HISTOIRE GÉNÉRALE DE PIERRELAYE


Il est difficile de parler de l’histoire des communes de la vallée de Montmorency sans aborder celle de Pierrelaye, traversée par la chaussée Jules-César dès la période antique, de cette terre appelée Alateum in pago Parisiaco, que Dagobert donne à l’abbaye de Saint-Denis au VIIe siècle. Ce territoire serait issu d’un domaine donné à des colons « Lètes » à la fin du IVe et au début du Ve siècle de notre ère, Petra lata, citée en 11251 dans la charte d’aveu et dénombrement de Mathieu le Bel en faveur de l’abbaye de Saint-Denis. On ne saurait oublier la seigneurie laïque des Tirel de Poix au XIIIe siècle et la mouvance de la seigneurie de Pierrelaye, encore dans le duché d’Anguien au XVIIIe siècle.

L’histoire de Pierrelaye demeure, en fait, peu connue, en raison d’un manque d’investigation de la part des historiens. Nous nous proposons de la parcourir, et de contribuer à combler certaines de ses lacunes, grâce à quelques études archéologiques et historiques récentes.

L’abbé Jean Lebeuf (1754), l’appelle Pierre-laie2. Cette paroisse est située dans le doyenné de Montmorency, comme ses voisines : Bessancourt, Taverny, Beauchamp, etc. Nous suivrons cet auteur concernant l’étude de l’origine du nom de Pierrelaye (cf. annexe 1), l’histoire de la paroisse Saint-Jean-Baptiste et des seigneurs locaux, ainsi que sa situation et sa démographie sous l’Ancien Régime. Nous y ajouterons une synthèse personnelle des données récentes sur l’étymologie, l’archéologie (cf. annexe 2), et la présence de traces de centuriations romaines (cf. annexe 3), sur son histoire à travers les documents disponibles, son hydrographie, sa vie économique, avec l’importance du maraîchage pour la plaine de Pierrelaye au début du XXe siècle, son évolution démographique jusqu’à la période contemporaine, son patrimoine ancien et actuel. Enfin, nous évoquerons certains de ses habitants célèbres.


Présentation générale

La commune de Pierrelaye est présentée par Franck Abert dans le volume de la Carte Archéologique de la Gaule, consacré au Val d’Oise, de la façon suivante :

- « Pierrelaye est une commune de 921 hectares, dont 17 % bâtis, s’étendant entre 35 et 78 m NGF (d’altitude), sur un plateau de très faible relief, entre les vallées de Montmorency et de l’Oise. Est-ce en raison de ce modèle très plat que la toponymie a retenu quelques « accidents » de terrain dans le paysage ? Les plans de 1782 et 1812 mentionnent en effet La Grande-Butte, La Petite-Butte et celles dites Butte-Rouge, Ronde, des Petites-Vignes, du Petit-Terroir.

Les terres sablonneuses étaient alors couvertes en grande partie par les bois (47 % contre 13 % aujourd’hui) et permettaient la culture de quelques vignes (4 % de la paroisse). La ferme des Courlains, en ruines au XVIIIe siècle, se dressait à la limite d’Herblay. Aucun cours d’eau ne parcourait le territoire.

Le village de Pierrelaye s’étend de part et d’autre de la chaussée Jules César. La route royale qui double celle-ci au sud marque en partie la limite avec Herblay. La forme des territoires de ces deux communes suggère qu’à l’origine elles n’en formaient qu’un seul. La situation de Pierrelaye sur la voie romaine, la titulature de son église à saint Jean-Baptiste et sa dépendance directe de l’évêque de Paris pourraient indiquer un sanctuaire chrétien très ancien, mais aucun vestige de l’Antiquité tardive ou mérovingien n’a, jusqu’à présent, été signalé. Michel Roblin3 pencherait pour l’antériorité d’Herblay »4.

- « L’ancien village de Pierrelaye s’est constitué au sud de la chaussée Jules César (rue Victor Hugo), entre la rue Léon Pelouse et la place de la Croix. Le château dont le parc se prolongeait jusqu’à la rue de Bessancourt faisait face à l’église. Un moulin à vent se dressait près de l’angle de la rue d’Herblay avec l’avenue du Général Leclerc. Les terres pauvres du plateau étaient couvertes de bois et les habitants gagnaient leur vie, en partie, en vendant des balais de bouleaux. Quelques vignes prospéraient vers Herblay et Saint-Ouen-l’Aumône »5.


Hydrographie

Ce territoire fait partie du bassin-versant de l’Oise.

Le ru de Liesse, né à Saint-Ouen-l’Aumône, de 6,2 km de longueur, se jette dans l’Oise dans la même paroisse, après avoir traversé les quatre étangs aménagés par les Cisterciennes, respectivement les étangs de la Vacherie, de Liesse, de Saint-Prix et du Grand-Étang de Maubuisson, dès le XIIIe siècle et qui améliora la vie quotidienne à l’abbaye de Maubuisson, par une utilisation efficace de l’hydraulique locale, eau d’une source, la Vacherie, pour la consommation et eau courante du ru de Liesse, pour les services (moulin à blé, eaux grasses des cuisines et latrines)6.

« Les bâtisseurs choisirent d’élever l’abbaye au débouché du vallon (du ru de Liesse) sur la plaine de l’Oise, là où la surface était suffisante. En amont, ils élevèrent quatre digues pour former un chapelet d’étangs (pour la pisciculture). Un canal fut creusé pour évacuer les eaux usées des cuisines et les eaux pluviales, laver les latrines et faire tourner le moulin à blé situé près de la ferme. Un aqueduc souterrain alimentait en eau pure la fontaine du cloître à partir d’une source captée à quelque deux kilomètres en amont (source de la Vacherie) ».

« Après un hiatus de 350 ans, les travaux d’adduction de Maubuisson reprennent en 1684. Ils visent à permettre le captage de la source de la Vacherie, mais également celui de la source de Pierrelaye située à 700 m en amont. Le nouveau réseau a été observé en amont de la digue. Comme pour l’époque médiévale (au XIIIe et au XIVe siècle), deux campagnes de travaux ont eu lieu à l’époque moderne (XVIIe et XVIIIe siècle) : tout d’abord un réseau de tuyaux en terre cuite, puis un réseau maçonné en pierre ».

« Près de deux siècles plus tard (après les projets de travaux, vers 1490), le projet fut repris par la princesse Louise Hollandine de Bavière (1664-1709) dès le début de son abbatiat. En 1666, elle acquit un quartier de terre vers Pierrelaye à 424 toises (825 m) de la Vacherie7. Dans cette pièce, « il s’est trouvé y avoir une source d’eaüe dont lesdites dames pourront fouiller tant et sy avant qu’elles trouveront bon estre soit souls le surplus de ladite piece pour recueillir dans un mesure cours toutes les eaües des sources qui y sont et se trouveront dans ladite terre et total d’icelle »8.

La tête de la vallée a été ouverte et un « drain » (du ru de Liesse) a été aménagé vers 1901-1902 jusqu’à l’usine élévatrice de Pierrelaye, lui permettant d’avoir ainsi un exutoire.

La fontaine de Pierrelaye, malgré son nom est également localisée sur la paroisse de Saint-Ouen-l’Aumône, suivant les données du plan d’intendance et du cadastre napoléonien.

Citons par ailleurs un projet avorté de canal traversant toute la vallée de Montmorency, avec toutefois un début de réalisation au cours du dernier tiers du XVIIIe siècle, près de Paris (le canal de l’Ourcq). Il s’agissait d’effectuer la jonction de l’Oise à la Seine. Après plusieurs projets abandonnés (ceux de Brullée en 1791 et de Brisson en 1829), il a été envisagé, dans le premier tiers du XIXe siècle, de prolonger le canal Saint-Denis vers Pontoise et Conflans-Sainte-Honorine. Vers Pontoise le canal aurait permis de rejoindre l’Oise, ce qui aurait assuré une liaison plus courte entre le Nord de la France et Paris. L’embranchement vers Conflans-Sainte-Honorine, à partir d’un bassin situé près de Pierrelaye, aurait permis [tracé du chemin des Bœufs] de rejoindre la Seine pour aller vers Rouen9.


La chaussée Jules-César

La route valmorencéenne antique la plus célèbre est la voie gallo-romaine principale, appelée chaussée Jules César. Venant de Lugdunum (Lyon), elle conduit ensuite de Lutecia (Paris) à Rotomagus (Rouen), puis à Juliobona (Lillebonne) et Harfleur en coupant l’ancienne voie gauloise au viculus Ermedonis où, en 1966, la borne milliaire n° XIII (à 13 lieues de Lutèce) a été mise au jour. Ces bornes, dites milliaires, étaient dressées le long des voies romaines, de mille en mille pas romains (environ 1 478 m). La chaussée Jules César traverse l’Oise sur un pont de bois à Briva Isarae (Pontoise). Sa construction paraît avoir été l’œuvre de l’empereur Claude, à l’occasion d’expéditions en Grande-Bretagne en 43-47 de notre ère10. Cet itinéraire construit au Ier siècle (il aurait peut-être son origine à la période gauloise, avec un tracé parallèle), est resté en service jusqu’au début du VIe siècle11.

Cette route est, de tout temps, un lieu de passage très fréquenté dans cette vallée « sèche » de Montmorency (la fosse de Saint-Denis, en géologie). Elle traverse le village de Taverny au niveau du Bois de Boissy. Des travaux entrepris pour la pose de câbles électriques, depuis le Carré-Sainte-Honorine jusqu’au stade de Franconville, ont permis d’observer une coupe de la chaussée Jules-César sur plus de 300 m de long. L’épaisseur de son empierrement est de 0,50 m. Nous supposons que, devant Le Carré-Sainte-Honorine, les dalles, observées par ailleurs, ont pu être démontées, car la stratigraphie ne montrait que le cron (horizon marno-calcaire) et les sables de Beauchamp12.

Une partie du site a été protégée par une butte de terre, le long de la chaussée Jules César13, à la suite des recherches menées de 1972 à 1978 et de l’urbanisation de ce quartier, et n’est donc plus visible de nos jours.

La chaussée Jules-César traverse également le village de Pierrelaye, avant de se diriger vers Saint-Ouen-l’Aumône. Des dalles ont été trouvées naguère par des paysans creusant des fosses à asperges14.

« Il a été trouvé par un habitant de la commune (de Pierrelaye) en défrichant un terrain lui appartenant et aboutissant sur cette chaussée Jules-César une petite pièce de monnaie en argent de la grandeur d’une pièce de 0,50 francs (un argenteus ?) à l’effigie de Constance Chlore (César en 293 et empereur de 305 à 306 de notre ère). Cette personne est encore en possession de la pièce et la conserve avec soin15 ».

Michel Roblin, de nouveau dans son étude du Terroir de Paris aux époques gallo-romaine et franque, nous précise le lieu de passage de la chaussée Jules-César à Pierrelaye16.

« D’un tracé remarquablement rectiligne et conservé aujourd’hui, la route traverse Pierrelaye, désignée dans les plans paroissiaux sous les noms de chaussée, de chemin ferré et atteint les bords de l’Oise, près de l’église de Saint-Ouen-l’Aumône, en face de l’emplacement de Brivisara, représenté par le château [l’abbaye de] Saint-Martin à Pontoise17 ».


