HISTOIRE GÉNÉRALE DE SAINT-GRATIEN


Présentation générale du village de Saint-Gratien jusqu’en 1850

Le territoire de Saint-Gratien couvre primitivement près de 310 hectares. Le village (la « paroisse » durant l’Ancien Régime) se trouve limitrophe du hameau d’Ormesson, appartenant alors à Deuil et comprend une grande partie de l’actuel lac d’Enghien. Il est traversé par le Grand chemin qui relie Paris à la Normandie, le long duquel s’implantera et se développera un village-rue, surtout après la guerre de Cent-Ans (fin du XVe siècle). Suite à la création de la commune d’Enghien-les-Bains en 1850, qui lui enlève le lac1 et ses abords, soit 37,8 ha, la superficie de Saint-Gratien tombe à 274 hectares. Le village comprend à l’origine le bourg et un petit hameau qui se forme autour du relais de diligences de la Vache Noire, au sud du chemin de Pontoise, près d’Épinay.

Le ruisseau de la Fontaine-d’Ermont forme au nord la limite avec Eaubonne avant de se jeter dans l’étang de Montmorency, aujourd’hui lac d’Enghien. De part et d’autre s’étendent des marais alimentés par des sources hydrosulfureuses. Les habitants ne disposent que de la fontaine Saint-Gratien, qui tarit pendant les grandes sécheresses.

Au Moyen Âge, le village se concentre au carrefour des chemins d’Argenteuil (rue Berthie-Albrecht) et d’Epinay à Cernay (rues d’Ermont et du Général-Leclerc), à l’écart de la route royale de Paris à Pontoise (boulevards Pasteur et Foch), qui passe plus au sud.


Les origines du village de Saint-Gratien

Le territoire de Saint-Gratien est, comme toute la Vallée de Montmorency, un lieu de peuplement très ancien. Lors de fouilles effectuées dans le quartier des Marais en 1993-1994, on a retrouvé des traces de présence humaine datant de 3 000 avant J.C et surtout des vestiges gallo-romains remontant au IIIe siècle après notre ère.

Au moment de l’aménagement du BIP (boulevard interurbain du Parisis), au lieu-dit Les Petits-Bois, du mobilier néolithique a été recueilli : éclats de silex ou de grès et tessons de céramique décoré d’impressions à l’ongle, de bandes réalisées au peigne à quatre dents ou de « boutons ». On note aussi un fragment de bracelet en schiste.

Au lieu-dit Les Marais, la fouille a révélé un site occupé depuis l’âge du Fer jusqu’au Haut-Empire. Pour la période la plus ancienne (Hallstatt final – Tène ancienne), deux silos et un fossé ont été reconnus. Le mobilier comportait de la céramique, dont deux perles, et des ossements animaux (notamment du cheval et un crâne de chien). À l’époque gallo-romaine, des fossés, comblés à la fin du IIe ou au début du IIIe siècle après J.C., délimitent un enclos quadrangulaire. Deux bassins servant de rouissoirs (pour le travail des fibres végétales) flanquent un bâtiment (6 m x 7 m)2.

Au temps des Gaulois, l’endroit aurait porté le nom de Lisbius ou encore de Stagnum Lisbii, à cause de l’étang. D’après Orose, historien et théologien du Ve siècle, le Stagnum Lisbii aurait pris, vers 370, le nom de Gratien. Cet empereur romain y aurait, d’après le code théodosien, promulgué une loi en 377. Mais tout ceci semble relever de la légende. Il est plus sûr de considérer que l’abbaye de Saint-Denis a construit dans ce lieu une chapelle à la mémoire d’un jeune berger, Gratien, mort martyr au IVe siècle et que Dagobert a déclaré saint en 628 (cf. ci-après). Ce lieu de culte a sans doute donné naissance à un hameau. Le village subit encore des ravages durant les guerres médiévales entre le roi de France et les grands barons féodaux, puis pendant la guerre de Cent-Ans contre les Anglais et leurs alliés bourguignons (1337-1453), au point qu’il ne restera plus que 4 habitants en 1470.

Saint-Gratien est mentionné dans une charte de Mathieu IV de 1293 comme faisant partie de la châtellenie de Montmorency. Mais au siècle suivant, la seigneurie du village tombe aux mains de la famille d’Harcourt, seigneurs de Gailleville (comté d’Évreux en Normandie), ce qui vaut à la paroisse de s’appeler Saint-Gratien-de-Gailleville, nom qu’elle gardera pendant près d’un siècle. Certains textes du XVIIe siècle mentionnent encore S. Gratiani de Gailleville, qui est sans doute le nom d’origine du village3.


La légende de saint Gratien

D’après la tradition locale, le premier lieu de culte aurait été une chapelle dédiée à saint Gratien, arrêté et décapité pour avoir refusé d’adorer les idoles païennes sous Dioclétien (245-313). Si la paroisse porte déjà son nom au XIIIe siècle4, Voici la légende la plus répandue concernant le martyre de aint Gratien :

« La fureur de Rictiovare5 ne s'exerçait pas seulement sur les apôtres du Christianisme, elle s'étendait sur tous ceux qui en faisaient profession. Il apprit qu'un pauvre berger, nommé Gratien, qui gardait les moutons, dans un village à trois lieues d'Amiens, était chrétien - peut-être tenait-il sa foi de ceux que saint Firmin avait convertis ou des apôtres inconnus qui lui succédèrent - son supplice ne se fit pas attendre. Sur l'ordre de Rictiovare, il fut immédiatement décapité. Mais, Dieu ne voulut pas que la mort de ce pauvre pasteur, jusqu'alors inconnu de tous, passât inaperçue sur la terre, et un éclatant prodige vint en perpétuer le souvenir. Au moment de son martyre, qui fut probablement très proche de celui de son arrestation, Gratien tenait à la main un bâton de noisetier, dont il enfonça une extrémité dans la terre. O prodige ! Ce sarment desséché retrouve sa verdeur perdue, il croît et devient un arbre. Tandis que des racines poussent à son pied, son sommet s'étend en rameaux qui se couvrent de feuilles et de fruits. Qu'ai-je besoin d'en dire davantage, s'écrie l'auteur d'un vieux sermon sur saint Gratien, publié par Mabillon, afin qu'on ne crût pas que Gratien mourait à jamais, un bois mort dès longtemps reprend une nouvelle végétation, et ce miracle atteste à tous que le martyr vit encore et jouit de l'éternelle gloire.

Le noisetier de saint Gratien fut précieusement conservé. Lorsque la paix fut donnée à l'Église, une chapelle s'éleva auprès, sur le tombeau et en l'honneur du saint martyr, et, pendant des siècles, le lieu arrosé de son sang fut illustré par un insigne miracle. Chaque année, le 23 octobre, anniversaire de la mort du Saint, l'arbre dépouillé de ses feuilles, comme tous ceux qui l'environnaient, se revêtait de feuilles nouvelles et de fruits, qui, avant la sixième heure du jour, arrivaient à maturité. Ces noisettes, cueillies par la foule, qui accourait de toutes parts contempler ce prodige, étaient emportées comme un remède pour les maladies.

Vers l'an 1015, le corps de saint Gratien fut transporté par Roger de Blois, évêque de Beauvais, à l'abbaye de Notre-Dame de Coulombs, au diocèse de Chartres6. Un siècle plus tard, en 1116, un moine de cette abbaye, nommé Pierre, allé exprès au village de Saint-Gratien7, vit de ses yeux cette extraordinaire fructification. Il rapporta plusieurs de ces noisettes miraculeuses, dont il offrit deux à l'évêque de Chartres, Godefroy, qui les déposa parmi les reliques de sa cathédrale »8.

Cette légende a valu à une variété de noisetier de porter le nom du berger persécuté par Rictiovare : « Le noisetier à fruit blanc et coque tendre. Le noisetier à fruit rouge oblong et coque tendre. On l'appelle aussi noisette de Saint-Gratien »9.


L’étang de Saint-Gratien, futur lac d’Enghien

Situé dans la partie la plus basse de la Vallée de Montmorency (altitude comprise entre 50 et 59 mètres), le terroir de Saint-Gratien comptait jadis, comme beaucoup de communes limitrophes (Ermont, Eaubonne, Soisy, Deuil et Épinay), des terres marécageuses considérées comme improductives :

« La vallée de Montmorency ou d'Enghien, aujourd'hui si belle, si fertile et aussi bien cultivée qu'elle est riche en souvenirs historiques, présentait autrefois de vastes marais que de grands travaux faits, à diverses époques, par les Montmorency, les Luxembourg, les Condé, les Beaumont, et plus récemment par M. Sommariva, ont successivement desséchés et mis en culture.

Malheureusement toutes les communes de cette vallée n'avaient pu s'entendre et être comprises dans ces travaux d'assainissement, et plusieurs offraient encore naguère des terrains fangeux et marécageux dont les propriétaires ne pouvaient tirer aucun parti. Entre Ermont, Saint-Gratien et Épinay, il existait, sur plus de quatre kilomètres de longueur, des marais de 3, 4 et 500 mètres, couverts de roseaux et souvent d'eaux infectes, stagnantes ou sans cours, provenant des sources hydrosulfureuses d'Enghien.

Ces marais étaient généralement considérés, dans le pays, comme dangereux et improductifs : dangereux, à cause des accidents qui y étaient arrivés, à diverses époques, dans les gouffres et fondrières qui s'y trouvaient ; improductifs, parce qu'on n'en pouvait obtenir qu'une mauvaise litière de roseaux, dégageant souvent une forte odeur d'hydrogène sulfuré ».

Un certain nombre de ces terres marécageuses ont été cependant aménagées pour la culture, au cours des siècles, laissant ici ou là une mare ou un étang, dont les plus connus sont l’étang d’Ermont et l’étang Coquenard sur Épinay. Le cas de l’estang dit de Montmorency (ou ci) - qu’on appellera étang de Saint-Gratien au XIXe siècle, puis lac d’Enghien au XXe siècle - est particulier, dans la mesure où il est alimenté naturellement et en permanence de deux façons :

- Il reçoit l’eau des ruisseaux et des rus provenant des deux buttes-témoins qui encadrent la Vallée de Montmorency et trouve un débouché vers la Seine après avoir traversé le plan d’eau. Il s’agit en quelque sorte d’un bassin de retenue, fermé de part et d’autre par des vannes, des grills, que l’on peut ouvrir pour procéder à un curage.

- Il est par ailleurs alimenté par des sources qui fonctionnent à la manière de puits artésiens naturels, et qui seront exploitées à la fin du XVIIIe siècle comme eaux thermales, après les découvertes du Père Cotte en 1866.

