HISTOIRE GÉNÉRALE D’ENGHIEN-LES-BAINS



Commune de la vallée de Montmorency, Enghien-les-Bains (176 ha) s’étend entre les coteaux de Sannois et d’Orgemont, et les buttes témoins de Montmorency, entre 35 et 50 m d’altitude. La notoriété de son lac et de ses eaux curatives a été à l’origine de sa création le 7 août 1850, sur des terres distraites des communes de Saint-Gratien, Soisy-sous-Montmorency, Deuil-la-Barre et Épinay-sur-Seine. Ces terrains, jadis couverts de vignes, sont aujourd’hui fortement urbanisés : 60 % de la superficie totale sont bâtis. Un des plus beaux fleurons de la commune, le lac d’Enghien, occupe le quart du territoire.

Au XVIIIe siècle, le Père Cotte, prêtre de l’Oratoire de Montmorency, découvre les propriétés sulfureuses des eaux. L’établissement thermal construit sous le premier Empire attire des curistes qui vont faire la renommée d’Enghien. Les châteaux et villas construits sur les bords du lac voient passer de nombreuses célébrités, princes, artistes et autres romanciers.

La commune tire son nom du village de Montmorency, qui a pris en 1689, le nom d’Enghien, après commutation du duché de Montmorency en duché d’Enghien - transfert indirect de la ville de Belgique du même nom1 - par un acte de Louis XIV. Quand Montmorency recouvre son nom en 1832, celui d’Enghien est gardé pour désigner le lac et le petit hameau qui a commencé à naître auprès de l’établissement thermal. Et c’est tout naturellement cette appellation, qui est retenue lors de la création de la commune.

La ville actuelle, qui compte 12 121 habitants (en 2008), couvre une superficie de 175 ha, ce qui la classe dans les communes de faible superficie, la moyenne dans la vallée de Montmorency étant de 414 hectares. Depuis 1968, Enghien appartient à l’arrondissement de Montmorency et forme un canton avec Deuil et Montmagny.

Étonnante et rapide renommée que celle de cette commune déjà cotée comme la « station thermale de Paris » avant d’exister administrativement ! Étonnante conjonction aussi des grands noms de l’époque, puisqu’on y voit se faire soigner un roi de France, le plus grand tragédien et la plus grande comédienne, l’un des artistes peintres les plus réputés et, bien sûr, maintes personnalités du Tout-Paris de l’époque. Voici son histoire.


Le territoire à la période gallo-romaine

Venant de Lugdunum (Lyon), la chaussée Jules César conduit ensuite de Lutecia (Paris) à Rotomagus (Rouen) puis à Juliobona (Lillebonne) et Honfleur en coupant l’ancienne voie gauloise au viculus Ermedonis où, en 1966, la borne milliaire n° XIII (à 13 lieues de Lutèce) a été mise au jour. Ces bornes, dites milliaires, étaient dressées le long des voies romaines, de mille en mille pas romains (environ 1 478 m). Sa construction paraît avoir été l’œuvre de l’empereur Claude, à l’occasion d’expéditions en Grande-Bretagne en 43-47 de notre ère2.

La chaussée Jules César passe au nord du lac. Près de la croix Blanche, la voie principale rejoint Pontoise, une bifurcation file vers le nord-ouest. traverse l’Oise à Briva Isarae (Pontoise). Ce chemin d’Auvers qui formait jadis la limite entre les paroisses de Deuil et de Soisy, pourrait remonter au haut Moyen Âge, époque où se trouvait à Auvers un pont sur l’Oise, cité dans les textes en 832.



L’histoire du lac d’Enghien

Ce que l’on nomme aujourd’hui le lac d’Enghien, d’une surface de 48 hectares, dont 8 pour le « Petit Lac », de faible profondeur, 1 à 2,5 mètres, est né d’un vaste marécage endigué par l’homme. Il a été créé artificiellement par une levée de terre au niveau de l’actuelle jetée-promenade et s’est appelé successivement l’Étang-Neuf-sous-Montmorency au XIIe siècle, puis de Montmorency (y compris sous son nom d’Anguien) et enfin de Saint-Gratien au XIXe siècle3.


L’amont et l’aval du lac

Le lac se trouve alimenté par de nombreuses sources et recueille entre autres, comme nous l’avons vu, les eaux du ru de Corbon et du ru de Montlignon (ou ruisseau de l’Étang-de-Montlignon), les rus de la Fontaine-d’Ermont et des Communes, ainsi que par de nombreuses sources voisines.

Au XVIIIe siècle, trois ruisseaux s’échappent de l’étang. Le premier, à l’emplacement de l’actuel pavillon du Lac, est le trop-plein de la pièce d’eau. Le second, au droit de l’établissement thermal, constitue le bief particulier du moulin de l’étang. Le troisième, face à la rue de Girardin, est le ruisseau déversoir des bondes que l’on ouvre lorsqu’on procède au vidage de l’étang. Tous ces ruisseaux, au débit régulé par des vannes, se rejoignent ensuite pour former le ru d’Ormesson ou ru d’Enghien 4. Ce dernier coule le long de l’actuelle rue de Girardin, puis suit ce qui deviendra la promenade de l’allée Verte. Son cours existe toujours, mais il est souterrain et canalisé. Il se jette, plus loin, dans la Seine au niveau d’Épinay


À l’origine : des marais

Situé dans la partie la plus basse de la Vallée de Montmorency (altitude comprise entre 50 et 59 mètres), le terroir qui forme aujourd’hui la commune d’Enghien et les communes environnantes comportait des terres marécageuses considérées comme improductives :

« La vallée de Montmorency ou d'Enghien, aujourd'hui si belle, si fertile et aussi bien cultivée qu'elle est riche en souvenirs historiques, présentait autrefois de vastes marais que de grands travaux faits, à diverses époques, par les Montmorency, les Luxembourg, les Condé, les Beaumont, et plus récemment par M. Sommariva, ont successivement desséchés et mis en culture.