Des voies rayonnantes autour de Pierrelaye

« La situation de Pierrelaye ne se limite pas à celle d’un simple village installé le long de la voie antique. Pierrelaye possède bel et bien un centre antique, là où est construite l’église Saint-Jean-Baptiste et où se regroupe plus tard la mairie. De ce centre (cet omphalos diraient les amateurs de « géographie sacrée ») se dispersent plusieurs rayons de projections rectilignes :

Au nord de la chaussée Jules-César,

- L’axe de Bessancourt, à peine dévié au départ de Pierrelaye,

- Deux autres rayons, moins visibles, Frépillon et Auvers-sur-Oise,

- Un axe sur Hérouville.

Au sud de la chaussée Jules-César, ce sont les axes vers :

- Éragny, situé juste à l’ouest,

- Chennevières – Conflans, tracé vicinal encore bien conservé, rue Carnot – chemin des Glaises,

- Une voie perpendiculaire à la chaussée (à ne pas confondre avec le tracé d’amenée de l’émissaire de la Ville de Paris, très voisin),

- Le chemin d’Herblay : c’est le tracé du chemin des Bœufs.

Il est à noter que ces trois dernières voies semblent bien avoir été primitivement tracées selon une symétrie voulue. Il n’en reste pas moins que, sur le parcours de la voie antique, Pierrelaye est le seul village de la vallée de Montmorency qui puisse revendiquer une telle position centrale18 ».

Nous allons d’ailleurs, revenir sur le sujet avec la présence de traces de centuriations romaines (cf. annexe 3) sur le territoire de Pierrelaye, qui pourraient peut-être expliquer ce centre d’un proto-village et cette disposition de voies rayonnantes, uniques dans la vallée de Montmorency.


La paroisse de Pierrelaye du Moyen Âge au XVIIIe siècle

« Pierre-laie était érigé en cure dès le XIIIe siècle. Le pouillé de ce temps-là en attribue la pleine collation à l’évêque de Paris, ce qui est suivi par celui du XVe et du XVIe siècle. Celui de l’an 1626 l’appelle du nom de Pierre late. L’église de ce lieu est sous le titre de S. Jean Baptiste. Elle marque par l’état de sa tour, sa nef et sa croisée, la pauvreté du pays. Le sanctuaire qui est en bon état et bâti de belles pierres parait n’être ainsi que depuis un siècle et demi ou environ [en 1755] ».

Bien que la titulature de l’église conférée à saint Jean Baptiste plaide en faveur d’un sanctuaire très ancien, aucun vestige de l’Antiquité Tardive ou de l’époque mérovingienne n’a été découvert.

La cure est dite de Petra lata (de Pierrelaye), de Donatione episcopi (de donation épiscopale), in decanatu de Gonessa (dans le doyenné de Gonesse ou plus tard de Montmorency), dans le pouillé de 120519. Dans le pouillé du XVIIIe siècle, elle est indiquée Pierre-Laye, Montarcy ferme20, son nom latin Petra Lata, son patron S. Jean-Baptiste, son érection au XIIe siècle, son collateur, l’archevêque de Paris.





Le culte de saint Jean Baptiste

Concernant le culte de saint Jean Baptiste, dans l’église de Pierrelaye, qu’il classe dans les cultes d’époque capétienne, Michel Roblin21 nous précise son importance dans la Gaule des Parisii.

« Il est difficile de dater les églises titrées du Baptiste, car elles peuvent avoir succédé à d’antiques baptistères, comme celui de la cathédrale, Saint-Jean-le-Rond qui est attestée au VIIe et au IXe siècle. En réalité toutes les paroisses consacrées à saint Jean : Carrières, Bouqueval, Pierrelaye, Mauchamps, Leuville, Jardies, Buc, Les Troux, Sceaux, Grosbois et Noneville sont des démembrements connus, opérés aux environs du XIIIe siècle. Il convient seulement de supposer que ces églises succèdent simplement à de très anciennes chapelles, et dans ces conditions les origines du peuplement peuvent être démesurément reculées ».


De quelle paroisse primitive pourrait provenir ce démembrement ?

Mais dans le cas d’un démembrement, évoqué par Michel Roblin, il faudrait se poser la question de la paroisse d’origine : s’agit-il d’Herblay ? Mais celle-ci semble déjà bien être, elle-même, le résultat d’un démembrement d’un territoire plus important, comprenant Cormeilles-en-Parisis, Montigny-lès-Cormeilles et Herblay, dont les églises respectives sont titrées à saint Martin. Ces trois paroisses possèdent chacune une nécropole mérovingienne des VIe – VIIe siècles. Celle-ci atteste une installation de la cure au moins dès le VIIe siècle. Rien dans les textes médiévaux ne permet d’étayer une telle hypothèse. Certes, il y a bien eu une châtellenie (sans château), ou prévôté avec un hôtel seigneurial, où siégeait le « prévost » aux XIVe et XVe siècle, appartenant à l’abbaye de Saint-Denis et comprenant six paroisses : Cormeilles-en-Parisis (le chef-lieu), Franconville, La Frette, Herblay, Montigny-lès-Cormeilles et Pierrelaye22. Mais nous ne trouvons aucune trace de démembrement de la paroisse Saint-Martin d’Herblay au profit de celle de Saint-Jean-Baptiste de Pierrelaye à la période médiévale.

S’agit-il de Taverny ? Cette hypothèse ne serait pas illogique, si l’on considère la teneur du texte de 754 indiquant la présence de colons à Herblay et à Gaillon, dépendant du domaine de Taverny23. Mais là encore, il s’agit pour Taverny d’une paroisse provenant d’un démembrement d’un territoire beaucoup plus important à l’origine, comprenant plus de 5 000 hectares. Michel Roblin émet l’hypothèse qu’il s’agit du viculus Ermedonis, village primitif d’Ermont, qui constitua au Ve siècle le banc paroissial de saint Étienne, et qui aurait compris dans sa clientèle, à la période de l’Antiquité Tardive : Eaubonne, Ermont, Le Plessis-Bouchard, Andilly, Margency, Montlignon, Saint-Prix, Saint-Leu, Taverny/Beauchamp, Bessancourt, Frépillon, Sannois, Franconville24. Et donc, pourquoi ne pas y inclure logiquement Pierrelaye, qui complèterait ainsi avec bonheur le parallélogramme, avec ce manque anormal, correspondant à Pierrelaye, au sud-ouest de ce grand domaine primitif de la vallée de Montmorency ?

Il est à noter que Pierrelaye, qui était le siège d’une paroisse ecclésiastique depuis longtemps (XIIIe siècle), en pleine collation de l’évêque de Paris, a été distraite tardivement de la collecte d’Herblay par l’arrêt du Conseil du 14 octobre 1706 pour former une collecte particulière25. Cette soustraction est de nature à confirmer ce qu’évoque Michel Roblin, à savoir : la paroisse de Pierrelaye serait devenue l’objet d’une séparation avec celle d’Herblay, mais nous ne connaissons pas la raison de cette distraction tardive de la collecte d’Herblay26.




Pierrelaye, rattachée à la prisée de la maladrerie de Franconville

Une maladrerie ou léproserie est installée à Franconville, probablement à l’initiative de l’abbaye de Saint-Denis, selon Brigitte Bedos27. Sa première mention connue est de 1229, mais elle a sans doute été fondée plus tôt : « La fréquence des fondations de léproseries dès le début du XIIe siècle est un fait connu, attribué à un renouveau de la ferveur religieuse qui s’exprima par la pratique d’œuvres charitables »28. Son rayon d’action ou, pour être plus précis, sa prisée, couvre douze paroisses : Franconville, Argenteuil, Cormeilles, Montigny, La Frette, Herblay, Houilles, Carrières-Saint-Denis, Bezons, Sartrouville, Pierrelaye, Conflans-Sainte-Honorine et son hameau de Chennevières. Pour éviter les contacts avec la population du village, elle est installée à l’écart, dans les bois, aux confins de Cormeilles, à tel point que quelquefois, on l’appelle la maladrerie de Cormeilles, ou de Cormeilles-lès-Franconville.


Histoire des seigneurs de Pierrelaye, du Moyen Âge au XVIIIe siècle

« C’est apparemment en conséquence de ce que Mathieu le Bel avait donné en [un] fief dans ce qu’il tenait de l’abbaye de Saint-Denis à Pierre-laie vers le commencement du XIIe siècle, qu’on trouve en 1205 et 1216 un Gui de Petra lata, comme un seigneur distingué. Mathieu [II-†1230], seigneur de Montmorency, traitant en 1205 avec les habitants de Groley, Guy de Pierre-laie fut un de ses pleiges ou garants. Le même Guy se disposant en 1216 à partir pour la croisade contre les Albigeois, reconnut en présence de Garnier, doyen de Cercelles [Sarcelles], que le Bois de Hosscel dont lui et son père avaient joui durant un long temps, devait être restitué à l’abbaye de Saint-Denis, et il le rendit en effet. Il avait existé vers l’an 1230, un Guillaume de Petra lata ; sa veuve donna, l’an 1239, à l’abbaye de Livry29 tout le bien qu’elle avait à Clichy en l’Au[l]nois30.

Pierre-laie, quoique terrain peu gras, ne laissait pas que de produire du revenu aux religieux de Saint-Denis ; c’est pourquoi, lorsque l’abbé Henri qui était en contestation avec Eudes de Sully, évêque de Paris, au sujet de la procuration due à ce prélat par le prieuré d’Argenteuil, lui fit une promesse de lui payer chaque année six muids de grain, moitié hibernagii et moitié mareschiœ, il fut stipulé qu’il serait pris sur le revenu d’Erblay et de Montigny, et que si ces deux terres ne pouvaient y suffire, on prendrait sur Pierre-laie pour parfaire la quantité. La promesse de l’abbé [Henri] est du 26 août 1207 (voir le texte intégral ci-après dans le paragraphe : l’abbaye de Saint-Denis, seigneur de Pierrelaye).

On lit dans l’Abrégé historique de Notre-Dame de Pontoise31 qu’en l’an 1692, les habitants de Pierre-laie furent affligés de maladies putrides, ce qui les engagea à faire vœu de venir tous les ans en procession à cette église de Pontoise ; on ajoute qu’ils exécutent encore [en 1755] ce vœu depuis ce temps-là.

Le dénombrement des Élections met sous un seul et même article Erblay et Pierre-laie ; mais les derniers rôles des tailles séparent Pierre-laie d’Erblay, et en font un article distingué »32.

Nous avons cependant retrouvé la trace d’autres seigneurs de Pierrelaye, durant essentiellement la deuxième moitié du XIIe siècle dans des actes du cartulaire de l’abbaye bénédictine de Saint-Martin de Pontoise, publiés par Joseph Depoin, à partir de 1895.

- Philippus Aper miles, est témoin d’un acte, entre 1164 et 1169, lors de la « Donation du Champ Dolent, à Valmondois, confirmée par Adam III de l’Isle »33.

Ce chevalier n’est autre qu’un descendant de Pierre Sanglier, peut-être son fils, seigneur d’un fief à Montiniacus et à Petra lata34, cité comme vassal dans la charte de 1146, d’aveu et dénombrement de Mathieu le Bel en faveur de l’abbaye de Saint-Denis.

- Raynoldus de Petralata est témoin d’un acte, d’avant 1161, lorsque « Gireaume, curé d’Amblainville, lègue à Saint-Martin une part de la dîme de Génicourt »35.