Jusqu’au XIXe siècle, l’étang reste à l’état sauvage. Il sert de lieu de pêche au seigneur de Montmorency, qui l’afferme à des exploitants.

L’accès à l’eau de cette zone fait régulièrement l’objet de litiges entre le suzerain et ses vassaux, dans la mesure où la tentation est grande pour les propriétaires riverains de capter l’eau à leur profit.

« Il est parlé de (l’étang) dans un accord passé l'an 1247, entre les héritiers de Montmorency et les Religieux de Saint Denis. Il y fut spécifié que la Dame de Montmorency ni les héritiers ne pouvoient empêcher que l'eau n'en fut conduite jusqu'au moulin d'Ormeçon (Ormesson) »10.

Les prairies qui entourent l’étang constituent des lieux de pacage pour les animaux des paysans des alentours, groupés en communauté, tenue d’entretenir les abords. Là encore, l’entretien des rus donne parfois lieu à des litiges :

« Les habitants de Saint-Gratien prétendent qu’il leur est dû un chemin de 6 pieds de large depuis la chaussée de l’étang jusqu’à Saint-Gratien et en outre une commune de 8 arpents près de St-Gratien, sans doute que cette communauté a de quoi prouver ses prétentions et qu’il sera ordonné qu’elle se bornera : car aujourd’hui, les bestiaux vont partout. Cette même communauté est tenue à récurer les rus au-dessus de la grille de l’étang, ce qu’elle exécute très mal, en sorte que les rus débordent et inondent les près de la queue de l’étang, au lieu que cette eau doit se rendre à la grille pour emplir l’étang »11.


Les bois

On compte par ailleurs à Saint-Gratien de nombreux bois, restes de l’ancienne forêt qui a couvert l’ensemble de la Vallée, et dont les futaies qui ornent encore aujourd’hui les deux buttes-témoins constituent des vestiges heureusement préservés au cours des siècles12. Nous pouvons citer :

- Le bois Ruault, d’environ 5 hectares, mentionné dès le XIIIe siècle dans une hypothèque prise par Bouchard de Montmorency, et situé du côté d’Epinay. Son nom évolue : bois Raut, Haut, Rhot ou Roth.

- Le bois des Gouttes, qui deviendra le Bois Catinat, puis Petit Bois, sur un chemin conduisant à Cernay.

- Le « Bois-Belle-Arme, même chemin entre les Gouttes et Cernay », cité par Lefeuve en 185613.

À cela s’ajoutent une garenne - qui constitue une réserve de lièvres, que l’on finit par enclore, pour éviter les dégâts causés aux cultures - et des buissons, qu’il est interdit de couper, pour permettre au gibier de s’y réfugier.


Un village de cultivateurs prospères

Compte tenu des marécages, des bois et de l’étang, on aurait pu penser qu’une agriculture viable avait peu de chances de se développer dans cette région plate et humide, qui ne bénéficie pas du même ensoleillement que les coteaux des alentours. Et pourtant, le miracle se produit : les marais primitifs sont en partie asséchés, de par les travaux réalisés par les seigneurs de Montmorency, mais aussi grâce au choin marisque, ou faux souchet, plante très répandue aux bords des étangs de Saint-Gratien et Coquenard à Épinay, et dont les botanistes disent qu’il « comble les marais et peut insensiblement les changer en un terrein fertile. Il sert à couvrir les cabanes. Les chèvres le mangent et il est dangereux pour les vaches »14.

La vigne est cultivée depuis l’origine à Saint-Gratien et produit même des rendements élevés, souvent supérieurs à ceux des vignobles des coteaux voisins. Par exemple, en 1788, la production de vin à Saint-Gratien est de 1801 muids (un muid représente 228 litres) alors qu’elle n’est que de 452 à Margency, 234 à Saint-Prix et 121 à Montlignon, villages situés en coteau. Comme le note Francis Arzalier, « aucun lien avec le site dans la vallée »15, car les rendements sont très inégaux et ne tiennent pas compte du degré d’ensoleillement. La production de Saint-Gratien dépasse les 30 hectolitres à l’hectare, alors que des villages comme Eaubonne ou Franconville ont des rendements anormalement bas.

Les paysans produisent aussi des céréales (des « bleds ») et des cultures vivrières (plus tard, maraîchères), mais les cultivateurs sont tous appelés des vignerons.

Le 2 frimaire an III (22 novembre 1794), un recensement des surfaces ensemencées, chevaux et cheptel donne la répartition suivante : 20 arpents en bled, 40 arpents 10 perches à ensemencer en bled, 15 en seigle, 10 en bled de mars, 8 en orge, 16 en avoine, 1 en sarrasin. 28 chevaux, tant ongres qu’entiers, 26 juments, 16 ânes et ânesses, 50 vaches, 4 veaux, 1 chèvre, 6 porcs16. Un autre recensement, cette fois de productions maraîchères, effectué le 14 pluviôse an III (2 février 1795) à la demande du district de Gonesse, donne la liste suivante : pommes de terre17, pois, haricots, lentilles.

On ne trouve pratiquement pas d’activités artisanales, si ce n’est des activités liées à l’agriculture : maréchal ferrant, tonnelier…


La première église et la nouvelle au XIXe siècle

Dans un centre ville complètement bouleversé par sa transformation en grand ensemble, l’église de Saint-Gratien, bien que réédifiée au XIXe siècle, apparaît comme un rassurant élément de permanence. Tout comme le voisin château de Catinat, elle est un lieu de mémoire du passé prestigieux de la ville.

L’ancienne église n’occupait pas le même emplacement que l’actuelle. On en sait peu de choses. Le baron de Guilhermy est sans doute trop dur à son égard lorsqu’il la qualifie, en 1844, de « petite, pauvre et laide église18 ». Ce qu’il en dit plus loin vient en partie contredire ses paroles. Il s’agit d’une église en moellons plâtrés typique de la région. Reprise aux XVIIe et XVIIIe siècle, elle contenait des éléments plus anciens.

La façade était très simple, flanquée, à droite, d’un modeste clocher. Au-dessus de la porte se trouvait une statue de la Vierge du XIVe siècle. Elle se composait de trois vaisseaux, sur une longueur de quatre travées. Le chœur datait en grande partie du XIVe siècle et avait conservé des voûtes d’ogive à nervures doubles. L’abside avait vu ses baies reprises plus tardivement en plein-cintre. Seul ce chœur était voûté, le reste de l’église étant simplement plafonné, sauf certaines parties du collatéral, couvert de voûtes d’arêtes en plâtre. La nef avait été refaite en 1651 et agrandie grâce à un don de Catherine Gobain. Il restait encore quelques fragments d’un vitrail du XVIIe siècle, dans lequel demeuraient d’intéressantes figures de donateurs : un chanoine, accompagné de saint Paul, mais aussi Jacques Poille et sa femme Catherine Gobain avec saint Jacques et sainte Catherine, ainsi que trois autres dames, dont l’une était la mère de Catinat.

Au moment où le maréchal de Catinat résidait dans son château voisin, l’église avait reçu un don précieux, un Christ en ivoire, offert par Fénelon, placé au-dessus du banc d’œuvre. Il fut volé en 1845 et retrouvé chez un brocanteur, sans qu’on connaisse son destin successif. Le tombeau du maréchal avait été placé au fond du collatéral nord, lors de son inhumation, en 1712. En 1793, le tombeau avait été profané et ce n’est qu’en 1860, lors de la dédicace de la nouvelle église, que les restes furent placés sous le nouveau monument. Le monument du XVIIIe siècle se composait de deux colonnes de marbre surmontées par un sarcophage de marbre noir portant la figure du défunt. Il subsiste de ce premier monument la dalle funéraire et une épitaphe, sur marbre blanc, qui se trouvait en dessous du sarcophage.

L’état de l’église est tel au XIXe siècle qu’on décide au d’en ériger une nouvelle, située légèrement en arrière, et occidentée. L’architecte choisi est Léon Ohnet, qui a travaillé également sur le projet de la Gare du Nord. Commencé en 1856, le nouveau sanctuaire est béni le 24 mai 185919. La princesse Mathilde Bonaparte, nièce de Napoléon Ier qui tient alors à Saint-Gratien un des plus brillants salons mondains, contribue largement à la construction, réalisée pour la somme assez modique de 80 000 francs. Il s’agit d’une petite église néo-gothique à deux travées carrées très larges suivies d’une abside à cinq pans. Deux chapelles ouvrant à l’entrée du chœur lui donnent un plan cruciforme. On entre dans l’édifice par un clocher-porche. L’architecture est très inspirée du gothique rayonnant : énormes fenêtres occupant tout le champ de la croisée, architectures linéaires. Elle a été réalisée à l’économie : seules les nervures des ogives sont en pierre, les voûtains sont en plâtre. Les enduits intérieurs aux tons chauds font de l’église de Saint-Gratien un très bon exemple de petit édifice néo-gothique destiné à un public de notables et à promouvoir un cadre urbain alors en formation. À l’extérieur, les volumes massifs ont été privilégiés. Cette sobriété assumée qui contraste avec l’intérieur est marquée surtout sur le clocher, percé de baies rectangulaires et non en ogives et surmonté d’une courte flèche ardoisée et plombée en son extrémité.

Dans le mobilier, on notera surtout les grands vitraux aux couleurs vives, librement inspirés des réalisations médiévales et Renaissance. Le visage de sainte Hélène est celui de la princesse Mathilde, comme pour magnifier son appartenance à la famille impériale. Elle tient entre ses mains le modèle de l’église de Saint-Gratien. Ils seront réalisés par les frères Haussaire en 1897. La plus ancienne des trois cloches date de 1783 et est signée de la fonderie Bollée, encore active à Orléans. Le mobilier funéraire s’est encore enrichi depuis la reconstruction de l’église. En 1860, la princesse Mathilde fait sculpter par le Comte Nieuwerkerke, un nouveau monument funéraire en hommage au Maréchal de Catinat, qui existe toujours. Ce comte-sculpteur est le directeur des Musées et le surintendant des Beaux-arts de Napoléon III. Il fréquente assidûment le salon de la princesse, dont il est l’amant. Le maréchal est représenté allongé sur son tombeau, bâton en main. Certains éléments proviennent de l’ancien tombeau. Après la mort de la princesse Mathilde, en 1904, un monument lui est dédié dans l’église où elle est inhumée. Il s’agit d’un buste placé dans la chapelle de droite, copie en marbre, réalisée par Henri Weigele, du buste de Carpeaux conservé au Musée d’Orsay20.


