BRÈVE HISTOIRE DE BESSANCOURT



La toponymie de Bessancourt


En latin classique, le terme cohors (génitif cohortis) désigne, entre autres sens, un « espace clos de haies, basse-cour » : un mot qui va poursuivre une longue carrière jusqu’à l’ancien français cort, puis cour(t) « terrain découvert, souvent entouré de murs ou de bâtiments ». C’est dire que ce terme a vocation à entrer dans la formation de nombreux noms de lieux dès le haut Moyen Âge. C’est ainsi que les noms de lieux se terminant en cour(t) renvoient généralement à des personnes, propriétaires ou de possesseurs de domaines.

Aux époques mérovingienne et carolingienne, durant lesquelles se développe ce type de toponymes, le nom des propriétaires concernés est presque exclusivement, comme on peut s’y attendre, germanique. En Île de France, les noms en -court sont fréquents (surtout dans le Vexin Français), moins cependant que ceux en –ville.

Des noms germaniques féminins apparaissent parfois dans les formations en –court : comme Brignancourt, « domaine de Bera » ou Condécourt, « domaine de Gundehildis », forme attestée dans la mention Gundeli curia de 1127.

De même, Bessancourt semble être, à l’origine, une propriété tenue par une femme germanique : « domaine de Bersindis »1. Cette forme est attestée dans la mention Bercolcort de 1189 et de 12472.


Bessancourt à la période Antique et au Moyen Âge


Située sur le coteau sud-ouest des buttes témoins de Montmorency, entre 50 et 171 m d’altitude, la commune de Bessancourt couvre actuellement 639 hectares, dont 13 % sont bâtis. Un peu plus d’un quart de son territoire est boisé. Mais son territoire primitif n’est pas très important en superficie, du fait qu’il appartient, à l’origine, à un ensemble plus important démembré. Le ban paroissial de Saint-Etienne d’Ermont, comprend en effet, au Ve siècle, selon Michel Roblin, 5 000 hectares qui englobe à l’époque Bessancourt, Taverny, Saint-Leu, Saint-Prix, Montlignon, Andilly, Margency, Eaubonne, Sannois, Franconville et Le Plessis-Bouchard3.

Plusieurs écarts, La Grande-Ferme (ou Villa-Madame), La Petite-Ferme (au Bout-d’en-Bas) et Saint-Jacques, sont portés sur la carte de Cassini de 1774, qui mentionne aussi le moulin à vent sur la butte dominant le village. Ce moulin à vent, dit de Saint-Jacques, est la propriété laïque des Montmorency-Taverny, tandis que l’abbaye de Maubuisson possède, peut-être dès 1524, ou après le grand bornage de 1551, un moulin à vent, à une altitude de 171 m NGF au lieu-dit Les Balicots, près de La Croix sans Bras4. À la fin du XIXe siècle il existe à cet endroit une « guinguette » du Moulin Saint-Jacques, appartenant à la Mère Mouton.

La culture de la vigne y est largement pratiquée, comme l’attestent les archives. D’anciennes carrières exploitant le sous-sol très riche en gypse sont signalées en plusieurs points du village5.

En 1186, Maurice de Sully, évêque de Paris, élève la chapelle Saint-Gervais au rang d’église paroissiale. Comme pour les paroisses voisines de Taverny et de Saint-Leu dont elle a dépendu quelque temps auparavant, son curé est nommé par l’abbaye bénédictine de Saint-Martin de Pontoise6. Avant 1189, le territoire de Bessancourt7 relève en effet de la paroisse de Taverny8.