- Hugo de Petralata est témoin d’un acte, d’avant 1177, lors de la « Donation du tiers de la dîme du Bellay »36.

- Odo de Petralata est témoin d’un acte, vers 1199, lorsque « Richard IV de Banthelu autorise l’abbaye à constituer un receveur à Argenteuil »37.

Mais les seigneurs principaux au XIIIe siècle vont être les Tirel de Poix qui ont des possessions attestées sur Cormeilles, Montigny, Pierrelaye, Pontoise, Jouy-le-Moutier, Gérocourt, Bessancourt, Bouffémont et un secteur de mouvance formant un vaste quadrilatère allant de Bouffémont à Gérocourt (en Vexin français), rejoignant Jouy-le-Moutier et revenant à Cormeilles-en-Parisis, dont l’axe longitudinal est la chaussée Jules-César traversant la plaine, avec Pierrelaye comme centre38.

- Hugues Tyrel III39 est connu par un acte de septembre 1233 où il délaisse à perpétuité à l’abbaye de Saint-Denis tout ce qu’il possède à Cormeilles, La Frette, Herblay, Montigny et Pierrelaye, tant en hôtes, censives, domaines et seigneuries, rentes et redevances. En échange, l’abbaye lui donne les terres de Féricy40, et par la confirmation de Louis IX, datée de novembre 1232 :

« Confirmation par le roy Saint Louis de l’accort fait entre les abbé et couvent de Saint-Denis d’une part et Hugues de Tyrel d’autre pour parvenir à l’eschange que désiroient faire lesdittes parties de la terre et seigneurie de Ferricy41 à l’encontre des biens et héritages que ledit de Tyrel possédoit à Cormeilles, Herblay, Pierrelaye, Montigny et La Frette, à la charge que ledit de Tyrel tiendra en fief dudit seigneur roy ce qui lui sera donné audit Ferricy ainsy qu’il tenoit en fief de sa Majesté les biens qu’il doit donner ausdits de Saint-Denis audit Cormeilles que le dit seigneur roy amortit au profit desdits abbé et religieux. Du mois de novembre 1232 »42.

« Entre 1232 et 1233, Hugues Tyrel abandonne, en effet, à l’abbaye tout ce qu’il possède, comme nous l’avons vu, en échange de 757 arpents (375 hectares environ), essentiellement des bois situés en Brie, à Féricy. L’accord paraît conclu à l’amiable quand on lit la transaction définitive de 1233, confirmée par le roi, mais dans ses lettres préalables de novembre 1232 nommant des arbitres pour établir la prisée des terres échangées, Saint Louis précise que l’abbé n’imposera pas d’amande à Hugues, pour les blessures et la capture de certains de ses hommes et pour les dommages et pertes que l’abbaye a pu subir. Ce geste est fait pro bono pacis, pour établir la paix […] ».

« Jacques Bateste, écuyer, seigneur de Franconville, fit aveu et dénombrement, le 18 septembre 1403, de son fief pour ce qui dépendait du seigneur Jacques de Montmorency […]. Puis trois arrières-fiefs, l’un à maître Renault Fréron (rentes sur une maison, cour, jardin, vigne et aulnoie, appartenant à Jehan de Pierrelée et aux hoirs Robin Lapille ; un setier d’avoine et 6 deniers de cens dus par la maladrerie [de Franconville]43) ; […] ».


Le droit de travers de Pierrelaye

En 1259, l’abbaye rachète à Jean de Poissy les droits de travers, c’est-à-dire les taxes sur la circulation des marchandises et des personnes à Cormeilles, Herblay, Montigny et La Frette, mais l’acte ne donne aucune précision sur les lieux de perception, ni sur les tarifs44 […].

L’abbaye paie cinq cent cinquante livres pour les droits de travers à Cormeilles, Montigny, Herblay, Pierrelaye et La Frette.

« Quittance donnée aux abbé et couvent de Saint-Denis par Jean de Poissy de la somme de cinq cens cinquante livres parisis à luy payée pour le prix de la vente des droits de travers et autres des villages de Cormeilles-en-Parisis, Montigny, Herblay et La Frette. Sous son seel, le jour saint Pierre aux liens, en aoust 1259 »45.

Il est vraisemblable que la route de Paris à Rouen à Pierrelaye, et le chemin de halage au bord de la Seine, au bas de la côte de Gaillon (à Herblay), rapportent l’essentiel des droits. L’alimentation du marché d’Argenteuil n’est sans doute pas négligeable : la route venant de Pontoise passe par Herblay »46.


L’abbaye de Saint-Denis, seigneur de Pierrelaye

Suger, abbé de Saint-Denis, gère les intérêts de l’abbaye avec une grande rigueur. Cette gestion le conduit, en 1129, à faire restituer à son église, le monastère d’Argenteuil. Il est acquis que l’abbaye de Saint-Denis demeurera en possession du prieuré d’Argenteuil, à condition de payer tous les ans une redevance à l’évêque de Paris. C’est à propos de celle-ci que s’élève une contestation de l’évêque de Paris en septembre 1207, ce qui entraîne une réponse de l’abbé de Saint-Denis précisant les redevances à percevoir sur les dîmes d’Herblay, de Montigny et de … Pierrelaye (des six paroisses dépendantes de la châtellenie et seigneurie de Saint-Denis) :

« Moi Henry, Abbé de Saint-Denys et tout le couvent de ce lieu, nous portons à la connaissance et de nos contemporains et de nos descendants, ce fait que, alors qu’il y avait conflit entre nous, d’une part, et Odon, évêque de Paris, d’autre part, au sujet du droit ecclésiastique du prieuré Sainte-Marie d’Argenteuil, après avoir pris l’avis d’honnêtes gens, nous avons composé à l’amiable de la manière qui suit, à savoir : le dit seigneur évêque et ses successeurs et le Chapitre de Paris par ailleurs ne feront et ne pourront faire à l’avenir qu’il y ait un abbé ou une abbesse dans la susdite église Sainte-Marie d’Argenteuil, mais qu’au contraire là résidera un prieur de Saint-Denis et ils ne pourront pas faire que les moines de Saint-Denis puissent être renvoyés de cette église. Dans la même église de Notre-Dame d’Argenteuil, l’évêque et ses successeurs auront à perpétuité deux procurations chaque année, l’une sans taxe, comme il est d’usage de l’avoir, et l’autre qui ne pourra excéder la somme de 60 sols. Aussi l’archidiacre de Paris et ses successeurs auront sur place, à perpétuité deux procurations chaque année, l’une donc sans taxe, et l’autre qui ne pourra excéder la somme de 20 sols… Mais tous les droits épiscopaux resteront à l’évêque de Paris et à ses successeurs à perpétuité dans l’église Sainte-Marie d’Argenteuil, excepté évidemment ces droits que les privilèges de Saint-Denis qui subsistent actuellement, enlèvent audit seigneur évêque ; et nous ne pourrons obtenir d’autres privilèges par ailleurs contre l’évêque ou le Chapitre de Paris, pour ce qui intéresse ladite église Sainte-Marie d’Argenteuil. Mais cependant, s’il arrive un jour que l’évêque de Paris ou ses successeurs prononcent l’interdit contre Argenteuil, ce qui est permis à l’évêque de Paris nonobstant un privilège, ils pourront également interdire la dite église de Notre-Dame d’Argenteuil, de telle manière que les moines de la même église ne pourront recevoir les « interdits » ni les « excommuniés », ni sonner les cloches mais feront le service divin, à voix basse et portes closes, et contre cela nous ne pourrons utiliser aucun privilège ni actuel, ni futur. Nous avons attribué aussi au même évêque et à ses successeurs, six muids de blé, à savoir, la moitié de blé d’hiver ou en période de saison morte, à l’appréciation de Paris, et l’autre moitié de blé de mars à percevoir chaque année à la Saint-Rémy [15 janvier], sur nos dîmes à Herblay et à Montigny, à savoir trois muids sur l’une des récoltes, et trois sur l’autre, de façon que, s’il y en a moins dans l’une, on compense sur une autre dîme dans l’évêché, sans doute à Pierrelaye. Nous voulons que cette imposition reste valable jusqu’à ce que nous ayons acquis les six muids de blé…dans les dîmes officielles de l’évêché de Paris, dans trois endroits qui conviennent au plus, ou en deux endroits ou en un seul endroit si nous voulons ; et nous attribuons ces mêmes six muids acquis à perpétuité à l’évêque de Paris et à ses successeurs, et alors cessera tout autre attribution. Pour rendre cet accord plus stable à l’avenir nous faisons apposer notre sceau sur cette charte. Fait en l’an de grâce 1207, le 7e jour des calendes de septembre »47.

Le patrimoine de l’abbaye de Saint-Denis à Pierrelaye fut généralement confié en arrière-fief à un seigneur qui, en contrepartie, rendait foi et hommage aux religieux de Saint-Denis et s’acquittait envers eux de nombreuses redevances. Il faut donc rechercher dans l’histoire de l’ensemble des paroisses constituant la châtellenie ces différents seigneurs. Nous ne citons que quelques uns de ces fermiers généraux pour la période allant du début du XVIe au début du XVIIIe siècle.

- « De 1521 à 1549, un fermier général nommé Abel Delaistre eut toutes les terres dépendant de l’abbaye de Saint-Denis sur Herblay, Cormeilles (chef-lieu de la châtellenie), Pierrelaye, Franconville et La Frette y compris les cens, rentes, dîmes, champarts, corvées, amendes et autres droits en dépendant, confiscations et épaves, moyennant 500 livres par an »48.

- « Le fermier général qui réside à Cormeilles, Jean Framel est déclaré adjudicataire, le 5 juillet 1517, pour toutes les redevances de la châtellenie (dont Pierrelaye), moyennant 250 livres par an. En 1525, le bail est renouvelé à Antoine Pellegrin et Jacques de Villiers, moyennant la somme de 250 livres, plus 200 livres de pot-de-vin et, en outre, d’acquitter les charges, excepté celle de fournir chaque année trois muids de vin au curé de Cormeilles »49.

- « Vers cette époque de 1561-1565, le fermier est un nommé Antoine Samson, dont on possède la teneur bien qu’incomplète du bail pour la châtellenie (dont Pierrelaye) »50.

- « L’ensemble des droits seigneuriaux fut affermé pour neuf ans, le 5 juin 1654, par Colbert, au nom du cardinal de Mazarin, abbé de Saint-Denis, à Claude Chevalier, marchand de Pontoise, sur toute la châtellenie (dont Pierrelaye), et consistant en cens, rentes, avenages, poules, chapons, lods et ventes, amendes de 60 sols et au-dessous, dîmes de grains et vins à la réserve de celles d’Argenteuil, bois, prés et terres labourables, greffe et tabellion de Cormeilles et justice en dépendant, courtage, jaugeage, arpentage et priseur de biens en ladite châtellenie et mesurage du plâtre de la Frette [carrières et port] pour le prix annuel de 2 100 livres et en outre à la charge de payer au curé de Cormeilles 2 muids de grains pour son gros, au curé de Franconville 60 livres, au curé de Montigny 7 livres 5 sols, au prévôt de la Garenne 12 livres 10 sols, au curé d’Herblay les deux-tiers de quatre muids de froment, à Monseigneur l’Archevêque de Paris cinq muids de grains et à son chantre un muid.