Malheureusement toutes les communes de cette vallée n'avaient pu s'entendre et être comprises dans ces travaux d'assainissement, et plusieurs offraient encore naguère des terrains fangeux et marécageux dont les propriétaires ne pouvaient tirer aucun parti. Entre Ermont, Saint-Gratien et Épinay, il existait, sur plus de quatre kilomètres de longueur, des marais de 3, 4 et 500 mètres, couverts de roseaux et souvent d'eaux infectes, stagnantes ou sans cours, provenant des sources hydrosulfureuses d'Enghien.

Ces marais étaient généralement considérés, dans le pays, comme dangereux et improductifs : dangereux, à cause des accidents qui y étaient arrivés, à diverses époques, dans les gouffres et fondrières qui s'y trouvaient ; improductifs, parce qu'on n'en pouvait obtenir qu'une mauvaise litière de roseaux, dégageant souvent une forte odeur d'hydrogène sulfuré »5.


Un certain nombre de ces terres marécageuses ont été cependant aménagées pour la culture, au cours des siècles, laissant ici ou là une mare ou un étang, dont les plus connus sont l’étang d’Ermont et l’étang Coquenard sur Épinay. Le cas du lac d’Enghien est particulier, dans la mesure où l’eau n’est pas stagnante. Le plan d’eau est en effet alimenté naturellement et en permanence de deux façons :

- Il reçoit l’eau des ruisseaux et des rus provenant des deux buttes-témoins qui encadrent la Vallée de Montmorency et trouve un débouché vers la Seine après avoir traversé le plan d’eau. Il s’agit en quelque sorte d’un bassin de retenue, fermé de part et d’autre par des vannes, des grills, que l’on peut ouvrir pour procéder à un curage.

- Il est par ailleurs alimenté par des sources qui fonctionnent à la manière de puits artésiens naturels, et qui seront exploitées à la fin du XVIIIe siècle comme eaux thermales, après les découvertes du Père Cotte en 1766.

Jusqu’au XIXe siècle, l’étang reste à l’état sauvage. Il sert de lieu de pêche au seigneur de Montmorency, qui l’afferme à des exploitants.

L’accès à l’eau de cette zone fait régulièrement l’objet de litiges entre le suzerain et ses vassaux, dans la mesure où la tentation est grande pour les propriétaires riverains de capter l’eau à leur profit.

« Il est parlé de (l’étang) dans un accord passé l'an 1247, entre les héritiers de Montmorency et les Religieux de Saint Denis. Il y fut spécifié que la Dame de Montmorency ni les héritiers ne pouvoient empêcher que l'eau n'en fut conduite jusqu'au moulin d'Ormeçon (Ormesson) »6.

Les prairies qui entourent l’étang constituent des lieux de pacage pour les animaux des paysans des alentours, groupés en communauté, tenue d’entretenir les abords. Là encore, l’entretien des rus donne parfois lieu à des litiges :

« Les habitants de Saint-Gratien prétendent qu’il leur est dû un chemin de 6 pieds de large depuis la chaussée de l’étang jusqu’à Saint-Gratien et en outre une commune de 8 arpents près de St-Gratien, sans doute que cette communauté a de quoi prouver ses prétentions et qu’il sera ordonné qu’elle se bornera : car aujourd’hui, les bestiaux vont partout. Cette même communauté est tenue à récurer les rus au-dessus de la grille de l’étang, ce qu’elle exécute très mal, en sorte que les rus débordent et inondent les près de la queue de l’étang, au lieu que cette eau doit se rendre à la grille pour emplir l’étang »7


Le moulin de l’Étang

Il existait autrefois un important moulin et, chaque année, des poissons étaient prélevés à la sortie de ce déversoir, en réglant des droits seigneuriaux aux châtelains de Montmorency.

Il paraît probable que le premier moulin de l’Étang-Neuf-sous-Montmorency a été édifié peu après la création de la pièce d’eau. S’il s’agit bien de lui, il apparaît dans les textes pour la première fois au XIIe siècle. En 1247, il est nommé Moulin de Saint-Gratien et en 1368, dans le cartulaire des fiefs de Montmorency, il prend le nom de Moulin de l’Estant. Propriété du seigneur de Montmorency, il est érigé sur le territoire de la paroisse de Deuil. En 1446, les bénédictins de Saint-Florent-de-Saumur, du prieuré de Deuil, paraissent avoir acquis des droits sur ce moulin qu’ils baillent à ferme pour seize ans, conjointement avec le baron Jean II de Montmorency.

Ce moulin est localisable grâce aux plans du XVIIIe siècle. Il se trouve situé entre la terrasse de l’actuel hôtel du Lac et l’établissement thermal, en retrait de la jetée. Un bief particulier, contrôlé par une vanne, permet l’alimentation en eau.

Ce moulin de l’Étang fonctionne à l’aide de deux moteurs hydrauliques (deux roues dotées de leurs tournants et travaillants). Il figure en 1853, sous le nom de Moulin de la Galette, guinguette sous la Restauration, et sera démoli en 1865 par la société qui exploite les eaux thermales.

Trois autres moulins sont également attestés : en 1791, apparaît le moulin des Iles ou Petit Moulin d’Ormesson, situé à l’emplacement des serres municipales. Il sera démoli en 1840. Le moulin d’Ormesson, est mentionné au XIIIe siècle lors les conflits entre l’abbaye de Saint-Denis et les seigneurs de Montmorency, propriétaires de l’Étang-Neuf-sous-Montmorency. Il cesse toute activité après la guerre de Cent Ans. Enfin, le moulin à vent de La Croix-Blanche à Montmorency, attesté à partir du XVIe siècle jusqu’en 1641, aurait pu être situé à l’angle de la rue du Général-de-Gaulle et de l’avenue de la Division Leclerc, mais aucun vestige de ce moulin n’a été retrouvé.


