuvre, donnée au Mans (Sarthe), le 14 novembre 1912, à l’occasion de l’exposition de peinture organisé par la Société des Amis des Arts, nous donne entre autres une tranche de la vie de l’artiste dans son domaine de Saint-Prix, mais aussi dans son atelier de Paris, où nous retrouvons le collectionneur, qui se disait aussi « archéologue ».


« À tant d’aptitudes variées, Albert Maignan joignait un savoir étendu, une curiosité infatigable, qui lui faisait dire – il m’en souvient - : « Si je n’avais pas été peintre, j’aurais voulu donner ma vie à l’érudition ». Collectionneur éclairé, il recherchait partout et savait choisir avec discernement mille objets rares, témoins de civilisations disparues. Dans cette chasse intelligente, il avait eu d’heureuses trouvailles ; et quand il faisait les honneurs, il savait les analyser, les commenter en connaisseur des plus avisés.

C’est ainsi qu’ayant rassemblé avec patience nombre d’anneaux mérovingiens, il était en état d’en publier dans une revue savante (la Revue archéologique), une description raisonnée, digne de l’érudition d’un spécialiste.

Dans son domaine de Saint-Prix, une vaste salle qui fut autrefois une grange, avait été transformée en un véritable musée. Dans son atelier de Paris, de hautes vitrines renfermaient des trésors d’arts : statuettes, bijoux ciselés, curiosités de toute sorte, lentement réunies et choyées avec amour. L’Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance y étaient représentés par des morceaux de valeur. Tout cela rangé avec un ordre méticuleux, un sens exquis de l’agencement, encadré avec un goût impeccable par les tentures, les tapisseries, égayé par la vive coloration des peintures, formant un tout infiniment harmonieux, un milieu à souhait pour la joie des yeux et pour la méditation créatrice26 ».


Albert Maignan nous a également laissé une charmante petite gravure, d’une jeune fille (Silvie27 ?), assise sur un coin du clocher de l’église Saint-Germain, un bouquet de fleurs portant les armes de Saint-Prix, dans l’angle gauche, avec un phylactère portant les noms des ancien fiefs, le nom ancien « Turnum », et moderne « Saint-Prix », où l’on aperçoit le presbytère en contrebas, qu’il a offerte à son cousin historien, Auguste Rey28 pour illustrer son ouvrage : « La fin de l’Ancien Régime à Saint-Prix », en 188129. De même il lui a offert une aquarelle de la « Place de La Croix », où l’on peut apercevoir la grande maison30 du maire de l’époque, Hector Carlin,31 qu’il loua à Victor Hugo, en 1840-184232, pour illustrer également son ouvrage : « La famille Hugo dans la vallée de Montmorency », en 191233.


La municipalité de Saint-Prix a rendu hommage à Charles-Philippe-Auguste de Larivière, et à Albert Maignan, son gendre, ces célèbres artistes-peintres du XIXe siècle qui ont habité avec leurs épouses respectives, Louise-Eugénie Saint-André et Louise-Joséphine-Étiennette Larivière, la propriété dite du « Bois Notre-Dame » où ils avaient leur atelier, en leur dédiant une rue de la commune, la rue Maignan-Larivière, avec depuis 1998 une belle plaque émaillée, comme celles qui rendent hommage, entre autres, à l’explorateur Louis Delaporte34, et à Auguste Rey, dans le « vieux village » de Saint-Prix.

Gérard Ducoeur,

février 2010.


BIBLIOGRAPHIE


Ouvrages de base


Bœuf (D.) et Ménassade (M.), Charles-Philippe Larivière, Saint Prix, in L’art ancien et moderne dans le canton de Taverny, impr. Paris, Pontoise, 1945, 170 p., en part. p. 43-44.

Bœuf (D.) et Ménassade (M.), Albert Maignan, Saint Prix, in L’art ancien et moderne dans le canton de Taverny, impr. Paris, Pontoise, 1945, 170 p., en part. p. 47-48.

Bruyant (F.), Son Journal intime évoque souvent Saint-Prix, Albert Maignan, in Revue Vivre en Val d’Oise, n° 102, mars-avril 2007, p. 60-65.

Bruyant (F.), Artiste en résidence, Albert Maignan à Saint-Prix, in Revue Vivre en Val d’Oise, n° 103, mai-juin 2007, p. 63-68.

Albert Maignan, Journal intime, Bibliothèque nationale de France, mss., n.a.f. 14702, fol. 121 v°.