La présence gallo-romaine à Bessancourt

Lors de l’installation du gazoduc et du prolongement de l’autoroute A115, des constructions du 1er au Ve siècle de notre ère ont été repérées aux lieudits Le Bois Rosière et Le Cimetière-aux-Chevaux. Dans un des bâtiments, des éléments de canalisation traduisent un certain confort, comme les enduits peints polychromes avec leur décor de feuillage ou de lignes en filet. La céramique relève d’une production régionale. Parmi les objets de parure, on note une palette à fard en marbre, un bracelet et des perles en verre. Certaines dépendances apparaissent comme des lieux de stockage et de pacage du bétail. Coupe-chardon et serpes évoquent les travaux agricoles. Hipposandale (ancêtre du fer à cheval), passe-courroie et clavette de roue témoignent du harnachement des chevaux et de l’équipement de véhicules. Les activités sont diversifiées : ciseau, hache, gouge rappellent le travail du bois et de la pierre. Un outil sur bois de cerf se rapporte probablement à la pelleterie9.


Une ferme des Dames de Maubuisson.

En 1240, la reine Blanche de Castille (1188-1252) rachète aux Tirel, seigneurs de Poix, en Picardie, leur seigneurie de Bessancourt pour l’abbaye cistercienne de Notre-Dame-la-Royale (Maubuisson) qu’elle a fondée quatre ans auparavant à Maubuisson, près de Pontoise, dans le faubourg de l’Aumône. Les religieuses possèdent alors dans ce village un domaine d’environ 200 hectares avec vignes et bois10. La Petite Ferme, au carrefour des rues de la Gare et Antoine-Vollon, en relève aussi. Au Moyen Âge, l’hôtel seigneurial des cisterciennes de Maubuisson, dit « Château-Madame », s’élève au 15 de l’actuelle rue Madame. Il sera démoli à la fin de l’année 1995. On sait par les archives qu’il comporte un pressoir et des écuries11 et, par des relevés d’observations archéologiques, un bassin, un puits et un abreuvoir12.


Bessancourt sous l’Ancien Régime

En 1470, la population bessancourtoise n’est que de 40 habitants. Au XVIIIe siècle, sa population a augmenté : 166 feux, soit 664 habitants en 1709. Elle continue sensiblement à monter jusqu’à 205 feux, soit 820 habitants, en 1788. Elle connaît une légère baisse à la période révolutionnaire : 742 habitants en 1790, avec un déficit sans doute dû à une forte mortalité des nourrissons comme à Taverny13.

Au XVIIIe siècle, en effet, de petites gens prennent en nourrice des enfants des « bourgeois » de Paris et de la région pour compléter leurs faibles revenus. Ces nourrissons sont élevés dans des conditions souvent discutables, ce qui provoque un grand nombre de morts précoces.

Une autre activité secondaire est pratiquée dans le village par les femmes : il s’agit de la dentelle : la blonde. Les dentellières et marchands de dentelles en Vallée de Montmorency sont connus par les registres paroissiaux, les minutiers ruraux, les archives judiciaires et récemment par l’étude de Béatrix de Buffévent, L’Économie dentellière en région parisienne au XVIIe siècle. Les négociants, cependant, sont rares dans la Vallée, 4 à Taverny et 2 à Saint-Leu (en comparaison, pour le Pays de France, ils sont 121 à Villiers-le-Bel), aucune ouvrière professionnelle en dentelles est mentionnée à Bessancourt dans le rôle de taille au XVIIe siècle, alors que l’on trouve 10 ouvrières en dentelles à Saint-Prix à la même période14.


Bessancourt aux XIXe et XXe siècles

Pendant des siècles, les activités agricoles et viticoles15, l’exploitation artisanale du gypse dans les coteaux16 rythment la vie des Bessancourtois. L’arrivée du chemin de fer en 1876 attire toutefois une population nouvelle et modifie progressivement la répartition des grands domaines agricoles, par la vente et la parcellisation, au profit de la construction de l’habitat particulier, avec l’utilisation intensive (jusqu’à épuisement de la ressource) de la meulière tirée de petites exploitations implantées sur le massif forestier. L’exploitation du bois et de ses dérivés (treillage, échalas, cercles de tonneaux, charbon de bois) fournit également un complément d’activité aux habitants jusqu’à la Première guerre mondiale17.

