HISTOIRE GÉNÉRALE DE BEAUCHAMP


Une commune récente, issue d’un passé prestigieux

Beauchamp est érigée en commune le 30 mars 1922, aux dépens des communes de Taverny, Montigny-lès-Cormeilles et Pierrelaye. Elle est alors rattachée au canton de Montmorency. Elle passe ensuite dans le canton de Taverny, lors de la création de ce canton, en application de la loi du 21 juillet 1931.

Elle couvre une superficie de 302 ha, ce qui la classe légèrement en dessous de la moyenne valmorencéenne, qui est de 414 hectares.

Avant 1922, son histoire se rattache essentiellement à celle de Taverny, d’abord propriété de l’abbaye de Saint-Denis, depuis 754, puis celle des seigneurs laïcs, des Montmorency, qui usurpent la propriété de ce territoire, à l’époque couvert de bois, « le Bois de Beauchamps » (avec un s final), que l’on retrouve dans les textes médiévaux et les garennes pour la chasse.

Au XVIIIe siècle, Beauchamps est un château isolé rattaché à la paroisse de Taverny. Le territoire de la future commune, créée en 1922 (en perdant son s), est occupé à 90 % par les bois. L’étoile formée par de larges avenues forestières a été conservée autour du rond-point de la Chasse, avec les avenues Louis-Bousquet, Claude-Sommer, du Général-de-Gaulle et des Sapins. Le château de Beauchamps s’élevait à l’angle de l’avenue Molière et de la rue de Saint-Prix.


La chaussée Jules-César

À la limite même de Beauchamp, des traces d’occupation néolithique et des outils ont été trouvés sur le site gallo-romain du Carré Sainte-Honorine à Taverny.

La route valmorencéenne antique la plus célèbre est la voie gallo-romaine principale, appelée chaussée Jules César. Venant de Lugdunum (Lyon), elle conduit ensuite de Lutecia (Paris) à Rotomagus (Rouen) puis à Juliobona (Lillebonne) et Harfleur en coupant l’ancienne voie gauloise au viculus Ermedonis où, en 1966, la borne milliaire n° XIII (à 13 lieues de Lutèce) a été mise au jour. Ces bornes, dites milliaires, étaient dressées le long des voies romaines, de mille en mille pas romains (environ 1 478 m). La chaussée Jules César traverse l’Oise sur un pont de bois à Briva Isarae (Pontoise). Sa construction paraît avoir été l’œuvre de l’empereur Claude, à l’occasion d’expéditions en Grande-Bretagne en 43-47 de notre ère1. Cet itinéraire construit au Ier siècle (il aurait peut-être son origine à la période gauloise, avec un tracé parallèle), est resté en service jusqu’au début du VIe siècle2.

Elle est de tous temps, un lieu de passage très fréquenté dans cette vallée « sèche » de Montmorency (la fosse de Saint-Denis, en géologie). Elle traverse le village de Taverny au niveau du Bois de Boissy. Des travaux entrepris pour la pose de câbles électriques, depuis Le Carré-Sainte-Honorine jusqu’au stade de Franconville, ont permis d’observer une coupe de la chaussée Jules-César sur plus de 300 m de long. L’épaisseur de son empierrement est de 0,50 m. Nous supposons que, devant Le Carré-Sainte-Honorine, les dalles, observées par ailleurs, ont pu être démontées, car la stratigraphie ne montrait que le cron (horizon marno-calcaire) et les sables de Beauchamp3.

Une partie du site a été protégée par une butte de terre, le long de la chaussée Jules César4, à la suite des recherches menées de 1972 à 1978 et de l’urbanisation de ce quartier, et n’est donc plus visible de nos jours.

La chaussée Jules-César traverse également le village de Pierrelaye, avant de se diriger vers Saint-Ouen-l’Aumône. Des dalles ont été trouvées naguère par des paysans creusant des fosses à asperges5.

Bien que la chaussée Jules-César traverse le territoire de la commune, aucune recherche archéologique n’a trouvé une quelconque implantation gallo-romaine.


La période carolingienne

Taverny et Montigny dépendent pendant plus de onze siècles de la puissante abbaye bénédictine de Saint-Denis, fondée au VIIe siècle.

Le document le plus ancien concernant notre territoire est une charte de Pépin le Bref, père de Charlemagne, datant de l’an 754. Cet écrit confirme l’abbaye de Saint-Denis dans ses biens après des donations et usurpations accomplies lors des luttes entre les derniers Mérovingiens et les premiers Carolingiens.

Ce texte mentionne « les forêts et leurs lisières, les terres fertiles et en friche, les vignes et les bois, les prés et les pâturages, les ruisseaux, les troupeaux, les propriétés, les fermes et leurs tenanciers, locataires, affranchis, esclaves, colons, etc… »6.

Il y est noté ce « chemin du fisc », identifiable à la chaussée Jules-César comme étant la voie de communication par où transitaient tous déplacements et toutes marchandises que l’on pouvait taxer au passage.

Aucun texte ensuite ne concerne Taverny pendant près de trois siècles. Par contre, Montigny (Montiniaco) est indiqué dans l’inventaire des titres de l’abbaye royale de Saint-Denis sur une charte de Charles le Chauve datée de 862. Plus tard, en 1003, dans la donation de Robert le Pieux à l’abbaye de bénédictines d’Argenteuil, sont énumérés les biens qu’il possède à Montigny (Montiliachus).

Vers le Xe siècle, les terres de Taverny et de sa région sont devenues des fiefs, gérés héréditairement par des seigneurs, qui se dégagent peu à peu de l’abbaye de Saint-Denis. L’un d’entre eux est Bouchard Ier le Barbu (987-1020), baron de Montmorency (il est contemporain d’Hugues Capet), dont le patronyme est resté, plus tard, à la commune voisine du Plessis-Bouchard7.


Le territoire de Beauchamp au Moyen Âge

La première mention du bois de Beauchamps remonte à la fin du XIIe siècle, quand Bouchard IV de Montmorency l’acquiert contre un muid de froment (ancienne unité de mesure valant 1872 litres).

D’après l’abbé Lebeuf, le château de Beauchamps est occupé en 1672 par Abraham de La Framboisière, qui obtient l’autorisation de disposer d’une chapelle particulière. Est-ce un descendant de Nicolas Abraham de La Framboisière (1560-1636), médecin ordinaire du roi Henri IV (1553-1610) puis du jeune Louis XIII (1601-1643) ?

Ce clinicien réputé est l’auteur de plusieurs traités de diététique.



Depuis le Moyen Âge

Les Montmorency prennent au XIIe siècle une importance grandissante. Vers 1122, apparaissent les noms des seigneurs Fouchard de Montmorency dans les actes concernant leurs droits sur l’église Notre-Dame de Moncelles à Taverny, transférés au profit de l’abbaye bénédictine de Saint-Martin de Pontoise8.

À partir du XIIe siècle, des structures locales se mettent en place. Les limites des terroirs sont précisées et les noyaux de population devenant plus importants et plus nombreux, les paroisses se multiplient.

Les textes de cette époque nous permettent de connaître les noms des possédants des terres de la commune actuelle.

L’un d’eux indique que « …les religieux de l’abbaye du Val9 possèdent des vignes que leur a données Mathieu Ier de Montmorency10, et des biens fonciers échangés en 1264 avec Mathieu III contre les bois de Beauchamps11… »..

Mathieu II de Montmorency, qui s’illustre à Bouvines en 1214, reçoit de son roi, Philippe Auguste, le droit d’ajouter à son blason composé de quatre alérions, douze autres alérions correspondant aux douze bannières ennemies qu’il a conquises.

Mathieu IV de Montmorency, mort en 1360, a sa pierre tombale dans l’église Notre-Dame de Taverny.

La vie citadine du Moyen Âge était à l’évidence centrée sur Taverny et ses alentours où se trouvent vignes, terres à grains, cultures potagères et vergers, le lieu-dit Beauchamps étant surtout recouvert de bois et de garennes.

Dans ces bois, les paysans ramassent des glands et des châtaignes, et effectuent des coupes pour la construction des charpentes et planchers, pour la fabrication des objets en bois (tonneaux, cercles, échalas, sabots, etc.) et pour le chauffage.

On y chasse aussi beaucoup, tant pour protéger les récoltes que pour la nourriture, venaison et chair du gibier à plumes. La chasse au faucon y est fort à l’honneur.

Si la vie des seigneurs et notables est plaisante, l’existence des serfs et paysans est très rude. Aux duretés de la vie quotidienne, travaux, dîmes, etc., s’ajoutent les époques de famines et de guerres. En 1358, la Jacquerie ravage la région et en 1419, les Anglais dévastent toute la vallée de Montmorency.

Le roi Philippe le Bel vient à Taverny, signer une charte en 1229. Plus tard, Philippe VI de Valois, en résidence à Taverny, voit son fils Jean tomber malade. Trois processions sont organisées et le duc Jean guérit. C’est lui qui deviendra plus tard Jean le Bon. Une porte de l’église de Taverny est dite « porte du roi Jean » et un vitrail au-dessus montre sa guérison.