- Ce même bail est consenti ensuite à une dame Fréminet, le 19 février 1689, pour 2 200 livres, et à Robert Baudier, bourgeois de Paris, le 1er janvier 1703, pour 1 500 livres »51.

Une lettre à terrier du roi Louis XV, du 10 mai 1748, publiée par Léon Jeanrot, nous confirme la suzeraineté de l’abbaye de Saint-Denis sur la châtellenie comprenant le territoire de Pierrelaye.

« Louis,

Par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre à nos amez et féaux Conseillers les gens terrans [de] nostre grand Conseil Salut. Nos chez et bien amez les religieux, grand Prieur et Abbaye de Saint-Denis en France nous ont fait remontrer qu’ils ont plusieurs droits considérables apartenans à la manse conventuelle de ladite Abbaye et membres dépendans dans leurs terres et seigneuries de Cormeilles-en-Parisis, Herblay, La Frette, Pierrelaye, Montigny, Franconville, Carrières Saint-Denis, La Chapelle Saint-Denis et autres fiefs, terres et seigneuries appartenantes et dépendantes de ladite manse conventuelle, à cause desquelles ou aucune d’icelles, ils sont patrons, fondateurs, présentateurs, curés primitifs et décimateurs de plusieurs églises et paroisses desdits lieux, et ont toute justice et jurisdiction, haute moyenne et basse police, voiries et plusieurs domaines, fiefs, arrière-fiefs, cens et rentes, dixmes, champarts, corvées, auvinages, vinage, rouage, mesurage, étalonage, courtage ; banalités de Fours, moulins, pressoirs et autres droits et devoirs seigneuriaux à prendre et percevoir sur plusieurs maisons, hôtels, manoirs, mazures, bois, […] etc.

Donné à Versailles, le dixième jour du moi de May, l’an de grâce mil sept cent quarante huit et de notre règne le trente troisième – Par le Roy en son conseil. Signé : Voigny »52.


Le bornage de 1551 entre Saint-Denis et le duché d’Anguien

« Un long procès entre les seigneurs de Saint-Denis et ceux de Montmorency se termina le 17 avril 1682 par une sentence en faveur des clercs. Tout avait commencé le 21 avril 1551 lorsque fut fait un bornage fixant les limites des seigneuries appartenant aux religieux de Saint-Denis et celles du Connétable de Montmorency. En effet, partant des conclusions de ce bornage, Anne de Montmorency entendit contester le droit de censive perçu jusqu’alors par les seigneurs ecclésiastiques de Saint-Denis, sur les terres situées au-delà des bornes, du côté de sa seigneurie, et semblant désormais lui revenir. En fait, selon les religieux, ces bornes fixaient une limite nouvelle, attribuant abusivement à la seigneurie de Montmorency des terres qui avaient, jusqu’alors toujours été l’objet de déclarations en faveur des abbés de Saint-Denis »53.

Un plan de séparation des terres des seigneurs de Montmorency, suzerains de la seigneurie d’Herblay (en partie54) et des seigneurs de Saint-Denis, daté de 1681, montre en effet un quadrilatère formé par le « Chemin de Franconville à Pontoise, la Voie Corniolle anciennement la vallée de Jules Cœzad, le Chemin Ferré venant de Boissy et le Chemin qui sépare Mde d’Herblay et Mrs de Saint-Denis » et 6 bornes (soit 967 m) partant en diagonale de la Borne de Marbre (Franconville), vers la Croix Blanche (Franconville/Montigny/Beauchamp), à gauche le « Terrein dont la Chasse a été mise en Conservation », et à droite le « Terrein Compris dans la Sentence de 1681 », comprenant la « mare Épineuse » (cet ensemble représente l’emplacement de l’actuel quartier des Frances à Montigny55).

Le 27 avril 1551, le procès-verbal « extrait du grand bornage » précise, d’une façon officielle, les biens mitoyens entre le connétable de Montmorency et « Messires de Saint-Denis56 ». 25 bornes ont été placées sur le territoire de la commune [de Franconville-la-Garenne]. En voici quelques extraits : « […] La septième de ces bornes est assise joignant le coin de la chapelle de la maladrerie de Saint-Ladre de Franconville distante de la huitième de quatre cent quatre vingt seize (496) pieds. La neuvième est la borne de marbre blanc assise sur le grand chemin. Cette borne a été placée portant trois armoiries, deux de Saint-Denis et une de Montmorency terre en ce lieu […]. La quatorzième borne a également été laissée au lieu-dit « La Croix Blanche », elle était fort ancienne, et, sur une de ses faces, est scellée en pierre de taille une croix blanche57 ».

La Croix Blanche, indiquée dans un acte, de Mathieu IV et de Jeanne de Lévis (sous Philippe le Bel) de décembre 1293, autorisent le droit de garenne, sous certaines conditions, dans les villages mouvants de Montmorency58, ici à la limite des territoires de Taverny, Franconville, Herblay et Montigny. « C’est un lieu-dit existant encore aux alentours de la gare de Montigny-Beauchamp, c’est une croix érigée (sic) en 1518 [1551] à l’angle du « Chemin Ferré » (chaussée Jules César) et du « Chemin d’Herblay à Taverny » (CD 106 – avenue du Général Leclerc/avenue de la Gare), soit près de la fontaine actuelle. Cette croix servait de borne de séparation [en 1551] entres les terres des religieux de Saint-Denis et celles des seigneurs d’Herblay dépendant des Montmorency »59.


Les confins de l’abbaye de Maubuisson

Le cartulaire de l’abbaye de Maubuisson ne nous donne que peu de renseignements sur le territoire de Pierrelaye, la dotation initiale ne concernant principalement que Pontoise, Bessancourt, Frépillon et Méry-sur-Oise60, mais nous précise cependant les limites respectives avec celle-là.

« Vers Pierrelaye, le terroir de Pierrelaye, la sente de Conflans entre deux, à prendre dudit chemin de Pontoise à Pierrelaye jusqu’au chemin de Saint-Prix à celui de Frépillon, dit des Plâtrières, le terroir de Montarcy étant séparé de celui de Maubuisson par des bornes61 […] ».


Situation – Démographie au XVIIIe siècle

« Le territoire de cette paroisse n’est presque que de sables qui ne peuvent porter que du seigle et où il ne croit que du bois de bouleau parmi les grès. Aussi les habitants s’occupent-ils beaucoup à faire des balais. On dirait que quelque rivière aurait couvert ce terrain durant plusieurs siècles, tant il parait stérile et infructueux. Il est vrai qu’en tirant vers Pontoise on trouve des vignes ; mais elles sont sur le territoire de Saint-Ouen [-l’Aumône]. Les religieux de Saint-Denis sont seigneurs de cette paroisse sans y avoir de château ou de ferme.

On m’assura aussi qu’un particulier se disait second seigneur. Malgré la maigreur du terrain on ne laisse pas de compter en ce lieu environs cent feux [400 habitants environ]. Le dictionnaire universel de la France y compte 316 habitants »62.


Sur la route de Paris à Rouen, par Pierrelaye, en 1776

Partons en diligence avec Louis Denis63 en empruntant son guide « Le Conducteur Français », publié en 177664. Nous ferons halte au Cabaret de Pierre-Laye, pour admirer le territoire environnant. La diligence de Paris à Rouen part du bureau des Messageries royales, situé à cette époque rue Saint-Denis. Puis elle sort de Paris, se dirige vers la Chapelle-Saint-Denis, Saint-Denis, Épinay, Sannois, Franconville, Pierrelaye65, avant d’atteindre Pontoise à 8 lieues de la capitale.

« […] Vis-à-vis de la treizième borne milliaire, qui est à gauche on voit du même côté, le moulin et le château d’Herblai, le village est un peu plus loin sur la Seine ; et à droite le chemin, qui conduit au château de Beauchamp qui de l’autre côté du bois, à 3 quarts de lieue de la route.

En suivant la route, on aperçoit que des vignes et des arbres fruitiers ; le bois qui est à droite dans la plaine n’est rempli que de bouleaux, à l’usage des habitants de Pierre-Laye.

Regardez devant vous, vous apercevrez la ville de Pontoise. Passez devant un moulin à vent et une auberge, qui étoit abandonnée au mois d’Avril dernier. En descendant, passez à côté de la croix de Pierre-Laye66 qui est à droite, elle mérite d’être examinée ; elle est entourée d’une haie vive qui forme un carré élevé. L’on prétend que c’étoit autrefois le cimetière de Pierre-Laye, qui étoit dans cet endroit, et qui ayant été détruit dans le tems des guerres, il fut rebâtit où il est aujourd’hui sur la route des Romains qui le traverse.

À côté de cette croix on voit un puits comblé et deux souterrains. On assure, qu’il y a environ 20 ans, un habitant de Pierre-Laye y avoit trouvé en fouillant un petit baril de vin, et un autre habitant il y a 5 ou 6 ans, y avoit trouvé des ustensiles de cuisine singulièrement faits.

Le chemin qui est à côté va à Pierre-Laye, village avec un château et un parc, appartenant à M. Aubri.

Les habitants de ce village ne sont occupés qu’à faire des ballets ; ils en envoyent toutes les semaines à Paris un nombre considérable ; c’est ce seul commerce qui les fait vivre : le bois qui est à côté leur est d’une grande utilité pour cet objet.

Les moines de St Denis sont Seigneurs de cet endroit : ils sont chargés de l’entretien de la croix ; il paroît qu’elle est assez négligée car elle tombe en ruines.

Descendez la côte, passez devant une auberge que l’on vient de bâtir, et qui est d’une très grande commodité pour les gens à pied : il falloit faire trois lieues sans rencontrer un seul endroit. La vue est barrée à gauche par une côte, au haut de laquelle se trouve la ferme des Courelins […] 7 lieues de Paris »67.


La route de la Patte d’Oie d’Herblay enfin pavée en 1782

« C’est dans une assemblée d’habitants tenue le 26 décembre 1781, sous le portail de l’église, que furent décidés la réfection et le pavage de la grande rue qui part de la Seine pour rejoindre la route de Paris à Pontoise à la Patte d’Oie. Avant cela ce n’était qu’un chemin de terre impraticable dans la mauvaise saison. Les travaux furent confiés aux frères Desjardins, entrepreneurs à Presles, près Beaumont. Les pavés et bordures de grès furent pris à Pierrelaye et Beauchamp68 […] ».


La ferme des Courlains

Les Courlains, Courelins ou Corlins au XVIIe siècle, consistent vers 1781 surtout en un grand bois et une ferme, sur le territoire de Pierrelaye, au nord du carrefour du chemin des Bœufs et de celui de Pontoise à Herblay. La ferme des Courlains est signalée sur le plan Trudaine69 (1745-1780), et sur le plan d’Intendance d’Herblay : « Feuille particulière pour les terres appartenant aux habitants de Conflans-Sainte-Honorine. Duchêne, arpenteur royal à Cergy, vers 1781 »70.

« Le Bois des Courlains devait former écran entre plusieurs limites communales. Cet ensemble est installé en grande partie sur la colline du Bois du Tertre et sur la ligne de partage des eaux entre les bassins versants de la Liesse et de la ravine de Conflans-Sainte-Honorine71 ».