La construction de la ligne de chemin de fer reliant Ermont-Eaubonne à Persan-Beaumont est bénéfique pour la commune qui voit bientôt sa population s’accroître et le village se transformer en commune verdoyante de la banlieue parisienne18.

L’arrivée du chemin de fer d’Ermont à Valmondois est un évènement important pour le village. Lisons un court extrait de L’Illustration du 9 septembre 1876 :

« De Taverny jusqu’à Bessancourt, la voie serpente dans une petite Normandie. Des deux côtés, en effet, ce ne sont que pommiers et poiriers à hautes tiges ployant sous le poids des fruits et abritant des forêts de groseilliers, de framboisiers et des plans de légumes drus, serrés, vert sombre. Il y a trente ans, tous ces pays étaient pauvres ; aujourd’hui, tous leurs habitants sont au-dessus du besoin et un grand nombre jouissent d’une aisance qui touche à la richesse. Le chemin de fer, en ouvrant l’accès du marché de Paris aux produits de la vallée, est l’auteur de cette prospérité. Le village de Bessancourt est perdu dans la verdure, et par les échappées on domine un merveilleux panorama des vallées de la Seine et de l’Oise »19.

Le XIXe siècle voit se développer à Bessancourt les cultures maraîchères, essentiellement sur la plaine, en allant sur Méry-sur-Oise, Pierrelaye et Taverny. Dans la monographie de l’instituteur de 1899, on peut découvrir également une activité d’arboriculture20, comme dans toute la Vallée :

« Le village s’étend, depuis la gare jusqu’à la villa des Prés Hauts, dans un vallon montueux, long, entouré des deux côtés de coteaux verdoyants : celui de droite est planté de pommiers, de pruniers et de quelques noyers ; celui de gauche est couvert de cerisiers »21.

Le 12 décembre 1830, un décret rectifie les limites de la commune avec celle de Frépillon.

Au temps de la Fronde (1648-1652), le village subit des pillages répétés. Il accueille des Girondins durant la Terreur, comme ceux de Saint-Prix et Montlignon, ce qui conduit Lamartine à s’informer auprès du curé de Bessancourt quand il rédige son « Histoire des Girondins » au milieu du XIXe siècle

La population connaît une démographie stable au XIXe siècle et, au XXe siècle, une évolution plus importante, mais raisonnable, par rapport aux autres communes de la Vallée, passant de 866 habitants en 1876 à 3 781 habitants en 1968, soit un accroissement de 437 % en 92 ans22. Des zones pavillonnaires se développent autour de la gare, ce qui entraîne la régression des cultures ancestrales du terroir. Puis l’extension se fait vers la plaine, vers Pierrelaye, Méry-sur-Oise et Taverny, avec le développement de commerces et de sociétés de services, l’accès à la capitale est facilité par l’ouverture de l’autoroute A 115, en 2000 pour Bessancourt et 2004 pour Méry-sur-Oise.


LE PATRIMOINE ANCIEN DE BESSANCOURT


L’église de Bessancourt : de Saint-Gervais et Saint-Protais à Notre-Dame.

L’abbé Lebeuf décrit en ces termes l’église Saint-Gervais et Saint-Protais de Bessancourt23 :

« L’église de Bessaucourt (sic), est une des plus grandes et des mieux bâties de ces cantons-là. Elle a deux ailes et une croisée, mais cependant sans qu’on puisse faire le tour de l’autel et sans galeries. Le chœur est certainement bâti au XIIe siècle. Il est constant qu’il a servi pour la succursale qui était en ce lieu avant l’érection de la paroisse faite en 1189. L’édifice de la nef n’est que de deux à trois cens ans. Le bras méridional de la croisée est aussi du XIIIe siècle, l’autre n’est que du XVe ou XVIe siècle.