L’omniprésence de l’abbaye de Saint-Denis aux limites de leurs fiefs indispose fort les seigneurs de Montmorency et la situation devient de plus en plus conflictuelle. Des désaccords fréquents les opposent.

Un très long procès entre les religieux de l’abbaye de Saint-Denis et le connétable Anne de Montmorency, suite à un bornage effectué le 21 avril 1551 favorable à ce dernier, ne se termine que le 17 avril 1682.

En 1518 le nom des tenanciers des terres faisant l’objet de litiges figure dans la liste des censitaires de Saint-Denis. Ces terres représentent tout le territoire du Beauchamp actuel issu de Montigny (entre la chaussée Jules-César et les voies S.N.C.F., l’avenue de la Gare et le bois de Boissy).

Sur le plan de séparation des terres des seigneurs de Montmorency et des religieux de Saint-Denis, datant de 1681, figure « la Croix-Blanche ». Ce lieu-dit, qui existe encore aux alentours de la gare de Montigny-Beauchamp, est un calvaire érigé en 1518 à l’angle du « chemin ferré » (chaussée Jules-César) et « du chemin d’Herblay à Taverny » (CD 106 – avenue du Général Leclerc / avenue de la Gare), soit près de la fontaine actuelle. Cette croix sert de borne de séparation entre les terres des religieux de Saint-Denis et celles des seigneurs d’Herblay dépendant des Montmorency12.


Pendant l’Ancien Régime

La région de Taverny et ses alentours passent des Montmorency aux Condé par suite de la Fronde. Henri II de Montmorency se révolte contre Richelieu. Il est vaincu et exécuté en 1632, ne laissant aucune postérité légitime.

Sa sœur aînée Charlotte, épouse d’Henri II de Bourbon, prince de Condé, hérite du duché de Montmorency. C’est ainsi que les Condé deviennent hauts-seigneurs de Taverny et alentours avec droits de haute, moyenne et basse justice à la place des Montmorency. Les Bourbons-Condé, seigneurs de Beauchamps (peut-être bellus campus à l’origine) continueront l’activité de la chasse dans cette paroisse, essentiellement rurale et sylvestre. Au moins deux bornes gravées, en forme de pyramidion, proviennent des Bois de Beauchamps. Appelées également « chaise au renard », elles portent gravées les armes des Condé, devenus hauts-seigneurs de Taverny et alentours après la Fronde (1648-1652) et jusqu’en 1675, l’une d’entre elles a pu être conservée. À la mort d’Henri II de Montmorency, le domaine est transmis par sa sœur Charlotte, femme d’Henri II de Bourbon13.


Leur fils, Louis II de Bourbon, devient le « Grand Condé » de la guerre des Flandres et se retire à Chantilly.

Ce sont ses armes qui figurent sur la pierre dite « la Chaise au Renard », le médaillon central porte : « d’azur aux trois fleurs de lys d’or et au bâton péri en bande de gueules », il est entouré d’un collier de l’Ordre de Saint-Michel, du collier de l’Ordre du Saint-Esprit et du collier du Trophée de Rocroi. Cette borne était implantée dans le parc Barrachin, acheté par la Société 3 M France pour établir ses usines en 1952. Elle a été ensuite officiellement remise par Monsieur Peter Danos, administrateur directeur général de la Société 3 M France, le 7 juillet 1972, elle a été mise en place dans le parc de la Mairie en présence du Préfet du Val d’Oise et de nombreuses personnalités.

La seigneurie censière de Taverny et alentours est ensuite vendue par les Condé en 1675.

C’est vers cette époque qu’apparait le château de Beauchamps14. Il en est fait mention dès 1638 sur les cartes et un texte ancien signale qu’en 1672, Abraham de la Framboisière y obtient privilège de disposer d’une chapelle particulière. Il aurait été un grand rendez-vous de chasse.

Au XVIIIe siècle, Beauchamps n’est représenté que par son château, autour duquel s’étend une vaste surface boisée. Ce bois est attesté avant 1189, quand Bouchard V de Montmorency l’acquiert contre un muid de froment à prendre sur sa grange d’Écouen15. Aujourd’hui, le bâti s’étend sur 65 % de la surface communale, et les bois n’en couvrent plus que 15 %16.

L’ensemble de la seigneurie censière de Taverny et alentours, après plusieurs ventes et héritages, devient la possession du comte Alexandre de Longaulnay qui est seigneur de Franconville. La ville de Taverny lui doit son blason, « d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur ordonnés 2 et 2, au franc-canton du même chargé d’un sautoir d’argent » partie des armes de la famille de Longaulnay et de celles de la famille de Montmorency.

En 1773, Joseph de la Borde, banquier anobli, loue, semble-t-il, la « Garenne de Beauchamps » de 1773 à 1793, en même temps qu’il acquiert la seigneurie de Taverny. Il revend cette dernière à L.F. Joseph de Bourbon, prince de Conti, de la famille des Bourbon-Condé .

La forêt tient une grande place dans la vie quotidienne des habitants. Elle couvre à plus de 50 % le terroir de Taverny. Selon les plans d’Intendance de l’époque, les bois de Beauchamps et de Boissy y côtoient la forêt de Montmorency.

Les princes de Conti, qui en surveillent strictement l’exploitation, en dressent des inventaires qui sont conservés aux Archives du Musée Condé à Chantilly.

Situons ici un évènement particulier. Le 1er décembre 1783, les physiciens Charles et N. Robert Jeune s’élèvent en ballon à hydrogène (premier du genre) devant les Tuileries à Paris. Les vents les poussent jusque vers l’Isle-Adam, à Nesles-la-Vallée. En 2 h 05 d’heureuse traversée, ils ont survolé Clichy, Argenteuil, Franconville, Ermont et sont passés au sud de Saint-Leu, entre le hameau de Beauchamps et Taverny, puis Bessancourt, etc. À l’époque, on en grave des cartes et des estampes et l’on confectionne des plats et assiettes « au ballon »17.


Sous la Révolution française

Les États Généraux n’ont pas été réunis depuis 1614. Le 8 août 1788, le roi Louis XVI décide de les convoquer suite aux difficultés économiques éprouvées. Les mauvaises récoltes se sont succédé depuis 1776 et des catastrophes naturelles s’y sont ajoutées, en particulier la grêle destructrice du 13 juillet 1788 sur tout le Nord de la France et le Bassin Parisien.

Il faut élire des députés et rédiger des cahiers de doléances pour « la prévôté et vicomté hors les murs de Paris ».

En 1788, Taverny compte 1 300 habitants (325 feux) et Montigny 360 habitants (90 feux), mais pour être électeur, il faut payer au moins 10 livres d’impôts. Parmi les huit députés du Tiers-État, les quatre de la Noblesse et les quatre du Clergé devant représenter les paroisses de la circonscription, aucun n’y habite.

Le cahier de doléances de Taverny indique les revendications majeures principalement fiscales.

Le territoire actuel de Beauchamp n’est pas habité, ou si peu, à cette époque, qu’aucun document le concernant n’a été trouvé.

À partir de 1801, Taverny cesse d’être un chef-lieu de canton et bien plus, en 1806, la commune est rattachée à Saint-Leu. L’idée vient du prince Louis Bonaparte, mari de la future Reine Hortense, qui possède un château à Saint-Leu. Mais en 1821, Taverny redevient une commune autonome.

Depuis plus d’un siècle, l’exploitation du terroir a donné beaucoup d’importance à la vigne. Au cadastre de 1834 figurent les noms des « Bonnes Vignes », « les Plants », « clos de Beauchamps », « clos de Boissy » et « clos du Parc ».

D’abord cultivés sur le coteau, les vignobles sont descendus dans la plaine. Cette exploitation dure jusqu’à la fin du XIXe siècle, mais le phylloxera la détruit entièrement.

L’évènement le plus important de l’histoire de Beauchamp est l’implantation de la ligne de chemin de fer Paris-Pontoise (et au-delà), avec une station située près de la Patte d’Oie d’Herblay destinée à desservir Taverny, Montigny et Herblay.

Le choix de cet arrêt est conditionné par l’extraction du grès, comme en témoignent les lieux-dits : « les grès de Beauchamp », « les carrières de Beauchamp », « les carrières de Boissy » et des gypses saccharoïdes (pour la fabrication du plâtre) des immenses carrières de Montigny-lès-Cormeilles et d’Herblay. L’exploitation de sept tuileries et du « pavé de Beauchamp » devient très avantageuse pour la Compagnie du chemin de fer du Nord.

C’est le début du développement de la future commune de Beauchamp18.


L’ÉRECTION DU HAMEAU EN COMMUNE 


Le hameau est érigé en commune en 1922 et perd alors son s final dans les circonstances suivantes :


Les premières implantations

En 1868, soit vingt ans après la création de la station de chemin de fer d’« Herblay » (actuellement Montigny-Beauchamp) 25 demeures figurent sur le plan du géomètre, M. Lafolie, qui entreprend de vendre des parcelles de terrain d’une surface comprise entre 3 000 et 6 000 m2 à des acquéreurs fortunés. À la veille de 1870, le village de Taverny compte environ 1 500 habitants, moins d’une centaine résidant dans le hameau de Beauchamps. Son entreprise est couronnée de succès car des industriels, des artistes, de hauts fonctionnaires, pour la plupart originaires de la capitale, deviennent tabernaciens.