Mallet (D.), Albert Maignan et son œuvre, conférence du 14 nov. 1912, Extrait de la Revue historique et archéologique du Maine, t. LXXIII, 1913, 27 p., en part. p. 21-22.

Roman d’Amat (A.), Charles-Philippe-Auguste de Larivière, in Roman d’Amat et R. Limouzin-Lamothe (sous la dir.), Dictionnaire de Biographie française, libr. Letouzey et Ané, t. 19, Paris, 2001, p.983-985.


Autres ouvrages


Collectif, Le Train Bleu, éd. Presse Lois Unis Service, Paris, 1990, 114 p.

Donzelle (G.), Saint-Prix : mon village, in Balland (R.), Donzelle (G.), Ducoeur (G.), Poupon (C.), Renaux (D.), Histoire de Saint-Prix, éd. AREM, 1982, 280 p., en part. Les habitants et visiteurs célèbres, p. 235.

Ducoeur (D. et G.), Wabont (M.), Ermont, in Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.): Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006.

Maignan (A.), Albert Maignan, peintre, Collection Félix Potin, s.l.n.d. Estampe de Pierre Petit, éd. Muzéo.

Maignan (A.), Sépultures mérovingiennes à Ermont (Seine-et-Oise), in Notes archéologiques, Revue archéologique, t. XVI, 3e série, 1890, (2), p. 351-355.

Maignan (A.), Sépultures mérovingiennes à Saint-Prix (Seine-et-Oise), in Notes archéologiques, Revue archéologique, t. XVI, 3e série, 1890, (2), p. 355-356.

Vaquier (A.), Ermont. De la Révolution à nos jours, Publication de la SHAP VOV, Pontoise, 1970, 308 p., en part., p. 62-63



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1 Donzelle (G.), Saint-Prix : mon village, in Balland (R.), Donzelle (G.), Ducoeur (G.), Poupon (C.), Renaux (D.), Histoire de Saint-Prix, éd. AREM, 1982, 280 p., en part. Les habitants et visiteurs célèbres, p. 235.

2 Leur tombe familiale est au vieux cimetière de Saint-Prix, au-dessus de l’église Saint-Germain.

3 Roman d’Amat (A.), Charles-Philippe-Auguste de Larivière, in Roman d’Amat et R. Limouzin-Lamothe (sous la dir.), Dictionnaire de Biographie française, libr. Letouzey et Ané, t. 19, Paris, 2001, p.983-985.

4 Roman d’Amat (A.), op.cit., p.984.

5 Il s’agît de la propriété dite du « Bois Notre-Dame » (du nom d’un bois possédé par les Templiers au Moyen Âge), sise rue Maignan-Larivière à Saint-Prix, elle existe toujours, et comporte deux maisons.

6 Bœuf (D.) et Ménassade (M.), L’art ancien et moderne dans le canton de Taverny, impr. Paris, Pontoise, 1945, 170 p., en part. p. 43-44.

7 Bœuf (D.) et Ménassade (M.), op. cit., p. 47-48.

8 Son frère, Mr de Saint-André était le propriétaire du Prieuré Blanc, depuis le 21 juin 1851, remplaçant l’ancien maire Mr Morize, avant qu’Auguste Rey, cousin d’Albert Maignan l’habite.

9 Cf. Rey (A.), Journal et impressions du Maire et du Curé de Saint-Prix pendant la guerre [de 1870], Paris, Librairie chez Champion, 1899, 281 p. Le curé signait : « Degesne », comme nous l’indique l’auteur (Préface, p. II, note 2). L’abbé Henri Degesne (1816-1895) fut curé de Saint-Prix de 1856 à 1895, soit pendant 39 ans.

10 Cf. notre article : « L’église Saint-Germain et le pèlerinage à Saint-Prix – Le presbytère et la fontaine de saint Prix ».

11 Cf. notre article : « Les prieurés des abbayes de Saint-Martin de Pontoise et de Saint-Victor de Paris à Saint-Prix ».

12 Albert Maignan, Journal intime, Bibliothèque nationale de France, mss., n.a.f. 14702, fol. 121 v°.

13 Bruyant (F.), Son Journal intime évoque souvent Saint-Prix, Albert Maignan, in Revue Vivre en Val d’Oise, n° 102, mars-avril 2007, p. 60-65.

Bruyant (F.), Artiste en résidence, Albert Maignan à Saint-Prix, in Revue Vivre en Val d’Oise, n° 103, mai-juin 2007, p. 63-68.