L’histoire des fiefs, du XIIe au XVIIIe siècle

En ce qui concerne la dévolution des fiefs de Saint-Gratien au Moyen-Âge et sous l’Ancien Régime, nous devons reconnaître que nous disposons de peu d’informations fiables. Tous les historiens de la commune, jusqu’à présent, se sont appuyés sur l’ouvrage de l’abbé Lebeuf21, qui nous donne lui-même peu d’éléments et qui ne semble pas être très sûr de ses sources. On le comprend : il existe deux autres villages qui portent le nom de Saint-Gratien22, et il peut se produire des confusions. En attendant que des recherches plus approfondies soient menées aux Archives nationales et aux Archives du Musée Condé de Chantilly - où se trouvent les archives du duché de Montmorency - nous nous en tiendrons aux quelques éléments fournis par l’abbé Lebeuf, repris par Charles Lefeuve, Georges Poisson, et les historiens locaux de Saint-Gratien23 :

« Entre les anciens Seigneurs de S. Gratien, je n'ai trouvé que ceux qui suivent : Matthieu le Bel y possédoit en 1125 des terres que Guillaume de Cornillon tenoit de lui, et il en fit alors hommage à l'Abbaye de S. Denis.

Erard de Digoine est qualifié Seigneur de Savigni et de Saint Gratien. Je ne sçai si c'est de ce village, car il y a Saint Gratien, Diocèse d'Amiens, et Saint Gratien, Diocèse de Noyon. Agnan de Cailly, Vicomte de Carentan, Seigneur de Saint Gratien, mourut le 4 Juin 1548 et fut inhumé à Paris, aux Carmes Billettes. (…)

Comme je trouve deux de la famille de Luillier24, seigneurs de Saint Gratien durant le XVIe siècle, sçavoir, Jean et Agnan, je doute que Messieurs Poille ayent eu la Seigneurie en entier »25.

Il semble en effet que le territoire de Saint-Gratien, au XVIe siècle, soit partagé en deux grands fiefs, dont l’histoire demande à être approfondie. Toutefois, nous disposons sur les seigneurs relevant de la dynastie des Poisle, des renseignements beaucoup plus précis, dans la mesure où il s’agit des ancêtres du maréchal Catinat, dont la généalogie a pu être reconstituée grâce à de nombreux écrits26.

La dynastie des Poisle27, seigneurs de Saint-Gratien

Au Moyen Âge, la terre de Saint-Gratien est partagée entre les Montmorency, les abbayes bénédictines de Saint-Denis et du Bec-Hellouin (Eure), au travers de leur prieuré de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Ce dernier vend sa seigneurie à Jean Poisle (1488-1560), conseiller au parlement de Paris, procureur du roi en son bailliage du Palais, à Paris, qui épouse Olive de La Chesnay (1499-1530), fille de Nicolas de La Chesnay, maître d'hôtel du roi Louis XI et d'Etienne Budé. Olive meurt le 7 novembre 1530, et est inhumée à Saint-Gratien. Une de ses filles sera mère de Jean Boucher.

Leur fils, Jean Poisle, seigneur de Saint-Gratien, est reçu conseiller au parlement de Paris, le 20 novembre 1551. Sa devise familiale « Nil metuo, nisi turpem famam » (Je ne crains rien, sinon une renommée honteuse)28 est fâcheusement ternie par des affaires de prévarication. Il est jugé le 19 mars 1582 par le Parlement pour s’être approprié, par une frauduleuse adjudication, les meubles d’un certain Sastine, qui a été condamné à mort sur son rapport29. Le Parlement l’oblige à faire amende honorable, à genoux. Il le prive de son office, le déclare incapable de posséder aucune charge de judicature, le bannit pour cinq ans de la prévôté de Paris, le condamne à 500 écus d’amende applicable à la réfection du palais et à 200 livres envers les pauvres.

Cet arrêt donnera lieu à une légende30, publiée sous le nom de Légende de maître Poisle, qui présente, selon certains auteurs, des similitudes avec la Farce de maître Patelin31, ouvrage anonyme, parfois attribué à Guillaume d’Alécis, voire à François Villon. L’affaire fait scandale, moins parce qu’un haut magistrat est accusé de malversation – le cas est malheureusement banal à l’époque – que dans la mesure où la peine infligée est considérée par l’opinion publique comme légère par rapport aux faits reprochés. En réalité, l’écho de ce procès est amplifié par le fait que le même jour, sont prononcées des sentences très atténuées pour des crimes beaucoup plus graves, commis par les sieurs Le Voix et Chasteauvilain. Ce dernier, qui a commis un meurtre, s’en tire à bon compte et les chroniqueurs disent qu’ « il a payé sa grâce » et que tout était joué à l’avance, ce que traduit le mémorialiste Pierre de L’Estoille dans un sextain célèbre :

Chasteauvilain, Poisle et Le Voix,

Seront jugés tous d'une voix,

Par un arrest aussi léger

Que fut celui de Saint-Léger ;


Car le malheur est tel en France

Que tout se juge par finance32.

Jean Poisle a deux enfants, Jacques et Guillaume. Le deuxième, Guillaume Poisle, sera prieur de Saint-Pierre d'Abbeville (mort en 1675). L’aîné, Jacques Poisle (1559-1628), seigneur de Saint-Gratien, conseiller au parlement de Paris, fondateur d’une chapelle dans l'église de Saint-Gratien, mort à Chaiz, en Poitou, en 1628. Il est l’auteur d'un livre de poésies, imprimé à Paris en 1626, in-8°, écrit sur le maréchal de Biron, qu'il appelle l'Icare français.33

Il épouse, en premières noces, Catherine Tiraqueau (1546-1624), fille de Marie Cailler et d'André Tiraqueau, à qui François Rabelais dédie ses Aphorismes d'Hippocrate et ses épîtres françaises et latines. En deuxièmes noces, il se marie à Catherine Gobin (1569-1634).

Jacques Poisle a deux enfants : Guillaume et Françoise.

- Guillaume Poisle, seigneur de Saint-Gratien, conseiller au parlement de Paris, meurt jeune en 1651. De ce fait, le nom des Poisle de Saint-Gratien s’éteint.

- Françoise-Catherine Poisle (1601-1649) épouse Pierre Catinat, seigneur de la Fauconnerie, dont elle a seize enfants. Celui qui deviendra le maréchal de Catinat est le onzième.


Les enfants de Pierre Catinat et de Françoise Poisle

Pierre Catinat, seigneur de la Fauconnerie, de Vaugelay, etc., conseiller au parlement de Paris le 5 mai 1623, meurt doyen du corps, le 16 octobre 1673, au château de Blavon, près Mortagne. Il épouse le 8 janvier 1624 Françoise Poisle. De cette union naissent seize enfants, dont huit meurent en bas âge (un fils et sept filles). Les huit survivants sont :

- Pierre Catinat (date de naissance inconnue, mort en 1676), abbé de Saint-Julien de Tours34,

- Françoise Catinat (1627-1702), qui épousera Claude Pucelle, célèbre avocat au parlement,

- René Catinat (1630-1704), seigneur de la Fauconnerie, de Saint-Mars, de Courtroye (ou Courtheraye), de Coulonges, etc.,

- Charles-François, seigneur d'Arcy (1635-1667), lieutenant, puis capitaine aux gardes-françaises, mort au siège de Lille.

- Clément (1636-1687), succédera à son frère comme abbé de Saint-Julien de Tours.

- Nicolas de la Fauconnerie (1637-1712), qui portera le nom de Catinat à la mort de son père en 1674, seigneur de Saint-Gratien, maréchal de France.

- Guillaume Catinat (1639-1701), seigneur de Croizilles (ou Croisilles), capitaine aux gardes, que le maréchal préférera à tous ses autres frères.

- Antoinette (1647-1738), entrera au couvent de la Ville-l'Évêque.


La carrière militaire de Nicolas de la Fauconnerie, maréchal de Catinat

« Nicolas de35 Catinat … perdit sa mère en 1649. Après avoir essayé du barreau, il cessa de plaider parce qu'il avait perdu une cause juste. Il entra dans la cavalerie. En véritable officier de fortune, il dut monter en grade pas à pas. Mais le brillant chemin qu'il sut faire est une preuve frappante que, même sous Louis XIV, il n'était pas indispensable d'appartenir à l'aristocratie pour arriver aux premiers honneurs militaires. Ne voyons-nous pas en même temps qu'un Catinat devint maréchal de France, et que Molière, le fils d'un tapissier, était des mieux reçus à la cour ? Ni l'un ni l'autre n'était de vieille noblesse. À peine si l'homme d'épée osait se croire gentilhomme, et l'homme de plume tout au plus était né dans la bourgeoisie. Maëstricht, Besançon, Senef, Cambrai, Valenciennes, Saint-Omer, Gand et Ypres, furent les premiers théâtres où Catinat déploya sa valeur et où l'autorité de son commandement se fit connaître par de bons résultats. Puis il gagna les batailles de Staffarde et de la Marsaille, contre le duo de Savoie, et ces deux brillantes victoires mirent le comble à la réputation du grand capitaine. L'année 1693 lui apporta son bâton de maréchal. Or, jamais élu de la fortune n'en justifia mieux les faveurs, en restant abordable, modeste et sage dans les grandeurs. D'après sa relation de la bataille de Staffarde, tout le monde, excepté lui, avait sauvé la France. Ses soldats, qui l'appelaient le Père la Pensée, l'aimaient on effet comme un père, partageaient sa gaieté et sa mâle assurance la veille des plus grands engagements, et devinaient ses ordres au moindre signe. Mais sa modération pour les vaincus n'était pas toujours approuvée par Louvois. À son retour du Piémont, il était accueilli par Louis XIV avec tous les égards et toutes les prévenances que méritait l'éclat de ses services. Seulement il se bornait à entretenir le roi des opérations stratégiques, en homme qui sait à fond l'art de commander les armées. C'est assez parler de mes affaires, lui dit le souverain. Et comment vont les vôtres ? Fort bien, répondit le maréchal, grâce aux bontés de Votre Majesté. Voilà bien le seul homme de mon royaume, remarqua Louis XIV, qui m'ait tenu ce langage. À la fin d'une campagne, Catinat sollicitait une fois 2.000 écus de gratification. Il s'en excusait ainsi : « Les autres années, c'était de commodité ; cette fois, il y a nécessité ». Au moment de son plus grand crédit, il refusa d'être chevalier des ordres du roi pour ne pas être forcé, en acceptant, de se prêter à un mensonge. Il eut fallu qu'un généalogiste complaisant lui établit une suite d'aïeux appropriée à cette distinction, réservée à la vieille noblesse, et l'illustre maréchal tenait trop à sa propre gloire pour en vouloir une d'emprunt. Plusieurs de ses ancêtres étaient roturiers. La seconde partie du grand règne fut malheureuse, nul ne l'ignore. Le maréchal de Catinat, appelé dans les Flandres, prit Ath en 1697. Mais placé de nouveau, quatre ans plus tard, à la tête des troupes du roi en Italie, il eut pour adversaire le prince Eugène, commandant pour l'empereur. Le sort des armes lui fut contraire à Carpi et à Chiari, où il servait d'ailleurs sous le couvert du maréchal de Villeroy. Comme autrefois les grands hommes de la Grèce, il dut aux revers une disgrâce, dont le souvenir des victoires antérieures adoucit pourtant l'amertume. Villeroy prit sa place, et il se retira, nouveau Cincinnatus, à la campagne. Seigneur de Saint-Gratien, il emportait dans la retraite l'estime et l'amitié de tous ses inférieurs. Et une partie de la cour tint à honneur de l'y suivre, de l'y visiter »36.