L’agglomération naissante se constitue, en fait, sur le territoire de trois communes, Taverny- Montigny-Pierrelaye, appartenant à trois cantons différents et dépendant de deux arrondissements, ce qui complique singulièrement la vie des habitants.

Cette nouvelle population n’est pas véritablement intégrée au pays car, hormis la possession d’une maison sur le territoire de la commune, tant au plan géographique que social, elle n’en est pas issue.

Le 7 septembre 1900, sur proposition de l’un des représentants, M. Bechet, une plaque indicatrice est placée à l’entrée du hameau, côté chemin Jules-César.


Les premières revendications d’autonomie

Par son originalité et son isolement le hameau acquiert très vite sa propre identité. De là à souhaiter l’autonomie, il n’y a qu’un pas. Il est franchi, premier d’une longue série, le 23 mai 1896, lorsque le Conseil municipal de M. Octave Dubois nomme deux représentants pour soutenir les intérêts du hameau.

Tout milite en faveur d’une autonomie et dès 1904, une pétition signée par les deux-tiers de la population, à l’initiative du Comité de défense des intérêts de Beauchamps, créé et présidé par Camille Fouinat, reçoit un avis favorable du Conseil d’État.


Un redécoupage douloureux

Le 31 mai 1906, cette pétition, demandant « l’érection du hameau en commune », est déposée sur le bureau du maire de Taverny qui la transmet à la Commission des travaux et chemins. Cette dernière refuse catégoriquement. Le 23 juin 1906, le Conseil rejette également la pétition :

« 1. Le mandat confié en 1904 ne comportait pas cette question.

2. Cela ôterait un cinquième de son territoire à Taverny ».

Conjointement, une autre pétition est adressée à la mairie de Montigny, le premier signataire en étant M. Champrenault (docteur de profession), bien introduit auprès des pouvoirs publics. Le Maire de Montigny, M. Douglas Read est très irrité par ce projet qui recueille pourtant un écho favorable à la Préfecture.


« …Projet dont la réalisation ne tendrait à rien moins qu’à amputer la commune de Montigny de 79 hectares et d’un quart de sa population.

Le conseil unanime se déclare opposé à toute séparation ou emprise quelconque de territoire qui, en raison de la situation déjà précaire de la commune, serait de nature à lui porter le plus grand préjudice. Et au cas où, contrairement à son attente, il serait tenu compte du pétitionnement des séparatistes de Beauchamps, il proteste de la façon la plus énergique contre toute solution qui ne respecterait pas les droits acquis de la commune de Montigny sur la station de la ligne du Nord et qui ne lui attribuerait pas comme limite, les voies ferrées de ladite compagnie… ».


Le 15 novembre 1908, le Conseil municipal de Taverny nomme une Commission chargée d’étudier le nouveau dossier déposé le jour même, sur l’érection du hameau de Beauchamps en commune.

Le 9 février 1909, à peine trois mois plus tard, la Commission rend un verdict pour le moins négatif. Reproduit in extenso, ce document qui déborde très largement du simple cadre de l’enquête est, ni plus ni moins, la synthèse du fonctionnement de la commune et le reflet d’une époque :


« … La commission chargée de l’enquête, après avoir examiné le projet qui lui est soumis, vu que :

1. Le hameau n’est pas sacrifié mais plus avantagé que d’autres cantons de Taverny,

2. Il est éclairé au gaz dans toutes les rues,

3. Il y a des canalisations d’eau,

4. Le service postal est fait par un facteur spécial à bicyclette et que le courrier y est distribué avant même beaucoup d’habitants de Taverny,

5. Il y a une cabine téléphonique publique au bureau des tabacs du hameau,

6. Rues et avenues sont entretenues, avec soin, par un cantonnier spécialement affecté à cet effet, tandis qu’il n’y en a que deux pour le reste de la commune,

7. Le garde champêtre fait le service mairie-hameau deux fois par jour,

8. L’écoulement des eaux de pluie se fait dans des puisards construits à cet effet,

9. Il existe un marché public tous les dimanches,

10. Il y a un bureau de poste à chaque élection,

11. Le receveur des contributions se rend à Beauchamps une fois par mois,

12. Il y a un service et du matériel de secours contre l’incendie,

13. Le hameau est représenté au conseil municipal par trois honorables conseillers,

14. La demande de 316 hectares du territoire de Taverny est plutôt le fait d’une ambition intéressée, que la nécessité absolue de créer une commune distincte et que les pétitionnaires n’ont qu’un but : prendre beaucoup pour répartir les charges qui certainement lui incomberaient sur les propriétés annexées, attendu qu’il n’y a pas un seul cultivateur dans le hameau.

Considérant que les habitants de Taverny dont on veut ravir le patrimoine, ces vaillants défenseurs de la démocratie rurale qui furent les pionniers des syndicats agricoles si profondément républicains, sont aussi dignes de l’attention du gouvernement que ceux dont le commissaire enquêteur fait l’éloge.

Considérant que la délibération de la commission syndicale est entièrement erronée, par 9 voix contre, 2 abstentions et 3 avis contraires, proteste contre l’érection de Beauchamps en commune, ce qui grèverait énormément les charges des contribuables pour le profit de quelques uns, au détriment du plus grand nombre et qu’il n’y a pas lieu de prendre en considération les motifs demandés ».


L’heureux dénouement

Les habitants du hameau trouvent probablement d’autres arguments car, le 4 octobre 1912, contre toute attente, le Conseil vote à l’unanimité, le principe de la séparation de Beauchamps et de Taverny. Il est vrai que le rendement des impôts dans le hameau est faible et ne correspond pas aux dépenses effectuées chaque année. Divers lotissements continuent à voir le jour, il est donc à craindre que celles-ci ne deviennent encore plus importantes.

Mais la première Guerre mondiale éclate et il faut attendre 1919 pour que M. Leyma, élu maire de Taverny, reprenne lui-même l’idée de la séparation, en accord avec les membres de son Conseil n’habitant pas le hameau. Il effectue les démarches nécessaires auprès du Ministère de l’Intérieur.

À l’issue d’une longue mise au point, le 30 septembre 1922, le Président de la République, Monsieur Millerand, promulgue la loi créant la commune de Beauchamp19 à partir des communes voisines de Taverny, Pierrelaye, Montigny-lès-Cormeilles.

Plus de vingt années de négociations trouvent ainsi une heureuse conclusion. Les pétitions demandent 502 hectares… La réponse est à la baisse :


« Il sera accordé 293 ha 19 a 09 ca se décomposant ainsi :

- Venant de Taverny, 222 ha 19 a 60 ca,

- Venant de Montigny, 26 ha 20 a 76 ca,

- Venant de Pierrelaye, 44 ha 78 a 73 ca. »


La phase de transition

Le 18 avril 1922, par décret du Président de la République, une délégation spéciale est installée à Beauchamp en vue d’expédier les affaires courantes et préparer les élections qui ont lieu les 25 juin et 2 juillet suivants. Président : Camille Fouinat. Assesseurs : Anselme Auvert, Ferdinand Langlois.

Le partage des biens du Bureau de bienfaisance entre Taverny et Beauchamp s’effectue le 2 juillet 1922 et l’actif, le 15 juillet 1923.

Camille Fouinat est élu Conseiller municipal de Taverny en 1902 et représente le hameau de Beauchamps jusqu’en 1922.

De 1903 à 1922, il est président du Comité de défense des intérêts de Beauchamps. Président de la Société civile Immobilière de la Plaine dont il élabore le plan de lotissement en 1903.

À l’issue des élections du 2 juillet 1922, il est élu adjoint, refusant le poste de maire qui lui est proposé à l’unanimité : « Vous voulez donc que je meure ! » répond-il. Il décédera le 19 décembre 192220.

Le premier maire est Louis Bousquet (biographie ci-après).


L’évolution ultérieure

La population évolue graduellement de 2178 habitants en 1926. Elle fait presque tripler en quarante-deux ans : pour atteindre 6 324 habitants en 196821, c’est-à-dire une population multipliée par 2,90 en 46 ans. Puis la population augmente légèrement puisqu’elle atteint 8 958 habitants en 1990, et elle est actuellement de 8 986 habitants depuis le recensement de 1999, soit une faible augmentation, par rapport à l’expansion démographique des autres villes de la vallée de Montmorency de 42,1 % en 31 ans.

Les deux raisons principales de cette expansion démographique, à l’origine de la création de la commune, demeure la création de la ligne de chemin de fer en 1847, qui dessert dorénavant la gare de Montigny-Herblay et l’implantation d’industries diverses sur la commune, vers la plaine de Pierrelaye et de Taverny.

Depuis 1968, la commune appartient à l’arrondissement de Pontoise et forme un canton avec Le Plessis-Bouchard et Pierrelaye.


LES ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS

La présence des routes, des réseaux ferrés favorise l’implantation des zones d’activités économiques. Avec le chemin de fer qui relie Paris à Pontoise, Beauchamp possède un indéniable atout.