Un hameau constitué dès le haut Moyen Âge et son histoire au Moyen Âge

Dans la mesure où la commune d’Enghien est une création récente, son histoire antérieure est celle du principal hameau qui lui a été rattaché en 1864, à savoir Ormesson.

Le hameau d’OrmessonUlmicio au IXe siècle – centre d’un fief important au Moyen Âge, appartient d’abord à la paroisse de Deuil8. Après avoir relevé de l’abbaye de Saint-Denis, il passe en 1294 à la famille de Montmorency. L’acte fait état d’un moulin établi au déversoir de l’Étang-Neuf (actuelle esplanade Patenôtre-Desnoyers). La levée de terre formant barrage est longée par un chemin venant d’Argenteuil, qui est à l’origine de la rue du Général de Gaulle. Au 13, rue Haute, subsiste une tour du XVIe siècle, vestige du château bâti sous François Ier (1494-1547).

L’étymologie d’Ormesson ne pose pas de problème : il s’agit d’un lieu planté d’ormes. Au Moyen Âge l’endroit est particulièrement sensible, point de contact - et de frictions - entre deux grands rivaux féodaux : l’abbaye de Saint-Denis et le seigneur de Montmorency. Dom Félibien, qui en 1706 publie l’histoire de l’abbaye de Saint-Denis, rapporte le fait suivant :

« Mathieu qui était pour lors seigneur [de Montmorency] convint avec l’abbé Hugues [de Saint-Denis] de ne plus user de la loi du duel si ordinaire en ce temps là ; mais lorsque l’une des parties se trouvait lésée en quelque chose, elle ferait faire à l’autre trois sommations pour se trouver à l’orme d’entre Épinay et le chemin qui conduit d’Argenteuil à Montmorency et là on ferait choix de part et d’autre de deux arbitres auxquels on se rapporterait de la décision du différend […]9 ».


La scène se passe en l’an 1200 et il est fort probable que l’orme en question se soit trouvé à Ormesson. En 1218, quelques habitations existent à cet endroit, car le même Mathieu, dans sa villa d’Ormesson, fait saisir les biens d’un hôte qui a commis un homicide. Une sentence judiciaire le contraint toutefois à reconnaître que la justice du lieu appartient à l’abbaye dionysienne.

En 1294, le différend prend fin. Le moulin et les droits de justice reviennent au seigneur de Montmorency, en échange de sa terre de Saint-Marcel qu’il donne à l’abbaye de Saint-Denis.

Ormesson est encore cité en 1392, lorsque Jacques de Montmorency apporte le moulin à sa mère pour partie de son douaire.

Plus tard, un château est construit au hameau. Disparu aujourd’hui, nous n’avons guère de précisions sur son aspect. L’abbé Lebeuf a retrouvé une permission d’élever un oratoire privé, accordée en 1535 à Geneviève Bureau et en 1543 à Pierre Hortman, conseiller du roi. À partir de 1559, la terre devient propriété de la famille Le Fèvre10. Vers 1750, elle appartient à Henri-François de Paule Le Fèvre, conseiller d’État, intendant des finances. Le parc de la propriété forme alors un long rectangle qui s’étend presque jusqu’à l’étang d’Enghien11.

Les premières demeures bourgeoises apparaissent dans les années 1820.


Les prémisses de la création d’Enghien : la découverte des eaux thermales

À l’origine de la création de la commune, se trouve la découverte en 1766 des sources thermales sulfureuses par le Père Cotte12 (1740-1815), oratorien de Montmorency, après analyse des propriétés d’un « ruisseau puant » se jetant dans le lac. Cet éminent savant rédige un mémoire à l’intention de l’Académie Royale des Sciences, relatant les expériences qu’il a réalisées sur l’eau d’Enghien. Deux ans plus tard, ce mémoire, complété des résultats d’investigations mettant en évidence une combinaison sulfureuse, est publié par l’Académie. Le propriétaire des sources d’eau ferrugineuses de Passy, Louis-Guillaume Le Vieillard, prend connaissance du mémoire et se fait concéder, d’abord pour quatre ans, puis pour cinquante ans, la concession et l’exploitation de la source, non sans avoir obtenu les appuis de médecins. Quelques cas de guérison spectaculaire lancent le premier (et bien modeste !) établissement thermal avant la Révolution.

Un hameau se développe alors à proximité de l’établissement thermal. Il prend naturellement le nom d’Enghien, délaissé par Montmorency, qui a retrouvé son nom en 1832.

De grandes avancées sont réalisées sous le Consulat, mais c’est sous la Restauration que, grâce au docteur Péligot, ex-administrateur en chef de l’hôpital Saint-Louis de Paris, une vraie station thermale prend vie. Le plus illustre de ses malades, Louis XVIII, reçoit de son médecin de l’eau de la source Cotte pour soigner ses ulcères, et en ressent les bienfaits. La référence au découvreur est terminée : on ne dit plus source Cotte, mais source du Roi. Dans le même temps, d’autres sources sont découvertes et mises en exploitation. L’hôtel des Quatre-Pavillons reçoit toutes les célébrités – dont l’illustre Talma et Mademoiselle Mars – qui se pressent dans un premier Jardin des Roses au bord du lac. Le peintre Horace Vernet établit son atelier à Enghien, de même qu’Eugène Isabey. La veuve de Casimir Périer vient y fuir le choléra qui a emporté son mari, Madame Déjazet - autre célèbre cantatrice - y fait une cure de repos. En 1846, le chemin de fer s’y arrête et, en moins de trente minutes, conduit les Parisiens aux fêtes éblouissantes qui y sont données.


La gare d’Enghien et la Révolution de 1848

De 1846 à 1935, trois voies ferrées ont traversé Enghien-les-Bains d’est en ouest et du nord au sud. Seule la première reste en activité. Nous évoquerons plus loin les deux autres, qui sont aujourd’hui disparues.