À l’entrée de cette église à main gauche est bâtie une belle tour. Les inscriptions qui s’y remarquent dénotent assez le temps de sa construction : sous l’un des piliers qui la supportent est une sentence de langage grec écrite en caractères latins sur une bande (phylactère) soutenue par deux anges, et au commencement se lit Mil Vc. XXVII. On voit aussi au portail sous les pieds d’une image de la sainte Vierge en lettres grecques capitales et dentelées le reste d’une sentence qui exprimoit ce que nous rendons en latin par ces mots : O Mater Dei, memento mei. Cet emploi du grec dans les inscriptions ressent assez le temps de la naissance des lettres sous François Ier.

Cette église est dédiée sous l’invocation de S. Gervais et S. Protais. On y célèbre outre le jour de leur martyre, celui de leur translation qui est le 13 décembre. La fête de la dédicace est le premier dimanche de septembre. Au lieu du peu de reliques ou brandeum des Saints Gervais et Protais qu’on a dû y posséder dans le temps de la fondation de l’église, on y montre aujourd’hui une châsse de bois qui contient des ossements de quelqu’une des compagnes de sainte Ursule, lesquels ont été donnés par une abbesse de Maubuisson.

M. l’abbé Chastelain a observé dans ses ouvrages que ces reliques venues de Cologne ont été fort répandues dans l’ordre de Cîteaux dont est ce monastère.

Une autre observation que j’ai faite dans la même église, et qui fait voir par un autre endroit sa relation avec l’ordre de Cîteaux, regarde les vitrages du sanctuaire qui sont de verre très épais chargés de quelques couches de peinture grise ainsi que les statuts de cet ordre voulaient qu’on en mît dans les églises des monastères. Ces sortes de vitrages en forme de grisailles étaient fort en usage au XIIe et XIIIe siècle. Mais ce qui dénote que ceux-ci n’ont pas été apportés de l’abbaye de Maubuisson, est qu’on y voit un prêtre représenté à genoux, lequel a fait présent de ce vitrage et son nom en-dessous en capitales gothiques : Mestre Robert de Berceucourt…chanoine de Paris. Le vitrier a transposé les lignes la dernière fois qu’il a touché au vitrage. Au-dessous est un panneau ajouté qui représente une abbesse de Maubuisson à genoux dont les armes sont d’azur parti de sable à la fasce d’argent chargée de trois merlettes de sable .

On apprend par un cartulaire de l’évêque de Paris que ce Robert de Berceucourt était Official de Paris en 1270. Le nécrologe de la cathédrale de Paris, écrit vers le même temps, marque d’autres circonstances de ce Robert, et surtout qu’il mourut doyen de Bayeux. Voici ce qu’on y lit au 5 janvier parmi les premières additions faites à ce nécrologe vers l’an 1280 ou 1290.

De Domo sanctǽ Mariǽ obiit Magister de Bercencuria quondam Decanus Bajocensis, qui ob remedium animǽ suǽ dedit Ecclesiǽ Parisiensi viginti septem tum dimidio arpenta terrǽ arabilis sita in diversis peciis apud Civilliacum in censiva Capituli Parisiensis ad censum qui dicitur Census quatarum … quodlibet autem arpentum solet valêre unum sextarius bladi ».


La famille de Bessancourt du XIIIe siècle fit aussi du bien à l’abbaye de Sainte Geneviève de Paris. L’ancien nécrologe de cette maison marque au 9 février : Obiit Theobaldus de Bersencuria, il avait légué des héritages situés à Paris.

Au 29 juillet : obierunt Magister Stephanus et Magister Robertus de Bersecuria, pro quorum anniversario Philippus de Bersecuria frater eorum dedit octo denarios censuales quos percipiebat super hereditagia in territorio sancti Lupi. C’est-à-dire Saint Leu de Taverny. Le titre de Magister donné à Etienne et à Robert de Bessancourt fait voir que c’étaient des gens doctes dans leur temps.


Il y a dans le chœur de l’église de Bessancourt deux tombes ou épitaphes assez dignes d’être remarquées. La première est Thomas Cloüet, Prêtre natif de cette Paroisse, en son vivant Procureur au Parlement, Chanoine de Saint Hilaire-le-Grand de Poitiers et de Saint Martin de Montmorency, Curé de Sorel au Diocèse de Chartres, mort le 6 juillet 154624.