Catinat, seigneur de Saint-Gratien

À la mort de son père, en 1674, Nicolas de Catinat hérite de la terre de Saint-Gratien. C’est son frère, Croisilles, ami de Fénelon, qui s’en occupe pendant qu’il est en campagne. Catinat lui répète dans ses lettres qu’il doit se sentir chez lui et lui demande de faire à la demeure « tous les accommodements » qu’il désire. La mort de Croisilles en 1701 est douloureusement vécue par le Maréchal, qui prend sa retraire en 1702 dans ses terres gratiennoises, en abandonnant son hôtel parisien.

« Des vues d'économie lui firent quitter Paris pour se retirer entièrement à Saint-Gratien. Le roi qui entendait toujours parler de sa pauvreté, voulut un jour s'en instruire par lui-même. Il lui fit dire de venir à Marly et le mena voir ses bâtiments, fur lesquels il lui demanda son avis, en lui disant : « C'est le goût des vieux guerriers comme nous, d'aimer à bâtir. Apparemment que vous bâtissez aussi à Saint-Gratien ? - Sire, c'est un goût, lui repartit le maréchal avec modestie, que tout le monde ne peut pas satisfaire. Louis XIV étonné, reprit : « Mais vous êtes à votre aise. Vous jouissez de six à sept mille livres de patrimoine et d'environ quinze mille livres de rente de mes bienfaits, que vous avez bien mérités » - « Je jouis, il est vrai, répondit le maréchal, du patrimoine que dit votre majesté, mais pour ses bienfaits, il y a plusieurs années que je n'en suis pas payé ». Le roi envoya chercher le contrôleur général et lui donna ordre de payer M. de Catinat, mais l'ordre ne fut exécuté qu'en partie. Et il lui était encore dû à sa mort plusieurs années de ses pensions. Louis XIV ne pouvait lui refuser son estime et, pour lui en donner une nouvelle marque : il le nomma, en 1705, chevalier de ses ordres. Mais M. de Catinat ne voulut pas accepter cette grâce. Ses parents, jaloux de faire passer à leur postérité cette illustration, se réunirent pour le conjurer d'accepter le cordon. Ils lui présentèrent sa généalogie, pour lui faire voir qu'il était en état de faire ses preuves, et ils ajoutèrent que sa conduite, en cette occasion, leur ferait tort à jamais. « Si je vous fais tort, leur répondit-il, rayez-moi de votre généalogie ». Il persista dans son refus.

Le maréchal passait à Saint-Gratien la plus grande partie de son temps à réfléchir. Cet état lui était si agréable, qu'il se promenait toujours seul et que chacun évitait avec soin de le rencontrer et de le troubler dans ses réflexions. « Nous ne passions pas un jour sans le voir, écrivait madame de Coulanges, je le trouve seul au bout d'une de nos allées ; il y est sans épée. Il semble qu'il ne croit pas en avoir jamais porté ». Cette simplicité produisit encore une méprise singulière, dont le souvenir s'est conservé, même jusqu'aujourd'hui, parmi les paysans de Saint-Gratien. Un jeune bourgeois de Paris, passant auprès de Saint-Gratien, aperçut le maréchal et lui cria, sans ôter son chapeau : « Bonhomme, je ne fais à qui appartient cette terre et je n'ai point permission d'y chasser : cependant, je vais me la donner ». Le maréchal l'écouta chapeau bas, et continua sa promenade. Le jeune homme voyant rire des paysans, qui travaillaient dans la campagne, leur en demanda le sujet. Ces bonnes gens lui répondirent : « Nous rions de votre insolence, de parler ainsi à monseigneur. S'il avait dit un mot, nous vous aurions battu ». Le bourgeois confus courut après le maréchal, lui demanda pardon, et l'assura qu'il ne le connaissait pas : « Il n'est pas nécessaire, lui répondit-il, de connaître quelqu'un pour lui ôter son chapeau. Mais biffons cela et venez souper avec moi », ce que le jeune homme n'osa point accepter »37.


Les arbres de Catinat

Les arbres ont tenu un rôle important dans la vie de Catinat lors de sa retraite gratiennoise et ont largement contribué à sa renommée. Ils font encore partie du patrimoine actuel de la ville38. Citons quelques témoignages à ce sujet :


« L’arbre de justice » du maréchal

« Dans la cour du château de Saint-Gratien s'élevait un magnifique et vaste marronnier. C'est sous son ombrage que le philosophe, atteint par la vieillesse, se reposait souvent. C'est là que, pareil à saint Louis sous le chêne de Vincennes, il donnait de sages conseils et tranchait les différends ; c'est là qu'il recevait les jeunes fiancés, les époux, et les entretenait de leur bonheur.

Cet arbre consacré a subsisté longtemps, soigneusement entretenu par les divers possesseurs du domaine. On venait le voir de loin, il constituait un des attraits, un des souvenirs historiques de la vallée de Montmorency. En considérant ses rameaux vénérables, en se reposant un moment sous son ombre propice, les étrangers, les voyageurs, les touristes éprouvaient une émotion salutaire, et, remontant le cours des ans, saluaient l'immortelle mémoire de Catinat.

Tous les philosophes du XVIIIe siècle vinrent méditer sous ce beau marronnier. Voltaire s'y arrêta, et Jean-Jacques Rousseau, plus d'une fois, y prolongea ses fécondes rêveries, lorsqu'il habitait Montmorency. Un de nos amis, dans son enfance, l'a vu à son tour. Sa mère, le dimanche, le menait là comme en pèlerinage, et lui parlait de « l'arbre de Catinat » ainsi que d'une relique sacrée.

Le vieux marronnier, hélas ! a subi la loi commune. Sa sève s'est éteinte, ses rameaux ont séché et il est mort : ses derniers vestiges ont disparu vers 1854. Ce n'est que dans les vieilles estampes qu'on peut retrouver son image et admirer sa puissante envergure »39.


« L’arbre de Catinat. Tout le monde sait que le château de Saint-Gratien, dans la vallée de Montmorency, appartenait à ce grand et vertueux maréchal que les soldats avaient surnommé le père La Pensée. Tout le monde sait que dans la première cour de ce château (qui appartient maintenant à M. de Luçay) se voit encore aujourd'hui un très vieux arbre entouré d'une barrière sous lequel le vainqueur de Marsaille avait l'habitude de venir s'asseoir, et relire son Plutarque, qu'il préférait à tous les écrivains de l'antiquité : ce sont là des choses connues, de tout le monde. Mais ce que tout le monde ignore, ce que j'atteste, ce qu'il est facile d'aller vérifier sur les lieux mêmes, c'est que la maîtresse branche de ce vénérable ormeau, la partie la plus saine de l'arbre, dans laquelle on ne remarquait pas la veille le moindre symptôme de décadence, est tombée avec fracas le jour et à l'heure même de la première entrée des ennemis dans la capitale de la France. Cette coïncidence d'évènements est d'autant plus remarquable que ce jour-là le ciel était serein, et que le vent n'avait pas même la force d'agiter le feuillage des arbres »40.


La mort et le tombeau du Maréchal

« Cependant M. Catinat avançait en âge et sa santé s'affaiblissait de jour en jour, par une enflure aux jambes : il était encore attaqué d'une pituite, qui menaçait de l'étouffer. Il fit venir M. Helvétius, et le pria de lui dire à peu près le temps qui lui restait à vivre. Ce médecin lui fixa l'espace de trois mois, et lui ordonna du lok 41. Ce maréchal peu crédule, lui demanda : « Mais à quoi bon ce lok ? » -  « À rendre l'agonie plus douce et moins longue », répondit le médecin. Dès qu'il fut parti, le maréchal envoya chercher son testament et le relut sans y rien changer. (...) Il vit approcher la mort de sang-froid et mourut le 22 février 1712, dans la soixante-quatorzième année de son âge, en prononçant ces paroles : « Mon Dieu, j'ai confiance en vous »42.

Le tombeau de Catinat

Catinat a été inhumé dans l'ancienne église de Saint-Gratien, où ses neveux et héritiers lui avaient élevé un mausolée. Ce monument, œuvre de l’artiste F. Hurtrelle, inauguré le 26 février 1712, se trouvait placé dans la chapelle Saint-Jacques, à gauche du chœur. Au-dessus d'un sarcophage de marbre noir apparaissaient les figures de deux génies supportant un médaillon où était sculpté le buste du maréchal. L'ornementation était en bronze. Plus bas, sur une plaque de marbre blanc, était gravée une épitaphe en latin, œuvre du Père Sanadon, et rappelant le caractère, la vie et les vertus du héros. La tombe même était recouverte par une plaque en marbre noir portant une épitaphe en français.

Pendant la Révolution, le tombeau de Catinat est profané par des éléments étrangers au village, qui mettent ses ossements à la fosse commune. Un jeune gratiennois de 13 ans, Denizet, que l’on appellera plus tard le Père Tambour, décrit la scène dont il est témoin et son témoignage permettra, en 1860, d’authentifier les restes du corps de Catinat, lors de fouilles entreprises par le maire de l’époque, H.-L. Terré. La dépouille de Catinat ainsi retrouvée est placée dans un nouveau tombeau, commandé par la princesse Mathilde, exécuté par son ami, M. de Niewerkerke (cf. ci-après). Il est installé dans la nouvelle église (chapelle Saint-Emilien). Le vainqueur de la Marsaille est représenté assis dans une attitude fière : revêtu de son armure, il appuie le bras gauche sur son casque, et tient dans sa main droite son bâton de maréchal de France. De chaque côté, les marbres des anciennes tombes sont encastrés dans la muraille. Ce tombeau a été classé monument historique le 12 août 1902.