Avant 1922, trois entreprises occupant environ six hectares, sont installées près de la gare, le long de la chaussée Jules-César sur l’ancien territoire de Montigny-lès-Cormeilles. Elles emploient 290 ouvriers au jour de la création de la commune. La plus importante est la  Manufacture générale des ressorts (M.G.R.). À côté d’elle, se trouve la Société anonyme française pour la fabrication des essences et pétroles (S.A.F.E.P.) et, plus bas, une fabrique de paillassons, allée des Troènes. Les possibilités d’implantation sont beaucoup plus importantes du côté de Pierrelaye où des terrains non cultivables jouxtent la voie ferrée. Ce fait n’échappe pas à la famille Cadoux qui, en 1925, crée une société du même nom sur plus de six hectares, répartis de part et d’autre de la chaussée Jules-César à la limite ouest du secteur habité.


Les établissements Cadoux

Le terrain de plus de six hectares s’étend sur plusieurs lieux-dits : la Butte Ronde, la Butte de la Bergère, les Fécamps, le Fond des Bruyères, sous le Bois de Beauchamp, la Nancelle.

Des ateliers très divers, de menuiserie, d’ébénisterie, de forge, de tournage, de peinture, de réparation de wagons, puis un magasin de pièces détachées et enfin une cantine pour le personnel et des maisons ouvrières sont répertoriées.

Cette entreprise peut donc traiter le bois et les métaux, procéder à la réparation et même à la construction de matériel roulant, notamment de wagons.

La voie ferrée privée, avec ses sept embranchements à l’intérieur de l’usine, qui relie cette usine à la ligne de chemin de fer se justifie donc pleinement.

Très diversifiés dans leur production, les Établissements Cadoux fabriqueront encore des pièces métalliques pour la mécanique et la chaudronnerie.

Cette première implantation industrielle d’envergure est suivie par d’autres, beaucoup d’autres, d’importance diverse qui finalement atteignent ensemble 73 hectares vers 1975. Ainsi la commune dispose d’emplois sur place.


L’abattoir industriel de Beauchamp

Au mois de février 1935, le Conseil municipal est sollicité afin de donner une autorisation d’installation d’un abattoir industriel à M. Victor Delerue, chaussée Jules-César. Sous réserve de respecter les prescriptions d’hygiène en vigueur, les élus permettent l’ouverture de cet abattoir industriel. Plus tard, le 20 mars 1939, un arrêté préfectoral donne acte à M. M. Estival et Maniol de poursuivre l’exploitation de l’abattoir, repris le 22 mars 1946 par M. Victor Pommeret. Ce dernier, par des travaux d’agrandissement et d’aménagements transforme les bâtiments à usage d’abattoirs et de salaisons. Cette activité durera jusqu’aux années 1990.


La société « 3M France »

Edmond Marcel Barrachin, député, propriétaire de plusieurs hectares de terrain entre l’avenue des Marroniers, l’avenue de l’Égalité et l’avenue Boulé, demande le classement en zone industrielle de son bien le 2 avril 1948. Le 28 juin de cette même année, le ministère qui s’intitule alors Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, accorde son autorisation, après avis favorable du Comité d’Aménagement de la Région Parisienne. À cette période, M. Robin, Maire de Beauchamp apprend qu’un lotissement de la propriété du « Parc Barrachin », sous forme pavillonnaire, a été autorisé. Il proteste auprès de Monsieur le Sous-préfet pour cette décision prise sans aucune consultation municipale et obtient son annulation.

Sur ces entrefaites, en avril 1950, la Société des abrasifs Durex projette de venir s’implanter pour fabriquer des rubans adhésifs, des abrasifs, des revêtements réflecteurs et protecteurs. Le Conseil municipal donne son accord, mais un an après, c’est la Société « 3M France » qui reprend à son compte le projet.

Edmond Marcel Barrachin, quant à lui, a vendu sa propriété. Le 13 octobre 1952, le ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme autorise la construction d’une première unité de production.

Progressivement se multiplient les fabrications de produits nouveaux et s’implantent des bâtiments, en conformité avec le règlement du plan d’occupation des sols.

Les dirigeants de la Société 3M France s’attachent à conserver le cadre verdoyant de cette propriété en entretenant les sous-bois et en replantant de nombreux arbres. Malheureusement aujourd’hui, elle reste non accessible au public.


Ainsi à l’ouest de l’agglomération s’implantent, une à une, des entreprises souvent liées à la métallurgie, à la chaudronnerie, à la fonderie, à la fabrication mécanique, au chemin de fer, à l’automobile, à l’aérospatiale, aux matériaux plastiques et leurs transformations, et aux travaux publics.

À l’est de Beauchamp, une zone industrielle, plus restreinte, accueille trois usines dont la « Métallurgie des poudres » aujourd’hui disparue. Désormais, quelques dizaines d’entreprises utilisent les compétences, parfois de haut niveau, de plus de 4 000 personnes22.


LE PATRIMOINE ET SITES DE BEAUCHAMP


L’armorial de Beauchamp

La description héraldique des armes de la commune de Beauchamp est la suivante : « écartelé : au premier d’or aux quatre alérions d’azur ; au deuxième et au troisième d’argent à la barre de gueules, chargée d’une roue d’engrenage du champ ; au quatrième d’azur aux trois fleurs de lys d’or et au bâton péri en bande de gueules ; sur le tout de sable au faucon d’or, la tête contournée et grilleté d’argent ».

Ces armes évoquent celles des familles de Montmorency (les alérions) et de Bourbon-Condé (les fleurs de lys et le bâton péri en bande), de la chaussée Jules-César par la barre. Les roues d’engrenage symbolisent l’industrie. Le faucon rappelle la chasse et qu’il a existé un élevage de ces rapaces au parc Barrachin jusqu’en 190023.


Le château de Beauchamps

La seigneurie censière de Taverny et alentours est vendue par les Condé en 1675. C’est à cette époque qu’apparaît le château de Beauchamps24. Il en est fait mention dès 1638 sur les cartes et un texte ancien signale qu’en 1672, Abraham de la Framboisière y obtient le privilège de disposer d’une chapelle particulière. Il constitue, semble-il, un grand rendez-vous de chasse.

L’ensemble de la seigneurie censière de Taverny et alentours, après plusieurs ventes et héritages, devient la possession du comte Alexandre de Longaulnay qui est seigneur de Franconville. La ville de Taverny lui doit son blason, « d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur ordonnés 2 et 2, au franc-canton du même chargé d’un sautoir d’argent » partie des armes de la famille de Longaulnay et de celles de la famille de Montmorency.

En 1773, Joseph de la Borde, banquier anobli, acquiert cette seigneurie (il aurait loué la « Garenne de Beauchamps » de 1773 à 1793) et la revend à L.F. Joseph de Bourbon, prince de Conti, de la famille des Bourbon-Condé25.


Le château de la Chesnaie

La propriété dite « Château de la Chesnaie » s’inscrit, à l’époque de sa construction, dans un parc de près de 6 hectares, à l’origine sur la commune de Montigny-les Cormeilles.

Il s’agit d’une grande maison bourgeoise édifiée dans la seconde moitié du XIXe siècle, magnifiquement décorée par l’artiste peintre Pierre Bourgogne (les fresques et les peintures sont encore bien conservées) et, située actuellement 14 avenue Jules-Michelet.

Le parc se présente bordé par la chaussée Jules-César sur une longueur de 320 mètres, l’avenue Champrenault et l’avenue Balzac. Il s’enfonce jusqu’à la voie ferrée. Un magnifique portail en fer forgé en permet l’accès sur l’actuelle avenue du docteur Schweitzer.

Une pièce d’eau artificielle, de forme allongée, enjambée par un petit pont, renforce l’attrait du parc. Cet atout n’échappe pas à des Parisiens qui en font leur résidence d’été.

Ainsi le docteur Champrenault et son gendre le docteur Tarneur, y accueillent parfois Claude Bernard, professeur au Collège de France, membre de l’Académie française. Après la disparition du docteur Champrenault, son épouse se trouve dans l’obligation de se séparer de sa propriété. Les arbres du parc sont abattus afin de créer le lotissement du Château de la Chesnaie.

Le Conseil municipal acquiert 4 326 m2 de terrain ainsi que le château, le 19 août 1926, dont il fait la mairie et une 3e classe d’école pour la rentrée du 1er octobre de la même année.

Au fil des années, la commune voit le nombre d’habitants croître notamment plus à l’ouest, le bâtiment devient alors excentré et trop exigu pour continuer à servir de mairie26. Le château abrite maintenant l’école de musique.


La villa des Bleuets

Très belle propriété de monsieur Cohen, chef d’orchestre à l’Opéra de Paris, dotée d’un magnifique parc, elle s’étend de l’allée des Oiseaux à l’avenue de la Gare et de la chaussée Jules-César jusqu’à la ligne de chemin de fer.

Vendue en lotissements en 1930. La commune se réserve un terrain pour la construction de la salle des fêtes et du marché couvert, sur l’actuelle Place du Marché. Elle achète également les bâtiments afin d’y installer la poste27.