La ligne de chemin de fer de Paris-Nord à Pontoise est ouverte en 1846. Elle dessert, grâce à la station aménagée sous le nom de gare d’Enghien13, l’ensemble de communes qui formeront quatre ans plus tard la commune d’Enghien-les-Bains, à savoir : Deuil, Soisy et Deuil. Elle amène dès son ouverture un flot de curistes et de touristes parisiens.

La mise en service de cette ligne est vécue d’une manière mitigée par la population. Pour les uns, elle facilite la liaison avec Paris. Pour les autres, elle est source de pollution et de bruit, elle isole le sud des communes traversées, même si deux lieux de passage sont ménagés : un souterrain au niveau de l’actuelle station du Champ-de-Courses (qui n’existe pas en 1846) et un pont à proximité de la gare d’Enghien (située à l’époque sur le territoire de Soisy). La station d’Enghien dessert alors tout le voisinage, et des omnibus à chevaux prennent le relais pour effectuer la liaison avec les bourgs de Soisy, Montmorency, Andilly, Margency, Deuil et Saint-Gratien.

Elle est saccagée lors des événements révolutionnaires de juin 1848. Jean-Paul Neu, dans son ouvrage « Enghien-les-Bains : cent-vingt-cinq ans d’histoire », paru en 1974, décrit l’épisode en ces termes :

« 23 juin 1848 ! Le mouvement insurrectionnel est déclenché depuis le 17. Le général Cavaignac allait achever de l’écraser le 26. L’embarcadère du Chemin de fer du Nord, propriété de MM. de Rothschild a été entièrement dévasté. Le bâtiment de la station de Saint-Denis a été incendié. Une cinquantaine d’individus armés de pistolets et d’épées, et d’autres, de bâtons, débouchent dans la nuit, par le hameau de la Barre, sur le pont du Chemin de fer à Enghien. Ils démolissent la gare inaugurée deux ans plus tôt, en font tomber la marquise en cassant les colonnes de fonte, pillent les marchandises. Un violent incendie ravage les bâtiments. Ils en font de même à Ermont. À Enghien, le chef de gare, Antoine Bizetsky, en fonction depuis l’année précédente, sauve les recettes de la gare, en enfouissant dans son jardin un coffre qui contenait des valeurs considérables. De mémoire, il reproduisit sur une aquarelle14, cette scène tragique. En récompense, MM. de Rothschild, l’affecteront plus tard à la gare de Chantilly.

Selon certains, ces destructions visaient à empêcher les troupes du nord de venir au secours du roi Louis-Philippe, alors âgé de 75 ans. Selon d’autres, les cultivateurs de la vallée de Montmorency voulaient se venger du Chemin de fer qui venait entraver leurs cultures, couper leurs champs et les obliger à de grands détours par les ponts d’Enghien ou d’Ermont, les passages à niveau de Cernay ou de la Barre »15.


La création d’Enghien-les-Bains, en 1850

Les autorités administratives n’ont pas attendu l’arrivée du chemin de fer pour se préoccuper de la police aux bains d’Enghien. Témoin, cet échange de correspondance (publié en 1899 par Gustave Chalmel, conseiller municipal, dans une notice sur le père Cotte) : le 8 juin 1824, monsieur le Préfet de Seine-et-Oise écrit au ministre de l’Intérieur :

« L’établissement des bains d’Enghien prend chaque jour un nouvel accroissement ; déjà deux maisons distinctes des bains sont en plein activité, déjà il s’est élevé plusieurs hôtels, plusieurs restaurants et cafés. Mais l’unique rue qui, en ce moment, sépare les maisons déjà construites, sert de limite à deux communes, Soisy et Deuil, de sorte que la police est très difficile à faire, et qu’il n’y a ni unité dans les rapports avec la gendarmerie, ni uniformité dans le système d’alignement que doivent suivre les constructeurs. La configuration est telle qu’on ne saurait comment déterminer de nouvelles limites à l’une ou à l’autre commune. Je pense que pour le bien du service et la prospérité des établissements, il y a lieu d’ordonner que la police de sûreté, dans les maisons construites ou à construire « au hameau dit des Eaux d’Enghien » sera exercée par le maire de Soisy ou son adjoint ; que cette police, quant aux personnes et aux débits, s’étendra sur les jardins ou terrains immédiatement contigus des habitations, ainsi que sur la voie publique et l’étang dit de Saint-Gratien. Qu’elle s’étendra également sur les alignements à donner pour toute nouvelle construction. Je prie Votre Excellence de me faire connaître ses décisions le plus tôt possible ».

Signé : Destouches, Préfet de Seine-et-Oise.


Le 29 juin 1824, le ministre de l’Intérieur répond à cette demande de monsieur le Préfet :

« Que pour asseoir son opinion à l’égard des demandes qui lui ont été adressées, on lui soumette un plan périmétral indiquant les limites bien définies des communes de Soisy et Deuil, afin d’établir la délimitation du hameau des Eaux d’Enghien. »

Le ministre attend ces renseignements pour prendre une délibération. Le 3 juillet suivant, le préfet de Seine-et-Oise répond :

« Qu’il n’est pas possible, vu l’importance de ces communes qui ont toutes deux chacune une église et une agglomération considérable, de songer à les réunir. »

Si le hameau d’Enghien doit s’étendre, proposition est faite de lui fournir un territoire. Mais ce projet, susceptible d’une longue étude et pouvant rencontrer des difficultés insurmontables, reste provisoirement sans résultat. Le 3 août 1829, le ministre de l’Intérieur termine ce différend en répondant à monsieur le Préfet :

« Que l’attribution de la police du hameau des Eaux d’Enghien ne peut être assimilée aux communes de Soisy et Deuil et que, vu les difficultés impossibles à résoudre, il ne peut être donné aucune suite à cette demande. »

En 1842, un commissaire de police parisien est détaché à Enghien.

En 1843, Louis-Philippe, dont la famille fréquente le hameau et sa vallée à la belle saison, nomme un commissaire de police, M. Huchot, qui recense en 1844 : 207 habitants dont 118 sur Deuil, 56 sur Soisy, 20 sur Saint-Gratien et 13 sur Épinay.