La ferme des Courlains, en ruine en 1782, s’étend le long du chemin de Pontoise à Herblay, à l’ouest du chemin de Conflans [-Sainte-Honorine] à Méry [-sur-Oise]. Elle donnera son nom à un quartier limitrophe d’Herblay.


Un moulin à vent à Pierrelaye ?

Quel sont les moulins à vent, de l’extrémité ouest de la vallée de Montmorency, qui ont fonctionné depuis le Moyen Âge ? Y a-t-il eu un moulin à vent fonctionnant à Pierrelaye ?

Taverny possède deux moulins, l’un à Montubois, l’autre à Beauchamp. Connu dès 158372, son meunier Loys de Russan est aussi charpentier. Le dernier acte trouvé est une prisée de 1671.

À l’extrémité de la butte témoin de Cormeilles, sur le territoire de Montigny, se trouve le Moulin de la Garenne. Il est édifié sur une place cédée par les religieux de Saint-Denis le 22 septembre 1754 à Antoine Sanson73, vigneron à Montigny. En 1778, un plan du bois appartenant à l’abbaye de Saint-Denis, nous en précise l’emplacement74. Cette année-là, un charpentier nommé Michaux en est propriétaire75. Ces meuniers sont bien connus. En l’an X, lors du recensement des moulins, l’exploitant est toujours Denis Cartier, mais il est indiqué qu’il ne tourne que trois mois par an76. Situé au nord du fort de Cormeilles, près de la rue de Verdun.

Mais, finalement, nous ne retrouvons la mention de la localisation de ce moulin à vent qu’en suivant Charles Lefeuve (1818-1882), qui donne dans son Tour de la vallée77, à la rubrique Beauchamp, l’indication suivante : « Quant à l’ancien domaine de Beauchamp[s], il se partage entre Pierrelaye, Le Plessis-Bouchard et Taverny. Un bois, des ruines, une maison et un moulin y portaient simultanément la dénomination de Beauchamp[s] au commencement du XVIIIe siècle ».

C’est ce dernier, enfin, le « Moulin de Pierrelaye», qui est figuré sur le plan d’Intendance de Pierrelaye et d’Herblay, en 178278, situé pourtant sur le territoire de Pierrelaye, et qui est ainsi localisé : « Un moulin à vent se dressait près de l’angle du chemin d’Herblay avec la Grande Route, devenue l’avenue du Général Leclerc ».


Une multiplicité de buttes dans le paysage

Plusieurs anciens lieux-dits de la plaine de Pierrelaye évoquent des monticules parfois représentés sur les plans du XVIIIe et du XIXe siècle : Butte à Mousse, Butte Rouge, Buttes des Petites-vignes et du Petit-Terroir, chemin de la Butte à la Bergère. Ces petits accidents de relief, principalement implantés dans un milieu sylvestre, le long de la chaussée Jules César, signalent peut-être des déblais de carrières. Si cette hypothèse se confirmait, il s’agirait d’exploitations anciennes de grès et de sables de Beauchamp qui constituent le substratum du plateau tertiaire.

Nous avons déjà rencontré ce type de reliefs dans la plaine sur le territoire de Méry-sur-Oise, dans la Garenne de Maubuisson79, mais aussi sur des hauteurs comme celle de la butte témoin tertiaire de Cormeilles-en-Parisis/La Frette, entre Herblay et Montigny-lès-Cormeilles. Il s’agit de la Butte de la Thuile80, au lieu-dit Monticellis, Le Montcel, où il s’agit précisément d’anciennes carrières de gypse saccharoïde ou pierre à plâtre. Huit « tertres » sont visibles sur un plan du XVIIIe siècle81. Ils portent les noms suivants : le(s) Tartrogon(s), le Tartre Mulet, le Tartre Feuillu, le Tertre Frileux. On remarque que, sur le coteau de Seine, le terme « butte » du plateau de Pierrelaye est remplacé par « tartre », « l’ancien nom médiéval de tertre, c’est-à-dire le monticule, l’éminence isolée, comme dans le Tertre-Saint-Denis (78), le Tartre-Gaudran (78), et bien sûr, Saint-Martin-du-Tertre (95), qui était un lieu désert au XIIe siècle, avant l’accord entre l’abbé de Saint-Denis et le comte de Beaumont[-sur-Oise], pour la création ex nihilo du village correspondant »82.

Mais pour la plaine de Pierrelaye, terre de chasse, ne s’agirait-il pas de ces « buttes à connins », connues au moins depuis le Moyen Âge, petits tumulus sablonneux d’une dizaine de mètres de diamètre, entourés d’un fossé, sortes de garenne emprisonnant lapins, faisans et perdrix destinés à la chasse, en particulier dans la vallée de Montmorency, avec les chasses du prince de Conti, autour du bois de Boissy et dans la plaine de Méry-sur-Oise/Pierrelaye, dont on conserve encore quelques vestiges exemplaires dans la forêt du domaine épiscopal de Sainte-Pience (Manche)83 (d’une superficie de 150 ha), en Normandie ?


Trois croix et deux bornes sur le plan d’Intendance de 1782

À la période médiévale, les croix jalonnaient les carrefours et les limites de terroirs, pour Pierrelaye. Peu d’entre elles ont perduré, à l’exception de :

- La Croix Guillot, canton à l’extrémité sud-est du village, au carrefour des chemins de Pierrelaye à Erblay et de Pontoise à Erblay,

- La Croix de Pierrelaye, sur la Grand Route de Pontoise, mentionnée, comme nous l’avons vu sur le guide Le Conducteur Français de 1776, comme le lieu de l’ancien cimetière du village, entourée d’une haie vive, et dont l’entretien était à la charge de l’abbaye de Saint-Denis,

- Enfin une autre croix, sans nom, à l’extrémité sud-est du village, en limite de la paroisse de Saint-Ouen-l’Aumône, figurée également sur le plan d’Intendance de Pierrelaye de 1782.

Enfin deux bornes de chasse des Bourbon-Condé, datant du XVIIe siècle, dont La Chaise au Renard, localisée au nord-est du village, sur le chemin de Bessancourt, et la seconde, sans nom, sur le chemin Ferré (la chaussée Jules César), repérée en 188284, et où elles ont été retrouvées déchaussées dans un fossé du parc de M. Barrachin, en 197085.


Une chasse aux lapins peu commune, le 17 mars 1789

Jean Aubert, dans son ouvrage Évènements mémorables du Val d’Oise, nous conte cette histoire peu commune de l’histoire de la plaine de Pierrelaye à la fin de l’Ancien Régime.

« Dans les dernières années de l’Ancien Régime, la prolifération des lapins et des lièvres causait de grands ravages aux cultures. Aussi les paysans des villages où se trouvaient des réserves de chasse appartenant au prince de Conti commencèrent-ils à s’organiser pour lutter contre ces animaux… qu’ils n’avaient pas le droit de chasser.

Cergy, Saint-Ouen-l’Aumône, Herblay, l’Isle-Adam, furent parmi les villages les plus actifs. On retournait les terriers à la houe, on assommait les lapins qui fuyaient…

« Les 12, 13, 14, 15 et 16 mars [1789], écrit, le jour suivant, le procureur fiscal des Condé, les habitants de Conflans [-Sainte-Honorine] se sont également révoltés contre le lapin, ceux d’Éragny continuent, ceux de Saint-Ouen-l’Aumône, ceux de Pierrelaye et d’Herblay, chacun dans ce qui est son territoire, ont, par attroupements considérables, continué la destruction des terriers et lapins et ce qu’ils prennent, ils l’emportent, défendant avec menaces aux gardes-chasse de les approcher… Le terroir d’Herblay est encore infesté de quatre bandes de braconniers qui, avec houes et hoyaux, détruisent les terriers. Le garde Mesurer en a vu dix de la paroisse de Saint-Ouen-l’Aumône à lui inconnus, six d’Herblay dont il n’a reconnu que… ».

On comprend pourquoi les Cahiers de Doléances font tant écho à la nécessité de détruire le gibier86… ».


La paroisse de Pierrelaye sous l’Ancien Régime

La paroisse porta les noms successifs en latin, puis en français de Petra lata, Pierre late, Pierre-lez, Pierre-Laie, Pierrelaie, Pierelaye, Pierlay(e), Pierrelaye.

Elle appartenait au doyenné de Montmorency, qui se nommait autrefois doyenné de Gonesse, et quelquefois aussi doyenné de Sarcelles87. On disait déjà, au XVIe siècle, doyenné de Montmorency88. La cure apparaît dans le pouillé de la Province de Sens, Diocèse de Paris, In decanatu de Gonessa, au doyenné de Gonesse, écrit vers 120589. Elle fait partie du Diocèse de Paris, de l’Archidiaconé de Paris, et du Doyenné de Montmorency, son vocable est à S. Jean-Baptiste, son érection est probablement du XIIe siècle, ses collateurs sont : De donatione episcopi (l’évêque au Pouillé du XIIIe siècle), et les religieux de Saint-Denis (au Pouillé du XVIIIe siècle) et son présentateur est l’Archevêque de Paris90.

Il est à noter aussi que Pierrelaye, qui était le siège d’une paroisse ecclésiastique depuis longtemps, avait été distrait de la collecte d’Herblay par l’arrêt du Conseil du 14 octobre 1706 pour former une collecte particulière91.


Pierrelaye administratif

Anciennement, communauté de la Généralité, de l’Intendance et de l’Élection de Paris, subdélégation d’Enghien, paroisse du diocèse et archidiaconé de Paris, doyenné de Montmorency.

À dater de 1790, commune de l’arrondissement et du district de Pontoise, canton de Taverny.

À dater de 1801, commune du district de Pontoise, canton de Pontoise.

À partir de 1964, commune du département du Val d’Oise, de l’arrondissement de Pontoise et canton de Beauchamp.

La commune à une superficie de 966 hectares. Elle est située à 25 km au nord-ouest de Paris sur la rive droite de la Seine et la rive gauche de l’Oise, dans le département du Val d’Oise, et la région Île-de-France. Elle se situe à l’extrémité occidentale du département du Val d’Oise, à la limite des Yvelines. Elle possède des limites communes avec les communes de Saint-Ouen l’Aumône, Méry-sur-Oise, Bessancourt, Beauchamp, Montigny-lès-Cormeilles, et Herblay, dans le département du Val d’Oise.


L’évolution démographique sous l’Ancien Régime

Au début du XVIIIe siècle, les chiffres de la population de Pierrelaye sont de l’ordre de : 66 feux, soit environ 264 habitants, en 1713, contrairement aux chiffres plus importants signalés par l’abbé Jean Lebeuf de 316 et de 400 habitants92. La population Pierrelaysienne progresse lentement dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle pour atteindre 119/143 feux, soit 476/572 habitants, en 1785 et connaît une augmentation notable à la période révolutionnaire : 600 habitants en l’an 1790, soit une population multipliée par 2,27 en 77 ans93. Cette progression est probablement due à plusieurs facteurs combinés : la baisse de la mortalité, la montée du nombre de naissances, et l’accroissement de l’émigration.

Le changement de limite territoriale

Le changement de limite territoriale principal a eu lieu le 30 mars 1922 sur le terroir de Pierrelaye, qui perd des territoires au profit de Beauchamp, érigé en commune distincte94.

À l’issue d’une longue mise au point, le 30 septembre 1922, le président de la République, Monsieur Millerand, promulgue la loi créant la commune de Beauchamp95 à partir des communes voisines de Taverny, Pierrelaye, Montigny-lès-Cormeilles.