La gare de Montigny-Beauchamp

Ouverte en 1847, cette gare est construite à la demande du maire de Taverny de l’époque, Monsieur Robinet. Elle est appelée primitivement la station d’Herblay, puis d’Herblay-Montigny, et ne prend son nom définitif qu’à la fin du XIXe siècle. Elle se situe sur la ligne de chemin de fer qui relie Paris-Nord à la Belgique, envisagée dès 1834 en région parisienne, et pour laquelle différents projets on été déposés, notamment par l’ingénieur Vallée. L’itinéraire en vallée de Montmorency, qui remonte le cours de l’Oise et passe à proximité de Pontoise (gare d’Épluches à Saint-Ouen-l’Aumône), est défini depuis 1841. Les travaux commencent dès l’année suivante28.


L’église Notre-Dame

La paroisse avec son église, sous le vocable de Notre-Dame, appartient à l’évêché de Versailles puis de Pontoise. D’abord une simple chapelle construite dès mars 1908 sur l’initiative de Monseigneur Bourriau et de ses paroissiens. Le lieu de culte est ensuite agrandi en 1958 sur les plans de Marcel Faure, architecte de Beauchamp. La dernière étape de construction concerne le bas-côté nord, édifié en 196929.


Le calvaire

Les statues de la sainte Vierge et de saint Jean, offertes entre 1910 et 1914 pour être présentées dans l’église Notre-Dame, se révèlent rapidement encombrantes pour le bâtiment en chantier. Pendant la durée des travaux, la première est enterrée dans la cour de l’église, et la seconde est déplacée dans une propriété appartenant à l’aumônier de l’hôpital Beaujon. Les œuvres, tombées dans l’oubli, sont redécouvertes par hasard en 1953. L’abbé Bance décide alors d’ériger un calvaire. Lors de l’inauguration, en 1954, la statue du Christ est portée en procession dans les rues de Beauchamp30.

La Chaise au Renard

Le 30 octobre 1970, Stanislas Schaaff, président du GERAVO, signale dans un article du rapport d’activités de l’année 197031 :

« Avons remarqué en bordure de la chaussée Jules-César (ancienne voie romaine) à l’entrée de la zone industrielle de Pierrelaye, à gauche en venant de Pierrelaye, deux bornes en pierre calcaire du pays, en forme d’obélisque, l’une en place, l’autre extraite de son emplacement, couchée à côté de celui-ci en bordure de route, à 140 m environ de la précédente, marquée sur une face d’une sorte de « E » assez grossier (peut-être pour « Eaux et Forêts »). La première borne est gravée de deux sortes d’ovales en creux (les armes du prince de Condé), à hauteur de la chaussée sur les deux faces opposées ».

Le croquis de situation, et la photo de la borne déchaussée, montrent que celle en place dépassait la surface du sol de 85 cm, tandis que l’autre, à 140 m de distance environ, mesurait 1,60 m de hauteur totale et 55 cm de côté à la base, de section carrée, l’ensemble de la borne est en forme de tronc de pyramide. Ces deux bornes étaient implantées à droite de la chaussée Jules-César, en venant de Pierrelaye (contrairement au texte ci-dessus), mais en réalité sur Beauchamp. Il reste à regretter que la borne déchaussée, remarquée et photographiée à l’époque, ait disparu.

En 1882 déjà, des bornes itinéraires portant des traces d’inscriptions sont mentionnées32. S’agit-il de celles repérées et décrites en 1970 ?33

La borne de pierre dite « la Chaise au Renard », comprend un médaillon central portant : « d’azur aux trois fleurs de lys d’or et au bâton péri en bande de gueules », il est entouré d’un collier de l’Ordre de Saint-Michel, du collier de l’Ordre du Saint-Esprit et du collier du « Trophée de Rocroi », il s’agit des armes de Louis II de Bourbon, prince de Condé, gravées sur les deux faces opposées de la borne. Cette borne était implantée dans le parc Barrachin, acheté par la Société 3 M France pour établir ses usines en 1952. Elle fut ensuite officiellement remise par Monsieur Peter Danos, administrateur directeur général de la Société 3 M France, le 7 juillet 1972, elle fut mise en place dans le parc de la Mairie en présence du Préfet du Val d’Oise et de nombreuses personnalités34.


ILS ONT HABITÉ BEAUCHAMP


Louis Bousquet, auteur de La Madelon

Le premier maire de Beauchamp, Louis Bousquet, est co-auteur de la célèbre Madelon, dont le compositeur est Camille Robert et le père spirituel Bach, un comique troupier. Cette chanson s’est imposée sur le front de la Première Guerre mondiale, où elle a été aussi populaire que l’hymne national35. Une statue, due aux ciseaux du sculpteur René Andrei, a été érigée dans le parc de la mairie pour le 50e anniversaire de l’armistice de 1918, en souvenir de son créateur beauchampois. Elle a été inaugurée, en 1968, en présence d’Henri Duvillard, ministre des Anciens Combattants et Victimes de la Guerre.


Maurice Edmond Saillant, dit « Curnonsky », le prince des gastronomes

Maurice Edmond Saillant36 naît à Angers (Maine et Loire), le 12 octobre 1872. Le jeune Maurice Edmond suit des études secondaires au collège Saint-Maurille d’Angers, puis en 1891, il effectue son service militaire au 135e régiment d’infanterie d’Angers. Il vient à Paris en 1892 préparer une licence es-lettres au collège Stanislas. Il rencontre alors Louis Pasteur, Émile Zola, Alphonse Allais. Pour lui débute une importante production journalistique et littéraire. Il est l’auteur ou le co-auteur de plus de soixante-cinq ouvrages. De nombreuses chroniques rendent son nom familier dans la presse et l’édition.

Alphonse Allais est à la source de son pseudonyme. En 1894, l’heure est à l’amitié franco-russe, il n’est question que de Dostoïevsky et de Tchaïkovsky. « Pourquoi pas un nom en sky ? » suggère Alphonse Allais. Et Saillant, latiniste impénitent, de répondre machinalement : « CUR (pourquoi) NON (pas) SKY ». « Mais le voilà votre nom, c’est merveilleux et demain tout Paris en parlera ». Il publie, avec la collaboration de P.-J. Toulet Le Métier d’amant, en 1899.

Voyageur infatigable, curieux de tout ce qui se mange et de tout ce qui se boit, il est l’un des premiers, sitôt la paix revenue en 1919, à comprendre que le tourisme et la gastronomie sont complémentaires et que leur alliance constitue pour la France, alors affaiblie, une chance à saisir.

Curnonsky cherche à sublimer la cuisine, il perfectionne le style, la table, l’accueil. Grâce à lui, les restaurateurs, les chefs, les brigades de cuisine acquièrent cette fierté de bien connaître et de bien faire leur métier. Alors qu’au XVIIIe siècle, siècle de lumière, siècle de raffinement par excellence, sont apparus en France les premiers grands gastronomes (Brillat-Savarin, Grimod de la Reynière), Curnonsky, à la différence de ses prédécesseurs qui ne se sont intéressés qu’à la minorité des privilégiés, s’oriente vers un nouveau domaine : celui du tourisme gastronomique, lié au développement de l’automobile. Il publie, avec la collaboration de Marcel Rouff La France gastronomique, entre 1921 et 1928.

En effet, conseiller de la firme Michelin, il crée le personnage de « Bibendum ». Il est aussi en partie à l’origine de l’orientation de Michelin vers le tourisme et la restauration.

L’Académie des gastronomes est fondée en 1928 avec le concours d’amis réalisant le vœu de Brillat-Savarin : « une académie établie sur les bases immuables du plaisir et de la nécessité, gourmands éclairés, convives aimables en seront les membres ».

En 1929, Curnonsky est nommé chevalier de la Légion d’honneur sur proposition du ministre de l’Instruction publique, Louis Barthou.

Avec Austin de Croze, il scelle en 1933 l’alliance du tourisme et de la gastronomie, dressant un inventaire complet de nos richesses du bien manger dans Le Trésor gastronomique de la France. En publiant avec Pierre Andrieu Les Fines gueules de France, en 1935, il rend justice aux efforts des grands chefs, des grands cordons bleus.

En 1938, Curnonsky est promu officier de la Légion d’honneur par le ministre du Commerce en qualité de président de l’Académie des gastronomes.

Avec Madeleine Decure, il fonde la revue Cuisine et vins de France en 1947. Il écrit, se passionne, acquiert une nouvelle audience, donnant l’exemple de la belle humeur et du bon appétit. Il publie, avec la collaboration de A. Saint-Georges La Table et l’Amour, en 1949. En 1952, il publie avec l’éditeur Maurice Ponsot, le recueil Bons plats, bons vins. En 1953, il publie Cuisine et Vins de France.

Si le Prince des gastronomes n’a pas de salle à manger, il possède désormais quatre-vingt tables pour dîner. Quatre-vingt restaurateurs l’invitant à vie marquent sa place dans leur maison d’une plaque portant l’inscription : « Maurice Edmond Saillant Curnonsky, Prince des gastronomes, défenseur et illustrateur de la cuisine française, hôte d’honneur de cette maison ».

Entouré de l’affection de tous, soigné par des êtres chers, il continue sa vie quelque peu bohème avec sa générosité native, le rendant perméable aux mouvements humains, amical à tous, particulièrement aux jeunes qu’il aimait et comprenait.