J’ai lu dans la seconde inscription au côté droit du chœur : Cy gisent vénérables et discrètes personnes Messire Pierre de Croneaux, Estienne Charton et Philippe Mention, Prestres Curés de cette Paroisse de Bessancourt qui ont esté l’espace de plus de trois siècles de neveu en neveu.

Il y est ensuite marqué que Messire Jean-Louis Mention en son vivant Prêtre Chanoine de l’Eglise-Cathédrale de Wissenbourg en Allemagne, Honorable homme Jean Mention, Commissaire de Police de Pontoise, ont fait des fondations dans cette église l’an 1705 »25.


Visite intérieure de l’église Notre-Dame.

Laissons-nous guider dans l’église gothique et Renaissance dédiée à Notre-Dame par Robert Bornet, qui lui a consacré dans son ouvrage sur Bessancourt un long chapitre fort documenté26

L’abside, formée d’un chevet à pans, est éclairée par cinq grandes baies géminées. Des chapiteaux ornés de crochets, placés à des hauteurs différentes, donnent à l’ensemble une belle légèreté. C’est la partie la plus ancienne de l’église qui date de la première moitié du XIIIe siècle.

Le carré du transept à des piliers cantonnés de colonnes engagées et chargés d’un faisceau de colonnettes, cette partie, tout comme le croisillon sud du transept est contemporaine de l’abside.

Le croisillon nord du transept, avec sa voûte à liernes et à tiercerons, ses pilastres cannelés aux chapiteaux composites, son arcade de liaison au bas-côté en plein cintre et ses baies au remplage fort simple, est datable du milieu du XVIe siècle.

La voûte est richement décorée. En son centre, on remarque la représentation de la Trinité et à l’intersection des liernes et des tiercerons, les quatre évangélistes, ce qui n’est pas sans rappeler celle de la croisée du transept de Saint-Maclou de Pontoise. Cette dernière voûte de croisées, réalisée par le maître maçon Jean Delamarre, de 1541 à 1547, porte une Trinité à la clef des ogives et les quatre évangélistes à la clef des tiercerons ainsi que le « F » de François Ier (mort en 1547) et les croissants d’Henri II27.

D’autres clefs de voûte de cette église sont également à signaler pour leur grand intérêt stylistique et de datation.

À la première travée de la nef, la clef représente un croissant de lune typiquement Henri II, et une évocation de l’Exil en Egypte.

À la quatrième travée de la nef, la clef représente saint Pierre, reconnaissable à son immense clef, et les deux autres, Jésus prêchant la Bonne Nouvelle et Jean le Baptiste.

La clef de voûte de la première travée du collatéral sud est une illustration de sainte Véronique.

Certaines bagues historiées des colonnes de la nef rappellent les anciennes danses macabres, la mort guettant les trois âges de la vie, les belles laideurs et les horribles beautés que saint Bernard vitupérait tant au XIIe siècle.

Deux visages, la Folie et la Sagesse, servent de décoration aux deux culots de la tribune.

La nef et les bas-côtés comportent quatre travées. Les voûtes sont sur plan barlong, à quatre compartiments par travée. La retombée des arcs de la nef se fait sur culot. Des fenêtres basses percées entre les arcs diagonaux assurent avec la grande baie occidentale à fleur de lys l’éclairage de la nef. La poussée des voûtes est contrebutée, à l’extérieur, par cinq arcboutants. Les arcades reposent sur des tailloirs hexagonaux et de grosses colonnes cylindriques, datant du XVIe siècle.

L’énorme pilier à ondulations du clocher, formé de colonnes raccordées entre elles par des courbes est du XVIe siècle. Le style des bas-côtés, avec des arcs qui se perdent directement dans les piliers, est de la même époque.