Suite aux évènements des 22 et 23 juin 1848 survenus à la gare d’Enghien (voir supra), les gardes nationaux envoient une pétition au gouvernement. Leur demande va, cette fois, être suivie… non sans quelque retard. L’Assemblée constituante s’est dissoute. L’Assemblée législative, élue au 13 mars 1849, se saisit de l’affaire.

Le 5 août 1850, elle entend le rapport de Mathieu Bourbon. Il sera publié au Moniteur universel

« […] Que le territoire de la nouvelle commune aurait une étendue de 135 hectares, 4 ares et 50 centiares, dont 18 ha seulement pris sur Epinay (avec 10 maisons) et 117 ha pris aux communes de Deuil, Saint-Gratien et Soisy […] ».


Le rapport conclue au rattachement d’Enghien à la Seine-et-Oise plutôt qu’au département de la Seine (avec Épinay), en stipulant toutefois, sur l’avis du Conseil d’État, qu’il y a lieu d’appliquer à la commune d’Enghien, le décret du 3 brumaire an IX qui a placé Sèvres, Meudon et Saint-Cloud sous l’autorité du préfet de police. L’Assemblée suit les conclusions de son rapporteur. La loi portant création de la commune d’Enghien-les-Bains est votée le 7 août 185016.

La commune d’Enghien-les-Bains est donc créée quatre-vingt-quatre ans après la découverte du père Cotte, à partir de terrains distraits des communes respectives de Saint-Gratien (37,8 ha), Soisy-sous-Montmorency (62,4 ha), Deuil-la-Barre (27,6 ha), Épinay-sur-Seine (18 ha). Le 25 janvier 1864, elle gagne un cinquième territoire, celui d’Ormesson (environ 30 ha), distrait encore de la commune de Deuil-la-Barre17, moyennant la cession à cette dernière par Montmorency de la pointe de la Barre, à titre de compensation.

Le 29 décembre 1850, les 132 premiers électeurs d’Enghien-les-Bains ont voté pour la première fois et ont élu leur premier maire, monsieur le Vicomte de Cursay.


L’évolution ultérieure

La commune d’Enghien-les-Bains naît dans l’euphorie et ses conseils municipaux successifs ont à cœur d’ordonner des spectacles et des fêtes capables de rivaliser avec ceux de communes beaucoup plus importantes. C’est l’époque où l’on construit beaucoup, surtout de grandes villas bourgeoises dont le parc descend jusqu’au lac, et aussi où s’édifie un petit chalet de jeux, ancêtre du casino. La population sédentaire croît lentement : on n’atteint pas 2 000 habitants en 188118. Cependant, la population « flottante » fait plus du double. En 1865, les eaux d’Enghien sont reconnues d’utilité publique et plusieurs sociétés d’exploitation se succèdent, avec des fortunes diverses. On trouve en 1875, parmi les administrateurs de la Société anonyme des Eaux d’Enghien-les-Bains, un maire de la commune, Louis Touzé, un inventeur des rotatives d’imprimerie, Marinoni, et le fondateur du Figaro, Hyppolite Auguste de Villemessant (biographie ci-après). La « Belle Époque » ne tardera pas à devenir la « belle époque d’Enghien », qui durera jusqu’au 2 août 1914. On joue « Le Petit Duc » au théâtre, lorsque la représentation est interrompue pour annoncer la mobilisation générale. Quelques années plus tôt, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord a enregistré pour l’année 1909 trois millions de voyageurs fréquentant la gare d’Enghien.

La paroisse avec son église, sous le vocable de Saint-Joseph, construite, entre 1857-1860 grâce à une souscription et à l’apport important de la famille Moreno de Mora, appartient à l’évêché de Versailles (puis de Pontoise)19. L’édifice, comprenant une nef et des bas-côtés, est terminé en 1870, et agrandi du côté de la façade occidentale en 1927. L’église est alors agrandie dans un style néo-roman différent, dit périgourdin, probablement par référence au Sacré-Cœur de Paris20.

La ville attire l’exploit et la grandeur. En 1879, est créé un Champ de courses d’Enghien-les-Bains qui, faute de place, est implanté à Soisy-sous-Montmorency, moyennant quelques subsides au bureau de bienfaisance de cette commune. Les prémisses de l’aviation attirent des pionniers, entre 1906 et 1913 : Gabriel Voisin et Louis Blériot construisent un hydravion dans un hangar implanté dans le parc de l’ancienne villa d’Isabey. Les pilotes Delagrange, puis Caillet, font des essais, avant que Chevillard ne décolle du lac avec un appareil Farman : il évolue au-dessus de la cité, se pose, embarque des passagers qu’il ramène à bon port, dans l’enthousiasme général…

C’est le temps où le sultan du Maroc Moulay Hassid devient un familier, mais aussi où Clémenceau veut limiter l’importance des jeux de hasard qui attirent certes beaucoup de Parisiens, mais les acculent parfois à la ruine. Que l’on songe à un chiffre : 206 000 entrées au casino deux années avant la Grande Guerre. Plus de dix millions de « cagnotte » c’est-à-dire de gain pour la Société des Eaux et des Thermes, sur lesquels elle devra verser une part à l’État et une partie à la ville.


Deux voies ferrées disparues : le Refoulons et le tramway

La première, créée en 1866 et disparue en 1954, a laissé ses marques dans le tracé de certaines rues : il s’agit du chemin de fer qui a relié Enghien à Montmorency et qui a reçu le surnom de Refoulons21. La deuxième, moins connue, a sillonné les rues d’Enghien de 1897 à 1935, à savoir le tramway qui a relié Montmorency à Saint-Gratien, puis à la Trinité, et dont l’histoire, avec ses nombreux avatars, reste encore à décrire22.