L’une de ses dernières créations est celle du guide des Touristes gastronomes, avec Simon Arbellot et Jean Didier, sous le patronage de Kléber-Colombes.

« Cur » écrit : « Ce guide va devenir le bréviaire de ces honnêtes gens que j’ai baptisés les « gastronomades », ceux qui parcourent dans tous les sens notre douce France ».

Il meurt le 22 juillet 1956 à Paris, alors qu’il va avoir 84 ans. Suivant ses dernières volontés, il est enterré dans le cimetière de Beauchamp où il a voulu dormir à jamais auprès de celle qui a été l’amour de sa vie : Germaine Larbaudière, comédienne disparue à la fleur de l’âge, victime de la tuberculose. Après sa disparition, bien des hommages lui sont rendus à Paris, à son ancien domicile, 11 square Bergson, en 1957. De même, une rue de Paris porte désormais son nom, parallèle au boulevard de Reims, en bordure de Levallois-Perret, dans le XVIIe arrondissement, depuis 1975, à Angers et à Beauchamp.

Le 22 novembre 1975, l’ancien chemin des Limites devient l’avenue Maurice Edmond Saillant Curnonsky en présence de Monsieur Robin, Maire de Beauchamp et de Monsieur le Préfet du Val d’Oise37.


Edmond Barrachin, parlementaire et ministre

Edmond Marcel Barrachin est né le 12 janvier 1900 à Paris, VIIIe arrondissement. Publiciste, il est attaché au ministère des colonies du 31 novembre 1929 au 2 mars 1930 et au ministère du budget en 1931. Le 4 novembre 1934, il est élu député des Ardennes (circonscription de Sedan), poste qu’il conserve jusqu’en 1936.

Au Palais-Bourbon, il s'inscrit au groupe de la gauche radicale et appartient aux commissions de l'enseignement et des beaux-arts, de l'hygiène, des régions libérées, du commerce et de l'industrie, de la marine militaire. Le 25 juin 1935, dénonçant l'instabilité gouvernementale, il souligne que la question met en jeu le destin même des institutions parlementaires et, reprochant au scrutin d'arrondissement à deux tours de rapprocher des hommes que rien n'unit, sinon le désir de se faire élire, il s'écrie : "Si la nouvelle Chambre était élue contre quelque chose, et non pour quelque chose, si la majorité se révélait impuissante à soutenir un gouvernement, s'il fallait continuer à accepter cette formule des pleins pouvoirs et des vacances parlementaires perpétuelles, je ne suis pas sûr que le régime républicain pourrait continuer à vivre". Ainsi M. Barrachin attache-t-il dès cette époque une importance primordiale au problème des institutions qui va tenir, par la suite, une si grande place dans son activité publique.

Durant la période qui suit, M. Barrachin milite activement au Parti social français, dont il dirige le bureau politique du 9 octobre 1936 jusqu'à la guerre. Il collabore à plusieurs journaux antimarxistes édités sous l'égide de ce parti.

Engagé volontaire en 1939, il est fait prisonnier, mais s'évade, réussit à quitter la France pour l'Afrique du Nord et s'enrôle dans des forces française libres. Sa brillante conduite lui vaut deux citations, dont une à l'ordre de l'armée, la médaille militaire, la croix de guerre 1939-1945 avec palme et la médaille des évadés.

Le 2 juin 1946, tête de liste du parti républicain de la liberté (PRL) dans le 5e secteur de la Seine, il est élu membre de la deuxième Assemblée nationale constituante. Le 10 novembre de la même année, ses électeurs lui renouvellent leur confiance. Il est, à l'Assemblée nationale, vice-président du groupe du PRL. Mais, en 1952, il soutient l'investiture de M. Pinay et, en désaccord avec le général de Gaulle, fonde le groupe d'Action républicaine et sociale (ARS), dont il est désigné comme président (juillet 1952).

Il est ministre d'État chargé de la réforme constitutionnelle dans le cabinet Laniel (28 juin 1953-19 juin 1954). En octobre 1953, il est élu secrétaire général du parti de l'ARS. Aux élections du 2 janvier 1956, toujours dans le 5e secteur, il est le seul élu de la liste d'union des Indépendants, ARS et républicains nationaux, dont il a pris la tête, avec agrément du Centre national des indépendants, paysans et ARS. Il s'inscrit au groupe des indépendants et paysans d'action sociale. Le 22 juillet 1958, il est désigné par la Commission du suffrage universel pour représenter l'Assemblée nationale au Comité consultatif constitutionnel chargé de préparer une nouvelle constitution.

Aux élections au scrutin uninominal du 30 novembre 1958, il se présente dans la 35e circonscription de la Seine (Courbevoie-La Garenne-Colombes), mais il n’est pas réélu.

De 1946 à 1958, M. Barrachin appartient à plusieurs grandes commissions, dont celle du suffrage universel, qu'il présida plusieurs années. C'est sur son rapport que l'Assemblée décide l'installation d'un système de vote électronique. En matière sociale, il intervient principalement, par la parole ou par l'écrit, en faveur du relèvement du niveau de vie des économiquement faibles, du reclassement des ouvriers licenciés des entreprises de constructions aéronautiques, du relèvement des crédits destinés aux anciens combattants et victimes de guerre. Outre les fonctions que nous avons rappelées, M. Barrachin remplit celles de secrétaire général adjoint de l'Institut de recherches économiques et politiques et de président du comité national d'études pour la réforme de la constitution. Le 26 avril 1959, il est élu sénateur de la Seine. Il s'inscrit au groupe des Républicains indépendants.

Comme nous l’avons vu, le parc Barrachin38, porte le nom de son propriétaire, Edmond Barrachin, qui en 1865, achète à Frédéric Pajot la maison construite vers 1860 et les 59 hectares de bois avoisinants. La propriété est transmise à Pierre Barrachin, puis en 1925 à Edmond Marcel Barrachin, qui, aux bons soins de son mandataire, le marquis de Ségur, veut transformer Beauchamp en « Belleville » et y apporter 6 000 habitants de plus en lotissant les 59 hectares de bois. En 1926, le 18 novembre, il met en vente à l’amiable les arbres de son parc (4 456 chênes, 1 147 bouleaux, 108 acacias, 42 peupliers, 53 sapins, 54 tilleuls, etc.) par l’entremise du marquis de Ségur. En 1929, le 12 juillet, avec le concours de Me Labour, notaire à Franconville, M. Barrachin mit en vente le grand parc de 46 hectares, se réservant la maison et quelques hectares de prairie. Cette adjudication est infructueuse. Il conserve son bien. Un nouveau projet de lotissement, présenté par M. Barrachin, en 1932, « Parc de Beauchamp », est finalement accepté en 1933 par la municipalité, mais le lotissement ne verra jamais le jour. Plus tard vers 1936, le stade est implanté sur plus de 5 ha de terrain acheté par la municipalité. Les 54 ha restants sont alors vendus en 1952 pour y fonder la « 3 M Minnesota de France »39.

Edmond Marcel Barrachin décède le 8 novembre 1975 à Paris, VIIIe arrondissement, à l’âge de 75 ans.


Raoul Auger , dessinateur

Né en 1904 à Paris, élève de l’École Estienne, Raoul Auger y apprend toutes les techniques pour les procédés de dessins et gravures sur bois et cuivre, la lithographie et l’imprimerie en général. Il suit les cours de la Ville de Paris, de l’histoire de l’art, l’anatomie artistique de Richer, l’histoire du costume ancien et moderne de Ruppert. Il étudie également le modèle vivant, dessin et peinture, à la Grande Chaumière, fréquente les cafés de la Rotonde et du Dôme où passent Kisling, Foujita, Van Dongen et tant d’autres.

Il assume durant quinze ans les fonctions de directeur artistique d’une grande agence de publicité, tout en continuant ses recherches et études pour parfaire ses connaissances dans les domaines les plus divers. Il obtient ainsi d’importants contrats des principaux éditeurs de livres pour l’illustration de plus de 150 volumes allant de l’histoire de l’Armée française (300 pages, 350 illustrations), aux bandes dessinées, livres d’enfants et éditions scolaires et religieuses.

Il reçoit le Prix de l’image française en décembre 1947 pour des Fables de La Fontaine, parues dans la collection Rouge et Or.

Il est très ouvert sur la vie associative locale et s’engage à Beauchamp dans les mouvements de jeunesse (M.J.C.) et de défense de l’environnement.

Répondant toujours présent, il est l’auteur de beaucoup d’affiches, de nombreux tracts, de décors de théâtre et principalement du blason de la commune, qu’il étudie longuement, minutieusement, avant de le créer et de le faire accepter en 1975.

Il décède le 9 février 1991 à l’âge de 87 ans40.