Plus de vingt années de négociations trouvent ainsi une heureuse conclusion. Les pétitions demandent 502 hectares… La réponse est à la baisse :

« Il sera accordé 293 ha 19 a 09 ca se décomposant ainsi :

- Venant de Taverny, 222 ha 19 a 60 ca,

- Venant de Montigny, 26 ha 20 a 76 ca,

- Venant de Pierrelaye, 44 ha 78 a 73 ca. »


L’évolution démographique aux XIXe et XXe siècles

Pendant des siècles, les activités agricoles, de maraîchage et viticoles96, ainsi que l’exploitation artisanale des grès et sables de Beauchamp dans la plaine, rythment la vie des Pierrelaysiens, dans un cadre traditionnel. Mais l’arrivée du chemin de fer en 1846, avec l’ouverture au trafic de la ligne de Paris-Nord à la Belgique, avec l’ouverture de la station d’Herblay (1847, à la demande de M. Robinet, maire de Taverny), puis dite d’Herblay-Montigny (actuelle gare de Montigny-Beauchamp) et la création tardive d’une station à Pierrelaye (ligne de Paris-Nord à Pontoise), en 1881, attire une population nouvelle et modifie brutalement la répartition des domaines agricoles, par la vente et la parcellisation des certains domaines, au profit de la construction de l’habitat particulier, puis surtout collectif.

En 1806, la population pierrelaysienne est de 733 habitants, les chiffres augmentent notablement avec 1178 habitants en 1896, ce qui signifie une population multipliée par près de 1,60 en 90 ans. Pour le XXe siècle, cette croissance, après une stagnation, deviendra ensuite plus importante, avec 1711 habitants en 1906. Elle passe à 4606 habitants en 1968, soit une population multipliée par 2,69 en 62 ans.

Son tissu urbain a été profondément modifié. De nombreux établissements industriels, et de services, des résidences se développent autour des accès routiers et autoroutiers (RD 14, A15), ferroviaires (RER C), bien améliorés, ce qui entraîne la disparition des cultures ancestrales du terroir, surtout sur la plaine, qui étaient encore en maraîchages très actifs en 1960, et dont les activités ont été arrêtées temporairement puis définitivement, en 1999 et 2000, pour ce qui concerne la production des cultures légumières et aromatiques sur les parcelles où ont été épandues des eaux usées.

La population actuelle est de 7 635 habitants (2007), ce qui indique une population multipliée par 4,46 en 101 ans, chiffre d’une démographie assez faible pour la vallée de Montmorency, depuis le début du XXIe siècle.


Les maraîchers de Pierrelaye au XIXe et XXe siècle

Pierrelaye était la plaine maraîchère la plus renommée de la vallée97, avec celle d’Achères, pour sa production, mais aussi pour la même raison, l’épandage, avec l’utilisation des eaux résiduaires de la Ville de Paris. Grâce à Béatrice Cabedoce et à son équipe, qui ont réalisé une étude complète sur le sujet et une exposition en 2002 : « Eaux usées, usages de l’eau, épandage et maraîchage dans la plaine de Méry-Pierrelaye », nous allons parcourir le sujet en huit thèmes principaux.


L’émissaire général des eaux usées : un cordon technique reliant la plaine à la capitale

« Depuis 1861, l’effluent des égouts parisiens conçus par l’ingénieur Eugène Belgrand98 aboutit en Seine à Clichy. Les rives du fleuve et la qualité de l’eau ne cessent de se dégrader. En l’absence d’autre procédé fiable d’assainissement, l’épandage agricole, préconisé par l’hydraulicien Adolphe Mille, apparaît comme seul efficace. La loi du 10 juillet 1894 impose à la Ville de Paris le traitement de la totalité de ses eaux d’égouts, dans un délai de cinq ans, sur des champs mis en culture.

Les ingénieurs du service de l’Assainissement conçoivent un émissaire général, destiné à acheminer ces eaux vers les zones d’épandage de Gennevilliers puis jusqu’en Seine-et-Oise, sur le Parc agricole d’Achères inauguré en 1895. En 1899, devant l’accroissement des volumes d’eau usée et donc devant l’insuffisante surface des champs d’épuration, la Ville de Paris prolonge l’émissaire général jusqu’à Carrières-Triel. Elle décide alors d’utiliser des terrains libres, à Méry et Pierrelaye, acquis trente années auparavant par le préfet Hausmann99 pour l’aménagement d’une nécropole parisienne (projet finalement abandonné)100.

Bassins de décantation primaire, usines de relevage des eaux à Clichy, Colombes et Pierrelaye, traversées de la Seine, de l’Oise et du ravin de la Frette en aqueducs ou siphons : la réalisation de l’émissaire, long de 28 km, constitue une prouesse technique. Édicules et colonnes d’aération marquent encore aujourd’hui le parcours de la canalisation enterrée, comme à Herblay et à Conflans-Sainte-Honorine ».

Au cœur du système, l’usine élévatoire

- 1896 : enquête d’utilité publique pour la construction de l’usine de Pierrelaye, destinée à refouler les eaux usées sur les points hauts de la plaine. Le bâtiment est construit en 1897 et mis en service le 1er avril 1899. À ses débuts, l’usine fonctionne grâce à deux machines à vapeur alimentées par quatre chaudières et peut alors relever 10 000 m3 d’eau par jour.

Très vite, sa puissance s’avère insuffisante : en 1901, on double la capacité de refoulement par une seconde phase de construction et l’acquisition de quatre autres machines à vapeur. En 1903, afin d’absorber les rejets parisiens, toujours plus importants, on étend les terrains irrigables sur Bessancourt et Frépillon. L’usine n’est électrifiée qu’à partir de 1950.

Très symboliquement, la rue où se trouve l’usine élévatoire est nommée rue de la Ville de Paris, et, comme pour banaliser son territoire, la capitale marque de ses armes le pignon de l’usine et édifie, en sentinelle, un blason dans le petit jardin situé à l’angle.

Les plans, réalisés par les ingénieurs du service de l’Assainissement de la Ville de Paris, font appel aux méthodes de construction modernes de l’époque : structure métallique et remplissage de briques.

Cœur du système d’épandage, l’usine propulse dans la plaine le sang noir des eaux usées grâce à un maillage souterrain de 71 km de conduites en ciment armé de 2 m à 30 cm de diamètre. 980 bouches d’irrigation permettent aux agriculteurs de diriger le flux dans les rigoles.

La zone d’épandage est divisée en cinq secteurs : trois secteurs hauts alimentés à tour de rôle par l’usine et deux secteurs bas sur lesquels l’eau s’écoule naturellement, par gravitation. À côté du domaine affermé de la Haute-Borne, enclave parisienne de plus de 500 ha, les cultures libres s’étendent sur 1 200 ha. Elles sont exploitées par des cultivateurs locaux qui n’irriguent qu’en fonction de leurs besoins. Au contraire, le fermier de la Haute-Borne est obligé, selon le bail qu’il a passé avec la Ville de Paris, de prendre l’ensemble des volumes d’eau usée non utilisés par les cultivateurs ».

Une mise en valeur ancienne et locale de la plaine de Pierrelaye

« La plaine de Pierrelaye, zone naturellement basse située entre les buttes témoins tertiaires de Taverny et de Cormeilles, relie le nord de Paris à la vallée de l’Oise. Ce passage a permis de joindre très tôt la capitale à la Manche, par les routes Paris-Rouen (chaussée Jules César) et Paris-Dieppe (ancienne route de Gisors101). À l’ouest la plaine est fermée par l’axe qui suit la vallée de l’Oise (route de Conflans).

La mise en valeur des ressources de ce territoire est ancienne : captage des eaux, exploitation de la pierre et des végétaux. Terres agricoles, cultures maraîchères, vignes et bois couvrent la plaine. L’hydrographie est structurée par le réseau hydraulique de l’abbaye de Maubuisson, qui s’articule autour du ru de Liesse. Son cours est barré par quatre digues retenant des étangs destinés à l’élevage du poisson et à la régulation du canal qui traverse les bâtiments monastiques. Des sources locales alimentent la fontaine du cloître en eau potable.

À cette organisation locale, qui suit naturellement la pente du site vers l’Oise, succède dans la seconde moitié du XIXe siècle un système imposé de l’extérieur. Le caractère sableux de cette zone, jugée stérile par les chroniqueurs, lui vaut d’être choisie par Hausmann et Belgrand en fonction de besoins nouveaux. Dans ce cas, comme auparavant, la plaine est utilisée pour une fonction humaine fondamentale : l’approvisionnement en eau et le rejet de déchets, mais il s’agit désormais de répondre à des besoins nouveaux, liés à une politique d’aménagement de la capitale ».

Une banlieue vouée à recycler les déchets de la ville

« La plaine de Méry–Pierrelaye témoigne ainsi de la capacité régénératrice de certains espaces, capables d’absorber, d’épurer puis de produire à nouveau pour la ville. Auparavant peu fertile, la plaine devient progressivement un territoire de banlieue dont le devenir se décide désormais à Paris. Mais les rapports se durcissent entre les communes de Seine-et-Oise et la capitale, accusée de vouloir empoisonner sa périphérie en y rejetant ses déchets. Localement, les conflits se cristallisent autour de l’appropriation et des usages de l’eau. Ils opposent des communautés aux intérêts divergents : ingénieurs parisiens soucieux d’épurer des masses toujours plus considérables d’eau et cultivateurs préoccupés de rentabilité. Dès la mise en service des champs d’épandage, les nuisances apparaissent : infiltrations de puits et carrières, inondations, mares stagnantes et malodorantes. La régulation du réseau technique est délicate. Autour du principe d’épuration agricole, ces nuisances relancent des polémiques qui ne cesseront plus ».

La Haute-Borne : une ferme modèle de la Ville de Paris

« La Ville de Paris a aménagé plusieurs fermes dans ses domaines d’Achères et de Carrières. À Méry, elle prévoit une construction nouvelle adaptée à l’élevage. L’ingénieur agronome Paul Vincey dresse les plans de la future « ferme modèle » et organise, avec le fermier locataire, le fonctionnement de l’exploitation qui doit répondre aux nécessités de l’épuration et être rentable.

Le plan allie une division stricte des services pour des raisons d’hygiène et de sécurité et un groupement des bâtiments pour la commodité du service intérieur.

L’organisation symétrique est recherchée comme principe esthétique mais surtout pour faciliter la surveillance. Le point de départ de l’axe est la maison du fermier. Les services principaux sont regroupés de ce côté : laiterie, forge, écuries, magasins. À l’opposé, côté champs, sont placés la salle de préparation des aliments du bétail et les silos à fourrages.

Les employés réguliers sont nourris à la cantine qui fait aussi office d’économat pour les ouvriers agricoles recrutés à la journée. Les premiers employés, 125 en 1900, sont logés au-dessus des étables. Par la suite on construit de petits logements au voisinage et deux maisons pour les chefs de culture à l’entrée de la ferme.

Les plans de l’étable-vacherie reflètent les préoccupations des agronomes du XIXe siècle. Le souci principal est d’aérer sans refroidir. L’hygiène est facilitée par un sol pavé et par l’établissement de couloirs séparés pour l’approvisionnement, le transport du lait et l’enlèvement du fumier, le tout par voie ferrée. Des bouveries en plaine complètent les bâtiments ».