Dans la nef, le grand Christ en fonte, appendu au mur dominait autrefois l’ancien maître-autel. Il est la copie de celui de Saint-Germain l’Auxerrois à Paris. La nef possédait autrefois une chaire, du XVIIe siècle, adossée au deuxième pilier de la première travée à gauche, et un banc d’œuvre, du XVIIe siècle, entre les deuxième et troisième piliers de droite.

Les trois panneaux de l’escalier de la chaire étaient ornés, chacun, de cinq fleurs de lys ; les quatre panneaux de l’ambon représentaient chacun un évangéliste. L’abat-voix était couronné d’une colombe dorée.

Réservé autrefois aux marguilliers, le banc d’œuvre avait un panneau de garde décoré des mêmes fleurs de lys que la chaire.

Surplombant l’entrée, une tribune fut érigée en 1926, sous l’abbé André. Au dessus des portes sont accrochées trois toiles : le Massacre des Innocents (copie, XVIIe s.), le Christ apparaissant à Sainte-Thérèse d’Avila (Volpetière, 1819) et saint Mathieu.

L’espace liturgique, qui occupait aussi le carré du transept, était séparé de la nef par une grille et des bras du transept par des stalles surmontées d’une frise en fonte (1882).

L’abside était fermée sur le chœur, par une clôture en bois remplacée en 1900 par une grille offerte par monsieur Crassous, propriétaire du Château-Madame.

Le tambour d’entrée de la porte latérale, dans le collatéral sud, a été constitué à partir de la récupération d’une partie des boiseries de l’ancienne chaire et de l’ancien banc d’œuvre (qui avaient été classés en 1908).

Les fonds baptismaux occupent la quatrième travée du collatéral sud. Leur clôture, en bois sculpté, de période Renaissance (classée, XVIe s.), servait autrefois de barrière liturgique.

Dans l’angle, la statue de saint Jean-Baptiste, offerte par l’abbé Guérin (curé de 1893 à 1909), repose sur un ancien chapiteau présentant un écu composé d’un cœur percé d’un fer de lance et entouré de trois clous. Cet écu, à la forme tourmentée, d’inspiration germanique, est soutenu par deux personnages qui pourraient être respectivement identifiés à Marie et Joseph. Ces « armes » se retrouvent sur le piédestal de la statue du Sacré-Cœur, sur l’un des piliers du maître-autel et …sur le sceau à froid de la paroisse de Bessancourt. Le bassin représente le baptême de Jésus dans le Jourdain (Dilectus …), restauré en 198728.


Chapelle méridionale ou chapelle de la Vierge. Devant l’autel du XVIIIe siècle, un retable de la même époque est composé deux peintures, la Présentation au Temple et saint Sébastien. On trouvait naguère, au-dessus de la porte de la sacristie, une Crucifixion et une Nativité, disparues et remplacées par une Nativité de facture contemporaine. L’autel est surmonté d’une Vierge à l’Enfant dont l’origine est controversée. Il pourrait s’agir d’une œuvre du XVIe siècle.

Les vitraux anciens (comme tous les vitraux de l’église) ont été déposés à la Révolution pour la récupération des plombs de sertissage. Les travaux de remise en état des verrières ont duré pratiquement plus de soixante ans, de 1861 à 1925.

Chapelle septentrionale. Son appellation fut changeante. En 1866, l’abbé Lesage l’appelle saint Nicolas (à cause d’un grand tableau du saint accroché au-dessus de l’autel) et en même temps chapelle saint Vincent et sainte Catherine. En 1885, l’abbé Daumas la nomme chapelle du Saint Sacrement. Assez récemment, le nom de saint Nicolas était revenu pour être remplacé brusquement en 1986 par celui de saint Joseph en raison de l’enlèvement du tableau de saint Nicolas.

L’autel du XVIIIe siècle est l’ancien maître-autel, remplacé en 1900. De nombreuses statues ornent cette chapelle : une sainte Anne, en bois polychrome à l’origine, portant la Vierge enfant (XVIe siècle) ; un saint Vincent de Paul (XIXe s.) ; un saint Joseph (1885) ; une statue du Sacré-Cœur, œuvre du sculpteur Jacquier de Caen, installée en 1901.