14 Ibidem, Bibliothèque nationale de France, mss., n.a.f. 14705, ff. 113 v°, 114 v°, 115.

15 Ibidem, Bibliothèque nationale de France, mss., n.a.f. 14702, ff. 107 v°- 108.

16 Magne (Lucien), architecte, puis architecte en chef des Monuments historiques en 1878, professeur d’art appliqué aux métiers au Conservatoire national des arts et métiers en1899 (Paris 1849 - Eaubonne 1916). Pour la vallée de Montmorency, il construit la « nouvelle » église d’Ermont en 1885, le porche et le narthex de l’église de Saint-Prix en 1896, la façade occidentale, la sacristie et le clocher de la collégiale Saint-Martin de Montmorency de 1892 à 1909. Cf. notre article : « Lucien Magne, architecte en vallée de Montmorency ».

17 Elles représentent, celle du centre, la Vierge et l’Enfant-Jésus ; les deux autres de part et d’autre, des Anges chanteurs. Cf. Vaquier (A.), Ermont. De la Révolution à nos jours, Publication de la SHAP VOV, Pontoise, 1970, 308 p., en part., p. 62-63.

18 Cf. notre article : « La nécropole mérovingienne et l’église carolingienne d’Ermont ».

19 Diogène, journal hebdomadaire. Lettres du 22 février et du 15 mars 1891.

20 Vaquier (A.), Ermont. De la Révolution à nos jours, Publication de la SHAP VOV, Pontoise, 1970, 308 p., en part., p. 62-63

21 Maignan (A.), Sépultures mérovingiennes à Saint-Prix (Seine-et-Oise), in Notes archéologiques, Revue archéologique, t. XVI, 3e série, 1890, (2), p. 355-356. Il ne parle pas dans cette note de « l’escalier à vis » (?), il y a un seul fragment de sarcophage en plâtre et deux sépultures en pleine terre, et des tessons de céramiques découverts en juillet 1887 (on voit donc que les deux textes divergent sensiblement). Les fouilles menées par la JPGF, section d’Ermont, en 1980, ont confirmé cette présence et origine ancienne (VIe siècle).

22 Maignan (A.), Sépultures mérovingiennes à Ermont (Seine-et-Oise), in op. cit., p. 351-355.

23 Bibliothèque nationale de France, mss., n.a.f. 14702, fol. 120 v°.

24 Cf. notre article : « La nécropole mérovingienne et l’église carolingienne d’Ermont ».

25 Ducoeur (D. et G.), Wabont (M.), Ermont, in Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.): Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006.

26 Mallet (Dominique), Albert Maignan et son œuvre, conférence du 14 nov. 1912, Extrait de la Revue historique et archéologique du Maine, t. LXXIII, 1913, 27 p., en part. p. 21-22.

27 Cf. Rey (A.), Boileau et Silvie. Mme de Bertouville et les Poncher, Paris, chez Champion, 1912, 55 p. Épigramme de Boileau à la « Belle Philis… », p. 5.

28 Cf. nos articles : « Les historiens de la vallée de Montmorency » et «  Auguste Rey ».

29 Rey (A.), La fin de l’Ancien Régime à Saint-Prix, Paris, 1881, 63 p., 1 pl. La gravure est en frontispice de l’ouvrage.

30 Cette maison fut construite par Mlle Rhim, danseuse à l’Opéra ; elle eu l’honneur d’être présentée à Louis XV par Lebel ; elle vint finir ses jours à Saint-Prix.

31 Hector Carlin (1809-1885), fut maire de Saint-Prix de 1846 à 1884, soit pendant 38 ans. Cf. Rey (A.), Journal et impressions du Maire et du Curé de Saint-Prix pendant la guerre [de 1870], Paris, Librairie chez Champion, 1899, 281 p.

32 Cf. notre article : « Victor Hugo à Saint-Prix ».

33 Rey (A.), La famille Hugo dans la vallée de Montmorency, Paris, 1912, 64 p. L’aquarelle est entre les pages 30-31, avec légende « Maison habitée par Victor Hugo à Saint-Prix en 1842 ».Elle est signée d’Albert Maignan et datée du 15 août 1880, avec l’annotation « à mon cousin A. Rey, le chroniqueur de Saint-Prix, souvenir affectueux ».

34 Cf. notre article : « L’explorateur Louis Delaporte (1842-1925) à Saint-Prix ».