Produire pour « le ventre de Paris »

« Au prix d’un labeur acharné et d’un savoir-faire bien particulier, fermier de la Ville de Paris, cultivateurs indépendants et ouvriers agricoles réussissent à tirer partie des eaux qui leur sont imposées. Le maraîchage s’avère approprié aux irrigations intensives. Sur le domaine de la Haute-Borne, les légumes de plein champ remplacent progressivement les prairies. La diversité des cultures permet d’échelonner les récoltes, mais nécessite une main-d’œuvre abondante.

Entre avril et octobre, les saisonniers affluent, de la banlieue parisienne puis de province -Bretons, Picards, Normands - et de l’étranger : Belges, Polonais, Italiens, Yougoslaves, Tchèques, Espagnols puis Portugais, Turcs… Ils sont recrutés pour la saison ou se louent à la journée, encadrés par des tâcherons. À côté du domaine de la Ville de Paris où s’affèrent plus de 500 personnes en été, les petites exploitations familiales dominent. L’agriculture demeure longtemps peu mécanisée.

À Pierrelaye, dans les années 1950, tous vivent directement ou indirectement des épandages : approvisionneur prospère assurant le transport et la vente aux halles de Paris, exploitant, ouvrier agricole, irrigateur, charretier, bouvier, vacher, mécanicien, chauffeur, maréchal-ferrant, charron, sellier-bourrelier, vannier, employé et cantonnier de la Ville de Paris. Mais les journées sont longues pour celui qui travaille à la tâche, irrigue de nuit ou part le soir aux halles pour ne rentrer qu’au petit matin ».

Un milieu façonné par cent années d’épandage

« Véritable mosaïque où les zones dégradées par les irrigations et les zones préservées se côtoient, la plaine est un milieu artificiel, façonné par l’homme. L’épandage a entraîné une dégradation des boisements antérieurs caractéristiques des sols pauvres et sableux, constitués à l’origine de chêne sessile, chèvrefeuille, fougère, muguet… Par la suite d’un excès en matières nitratées organiques (eutrophisation), les zones irriguées se sont dégradées. Cela a favorisé l’implantation d’espèces nitrophiles très banales comme l’ortie ou le géranium herbe à Robert. Cependant les quelque 360 plantes recensées témoignent aujourd’hui de la biodiversité du site.

Espace peu fréquenté et spécifique en Île-de-France du fait de la présence de bassins de décantation riches en matière organique et en invertébrés, donc en éléments nutritifs, la plaine offre des opportunités pour les oiseaux d’eau nicheurs – vanneau huppé, petit gravelot – et migrateurs. C’est le site du Val d’Oise, l’un des dix sites en Île-de-France, le plus recherché par les petits échassiers : gravelots, chevaliers et bécasseaux. Les canards colvert hivernant dans le parc du château de Méry102 viennent également s’y alimenter ».

Un territoire en quête d’usage

« Si le principe d’épuration agricole a provoqué, dans la seconde moitié du XIXe siècle, de violentes polémiques, c’est parce qu’il était fondé sur le caractère ambivalent de l’eau usée : élément fertilisant et déchet dont il faut se débarrasser. Ce double aspect a donné aux champs d’épandage leur image contrastée. C’est à l’époque, l’image même de la banlieue parisienne, succession de jardins et d’usines. Aujourd’hui, sous l’effet des polluants notamment, l’eau usée n’est plus qu’un déchet « sale » et les champs d’épandage, des lieux stigmatisés.

Les nuisances ont contribué à relancer la notion de risque, très tôt dénoncé par les hygiénistes et à instaurer les premiers principes de précaution. Au fur et à mesure, des procédés d’épuration plus efficaces sont apparus et les sensibilités en matière d’hygiène et de salubrité se sont affinées. Aux préoccupations sanitaires se sont ajoutées des préoccupations environnementales, puis la notion, récente, de développement durable. La prise en compte de l’impact du contexte technique, économique et social sur l’évolution de la perception des risques et sur les prises de décision permet désormais de nuancer les propos et de relativiser les images que le système a suscitées.

Aujourd’hui, la plaine de Méry–Pierrelaye est devenue banlieue des zones urbanisées proches et assume la triple fonction d’espace résidentiel au pourtour, de réserve foncière en son centre et, malheureusement, de dépotoir un peu partout. Face à un avenir incertain, il s’agit pour les six communes regroupées en Syndicat intercommunal103 de mettre en avant les atouts de cette zone encore verte – résultat paradoxal des cent années d’épandage qui ont permis de fixer un paysage – pour permettre aux populations anciennes ou nouvelles de se réapproprier un territoire »104.

L’avenir de la plaine se dessine

« Avec le classement de 427 hectares de la plaine de Bessancourt-Herblay-Pierrelaye en espace naturel sensible, le conseil général protège et valorise ce maillon essentiel de la ceinture verte régionale. Cette mesure va permettre de restaurer les boisements dégradés et d’aménager ce site pour l’accueil du public. Elle permet aussi de faire progresser le projet de création d’une nouvelle forêt francilienne sur la plaine, en étroite concertation avec les communes concernées »105.


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1 Cette charte, d’aveu et dénombrement, de Mathieu le Bel à l’abbaye de Saint-Denis est maintenant bien datée par les historiens de 1146. Cf. Renaux (D.), Villiers le Bel 1428-1499, Thèse ÉHÉSS, Paris, 1981, p. 68-69 (traduction de l’aveu et dénombrement dit de « 1125 » par François de Gandt).

2 Lebeuf (abbé J.), Pierre-laie, in Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, t. 2, Paris, Prault Père, 1755, ré-éd. libr. Féchoz et Letuzey, 1883, p. 76-78. Cf. notre étude étymologique en annexe 1.

3 Roblin (M.), Le terroir de Paris aux époques gallo-romaine et franque, 2e éd., A. et J. Picard, Paris, 1971, p. 122, 191, 201.

4 Abert (F.), Pierrelaye, in Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.), Carte archéologique de la Gaule, Le Val d’Oise 95, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 370-371.

5 Wabont (M.), Pierrelaye, Rives de Seine, in Archéologie et histoire du Val d’Oise, SDAVO, CGVO.

6 Hurard (S.), Wabont (M.), Les adductions de l’abbaye cistercienne de Maubuisson à Saint-Ouen-l’Aumône (Val d’Oise) : Fouille des réseaux hydrauliques, des captages médiévaux et modernes de la source de La Vacherie (gare de Liesse) in BAVF-VO, n° 39, Année 2007, p. 95-113.

7 Distance donnée dans un mémoire de 1765, Arch. départ. Val d’Oise, 72 H 158.

8 Arch. départ. Val d’Oise, 72 H 52.

9 Cf. notre article « L’échec d’un projet de canal dans la vallée de Montmorency ».

10 Mitard (P.-H.), Le Vexin Français à l’époque gallo-romaine, Esquisse archéologique, in Mémoires SHAP-VOV, t. 67, (1977), Pontoise, 1979, p. 9-24.

11 Robert (S.), Travaux sur la voie romaine, in Lumières n° 40, supplément à Vivre en Val d’Oise, n° 119, janv.-fév.-mars 2010, p. 12-13. Une étude récente, en juillet 2009, le long de la RD 159, entre les limites des communes de Commeny et de Guiry-en-Vexin, semble le confirmer.

12 Le Saint Allain (M.), Taverny, in Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.), Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 419.

Ducoeur (G.), Taverny, habitat gallo-romain du Ier au IIIe siècle, in Bull. JPGF, n° 2, 1973, p. 16-19.

13 Cf. notre article : « La chaussée Jules César et le vicus d’Ermont. Les sites gallo-romains de Taverny ».

14 Dutilleux (A.), Recherches sur les routes anciennes dans le département de Seine et Oise, 1881, p. 494-558 ; et l’Enquête, 1882.

15 Lefèbvre et Rémy, Monographie 1900 des instituteurs d’Herblay, 1899, 33 p., 9 photos, ADVO.

16 Roblin (M.), op. cit., p. 122.

17 Vers le XIIe siècle seulement la route fut déviée vers le nord, par suite du déplacement du bourg de Pontoise, quittant la rive droite de la Viosne pour s’établir de l’autre côté [sur l’éperon rocheux].

18 Forget (G.), Pierrelaye – notes d’archéologie et d’histoire, inédit, 1998, 21 p.

19 Cf. Longnon (A.), « Pouillé de la Province de Sens », in coll. Recueil des Historiens de la France, Pouillés n° 4, Imprimerie nationale, Paris, 1904, LXXXV-790 p.

20 Montarcy est un hameau avec une grange appartenant aux cisterciens de l’abbaye Notre-Dame du Val à Mériel. Dans le pouillé du XVIIIe s. il possède donc une chapelle considérée ici de la paroisse de Pierrelaye, nous pensons qu’il s’agit là d’une erreur, en effet, dès l’origine, au XIIe s. c’est un écart de Méry-sur-Oise. Cf. Foucher (S.), Notre-Dame du Val, abbaye cistercienne en Val d’Oise, éd. du Valhermeil, 1998, 289 p., en part. p. 199-203 et 261.

21 Roblin (M.), op. cit., p. 191.

22 Hue (R.), Histoire d’un village du Parisis, Montigny-lès-Cormeilles, des origines au XVIIIe siècle, 1981, 453 p., en part. p. 107-109.

23 Cf. notre article « Histoire générale de Taverny ». Diplôme du roi Pépin à l’abbaye de Saint-Denis.

24 Roblin (M.), op. cit., p. 241-246.Voir aussi supra la référence de la note 13.

25 Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 520 et p. 581.

26 Interprétation citée dans Abert (F.), in op. cit., p. 370-371.

27 Le Grand (L.), Les Maisons-Dieu et léproseries du diocèse de Paris au milieu du XIVe siècle, d’après le registre de visites du délégué de l’évêque (1351-1369), in Mémoires de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile de France, t. 24, 1897, p. 170-173 (Franconville). Cité par Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980, p. 44.

Touati (F.-O.), Archives de la lèpre. Atlas des léproseries entre Loire et Marne au Moyen Âge, CTHS, 1996, p. 305-324.

28 Ibidem.

29 L’abbaye de Notre-Dame de Livry, Sancta Maria de Livriaco in Alneto, fut fondée, dans la forêt de ce nom, autour d’une chapelle de la Sainte Vierge, par Guillaume de Garlande, seigneur du lieu, et Idoine, son épouse, en 1186. Ses premiers chanoines, de l’ordre de Saint-Augustin, furent tirés de Saint-Vincent de Senlis. Cf. Beaunier (dom), La France monastique, Province ecclésiastique de Paris, t.1er, libr. Vve Ch. Poussielgue, Paris, 1905, p. 62-63. Actuellement Livry-Gargan, chef lieu de cant., arr. du Raincy (Seine-Saint-Denis).

30 Ces actes nous incitent à penser que les seigneurs « de Pierrelaye » résidaient maintenant, et depuis une période indéterminée, mais au moins depuis le XIIIe siècle, à Clichy, dans la région dite « de l’Aulnois ».

31 Abrégé historique de Notre-Dame de Pontoise, Édition 1724, p. 55.

32 Lebeuf (abbé J.), « Pierre-laie», in op. cit., p. 76-78.

33 Depoin (J.), « Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise », fasc. 2, Publ. SHV, Pontoise, 1896, Acte CLVII, p. 122-124.