LES PROPRIÉTAIRES DU CHÂTEAU APRÈS CATINAT

À la mort du Maréchal, le domaine revient à son neveu Pierre de Catinat de Saint-Mars (1670-1745), fils de son frère René, mari de Françoise Frézon. Pierre de Catinat, seigneur de Saint-Mars, conseiller au Parlement depuis 1697, épouse le 8 juin 1700 Marie Fraguier, fille de Nicolas Fraguier, seigneur de Quincy, conseiller au Parlement, et de Jeanne Charpentier, qui lui donne trois filles43 :

- Marie-Renée de Catinat (1701-1779), qui épousera en 1724 Jacques-Antoine de Saint-Simon, marquis de Courtomer, colonel au Régiment de Soissons, et qui, devenue veuve deux mois après son mariage, se remariera, le 29 Août 1726, à Guillaume de Lamoignon, seigneur de Montrevault, maître des requêtes, puis président à mortier au Parlement de Paris (1697-1774). Ils n’auront pas d’enfants.

- Marie-Françoise de Catinat (1703-1792), mariée à Jean-François le Vayer de Marsili, maître des requêtes en 1737 (mort le 5 mai 1764). Elle deviendra elle-même Dame de Saint-Gratien à la mort de sa sœur.

- Marie de Catinat (née en 1704), qui sera religieuse bénédictine au monastère de la Ville-l'Évêque le 17 mai 1721 et dont elle en deviendra prieure en 1775.

Marie-Renée de Catinat, épouse de Lamoignon, devient Dame de Saint-Gratien à la mort de son père Pierre, le 30 mars 1745.

« À côté de lui, dans le caveau des ancêtres, repose le corps de Marie-Renée de Catinat, mariée à Guillaume de Lamoignon. Elle avait reçu, par la mort de messire Nicolas, son grand-oncle, la demeure où elle résida après son double veuvage. Les chroniques nous la montrent quittant parfois les brillants décartiérons de Versailles pour venir se réfugier quelques mois dans l’antique habitation qui tombait en vétusté. En compulsant les papiers poudreux de cette commune, qui fut autrefois la seigneurie du maréchal, on redescend un siècle en arrière, et l’on se trouve en présence de celle que les récits ont désignée sous le nom de la dame de Saint-Gratien.

Elle avait commerce avec les habitués de la Chevrette, et, de temps à autre, un essaim de piqueurs et de cavaliers s’en allaient un dimanche d’été saluer madame d’Épinay et ses hôtes. Quant on les voyait traverser, à l’heure des vêpres, le petit village de la Barre, la multitude réjouie acclamait les arrivants. On les hébergeait; on était en liesse comme un jour d’assomption. La plupart des habitants avaient leurs fils, leurs cousins, leurs neveux engagés parmi les gens des manoirs environnants ».

Marie-Françoise de Catinat, veuve Levayer, dame de Saint-Aubin de Courtraye (ou Courteraie), de Saint-Mard de Coulonges…, née le 3 décembre 1703, devient à son tour Dame de Saint-Gratien à la mort de sa sœur Marie-Renée, en 1779. Elle est veuve depuis 1764. Elle deviendra également Dame des Mauves (dans le Perche, au sud de Mortagne) en 1790.

Jacques Mallet du Pan s’installe au château Catinat, en 1783, peu de temps après son arrivée à Paris, avec sa femme et ses trois enfants (deux fils et une fille). Il est donc le dernier seigneur de Saint-Gratien (cf. ci-après). On n’a pas de trace pour le moment de son activité au sein du village.


En 1790, la propriété passe à la citoyenne Marie Renée Nicolle Dufrou (sans doute Du Frou), veuve Dupan (on a enlevé les particules), une parente (sa belle-sœur ?). Celle-ci dépose le 18 octobre 1793, en application du décret de la Convention du 17 juillet, « tous ses titres, consuels et féodaux », comprenant « un terrier de 1566, des cartes et plans du terroir », qui seront brûlés le 5 novembre par le maire, Jean-Antoine Chevillard devant toute la population de la commune de Gratien, réunie au son du tambour44. Elle signe le 10 décembre 1790, comme quatre-vingt autres habitants, la demande du maintien du culte catholique. Le 24 avril 1794, elle est choisie pour distribuer les secours accordés aux parents des défenseurs de la Patrie.


Entre temps, elle a vendu le château en 179345, à la famille Gravier de Vergennes, qui restera dans la commune jusqu’en 1799, après avoir traversé des épreuves tragiques (cf. ci-après).

« M. de Vergenne et sa famille ont habité ce vieux château pendant la révolution. Le parc était encore alors d'une immense étendue qu'on évalue à plus de 250 hectares46. Le lac d'Enghien en était la pièce d'eau. Une majestueuse allée d'ormes le traversait dans toute sa largeur. Une allée d'acacias partait aussi de Saint-Gratien et remontait du côté du hameau appelé encore La Vache-Noire. Aujourd'hui, ce qu'il reste du parc, séparé de la cour par une vieille grille en fer, ressemble à un jardin de pensionnat. C'est par trop délaissé pour une habitation; mais ce n'est pas encore assez pour une ruine »47.


L’amiral Etienne Eustache Bruix acquiert le château Catinat le 17 frimaire an VIII (8 décembre 1799) et s’installe à Saint-Gratien le 29 messidor an VIII (17 juillet 1800)48 (cf. ci-après). Il meurt en 1805.

La propriété est alors acquise par le Jean Baptiste Legendre, comte de Luçay, préfet du palais de l’Empereur, époux de Jeanne Charlotte de Luçay, née Papillon d'Auteroche (cf. ci-après). Ce dernier fait construire par l’architecte Fortin un nouveau bâtiment, que l’on appellera le château neuf ou du Belvédère, sur un parc de 9 hectares


Le « château neuf » ou « du Bélvédère »

L’histoire de la construction de cet édifice mérite d’être contée, car elle porte l’empreinte de la famille Bonaparte. Nous disposons de deux textes qui en témoignent :

Un article de la revue du XIXe siècle, (14 août 1866) : « Napoléon 1er en eut la première idée. Étant venu un jour visiter M. de Luçay, propriétaire des terrains actuels et qui habitait la maison du maréchal, il précisa lui-même la situation que devait avoir le nouvel édifice. Sa pensée est donc inévitablement liée à ce domaine qu'il a foulé de son pas rapide, et dont son coup d'œil d'aigle avait saisi et coordonné tout l'ensemble »49.

Un passage du Tour de la Vallée, de Charles Lefeuve (1856) : « Le comte de Luçay était propriétaire de presque toute l'ancienne terre seigneuriale de Saint-Gratien, lorsque la chrysalide du Consulat à vie sortait de sa coque trop étroite avec les ailes de l'Empire. En qualité de préfet du palais, M. de Luçay était tenu parfois au courant des plus petits désirs de l'impératrice Joséphine et de sa fille, qui était la reine de la Vallée avant d'être la reine de Hollande. Il y avait, en ce temps-là, dans un salon du palais de Saint-Leu, des glaces tellement bien disposées qu'elles réfléchissaient toute la campagne à trois lieues à la ronde. La reine Hortense en profitait pour passer constamment en revue tous ses voisins. Sa Majesté tournait souvent les yeux du côté qu'avait habité le héros de Staffarde et de la Marsaille. Elle y voyait l'eau bleue du lac, glace que répétait merveilleusement une autre glace. Mais il n'y avait pas encore de blanches maisons tranchant sur la masse verte des arbres du parc et du bois Jacques. Le château de Catinat disparaissait au fond de Saint-Gratien, sans qu'on le vit des hauteurs de Saint-Leu, dans le cristal de ce polyorama. Il manquait quelque chose, selon la reine Hortense, sur ce point-là du paysage, et surtout dans la partie haute de l'admirable parc de Saint-Gratien. Que pouvait être ce quelque chose ? M. de Luçay y fit mettre un palais. Une pensée de la reine Hortense avait pour ainsi dire posé la première pierre de l'édifice; une auguste visite, celle de l'empereur, couronna l'oeuvre. En daignant accepter l'invitation du comte, Napoléon, qui devinait tout, prévoyait très probablement que ce château serait un jour la résidence de quelqu'un de sa famille. Après une longue promenade dans les allées séculaires du grand parc, et autour de ce lac appartenant encore, comme la source Cotte, la source de la Pêcherie et presque tout le territoire de l'établissement thermal, à M. le comte de Luçay, une fête eut lieu dans les appartements. Il n'en fallait pas davantage pour que les sénateurs, les généraux, etc., vinssent demander tour à tour quelques heures d'hospitalité au nouveau seigneur. Celui qui y revenait le plus souvent, comme ami de la maison, était le maréchal Exelmans. M. de Luçay, au reste, avait des relations intimes avec la plupart des héros de cette Iliade, qui a duré dix ans, précisément comme le siège de Troie »50.

Les successeurs du comte de Luçay

Le comte de Luçay vit retiré à Saint-Gratien après la chute de Napoléon en 1815, avec son gendre Philippe, comte de Ségur (cf. ci-après), veuf depuis 1813. Il meurt en 1836.

Ses propriétés seront morcelées en plusieurs temps :

A. Le château neuf ou du Belvédère

- En 1817, M. Musset l’achète à la criée.

- La baronne de Neuflize en fait l’acquisition, l’année suivante, en 1818, et la gardera jusqu’en 1832. Il s’agit très probablement de Marie Louise Henriette Zélie Sevene, fille de Pierre Sevene et de Marie Silhol, qui a épousé en 1809, Jean Abraham André II Poupart de Neuflize (1784, Sedan – 1836, Neuflize), baron, maire de Sedan et manufacturier. Marie Louise meurt en 1841 à Paris.

- Le Marquis Astolphe de Custine (cf. ci-après), achète cette propriété à la Caisse hypothécaire le 30 juin 1832. Située entre les rues actuelles du Général Leclerc et Pierre Hémonnot, elle s’étend jusqu’au bord du Lac d’Enghien et se poursuit jusqu’à Epinay-sur-Seine51.

« Le château de M. le marquis de Custine, dont la façade principale est d'un aspect si imposant, soutient merveilleusement les regards de la plus belle partie de la Vallée, en dominant lui-même le lac. L'entrée de ce domaine est sur la place de la commune. Elle n'en annonce pas l'importance ».

- En 1851, la princesse Mathilde Bonaparte (cf. ci-après) loue une partie de la propriété du Marquis de Custine à Saint-Gratien. Ce dernier continue à habiter l’autre partie.

- En 1853, la princesse Mathilde achète le château neuf au Marquis de Custine (il s’agit probablement du pavillon qu’elle a loué pendant deux ans). Les deux amis resteront ainsi voisins pendant quatre ans.