Le Refoulons

Le 30 juin 1866, par voie unique, un petit train, le Refoulons, vient relier Montmorency aux quais de la gare d’Enghien (créée 20 ans plus tôt), avec deux arrêts à Soisy et à la pointe Raquet. La ligne est conçue par MM. Rey de Foresta et Marchand pour un meilleur acheminement vers Paris des matériaux extraits et transformés des carrières de sable stampien et de meulière compacte (matériaux de construction) et de limon des plateaux (briques et tuiles) des Champeaux et de celles de gypse saccharoïde (plâtre) à Soisy. Elle présente aussi un intérêt stratégique. Par un tunnel percé dans le prolongement de la gare de Montmorency, elle se relie par une voie étroite (type Decauville de 60 cm de large) au fort de Montmorency.

L’inauguration de la gare de Montmorency, le 30 juin 1866, constitue un événement, comme en témoignent l’article et la gravure publiés dans « Le Monde illustré »23. Drapeaux, oriflammes, estrade pour les officiels, tribunes pour le public à gibus, lanciers de la Garde impériale…L’évêque de Versailles s’avance, suivi de prélats qui portent sa crosse et la Croix du Christ. Il vient donner sa bénédiction à la locomotive.

M. Rey de Foresta, après avoir rappelé les difficultés de construction d’une ligne au profil aussi accidenté, déclare : « Ce chemin intéresse Paris dont la population a toujours aimé Montmorency et les souvenirs qui s’y rattachent ? ».

Le préfet Bosseli fait ressortir que ce chemin de fer, fruit d’une initiative privée, est le premier qui a été réalisé sans aucune subvention de l’État, du département ou des communes environnantes. Il espère que cet exemple sera suivi.

Le « Refoulons », est appelé ainsi parce que la locomotive se trouve à l’arrière, qu’elle pousse dans la côte de Montmorency, et renverse la vapeur pour redescendre. Il sera cédé à la V.T.I.L. (Compagnie des Voies Ferrées d’Intérêt Local). Après l’exode de 1940, la SNCF nouvellement créée, nommée séquestre par décret, reprend une exploitation dont le déficit ne fait que s’accentuer. 3 000 voyageurs en 1947, 1 800 en 1953. Le 30 juin 1954, 88 ans, jour pour jour après son inauguration, le « Refoulons » accomplit son dernier voyage24.


Du tramway à l’autobus

La première concession concernant une ligne reliant Saint-Gratien à Montmorency, tout en desservant la gare d’Enghien - ce qui est essentiel - est accordée par l’État au département de Seine-et-Oise, en vertu d’un décret du 17 décembre 1895. Aussitôt après, cette concession est rétrocédée à un certain M. Galloti, qui la retransmet à la Société des Tramways de Montmorency-Enghien-Saint-Gratien, filiale de la Compagnie Générale de Traction (C.G.T).

« […] Il s’agissait d’une voie métrique, comme c’était le cas de toutes les constructions de la C.G.T., mais à Montmorency le hic était le tracé à envisager sans contourner la ville, comme le faisait le Refoulons. Le boulevard de l’Orangerie, percé quelques années auparavant, s’imposait. Mais la pente, au tournant que nous connaissons tous, était de 9 mm par mètre, ce qui était considérable pour un véhicule ne comportant que deux moteurs de 25 CV et pouvant contenir 40 voyageurs, sans oublier le wattman, le receveur et les surcharges aux heures d’affluence. […] Les voitures ne manquaient pas d’allure. Elles étaient très claires avec les sept glaces de chaque côté, que l’on pouvait baisser l’été à l’aide d’une courroie de cuir.

[…] Pour approvisionner, la centrale thermique de la rue des Loges (qui alimentait le réseau électrique des tramways), il fallait de la houille amenée par des voitures à chevaux ! La fumée noire, le matin, servait de girouette aux habitants des Loges et des Chesneaux. Dans l’atelier de la force motrice, derrière le dépôt, il y avait deux dynamos Thomson de 100 kW sous 550 volts, alimentées par deux machines à vapeur de 150 CV. Les courroies de transmission, en cuir, étaient longues de plus de 10 m. La ligne aérienne comportait deux fils parallèles de 9 mm de diamètre, car tous les 500 m, il y avait croisement possible, avec aiguillage à ressort. La fréquence était de dix minutes pour Montmorency et quinze pour Saint-Gratien, quelle que soit l’heure. Quel luxe pour une population si modeste en nombre. Il n’en fallut pas plus pour que la catastrophe financière arrivât vite malgré les 500 000 voyageurs annuels. La société fut mise en liquidation en 1901 […] ».

« En 1921, la S.T.C.R.P25 racheta la concession. Nouveau changement de voitures. Enghien-gare – Montmorency (la rue des Chesnaux, la rue des Haras et Montmorency) fut la ligne 69. Nouvelle amélioration de la qualité du matériel, surtout en matière de sécurité. Le 23 mars 1935, la ligne 54 : Gare d’Enghien - Saint-Ouen - Trinité était supprimée au profit d’autobus. L’agonie du 69 était proche. Il survécut huit mois encore dans sa solitude électrique. Les autobus prirent le relais : ces vieux de Dion-Bouton avec plate-forme arrière et cordon de sonnette26 ».


Les rosières du Marquis de Coussaye

Une institution originale s’institue à Enghien, grâce à un legs du marquis Alexandre de La Coussaye, établi dans son testament de 1859, dans ces termes :

« L’avidité de ma famille m’inspirant pour elle le plus grand éloignement, j’entends la déshériter complètement. Je donne à ma fille ce que la loi me permet de lui donner, le surplus d’environ 50 000 francs à la commune d’Enghien où j’ai une habitation (depuis longtemps disparue du 22 boulevard du Lac). L’intérêt de cet argent (1 322 francs à la veille de 1914) servira chaque année à doter celle des filles de journalier de la commune qui aura la meilleure conduite…Le Conseil municipal en sera seul juge. Chaque année, cette jeune fille, accompagnée du Conseil municipal viendra déposer sur ma tombe sa couronne et recevra la somme qui lui est destinée… ».