34 Concernant Petrus Aper miles, Pierre Sanglier, voir supra note 1 et infra, note 139.

35 Depoin (J.), Ibidem, fasc. 1, 1895, Acte CXXXIII, p. 108-109.

36 Depoin (J.), Ibidem, fasc. 2, 1896, Acte CLXXXIX, p. 149.

37 Depoin (J.), Ibidem, fasc. 2, 1896, Acte CCXX, p. 169-170.

38 Bornet (R.), Bessancourt des origines à la Belle-Époque, éd. municipales, Bessancourt, 1989, p. 62.

39 Cf. Depoin (J.), Ibidem, fasc. 5, 1909, Famille Tirel de Poix, p. 451-460.

40 Arch. nat. S 2333 n° 19. Cité par Geninet (J.), « L’hôtel de Poix et ses seigneurs », in Bull. SHAP VOV, Pontoise, n° 71, 2005, p. 29-38, en part. p. 30-31.

41 Il s’agit de Féricy (Seine-et-Marne), [Furiciacum], dont le présentateur à l’église Sainte-Osmane était précisément l’abbé de Saint-Denis.

42 Arch. nat. K 30 A n° 18 b, édition LL 1190, p. 153.

43 Mataigne (H.), Franconville-la-Garenne, depuis le IXe siècle, Pontoise, Impr. L. Paris, 1927, p. 41-42.

44 Pour Argenteuil, le droit de circulation sur les vins est d’une obole par tonneau, dans le tarif appliqué par l’abbaye de Saint-Denis, au XIIIe siècle. Cité par Leroy (N.), voir infra note 46.

45 Arch. nat., édition LL 1190, p. 551 et 552. En date du 1er août 1259.

46 Leroy (N.), « Herblay au Moyen Âge, quelques sources écrites », in Collectif, Le passé à la loupe. Enquête sur 50 siècles d’habitat à Herblay, en bord de Seine, MADVO, SRAIDF, éd. du MADVO, 1994, p. 21- 37.

47 Arch. nat. S 1124. En date du 26 août 1207. Cf. Cartulaire de Notre-Dame de Paris, éd. B. Guérard, Documents inédits sur l’Histoire de France, Paris, 1850, 4 vol., in-4°. Cité par Hue (R.), op. cit., p. 95-96.

48Jeanrot (L.), « Herblay : essai d’histoire locale », in Le Village d’autrefois, Société moderne d’impressions, 1927, p. 72.

49 Jeanrot (L.), op. cit., p. 74.

50 Ibidem.

51 Jeanrot (L.), op. cit., p. 76.

52 Jeanrot (L.), op. cit., p. 177-179, annexe n° 2 (sans référence).

53 Hue (R.), Histoire d’un village du Parisis, Montigny-lès-Cormeilles, des origines au XVIIIe siècle, 1981, p.115.

54 Leroy (N.), « Herblay au Moyen Âge, quelques sources écrites », in op. cit., p. 33- 35. Le fief laïque.

55 Ibidem. Référence voir infra note 150.

56 Archives du Musée Condé à Chantilly. Extrait du grand bornage du 27 avril 1551.

57 Collectif, En passant par Franconville la Garenne, Association En passant par Franconville, impr. Maury, 1986, p. 173-174. La distance entre les bornes est de 161,11 m, le bornage s’étendant sur 4 028 m.

58 Duchesne (A.), Histoire généalogique de la maison de Montmorency, Paris, 1624, in-f°, preuves p. 128, texte p. 181. Cf. aussi Visme (A. de), Essai historique sur Eaubonne, Paris, 1914, p. 8-9.

59 Collectif, Beauchamp, Ville de Beauchamp, impr. Gérard Soury, 1994, 256 p., en part. p. 17. Cf. aussi Hue (R.), op. cit., p. 304. La Croix Blanche est située à l’origine sur Franconville/Montigny, maintenant sur le territoire de Beauchamp. Cf. notre article « Histoire générale de Beauchamp ».

60 Bonis (A.), Abbaye cistercienne de Maubuisson. La formation du temporel (1236-1356), in Archéologie en Val d’Oise n° 1, CGVO, SDAVO, Saint-Ouen-l’Aumône, 1990, 109 p.

61 Dutilleux (A.), Depoin (J.), L’abbaye de Maubuisson, Histoire et cartulaire, 4ème Partie, Analyse du cartulaire et annexes, Pontoise, 1885, Titre III, p. 238.

62 Lebeuf (abbé J.), op. cit., p. 77.

63 On ne sait pratiquement rien sur Louis Denis, ce cartographe qui, dit-on fut d’abord graveur, qui vécut à Paris et obtint le titre de géographe du futur Louis XVI. Cité dans référence voir infra note 65.

64 Le Conducteur Français, contenant les Routes desservies par les nouvelles Messageries, Diligences & autres Voitures publiques, …par L. Denis, géographe, à Paris, chez Ribou, libraire, 1776.

65 Briand (J.), Waro (F.), « La route royale entre Paris et Rouen au temps des diligences », in Cahiers de la SHGBE, n° 37, 1996, p. 2-46, en part. p. 3.

66 Le plan d’Intendance ADVO 25 Fi 92, datant de 1782, indique bien cette croix (sans nom), entourée d’une haie, en face du Moulin de Pierrelaye ; l’auberge est également figurée (en rouge), plus à l’ouest à gauche de la Grande Route de Pontoise.

67 Briand (J.), Waro (F.), op. cit. p. 4-5.

68 Jeanrot (L.), op. cit., p. 96.

69 Arch. nat. cartes et plans, F 14* 8448 pl. 4.

70 Arch. dépt. du Val d’Oise 25 Fi 59 (Herblay) et 44 Fi 58 (Conflans/Herblay), 44 Fi 59 (Conflans/Herblay) et 25 Fi 92 (Pierrelaye). Cité dans Collectif, « Conflans-Sainte-Honorine. Cartes, plans, photos aériennes. Témoins de son histoire », MJC- Conflans à travers les âges, 2003, 136 p., en part. p. 80.

71 Krier (V.), « La géomorphologie et le paysage », in Collectif, Le passé à la loupe, op.cit., p.17.

72 Arch. nat. Minutier Central LXXXVI 119.

73 Arch. dept. Val d’Oise 2 E 19062.

74 Arch. nat. S 2333.

75 Arch. dept. Val d’Oise 2 E 19068.

76 Arch. nat. F 20 294.

77 Lefeuve (Ch.), « Pierrelaye », in Histoire de la vallée de Montmorency, « Le tour de la vallée », 1855, et 1866, ré-éd. Publication du CHAEVM, Paris, 1975, p. 193-194.

78 Arch. dépt. du Val d’Oise 25 Fi 92 (Pierrelaye) et 25 Fi 59 (Herblay).

79 Ducoeur (G.), et al., op. cit., p. 43-50. Montarcy, Montjarret sur Méry, Butte de Malmont sur Frépillon.

80 La Butte de la Tuile avait une altitude de 121 ou de 117 m, jusque peu avant 1900, elle fut partiellement arasée par l’exploitation du gypse, puis remblayée, aujourd’hui elle ne fait plus que 97,50 m NGF.

81 Plan de la forêt de Saint-Germain, détail, daté du XVIIIe siècle, in Goujon (A.), Odiot (C.), Histoire de la ville et du château de Saint-Germain-en-Laye, 1829, 547 p., en part. p. 384.

82 Mulon (M.), Noms de lieux d’Île-de-France. Introduction à la toponymie, éd. Bonneton, 1997, p. 142.

83 Cf. Anonyme, « Journée avranchinaise du 12 juin 2010 », in Revue de l’Avranchin et du Pays de Granville, t.87, fasc. 424, 2010, p. 387.

84 Voir supra note 157.

85 Ces bornes de chasse des Bourbon-Condé, datent en réalité du XVIIe siècle, elles ont été repérées sur le territoire de la commune de Beauchamp, en 1970, par le GERAVO de Parmain.

86 Aubert (J.), Évènements mémorables du Val d’Oise, éd. Horvath, 1985, 165 p, en part. p. 34.

87 Longnon (A.), op. cit., voir I, p. 15 et 20.

88 Longnon (A.), op. cit., voir IV, p. 436 et note 1 p. 457.

89 Longnon (A.), op. cit., voir IV, Diocèse de Paris, Doyenné de Gonesse, De donatione episcopi, p. 353.

90 Dupâquier (J.), (sous la dir.), op. cit., p. 581.

91 Dupâquier (J.), (sous la dir.), op. cit., p. 520 et p. 581.

92 Lebeuf (abbé J.), op. cit., t. 2, p. 76-78.

93 Dupâquier (J.), (sous la dir.), op. cit., p. 581.

94 Cf. notre article « Histoire générale de Beauchamp ».

95 C’est dans ce texte de loi que le « s » en final de Beauchamp disparaît.

96 Cf. notre article « Vignes et vignerons en vallée de Montmorency ».

97 Cabedoce (B.), « Épurer et produire : les champs d’épandage de Méry-Pierrelaye », in Trochet (J.-R.), Péru (J.-J.), Roy (J.-M.), (sous la dir.), Jardinages en région parisienne, XVIIe – XXe siècle, Actes du colloque de la Courneuve, oct. 2000, éd. Créaphis, Paris, 2003, p. 194-207.

98 Belgrand (Eugène), ingénieur et géologue français (Ervy, Aube 1810-Paris 1878). On lui doit l’installation du système d’égouts de la Ville de Paris, la dérivation de la Vanne et la construction des réservoirs de Montsouris (membre de l’Académie des sciences en 1871).

99 Le baron Georges Eugène Hausmann (Paris 1809-id. 1891) est un haut fonctionnaire et un homme politique, qui doit sa carrière prestigieuse à la faveur que lui accorde Napoléon III. Entré en 1831 dans la carrière préfectorale, il est préfet de la Seine (1853-1870) et reçoit le titre de baron et un siège au Sénat (1857). Il attache son nom à la transformation de Paris, qui, sous sa direction, prendra sa physionomie contemporaine (membre de l’Académie des Beaux-Arts en 1867).

100 Cf. notre article « Histoire générale de Frépillon – L’affaire de la nécropole dite de Méry ».

101 Ducoeur (G.), « Les voies romaines dans le nord du Bassin Parisien », in Bull. JPGF, n° 2, 1973, p. 30-33.

102 Pajard (M.), « Un site majeur dans le patrimoine communal », in Ducoeur et al., Méry-sur-Oise, un Château dans l’Histoire, Val d’Oise éd., ville de Méry-sur-Oise, 2006, p. 53-79.

103 Création en 1999 du SIECUEP, Syndicat intercommunal pour l’étude d’une charte d’urbanisme et d’environnement sur la plaine, rassemblant les communes de : Bessancourt, Frépillon, Herblay, Méry-sur-Oise, Pierrelaye, Saint-Ouen-l’Aumône.

104 Cabedoce (B.) (sous la dir.), Eaux usées, usages de l’eau. Épandage et maraîchage dans la plaine de Méry-Pierrelaye, livret de l’exposition, CGVO, ARPE, Cergy-Pontoise, 2002, 12 p.

105 Collectif, « Le Val d’Oise c’est vous », le magazine du CGVO, octobre 2010, p. 4.