- Astolphe Custine meurt le 25 septembre 1857 à Saint-Gratien. La princesse Mathilde acquiert une partie de sa propriété (qui lui sert d’annexe pour ses invités) et constitue ainsi un vaste parc. Custine a légué ce qui lui reste de domaine à son amant Edouard de Sainte Barbe. Celui-ci n’en profitera pas, car le testament est attaqué par M. de Dreux-Brezé et il meurt un an plus tard, en 1858.

- Son exécuteur testamentaire est le Marquis de Foudras. Ce dernier, enfermé pour dettes à Clichy, obtient sa libération en 1860 grâce à cette fortune. Il vend toute la propriété, les meubles, les objets précieux, les tapisseries datant de Louis XV, et une magnifique bibliothèque qui a été promise en don quelques jours avant la mort du Marquis de Custine à M. Hemonnot (instituteur à Saint Gratien). Le 30 mai 1860, la propriété est vendue par adjudication. Le château est démantelé, et le parc est divisé en 11 lots. Il ne reste bientôt plus que la porte d’entrée et deux lions en pierre placés sur les pilastres de cette porte. Ces deux lions seront vendus en 1899 par M. Domergues, qui tient commerce de charbon à l’endroit même où a demeuré le Marquis de Custine. Théodore de Foudras promet 10 000 francs à la commune s’il vend son terrain 5 francs le mètre. Ce chiffre sera atteint et dépassé, mais la commune attend toujours cette somme…

B. Le château Catinat

Les propriétaires successifs, après le comte de Luçay, sont les suivants :

- Jules Meslier, son épouse Marie Durlay, et Jean-Joseph Bougevin (s. d.)

- Jean-Baptiste Péligot et Adèle Guérin le 9 juillet 1825.

- La Caisse hypothécaire le 20 avril 1831.

- Benoît Bisson, le 5 mars 1847. Il scinde la propriété en deux en faisant élever un mur entre le château Catinat et le château neuf. Il fait passer une route le long de ce dernier.

- Le 27 août 1856, la Princesse Mathilde acquiert le château Catinat. Elle achète aussi quelques terrains avoisinants.


Le domaine de la Princesse Mathilde

En 1857, la princesse Mathilde se trouve donc à la tête d’un vaste domaine, qu’un contemporain décrit ainsi en 1866 :

« La façade du dernier manoir, façade à briques rouges, aux fenêtres arrondies, flanquée de ses deux pignons, se retrouve un peu plus loin. Un lierre épais grimpe le long de la muraille estampée par les vieux et lourds rameaux. Le style Louis XIII a dessiné toutes ces lignes pittoresques : c'était le moment où la brique devenait la pierre par excellence pour la construction des édifices, depuis que Catherine de Vivonne l'avait introduite dans celle de l'hôtel de Rambouillet. La porte recouverte en tuiles a disparu, les fossés ont été comblés. La plus grande partie de cet immense domaine était en friche, et atteignait l'étang alors couvert de roseaux et rempli de jondelles. Aujourd'hui, l'élégant tracé des allées en a fait un parc de la plus belle ordonnance. D'épais bocages et de longues charmilles permettent au promeneur d'égarer son pas sous les ramées. Les brises et les zéphyrs affectent des ondulations graves dans ces arbres centenaires : on dirait des vieillards qui ont des larmes dans la voix, même au matin de leurs derniers jours De vastes pelouses, où l'œil contemple un gazon toujours vert, s'étendent devant les façades du château neuf. Dans chacun de ces sinueux méandres surgit un kiosque habilement ménagé en un frais massif. Des corbeilles, aux nuances harmonieusement fondues, œillets, tulipes, anémones, absorbent la poussière d'or et les rayons par les pores de leurs tissus soyeux. Plusieurs groupes de marbre, entre autres une Andromède, signée Francheschi, d'une facture largement comprise, d'une conception neuve, d'un cachet palpitant d'intérêt; les contractions des muscles qui se tordent sous les chairs, au sein de ce paysage éclatant, sont d'un invincible effet. Tout autre qu'un amateur d'élite eût donné la préférence à l'une de ces riantes personnalités du poème des jardins, faune railleur, satyre endormi, chasseresse aux courbures sveltes. Mme la princesse Mathilde a préféré inaugurer l'entrée de son habitation par ce grave incident d'un récit chanté par le pasteur des vallons de la Béotie. Un sable fin est semé dans ces allées dont le dessin suit une pente douce, entre leurs doubles bordures de géraniums, et qui descendent jusqu'au lac. Un pavillon au toit de chaume, aux murs à moitié dérobés sous le feuillage, s'élève sur les bords où sont amarrées quelques nacelles. Ce lieu est sans nul doute le site le mieux choisi, le plus romantique, le plus délicieusement jeté. À gauche, un petit hangar au couvert plat où se resserrent les embarcations. Ce morceau de rive est encaissé entre les saules, les peupliers et les bouleaux. Un ciel toujours clément promet aux gondoliers pleine possession de l'onde. Plus loin, sur les terrains surélevés en plates-formes qui avoisinent le château, quelques échappées de vue dont les plans sont superposés dans un bleu violeté, en sorte que les objets semblent broyés dans l'azur.

Au milieu de toutes ces terrasses s'élève la maison de Son Altesse Impériale. Divers sentiers montueux y aboutissent. Un perron de style moderne est abrité par une marquise vitrée, soutenue par des colonnes enguirlandées de lierre comme les anciens pampres des piliers corinthiens; les deux côtés sont garnis de fleurs. Un vestibule, dallé de marbre, conduit dans un salon d'une richesse pleine de bon goût, aux murailles tendues de perse, aux meubles d'une élégante simplicité également recouverts de la même étoffe. Quelques tableaux de maîtres y sont suspendus. Plusieurs guéridons supportent des vases précieux où sont déposées des fleurs aux nuances caressantes sur lesquelles Mme la princesse Mathilde doit promener de temps à autre son coup d'œil d'artiste.

Le salon ouvre sur une véranda couverte de tapis de Smyrne où sont rangés des divans et où s'épanouissent quelques plantes rares en des vases de Saxe. En face, une immense prairie dont les émanations viennent vivifier ceux qui goûtent le repos de ces beaux lieux dans les onctueuses soirées d'août »52.


La dernière « dame de Saint-Gratien », bienfaitrice du village

« La princesse, qui ne dédaigne pas de s'amuser et de se livrer aux explorations d'un pays plein de souvenirs, y laisse elle-même, après chacun de ses étés, le plus long et le plus durable, c'est qu'elle s'y plaît comme une simple grande dame dans ses terres. Autrefois les vassaux saluaient d'un respect craintif l'arrivée de l'héritière du fief. Aujourd'hui, celle que l'on désignera encore, après Marie-Renée de Lamoignon, comme la dame de Saint-Gratien est accueillie par les chaleureux transports d'une population de laboureurs qui lui doit une partie de son aisance. L'antique cérémonial a disparu. La porte rouillée ne grince plus sur ses gonds pour se refermer ensuite sur une châtelaine invisible. Chacun est appelé à la voir se promenant par-delà ces blés mûrs qui vont bientôt tomber sous la faucille. Et si, par hasard, quelqu'un essaye de formuler la louange sur ce qu'il voit et sur ce qu'il entend, elle sait habilement détourner l'éloge et répond avec un sourire qui sied si bien aux lèvres d'une princesse : « Si je fais un peu de bien dans mon village, c'est tout simple. Il faudrait s'étonner du contraire »53

Cette simplicité est confirmée par un des biographes de la Princesse : « Elle sait répandre les bienfaits sans ostentation et sans montrer la main qui donne. On sait seulement qu'elle a fondé un établissement qui porte son nom, et qui est destiné aux jeunes filles incurables ».

Qu’il nous soit cependant permis – sa modestie dût-elle en souffrir – d’énumérer ses plus importants bienfaits :

- L’installation de l’éclairage public par lampes à pétrole

- L’aménagement d’un lavoir sur le ru de la rue d’Épinay (à côté de l’ancienne caserne des pompiers)

- L’appui à la reconstruction de l’église, en 1857,

- En 1858, l’installation d’une congrégation de sœurs de la Charité pour soigner les indigents,

- Des dons pour soigner les lépreux,

- Appui à l’édification de la mairie-école et intervention décisive pour la construction d’un asile, préfiguration de l’école maternelle (pour accueillir en priorité les enfants des familles pauvres).

- Fondation de l’Orphéon en 1869

- Création de deux prix visant à récompenser les meilleurs élèves de la commune.


LES GRANDS AXES DE l’HISTOIRE DU VILLAGE AU XIXe ET XXe SIÈCLES


L’aménagement des cressonnières

Saint-Gratien garde pendant tout le XIXe siècle et la première partie du XXe son caractère agricole. La vigne perd de plus en plus de terrain, avec la concurrence des vins du midi, puis l’arrivée du phylloxera à la fin du XIXe siècle. L’accroissement démographique intensifie la demande des Parisiens en matière de produits maraîchers et les paysans s’adaptent au marché. Mais le terrain utile est limité, en raison de la place prise par l’étang, les bois et surtout les grandes propriétés qui, nous l’avons vu, occupent une énorme partie du territoire. Restent les marais, mais personne ne voit comment les aménager, jusqu’à l’intervention providentielle de M. Fossier  à partir de 1832 :

« Ces marais ne pouvaient ni se vendre ni se louer, il était impossible de leur donner aucune valeur, et il y a même peu d'années, en 1832, lorsque la caisse hypothécaire, propriétaire de 5 hectares, voulut les vendre, ils avaient été estimés 550 fr. l'hectare, et aucun acquéreur ne s'était présenté à l'adjudication.

Tel était l'état de choses lorsque M. F.-V. Fossiez, cultivateur des cressonnières de Saint-Léonard et de Saint-Firmin, près Senlis, étant venu visiter les marais de Saint-Gratien, s'assura que, par un bon assainissement au moyen de rigoles larges et bien dirigées, en profitant de quelques sources d'eaux vives qui surgissent ça et là, il pourrait établir, dans ces marais, des cressonnières à l'instar de celles de Saint-Léonard et de Saint-Firmin, et en même temps, sur les ados qui sépareraient les fosses a cresson, des cultures maraîchères, comme celles des hortillons d'Amiens, dans la vallée de la Somme.

Divulgué avant même le commencement des travaux, le projet de M. Fossiez fit promptement monter le prix de ces marais, au point qu'il fut obligé de les payer 1,500 fr. l'hectare quand, l'année précédente, on n'avait pu trouver un acquéreur à 550 fr.