La première d’une très longue série de rosières est élue en 1867. Son couronnement deviendra l’occasion d’une fête traditionnelle. Les couronnes des rosières viendront longtemps se dessécher dans la chapelle du marquis. Avant le défilé, la rosière va entendre la messe, jusqu’en 1903 où la laïcité l’emportera (d’ailleurs le marquis est protestant…). Une réception à la mairie est naturellement prévue. La journée se termine par un feu d’artifice rituel où le prénom de la rosière s’inscrit en lettres de feu qui se reflètent sur les eaux. Dans l’après-midi, elle assiste à une représentation donnée gratuitement au théâtre du Casino. Après la première rosière de 1867, plus d’une centaine d’autres prendront place. La cascade des dévaluations va progressivement ramener le montant de la rente perpétuelle de la somme laissée par le marquis à un montant voisin du néant27.

Le marquis souhaite que sa dépouille mortelle soit placée dans son jardin, ce que la ville refusera. Après de longs débats, elle fait édifier en 1862 au cimetière une chapelle où le marquis repose encore. On attribuera son nom à l’allée des Soupirs, modeste impasse, devenue la rue où s’ouvre depuis lors, un second cimetière.


Les cimetières d’Enghien

Dès sa création en 1851, la nouvelle commune doit se préoccuper d’un cimetière, ses voisines s’étant empressées de lui faire savoir qu’elles refuseraient l’inhumation des nouveaux Enghiennois. Le choix se porte aussitôt sur un terrain de dimension modeste (dix-sept ares) s’ouvrant sur un chemin bientôt appelé « rue du Repos » avant de devenir la rue Louis-Delamarre. Il faut agrandir ce cimetière dès 1867, puis en 1903, en 1909… Vers 1910, un logement est construit pour le gardien. En 1959, il faudra créer un second cimetière, rue de La Coussaye, quoique ce marquis… mais revenons à Louis-Delamarre, qui demeurait à Soisy et dont la voie sépare aujourd’hui Enghien de Soisy.

Selon Charles Lefeuve28, ce riche Soiséen habitant un « Élysée » dispose de cinq arpents clôturés de haies et de fossés en bordure de la route de Saint-Leu, proches de la future limite d’Enghien. Ce personnage original est si attaché à ses trois chiens qu’il les fait enterrer dans son jardin et inscrire une épitaphe sur leur tombe. Plus tard, il installe à leurs côtés, la sépulture de sa maîtresse, puis la sienne, vers 1830. À sa mort, il laisse des sommes importantes à une société d’agriculture, à la commune de Soisy pour l’entretien des voies publiques. Il lègue enfin sa maison à l’hospice de Montmorency, à charge pour cet établissement de conserver à perpétuité tous ses tombeaux29. Les administrateurs de l’hôtel-Dieu s’empresseront de faire abattre la maison, de diviser en îlots son terrain et de les vendre en protégeant d’une clôture circulaire les tombes, qui figureront longtemps sur les cartes de la région30.


Enghien au XXe siècle

Les jeux sont interdits à Enghien-les-Bains après la guerre de 1914-1918, mais ré-autorisés à partir de 1931. Le faste de la ville, qui a racheté dès 1921 l’ensemble des propriétés de la Société d’Exploitation des Eaux et des Thermes, suit l’évolution des recettes qu’apportent, bien évidemment, les jeux. En 1935, le Président de la République Albert Lebrun vient à Enghien-les-Bains inaugurer le nouvel établissement thermal.

Les locaux du casino, mais aussi de l’établissement thermal, les salles de fêtes, les établissements d’enseignement, accueillent, durant la première Guerre mondiale, un nombre considérable de blessés. Ces derniers trouvent à Enghien-les-Bains une convalescence paisible et un nouveau goût de vivre, en partie grâce à l’accueil chaleureux de la population non mobilisée. Durant la seconde Guerre mondiale, l’occupation par l’armée allemande fait du casino une « kommandantur » au triste souvenir. Plusieurs des fusillés des « Quatre Chênes » à Domont, sont partis d’ici pour leur supplice…

La Libération est l’occasion d’un combat en limite des trois communes d’Enghien-les-Bains, Montmorency et Soisy-sous-Montmorency, où deux tanks allemands sont détruits grâce à l’intervention de deux chars français arrivés au moment crucial du combat. Quelques combats d’arrière-garde terminent l’opération sur les pentes de Montmorency.

Commence alors, pour Enghien-les-Bains, une nouvelle prise de conscience. L’automobile porte beaucoup plus loin les Parisiens. La Sécurité Sociale défraie les malades de soins thermaux pratiqués à des centaines de kilomètres. Les spectacles se sont multipliés en tous points de l’Île-de-France. Et pourtant, on vient à Enghien-les-Bains. Ce n’est sûrement pas la solution de facilité, mais beaucoup plus une notion du plaisir de vivre, une qualité urbaine (le rôle commercial de la commune est des plus importants) différente de celle des grandes agglomérations périphériques, mais cependant de style parisien, tant en matière de boutiques de mode que de cinémas. Et, depuis quelques années, l’internationalisation d’activités de toutes sortes fait d’Enghien-les-Bains une plateforme internationale de la Culture, pratiquement unique à moins de quinze kilomètres de Paris. Le charme, c’est cela…31

Sa population évolue rapidement de 368 habitants en 1851. Elle fait plus que doubler en dix ans : 804 en 1856, elle passe à 2 426 en 1886, 4 067 en 1901, 8 418 en 1921, 10 077 en 1926, puis sa croissance se stabilise pour atteindre 12 152 habitants en 196832, c’est-à-dire que sa population est multipliée par 3,30 en 117 ans. La population baisse ensuite légèrement, avec 10 103 habitants en 1990, soit une perte de 17 % en 22 ans, mais elle est remontée à 12 121 habitants (suivant INSEE 2008) aujourd’hui, c'est-à-dire stabilisée au niveau atteint en 1968.