Jean Simon, organisateur de revues

Jean Simon est né en 1900 à Bar-le-Duc (Meuse), il ne fut pas un professionnel du spectacle puisqu’il fit toute sa carrière à la S.N.C.F. Mais sa popularité fut grande à Beauchamp car il créa pendant 25 ans environ, avant la Dernière Guerre, près de quatre cents revues, toutes différentes sous le pseudonyme d’ « Oscar Polette ». Un grand nombre de celles-ci traita de la vie des Beauchampois d’alors, sur tous les sujets : les sports, les commerçants, la mairie, les pompiers, les noms de rues ; la plus célèbre fut « La Mare », cette mare qui se formait place du Marché et occasionna tant d’ennuis aux Beauchampois les jours de pluie. Ces revues furent interprétées par une troupe importante d’acteurs amateurs de Beauchamp et furent jouées principalement salle paroissiale François Coppée (à l’emplacement de l’actuelle salle Paul Bance) mais aussi à la salle des fêtes, certaines à Paris et en province41.


Dranem, chansonnier insolite

Armand Ménard dit « Dranem » (Paris, 1869-id.1935), est un artiste de café-concert. Il lance aux environs de 1900, un genre original de chanson volontairement bête, débitée avec un mélange amusant de niaiserie et de malice, dans un accoutrement ridicule : « les Petits Pois » en sont le meilleur exemple. Il crée un personnage de faux niais, spécialisé dans le répertoire de « chansons insolites ». Pendant près de trente ans, Dranem crée de nombreuses revues et opérettes. En 1910, il joue « le Médecin malgré lui » à l’Odéon. Il connut un grand succès au début du siècle passé. Il a fondé l’œuvre de la maison de retraite des artistes lyriques, située à Ris-Orangis. Il chante à l’Alcazar les chansons de son ami Louis Bousquet. Ce dernier s’étant installé à Beauchamp en 1906, Dranem vient y faire construire des maisons dont le nom rappelle ses succès d’alors. Certaines existent encore : « La Chanson », « La Ritournelle », « Les Petits Pois », situées avenue Morère42.


ANNEXES


Géologie : les sables et les grès de Beauchamp

La plupart des niveaux géologiques portent le nom de la localité  où ils ont été décrits pour la première fois et sont encore visibles. Tel est le cas des sables de Beauchamp, qui constituent le sous-sol de la commune.

Ces sables appartiennent à l’ère Tertiaire et à l’étage de l’Auversien (d’Auvers-sur-Oise). Ils se sont déposés dans le Parisis, il y a environ 40 millions d’années, sur une dizaine de mètres d’épaisseur.

Ce sont des sables fins, bien classés, blanc-grisâtres, mais souvent teintés de roux par la présence de limonite (mélange d’hydroxyde de fer, de couleur rouille). Ils sont formés, principalement, de grains de quartz usés, de 0,15 mm de diamètre en moyenne, mais également, en quantité infinitésimale, de tourmaline, grenats, disthène, zircons, rutile, etc. Ils contiennent relativement peu de fossiles bien conservés (essentiellement gastéropodes et lamellibranches), malgré leur caractère de sable de plage.

On y rencontre aussi des lentilles ou même des couches épaisses de grès de Beauchamp ferrugineux (sable consolidés par des oxydes de fer), ou pas, de type mamelonné.

Ils sont surmontés par un paléosol, de type podzol tropical, qui signale l’émersion produite à la fin de leur dépôt. Ce paléosol est constitué de grains de sable emballés dans une matrice organique noirâtre (restes d’un sol forestier fossile), avec des éléments ferrugineux.

Celui-ci est encore observé lors du creusement de tranchées ou de fondations de maisons, dans le sous-sol de la commune. Il était bien apparent autrefois dans le bois de Pontalis, le long de la voie ferrée vers Pierrelaye et encore récemment dans la carrière Picheta à Méry-sur-Oise.

Les sables de Beauchamp ont quelquefois été, et sont encore, exploités dans le Parisis pour la fourniture de matériaux routiers (carrière de Méry, par exemple). Leurs équivalents dans le Valois et le Soissonnais : les sables de Fleurines (la Mer de sable, par exemple), fins, blancs, très purs, le sont encore pour des usages industriels (fonderie, verrerie, fabrication de silicones)43.


La géomorphologie de Beauchamp

Le territoire de la commune de Beauchamp se situe à l’extrémité occidentale de la vallée de Montmorency, enserrée entre les buttes témoins de la forêt de Montmorency, au nord, et celle de Cormeilles-en-Parisis, au sud, toutes deux constituées par l’empilement des couches qui surmontent le calcaire de Saint-Ouen jusqu’à l’horizon de la meulière de Montmorency.

Au débouché de cette vallée, Beauchamp, construit sur la couche quasi horizontale des sables du même nom, occupe une situation particulière à la limite de deux plateformes : à l’est, celle du Parisis, établie sur le calcaire de Saint-Ouen et à l’ouest celle du Vexin, reposant sur le calcaire grossier de l’étage Lutétien.

Cette position est perceptible dans la topographie de la commune. Ainsi, en gravissant, vers Franconville et le Plessis-Bouchard, la côte de la chaussée Jules-César, on monte sur la plateforme du Parisis. Cette montée se fait de manière graduelle, car le rebord de cette plateforme est peu marqué dans le paysage. Ceci résulte du fait que la couche du calcaire de Saint-Ouen, peu épaisse et de médiocre résistance, a été fortement érodée au cours des grandes périodes glaciaires du Quaternaire.

On rencontre d’ailleurs assez fréquemment les produits de cette érosion sous la forme de plaquettes calcaires qui se sont répandues, au pied de la pente, sur le sommet des sables de Beauchamp ; elles y reposent près de la surface, sous la terre végétale.

Vers Pierrelaye, la descente sur la plateforme du calcaire grossier, donc le rebord de la couche des sables de Beauchamp, est beaucoup plus nette. Elle est marquée par des déclivités accentuées à l’extrémité des avenues Victor Basch, Pasteur ou Louis Bousquet, en allant vers l’avenue Curnonsky, le centre omnisports ou le stade.

Sur le plan de l’occupation des sols, le territoire de Beauchamp, assis sur des terres sableuses peu fertiles, était, avant son urbanisation, une zone boisée. On peut s’étonner qu’au contraire la plaine de Pierrelaye et celle du Plessis-Bouchard, reposant sur des calcaires, aient été recouvertes par des terres d’altération et des limons argileux fertiles44.

Gérard Ducoeur,

décembre 2009.

BIBLIOGRAPHIE


Ouvrages de base

Boulard (M. et Mme), Beauchamp, in Le Patrimoine des communes du Val d’Oise, Ile de France, Flohic, 1999, t.1, p. 65.

Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), Beauchamp, imp. Soury, Taverny, 1994, 256 p.

Monographie de l’instituteur 1900, Taverny, 1899, 53 p., 19 photographies.

Rousseau (abbé A.), et al. Taverny (754-1981), ville de Taverny, 1982, 216 p.


Autres références

Arbellot (G.), Dictionnaire des lieux habités de Val d’Oise, mission Écomusée, CGVO, 1997, 115 p.

Arzalier (F.), Les communautés villageoises de la vallée de Montmorency au XVIIIe siècle, in Des villages dans l’histoire, vallée de Montmorency (1750 à 1914), éd. Pr.Univ. Septentrion , Lille, 1996, p. 30.

Aubert (J.), Montmorency, in La grande histoire du Val d’Oise, Edijac, 1987, p. 265-267.

Aubert (J.), Les grandes heures de Montmorency et ses environs. Horvath, 1983.

Baduel (D.), Briqueteries et tuileries disparues du Val d’Oise, Saint-Martin-du-Tertre, S. I., 2002, 302 p.

Beaunier (Dom), La France monastique. Recueil historique des archevêchés, évêchés, monastères et prieurés de France, Province ecclésiastique de Paris, t. 1, Paris, 1905.

Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAP VOV, 1980, p. 47 et 228.

Buffévent (B. de), L’Économie dentellière en région parisienne au XVIIe siècle, SHAP VOV, Pontoise, 1984, les paroisses dentellières p. 58-59.

Canet (M.-M.), Lhomel (I.), L’or blanc : du gypse au plâtre, Cergy-Pontoise, CGVO, ARPE, 2000, 14 p.

Collectif, Géologie, patrimoine géologique du Val d’Oise, Cergy-Pontoise, CGVO, IGAL, 2007, 36 p.

Collectif, Les arbres remarquables du Val d’Oise, Ed. Dakota, CGVO, 2005, 176 p.

Depoin (J.), Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, 5 fascicules, SHPV, Pontoise, 1895 -1909.

Ducoeur (D. et G.), et al. Histoire géologique du Parisis, in Ermont au fil du temps, Valhermeil, 1994.

Ducoeur (D. et G.), et al. La Préhistoire en Parisis, in Ermont au fil du temps, Valhermeil, 1994.

Ducoeur (D. et G.), et al. La Protohistoire en Parisis, in Ermont au fil du temps, Valhermeil, 1994.

Ducoeur (G.), La protohistoire dans la vallée de la Seine, in Histoire de Cormeilles-en-Parisis, AREM, 1982.

Ducoeur (G.), La forêt de la préhistoire à l’antiquité, in Guide de la forêt de Montmorency, AFOMI, 1975, p. 7-18.

Ducoeur (G.), Les voies romaines dans le nord du Bassin Parisien, in Bull. JPGF, n° 2, 1972.

Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 448 et 607.

Foucher(S.), L’abbaye du Val à Mériel et ses tombeaux disparus, éd. Valhermeil, 1989, 70 p., p. 50 et 53.