Ce prix était tellement excessif que M. Fossiez fut blâmé par tous les propriétaires et cultivateurs du pays, qui taxèrent son entreprise de folie sans exemple. Cependant il ne se découragea pas. Il commença ses opérations : elles furent suivies d'abord avec curiosité, ensuite avec un intérêt qui alla toujours croissant et qui bientôt fit connaître et apprécier aux propriétaires le maître qui venait au milieu de leurs marais, jusqu'alors improductifs, introduire une nouvelle industrie agricole, et par son exemple leur apprendre enfin le parti qu'ils pouvaient tirer de cette propriété pour laquelle ils n'éprouvaient que de la répugnance »54.

En 1834, M. Fossier, préjugeant qu'il se trouverait un peu à l'étroit dans la parcelle de terrain qu'il avait acquise, et voulant agrandir son exploitation, s'adresse au maire de la commune de Saint-Gratien pour obtenir la location d’une parcelle de soixante-huit ares trente-huit centiares de pareil terrain dans les communaux, avec droit de se servir des eaux d'une source voisine, à titre d'irrigation. à cent francs par année.

« Ce premier pas fait, la commune de Saint-Gratien prit goût à louer le peu de communaux qui lui restait, mais elle n'y procéda que graduellement. En 1836, la commune de Saint-Gratien met en adjudication, par baux de neuf années, un hectare trente-six centiares de ce terrain, qu'elle divise en huit lots, affermés au prix de 320 francs par année. En 1842, le bail fait primitivement à M. Fossier était sur le point d'expirer, et ce dernier, ayant quitté la commune de Saint-Gratien pour commencer une nouvelle entreprise sur le territoire d'Épinay… la commune de Saint-Gratien mit en adjudication les soixante-huit ares trente-huit centiares, dont elle supprime le droit d'irrigation, et qu’elle adjuge à quatre cultivateurs, au prix de 214 francs par an, au lieu du 100 francs qu'ils étaient loués précédemment »55.

Enfin, la commune de Saint-Gratien afferme encore, le 1er janvier 1843, cinquante-un ares de ce terrain encore disponible, au prix de 157 francs par an, ce qui procure à la commune un revenu de 691 francs qui grossit la recette de son budget, et l'aide à payer ses charges locales.

Les cressonniers ne se contentent pas de la culture du cresson. Dans les bandes de terre entre les fosses, les ados, ou grandes planches maraîchères, ils cultivent des choux, des haricots, des pommes de terre, dites Vitelottes, des choux-fleurs, des céleris, artichauts, etc.

Les cressonnières seront fermées, par mesure d’hygiène, mais aussi sous la pression des promoteurs qui souhaitent obtenir des terrains importants et moins chers pour construire des immeubles, dans les années 1960-1970.


La constitution d’Enghien en commune autonome et l’amputation du lac

Depuis la découverte en 1766 par le Père Louis Cotte (1740 - 1815), oratorien de Montmorency et féru de science, des propriétés curatives des sources sulfureuses qui ont de tout temps alimenté l’étang d’Anguien - devenu étang de Saint-Gratien56 au XIXe siècle - un hameau s’est constitué à l’est du plan d’eau (essentiellement dans le quartier d’Ormesson), qui a pris le nom d’Enghien. Nous renvoyons les lecteurs à l’article sur Enghien-les-Bains pour de plus amples détails concernant les vicissitudes de la station thermale57. Celle-ci prend son essor à partir de 1821. C’est à ce moment, en effet, que Jean-Baptiste Péligot, administrateur en chef des hôpitaux et hospices de Paris, arrive sur les rives du lac et achète une propriété sur Saint-Gratien. Il abandonne alors ses fonctions parisiennes et consacre sa vie et sa fortune personnelle au développement de la jeune station. Il rachète l’établissement thermal édifié en 1820 et fait aménager l’étang qui devient lac. En 1823, la guérison de Louis XVIII d’un ulcère à la jambe contribue à lancer les cures thermales et le nouveau village, qui voit fleurir les habitations. Enghien devient un lieu de cure et de divertissement, dont la mise en service du chemin de fer facilitera l’accès. Le 7 août 1850, l’Assemblée Nationale décide de prendre des portions de territoire sur Soisy, Deuil, Epinay et Saint-Gratien dans le but de créer une nouvelle commune, qui prend le nom d’Enghien-les-Bains. Saint-Gratien, outre le fait d’être amputée de 37,8 hectares, perd un de ses plus beaux fleurons, à savoir le grand lac et ses abords immédiats. La commune ne garde que le petit lac du Nord. Mais cette amputation est plutôt mal accueillie par les élus et la population. Hilaire-Laurent Terré, maire de Saint-Gratien de 1857 à 1871, fait alors construire le bassin de l'Ouest, dans le but de compenser la perte du grand lac et de permettre la mise en place d’un débarcadère pour la princesse Mathilde.


Les tranports

Le chemin de fer

La première liaison ferroviaire avec Paris desservant Saint-Gratien s’effectue par l’intermédiaire de la gare d’Enghien, créée en 1846, sur la Ligne Paris-Pontoise via Ermont. Un peu plus tard, la Halte de Saint-Gratien, près de champ de courses, est ouverte. Les habitants de Saint-Gratien s’y rendent par un service de véhicules hippomobiles : diligences ou coucous. L’ouverture de la gare de Sannois en 1863, reliant Ermont-Eaubonne à Argenteuil, offre aux Gratiennois une alternative pour se rendre à Paris. Une liaison ferroviaire entre Ermont et Saint-Ouen les Docks, via Épinay et Gennevilliers est mise en exploitation le 23 juin 1908. La gare de Saint-Gratien est inaugurée le 1er juillet suivant. La liaison Vallée de Montmorency - Invalides (projet VMI), nouvelle branche nord-ouest du RER C, est mise en service pour le service d'hiver le 25 septembre 1988.

Liaison avec la gare d’Enghien

Les Gratiennois se rendent à la gare d’Enghien par un service de véhicules hippomobiles de diligences et de coucous, puis par un tramway (cf. ci-après) et enfin par l’automobile de Saint-Gratien (une de Dion Bouton) en 1909. De nos jours, la navette s’effectue par une ligne de bus.

Le tramway

Le projet d’un tramway Montmorency-Enghien-Saint-Gratien, le MSG, est déclaré d’utilité publique par le décret du 17 décembre 1896 et concédé à M. Galloti, président de la Compagnie Générale de Traction (CGT). Ce tramway est mis en service le 13 octobre 189758. La gare d’Enghien est distante de 6 km 345 du terminus de Saint-Gratien, rue de Soisy. Après bien des vicissitudes, le trafic est supprimé le 7 avril 1907, ce qui permet à la ligne de tramway Paris-Trinité-Enghien (dont le terminus se trouve au carrefour du Cygne d’Enghien à Epinay) de poursuivre son trajet jusqu’à la gare d’Enghien. Cette ligne fonctionnera jusqu’en 1934.


La commune s’équipe

La commune de Saint-Gratien, comme la plupart de ses voisines, dispose de peu de ressources pour entretenir sa voirie et mettre en place des services publics. Par chance, elle bénéficie des largesses des grands propriétaires habitant la commune : de Luçay, Custine, la princesse Mathilde, Simon Hayem… Citons en particulier :

La mairie. Jusqu’en 1861, Saint-Gratien n’a pas de mairie. Les réunions de conseil municipal, les mariages se tiennent chez des particuliers, voire chez le maire.

En 1861, avec les matériaux récupérés de la vieille église, la Princesse Mathilde fait agrandir l’école, au-dessus de laquelle on construit une première mairie.

En 1869, la commune achète un terrain un peu plus bas que l’église pour la somme de 11000 francs et sur cet emplacement construisit une nouvelle mairie.

En 1905, la Société immobilière de la Banlieue de Paris, dans le cadre du lotissement du parc de la princesse, offre à la commune un îlot de 8500 m2, sur lequel la commune s'engage à construire une mairie, une école et un gymnase en vue de faire face à l’accroissement démographique. La construction de la mairie est confiée à Paul Nief, architecte communal d’Eaubonne, de Deuil-la-Barre et de Saint Gratien. Son style architectural est celui d’une maison bourgeoise du XIXe siècle. Le 7 février 1909, la nouvelle mairie, place Gambetta, est inaugurée par Henry Chéron, député du Calvados, sous-secrétaire d’Etat à la Guerre, en présence des autorités préfectorales M. Autrand, et de Charles Grusse-Dagneaux, maire de Saint-Gratien. Seul le corps central est construit au départ. Des annexes s'ajoutent en 1936 pour lui donner l'aspect que nous lui connaissons actuellement.

L’église. En 1857, la vieille église du XIIIe siècle, agrandie au XVe siècle, menace de s’effondrer. La princesse Mathilde s’en émeut et s’active pour la faire reconstruite. Elle intervient auprès du ministre des Cultes pour obtenir une subvention, donne une contribution financière et un emprunt communal apporte le reste. Elle en pose la première pierre le 14 avril 1857.

L’édifice, consacré le 29 mai 1859 en présence de la Princesse Mathilde Bonaparte et de personnalités religieuses, est curieusement orienté à l’ouest. Il comporte une nef unique encadrée par deux petites chapelles qui simulent un transept.

Le monument est éclairé par de grands vitraux réalisés en 1897 par les Frères Hausaires, maîtres verriers à Reims, à l’exception des deux vitraux de la chapelle de la Vierge, représentant « l’Annonce faite à Marie », qui eux datent de 1861. Les vitraux du chœur ont la particularité de représenter des personnages ayant les traits des donateurs de l’époque.

Initialement, le plafond bleu était décoré d’étoiles de feuilles d’or avec des écussons de la Princesse, de même que les côtés étaient parsemés de ses initiales en feuilles d’or sur fond lie de vin. Aménagements et consolidations ont entraîné la disparition de cette ornementation.


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1 Saint-Gratien n’en possède que la moitié sud-ouest. Voir infra.

2 Chauche-Floury (D.), Saint-Gratien, in Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.), Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 403. Aubry (B.), Saint-Gratien. BIP – Tronçon A15 – RD 109, in Bilan scientifique 1994, DRAC IDF, SRA, 1995, p. 189.

3 Chauche-Floury (D.), op. cit., p. 403.

4 Elle figure au pouillé du diocèse de Paris de 1205, ecclesia Sancti Gratiani, De Donatione episcopi, In decanatu de Gonessa. Alors qu’elle dépend de l’évêque de Paris au XIIIe siècle, elle figure avec comme collateur l’abbé du Bec-Hellouin. Cf. Longnon (A.), Pouillés de la province de Sens, Paris, 1904, in-4°.

5 Rictiovare, (Rictius Varus ou Viccius Varus) serait un proconsul ou un préfet romain sous le règne de l’empereur Dioclétien, qui a particulièrement persécuté les Chrétiens.

6 Coulombs (Eure-et-Loir). Abbaye de Bénédictins fondée au début du Xe siècle, ruinée par les Normands et restaurée vers 1020 par l’évêque de Beauvais Roger de Blois.