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1 Voir notre annexe à la fin de cet article, ainsi que :

Mulon (M.), Noms de lieux d’Ile-de-France. Introduction à la toponymie, éd. Bonneton, Paris, 1977, p. 114.

Neu (J.-P.), Comment le nom d’Enghien vint à Montmorency, in Sueur (P.), (sous la dir.), op. cit., p. 21-30.

2 Mitard (P.-H.), Le Vexin Français à l’époque gallo-romaine, Esquisse archéologique, in Mémoires SHAP-VOV, t. 67, (1977), Pontoise, 1979, p. 9-24.

Ducoeur (G.), Les voies romaines dans le nord du Bassin Parisien, in Bull. JPGF, n° 2, p. 30-33.

3 Cf. notre article : «  La présence de l’eau dans la vallée de Montmorency, Le lac d’Enghien, ou étang de Montmorency, Les cressonnières à Saint-Gratien ».

4 Chairon (F.), Le terroir d’Enghien-les-Bains des origines à 1850, in Sueur (P.), (sous la dir.), 1850-2000, du hameau à la ville. 150 ans d’histoire d’Enghien-les-Bains, Valhermeil, Enghien-les-Bains, 2000, 240 p., p. 31-44.

5 Revue horticole : journal d'horticulture practique, Paris, Librairie Agricole de la Maison Rustique, 1846, p. 190.

6 Archives du Musée Condé à Chantilly, série BA, carton 12. Note du Conseil du Prince, non datée, postérieure semble-t-il à 1771, citée par Arzalier (F.), Des villages dans l’histoire, vallée de Montmorency (1750 à 1914), éd. P.U. Septentrion, Lille, 1996, p. 147.

7 Francis Arzalier, ibidem.

8 Cf. notre article : « Histoire générale de Deuil-la-Barre ».

9Felibien (Dom M.), Histoire de l’abbaye royale de Saint-Denys en France, contenant la vie des abbés qui l’ont gouvernée, Paris, 1706, in-f°.

10 Également présente à Eaubonne. Cf. notre article « Histoire générale d’Eaubonne ».

11 Chairon (F.), Le terroir d’Enghien-les-Bains des origines à 1850, in Sueur (P.), (sous la dir.), 1850-2000, du hameau à la ville. 150 ans d’histoire d’Enghien-les-Bains, Valhermeil, Enghien-les-Bains, 2000, p. 39-40.

12 Caron (P.), Le père Cotte (1740-1815). Inventeur des eaux d’Enghien et de la météorologie moderne, éd. Valhermeil, 2002, 136 p.

13 Cf. nos articles : « L’arrivée du chemin de fer et le développement de l’industrie en vallée de Montmorency » et « Les aciéries d’Ermont ».

14 L’aquarelle d’Antoine Bizetsky est conservée au musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency.

15 Neu (J.-P.), Enghien-les-Bains : cent-vingt-cinq ans d’histoire, éd. Actica, 1974, p. 26.

Delaplace (J.), Le chemin de fer pendant les journées de février 1848 entre Saint-Denis et Pontoise, conférence du 11 mars 1997, association « Sannois d’hier à aujourd’hui », 12 p., avec bibliographie.

16 Neu (J.-P.), Création de la commune, in Enghien-les-Bains. Nouvelle histoire, Valhermeil, 1994, p. 47-50.

17 Chairon (F.), op. cit., p. 31-44.

18 Mais on reste dans les proportions des communes valmorencéennes de l’époque.

19 Depuis la suppression du Concordat et la séparation de l’Église et de l’État de 1905, toutes les églises nouvelles sont construites et entretenues par leur évêché respectif.

20 Chairon (F.), Bourlet (M.), Enghien-les-Bains, in Le Patrimoine des communes du Val d’Oise, Ile de France, Flohic, 1999, t.1, p. 254.

21 Rival (M.), Le Refoulons, chemin de fer d’Enghien à Montmorency. Petite histoire d’une grande ligne » (1866-1954), éd. Valhermeil, 1989, 290 p.

22 Cf. notre article : « Histoire générale de Montmorency. La C.G.T. à Montmorency au XIXe siècle ».

23 Contour (S.), Enghien-Deuil-Montmorency, in Le Val d’Oise dans les revues illustrées du XIXe siècle, éd. Valhermeil, 1996, p. 61. Article signé M. V., paru dans Le Monde illustré du 14 juillet 1866.

24 Neu (J.-P.), Magarian (A.), Montmorency, Coll. « Nos villes en 1900 », vol. 2, Cofimag, Paris, 1984, p. 13-14.

25 La Société de transport en commun de la Région parisienne desservait uniquement le département de la Seine, de 1921 à 1941 : c’est l’ancêtre de la RATP.

26 Rowe (C.), La C.G.T. à Montmorency en 1897, une histoire de tramway, in Bull. SHAP-VOV, n° 38-41, 1985, p. 42-49.

Neu (J.-P.), Magarian (A.), op.cit., p. 30.

27 Neu (J.-P.), Idem, p. 58.

28 Lefeuve (C.), Enghien-les-Bains, in Histoire de la vallée de Montmorency. « Le tour de la vallée », 1866, 2e éd., ré-édition du CHAEVM, n° 2, 1ère éd., 1975, 255 p., p. 233- 254.

29 Cf. nos articles : « Histoire générale de Soisy-sous-Montmorency, Louis-Gervais Delamarre » et « À Soisy-sous-Montmorency, deux pionniers de l’aménagement de terrains marécageux ».

30 Ponsin (A.), Carte de la vallée de Montmorency, au 1/20 000e, Montmorency, (c.1865-1870). Figurant le « Tombeau » le long de la route de Saint-Leu.

Neu (J.-P.), Idem, p. 58.

31 Aubert (J.), Enghien-les-Bains, in La grande histoire du Val d’Oise, éd. Édijac, Pontoise, 1987, p. 231-234.

32 Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 490.