Foussard (D.), Huet (C.), Lours (M.), (sous la dir.), Églises du Val-d’Oise, Pays de France, Vallée de Montmorency, Dix siècles d’art sacré aux portes de Paris, SHAGPDF, 2008, 308 p.

Gassowski (J.-P.), L’armorial des communes du Val d’Oise, éd. Gaso, Mériel, 1996, s. p.

Guérard (B.), Cartulaire de Notre-Dame de Paris. Documents inédits sur l’histoire de France, Paris, 1850, 4 vol., in 4°.

Guilhermy (F. de), Inscriptions et épitaphes de la France du Ve au XVIIIe siècle. Ancien diocèse de Paris, Paris, 1873-1883, in 4°.

Hue (R.), Histoire de Montigny-lès-Cormeilles du village à la ville, Montigny, 1986, 616 p.

Hue (R.), Histoire de Montigny-lès-Cormeilles des origines au XVIIIe siècle, Montigny, 1981, 453 p.

Jablonski (C.), Taverny. Histoire d’un terroir, Édition ville de Taverny, 1991, 132 p.

Lachiver (M.), Vin, vigne et vignerons en région parisienne du XVIIe au XIXe siècle, SHAP-VOV, 1982, p. 831 et 835.

Lasteyrie (R. de), Cartulaire général de Paris (528-1180), Histoire générale de Paris, t. 1, Paris, 1887, in 4°.

Lebeuf (abbé J.), Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, t. 2, 1758, ré-éd.1883, p. 60-67.

Lebret (P.), Halbout (H.), Le Quaternaire en Val d’Oise, Centre de géomorphologie de Caen, Bulletin n° 39- 40, mars 1991, CNRS, CGVO, SDAVO, Caen, 1991, 294p.

Lefeuve (C.), Taverny, in Le tour de la Vallée. Histoire de la vallée de Montmorency, 1856 et 1866, ré-éd. CHAEVM, n° 2, 1975, p. 127-131.

Mulon (M.), Noms de lieux d’Ile-de-France. Introduction à la toponymie, éd. Bonneton, Paris, 1977, p. 76.

Pegeon (A.), L’abbaye de Saint-Martin de Pontoise au Moyen Âge (XIe-XIVe siècles), SHAP VOV, 1995.

Pérouse de Montclos (J.-M.), (sous la dir.), Le guide du patrimoine, Ile-de-France, Hachette, 1992, p. 627-629.

Poisson (G.), (sous la dir.), Dictionnaire des Monuments d’Île-de-France, éd. Hervas, 2001, p. 789-790.

Pommerol (Ch.), Feugueur (L.), Bassin de Paris : Ile-de-France, in Guides géologiques régionaux, Paris, Masson, 1968, 174 p. et 16 pl. de fossiles.

Rival (M.), Les Montmorency, Seigneurs de Montmorency, Ed. Jean d’Orcival, 1995, 205 p.

Robert (S.) et Wabont (M.), Le réseau routier de grand parcours dans le Val d’Oise, in Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 94-99.

Roblin (M.), Le terroir de Paris aux époques gallo-romaine et franque, Picard, Paris, 1971, 496 p.

Schaaff (S.), Anciennes bornes à Pierrelaye, in Rapport d’activités Groupement d’études et de recherches archéologiques du Val de l’Oise, GERAVO, Parmain, 1970, 31 p., 1 plan, 1 photo.

Schauinger (L.), Notre-Dame de Taverny, in Foussard (D.), Huet (C.), Lours (M.) : Églises du Val-d’Oise, Pays de France, Vallée de Montmorency, Dix siècles d’art sacré aux portes de Paris, SHAG PDF, 2008, p. 270-272.

Schauinger (L.), Taverny, in Le Patrimoine des Communes du Val d’Oise, Flohic, 1999, p. 851-859.

Schauinger (L.), Notre-Dame de Taverny, Edition ville de Taverny, 1998, 88 p.

Soulier (P.), Halbout (H.), Lebret (P.), et al. 120 000 ans de paysages en Val d’Oise, SDAVO, CGVO, 1991, 64 p.

Soyer (R.), Carte géologique au 1/50 000e, feuille de l’Isle-Adam, XXIII-13, BRGM, 2e éd., 1967.

Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.), Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, 495 p.



Publié sur le site de Valmorency (Association pour la promotion de l’histoire et du patrimoine de la Vallée de Montmorency) : www.valmorency.fr

Tous droits d’auteur réservés. Reproduction soumise à autorisation avec citation de la source (contact : collet.hy@orange.fr)




1 Mitard (P.-H.), Le Vexin Français à l’époque gallo-romaine, Esquisse archéologique, in Mémoires SHAP-VOV, t. 67, (1977), Pontoise, 1979, p. 9-24.

Ducoeur (G.), Les voies romaines dans le nord du Bassin Parisien, in Bull. JPGF, n° 2, 1973, p. 30-33.

2 Robert (S.), Travaux sur la voie romaine, in Lumières n° 40, supplément à Vivre en Val d’Oise, n° 119, janv.-fév.-mars 2010, p. 12-13. Une étude récente, en juillet 2009, le long de la RD 159, entre les limites des communes de Commeny et de Guiry-en-Vexin, semble le confirmer.

3 Le Saint Allain (M.), Taverny, in Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.), Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 419.

Ducoeur (G.), Taverny, habitat gallo-romain du Ier au IIIe siècle, in Bull. JPGF, n° 2, 1973, p. 16-19.

4 Cf. notre article : « La chaussée Jules César et le vicus d’Ermont. Les sites gallo-romains de Taverny ».

5 Voir infra notes 41 et 42.

6 Traduction faite et citée par : Rousseau (abbé A.), et al. Taverny (754-1981), éd. ville de Taverny, 1982, p. 35-37.

7 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), Nos premiers ancêtres, in Beauchamp, imp. Soury, Taverny, 1994, p.

11-14.

8 Cf. notre article : « L’église Notre-Dame de l’Assomption de Taverny ».

9 Cf. notre article : « Le rôle social et économique des communautés religieuses dans la châtellenie de Montmorency ».

10 Cf. notre article : « Les premiers seigneurs de Montmorency ».

11 Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980, p. 47 et 228.

12 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), Du hameau à la commune, op. cit., p. 15-17.

13 Boulard (M. et Mme), Beauchamp, in Le Patrimoine des communes du Val d’Oise, Ile de France, Flohic, 1999, t.1, p. 65.

14 Arbellot (G.), Dictionnaire des lieux habités de Val d’Oise, mission Écomusée, CGVO, 1997, p. 63. En 1847, sur les cartes anciennes, le château est aussi écrit de « Beauchand », le hameau à 10 habitants.

15 Bedos (B.), op. cit., p. 281.

16 Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.), Beauchamp, in Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 154-155.

17 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), op. cit., p. 17-19.

Cf. également notre article : « Premier survol de la Vallée de Montmorency en ballon ».

18 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), op. cit., p. 19-20.

19 C’est dans ce texte de loi que le « s » en final de Beauchamp disparaît.

20 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), op. cit., p. 21-27.

21 Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 448.

22 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), La zone industrielle, in op. cit., p. 207-213.

23 Gassowski (J.-P.), L’armorial des communes du Val d’Oise, éd. Gaso, Mériel, 1996, s. p.

24 Arbellot (G.), Dictionnaire des lieux habités de Val d’Oise, mission Écomusée, CGVO, 1997, p. 63. En 1847, sur les cartes anciennes, le château est écrit, de « Beauchand », le hameau à 10 habitants.

25 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), op. cit., p. 19.

26 Idem, p. 75.

27 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), op. cit., p. 33.

28 Boulard (M et Mme), op. cit., t.1, p. 65.

29 Idem, p. 68.

30 Ibidem.

31 Schaaff (S.), Anciennes bornes à Pierrelaye, in Rapport d’activités Groupement d’études et de recherches archéologiques du Val de l’Oise, GERAVO, Parmain, 1970, p. 31, 1 plan, 1 photo. Le « E » grossier était interprété par l’auteur comme l’initiale d’Eaubonne, nous pensons plutôt qu’il faut y voir la marque des « Eaux et Forêts » appliquée par le gruyer du prince de Condé.

32 Dutilleux (A.), Recherches sur les routes anciennes dans le département de Seine et Oise, 1881, p. 494-558. Et Enquête, 1882.

33 Abert (F.), Pierrelaye, in Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.), op.cit., p. 370. Comme nous l’avons indiqué, cette découverte concerne la commune de Beauchamp et non celle de Pierrelaye.

34 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), op. cit., p. 17-19.

35 Boulard (M et Mme), op. cit., t.1, p. 68.

36 Saillant s’écrit aussi Sailland, in Collectif, Grand Larousse encyclopédique, éd. Prestige, t. 6, 1970.

37 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), op. cit., p. 219-224.

38 Voir le chapitre « Les établissements industriels - La société 3 M France ».

39 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), op. cit., p. 48-50.

40 Idem, p. 225.

41 Idem, p. 226.

42 Ibidem.

43 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), op. cit., p. 8-10.

44 Lavaud (R.), Laloi (G.), (sous la dir.), Le Site de Beauchamp, op. cit., p. 8-10.