7 Il s’agit d’un village homonyme de la Somme, qui fait partie du canton de Villers-Bocage et qui a gardé la tradition du martyre du saint éponyme, dont la fête est célébrée le 23 octobre.

8 Charles Salmon, Histoire de Saint Firmin, martyr, premier évêque d'Amiens, patron de la Navarre et des diocèses d'Amiens et de Pampelune, Arras, Rousseau-Leroy, 1861, p. 121.

9 François Rozier, Nouveau cours complet d'agriculture théorique et pratique, contenant la grande et la petite culture, l'économie rurale et domestique, la médecine vétérinaire, etc., ou Dictionnaire raisonné et universel d'agriculture, vol. 10, Deterville, 1822, p. 337.

10 Archives du Musée Condé à Chantilly, série BA, carton 12. Note du Conseil du Prince, non datée, postérieure semble-t-il à 1771, citée par Arzalier (F.), Des villages dans l’histoire, vallée de Montmorency (1750 à 1914), éd. P.U. Septentrion, Lille, 1996, p. 147.

11 Francis Arzalier, op. cit., p. xxx.

12 Cf. nos articles « La forêt de Montmorency - généralités » et « Les métiers de la forêt ».

13 Charles Lefeuve, Le tour de la Vallée, éd. de 1856, p. 238.

14 Flore naturelle et économique des plantes qui croissent aux environs de Paris, Courcier, 1803, p. 624.

15 Francis Arzalier, op. cit., p. 30-31.

16 Dechandol-Bessot (J.), Un village d’Ile-de-France pendant la Révolution : Saint-Gratien de 1789 à 1800, p. 83.

17 Ibidem. Notons que la pomme de terre vient juste d’être introduite dans la région, sous l’influence de Cadet-de-Vaux (Franconville) et de Parmentier.

18 Guilhermy (F. de), Inscriptions et épitaphes de la France du Ve au XVIIIe siècle. Ancien diocèse de Paris, Paris, t. 2, 1875, in 4°, p. 248-259.

19 Des fouilles archéologiques ouvertes en 1972 à l’angle de la rue Deschamps et de la Sœur-Angèle, emplacement présumé du premier sanctuaire, n’ont révélé qu’un sol très perturbé par la reconstruction de l’église au XIXe siècle. Cf. Petitou (J.-L.), Rapport sur le sauvetage effectué à l’emplacement présumé d’une ancienne chapelle du Ve siècle à Saint-Gratien (Val d’Oise), JPGF Ermont, 1972, 2 p., 2 pl., 4 photos.

20 Lours (M.), Saint-Gratien, église Saint-Gratien, in Églises du Val-d’Oise, Pays de France, Vallée de Montmorency, Dix siècles d’art sacré aux portes de Paris, SHAGPDF, 2008, p. 233-234.

21 Lebeuf (L’abbé J.), Saint-Gratien, in Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, 1745, ré-éd. 1883, t. 1, p. 628-631.

22 Outre le village de la Somme cité supra, il convient de citer Saint-Gratien Savigny dans la Nièvre

23 Voir la bibliographie.

24 La véritable orthographe est L’Huillier. Jean L’Huillier est prévôt des marchands en 1447 et son petit-fils est tué en 1567 à la bataille de Saint-Denis.

25 Lebeuf (L’abbé J.), op. cit., p. 632.

26 Couffy (A.), Jardins paysagers du XIXe siècle, in Collectif, Jardins en Val d’Oise, CGVO, 1993, p. 177-180, « Parc de la princesse Mathilde à Saint-Gratien », gravure d’Aucanastasi, p. 179.

Cf. l’article « Parcs et jardins en vallée de Montmorency ».

Cf. en particulier Nicolas Catinat / Bernard Le Bouyer de Saint-Gervais, Mémoires et correspondance du Maréchal de Catinat : mis en ordre et publiés d'après les manuscrits autographes et inédits conservés jusqu'à ce jour dans sa famille, P. Mougie, 1819, p. 364.

27 Parfois orthographié Poille.

28 Cette devise est tirée de La guerre de Jughurtha, œuvre de Salluste : « nihil metuere, nisi turpem famam ».

29 Il s’est aussi signalé pour s'être fait livrer des tapisseries à crédit, et avoir soutenu plus lard au tapissier les lui avoir payées lors de la livraison.

30 Il ne s’agit pas ici d’un récit romancé considéré comme faux, mais d’un genre littéraire – on pourrait dire une chronique - fondé sur des faits attestés par le procès-verbal d’une séance du Parlement. Cf. notre article « La légende de maître Poisle, seigneur de Saint-Gratien ».

31 Cette comédie, composée en latin, du temps de Louis XII (autour de l’an 1500) a été publiée par Emery Bigot, érudit, né en 1626, à Rouen, mort en 1689, doyen de la cour des aides de Normandie, qui écrit dans une note en marge du manuscrit : « Dans la légende de Jean Poisle, conseiller en la cour, il y a un tour semblable à celui de Patelin ».

32 Félix Feuillet de Conches, Causeries d'un curieux : variétés d'histoire et d'art tirées d'un cabinet d'autographes et de dessins, Volume 3, H. Plon, 1864, p. 143.

33 105 sonnets font partie du volume intitulé : les Œuvres de Jacques Poille, sieur de Saint-Gratien, conseiller au Parlement de Paris, divisées en onze livres : Rome en sept livres, la Grèce en un livre ; les Barbares, les Grands Roys, les Grands Seigneurs, les Derniers Hérésiarques, en un livre ; l'Icare français en deux livres.

34 L'abbaye de Saint-Julien de Tours a constitué une sorte de patrimoine commendataire pour la famille Catinat. En ont été abbés : Georges Catinat, maire de Tours en 1632, oncle du maréchal. Puis, les deux frères de celui-ci : Pierre en 1876 et Clément, en 1684. À la mort de ce dernier, succède son neveu, Louis, fils de René, mort en 1714, à 54 ans.

35 On ignore, à vrai dire, si la particule de, qui s’accolera par la suite à Catinat, est le fruit d’un anoblissement à raison du fief de Saint-Gratien, ou s’il relève d’un hommage rendu par la postérité au maréchal qui, de surcroît, était sieur de la Fauconnerie.

36 Charles Lefeuve, op. cit, éd. 1856, pp. 294-296.

37 Le Bouyer de St-Gênais, Le maréchal de Catinat d'après ses mémoires et sa correspondance (3 vol. in-8°, 1818), in Charles Douniol, Le Correspondant, Volume 330, 1856, p. 930. Tiré du livre du Marquis de Créquy (1737-1801), Vie de Nicolas de Catinat, 1774.

38 En 1710, Louis XIV (1638-1715) lui offrit le cèdre du Liban qui se dresse aujourd’hui devant l’hôtel de ville Classé au titre des sites en 1935, il est répertorié comme arbre remarquable de France. Pourtant, certains spécialistes estiment que les plus anciens cèdres de France ont été plantés par Jussieu en 1734, l’un au Jardin des Plantes de Paris, l’autre dans la propriété de Trudaine en Seine-et-Marne. La polémique n’est pas close. Cf. Collectif, Les arbres remarquables du Val d’Oise, Ed. Dakota, CGVO, 2005, p. 158-159.

39 Hippolyte Buffénoir, Le maréchal de Catinat in Revue politique et littéraire : revue bleue, 1863, p. 335.

40 Étienne de Jouy, Oeuvres complètes, avec des éclaircissements et des notes… , vol. 16, Didot Aîné, 1823, p. 427.

41 Nous avons cherché des renseignements sur ce lok et, à ce jour, nous n’en avons pas trouvé. Il s’agit probablement d’une drogue analogue à la morphine.

42 Elie-Catherine, Année littéraire, ou suite des lettres sur quelques écrits de ce temps, vol. 1-2, 1775, Fréron, pp. 25-26.

43 Bernard Le Bouyer de Saint-Gervais, Mémoires et correspondance du Maréchal de Catinat : mis en ordre et publiés d'après les manuscrits autographes et inédits conservés jusqu'à ce jour dans sa famille, vol. 3, P. Mougie, 1819, p. 357.

44 Brinio (J.-M.), Magnoux (R.), Vacherot (P.), Saint-Gratien autrefois, Association Saint Gratien d’hier et d’aujourd’hui/Centre culturel du Forum, 2005, p. 80.

45 Dechandol-Bessot (J.), Un village d’Île-de-France pendant la Révolution : Saint-Gratien de 1789 à 1800, p. 95.

46 Ce qui représente une portion énorme du territoire de Saint-Gratien quand on sait qu’à l’époque, la commune totalise 310 hectares. Il est vrai que le parc déborde sur Épinay.

47 Charles Lefeuve, op. cit. p. 293.

48 Dechandol-Bessot (J.), op. cit. p. 87.

49 Marc de Montifaud, in Revue du XIXème siècle, 1866, p. 392

50 Lefeuve, op. cit., éd. 1856, p. 301.

51 Custine donne dans ses lettres l’indication suivante : « On va à St-Gratien par St-Denis et Épinay, toujours par une route pavée, le chemin d’Enghien est plus long et mauvais. La maison de Mr. De C. s’appelle le Belvédère de St-Gratien… La porte est sur la place, vis-à-vis le château de Catinat ».

52 Marc de Montifaud in Revue du XIXe siècle, p. 393.

53 Idem, p. 395.

54 Revue horticole : journal d'horticulture practique, Librairie Agricole de la Maison Rustique, 1846, p. 191.

55 Héricart de Thury (Vte), Rapport sur le dessèchement et la mise en culture des anciens marais d’Ermont, Saint-Gratien, Épinay par M. Fossiez, in Revue horticole, seconde série, tome quatrième, Paris, 1846, p. 190 - 195.

- Sulpice Raison (père), Rapport sur la fertilisation des terrains marécageux dépendants de la commune de Saint-Gratien, et de plusieurs communes environnantes, mis en valeur par M. Fossier et ses imitateurs, in Mémoires de la Société d’horticulture du département de Seine-et-Oise, tome quatrième, Versailles, 1844, p. 132 - 139.

56 Tous les documents que nous avons consultés mentionnent l’étang de Saint-Gratien tout au long du XIXe siècle, y compris après la constitution de la commune d’Enghien-les-Bains. Nous pensons que cette dénomination s’est perpétuée jusqu’au décès de la princesse Mathilde.

57 Cf. notre article « Histoire générale d’Enghien-les-Bains, les Thermes d’Enghien ».

58 Cf. notre article « Histoire générale de Montmorency, Les établissements industriels, La C.G.T. à Montmorency au XIXe siècle ».