Collatéral nord. Devant un vitrail, à été placé une Vierge à l’Enfant, en bois. Le chemin de croix en plâtre moulé, avec ses quatorze stations, inauguré en 1898, se prolonge sur les murs du collatéral sud. Il remplace un ancien chemin de croix installé en 1869. Le carrelage céramique du chœur, des allées et des fonts baptismaux vient de Paray-le-Monial et date de 1894.

Le grand autel. Un autel mobile, composé d’un coffre en bois orné de quinze panneaux, de la fin du XVe siècle, remplace depuis Vatican II le maître-autel.

Ce maître-autel fut consacré le 16 décembre 1900. Il est l’œuvre de Jacquier, sculpteur à Caen. L’autel est supporté par quatre colonnes de marbre. Dans le fond et en bas on peut y voir la représentation de la Cène sculptée en haut relief. Les bronzes artistiques d’accompagnement sortent des ateliers Poussielgue de Paris. Ils se composent d’une croix, de six chandeliers type Viollet le Duc, de deux grands reliquaires et de huit petits reliquaires, de deux grands candélabres, deux appliques d’exposition et deux lampadaires. Ce grand autel de style néo-gothique flamboyant a été offert à la paroisse par l’abbé Guérin (curé de 1893 à 1909).



Visite extérieure de l’édifice

Le portail était autrefois précédé d’un narthex couvert d’une toiture à deux pentes. Il servait de lieu de réunion, notamment aux marguilliers. Il a été démoli en 1860 pour cause de vétusté.

Le portail se compose de deux portes séparées par un trumeau auquel est adossée la statue de la Vierge (fin XIXe siècle), œuvre de Roret, sculpteur à Levallois. Il fut entièrement restauré à la fin du XIXe siècle.

Son arc en courbe et contre-courbe qui encadre le tympan, les pinacles élancés qui l’entourent, le tracé sinueux de la décoration du tympan, avec mouchette et soufflet, lui donnent le style flamboyant du XVe siècle qui survit au XVIe siècle.

Sa décoration mérite qu’on s’y attarde. Bucolique, elle retrace la vie des champs, celle du laboureur et du vigneron, évoquée d’un ciseau vif et gai29.

Le clocher. Haut de trente mètres, il est constitué d’une tour massive, trapue et solide qui pourrait dater de la première moitié du XVIe siècle. Certaines arêtes sont richement décorées de fleurons, d’animaux et de gargouilles.

Ce n’est qu’en 1580 que cinq cloches y ont été montées pour la première fois. D’autres fontes ont été effectuées en 1695 et en 172830. En 1793, pour des impératifs militaires, quatre cloches ont été descendues et transportées à la Monnaie de Paris pour y être fondues. La cinquième, à cause de son poids (1600 kg) est demeurée dans le clocher jusqu’en 1864. Fêlée, elle a été conduite chez Hildebrand, fondeur à Paris. Le produit de la fonte, additionné de 567 kilos de métal neuf, a donné naissance aux trois cloches actuelles.

Le clocher abrite donc actuellement ces trois cloches baptisées le 3 avril 1864, nommées : Julia-Joséphine (fa. dièse grave, 1010 kilos), Pauline (mi au-dessus, 640 kilos), Aglaé (fa dièse, 460 kilos)31.


Le château seigneurial de Bessancourt et le Château-Madame

Comme nous avons pu le voir, le village est mentionné en 1186, puis en 1189, lorsque l’évêque de Paris, Maurice de Sully, l’érige en paroisse, sous la dépendance de la cure de Taverny et à la présentation de l’abbaye bénédictine de Saint-Martin-de-Pontoise32. Les plus anciens seigneurs connus sont les Tirel, seigneurs de Poix en Picardie, et les Montmorency33.

En 1234, ils doivent céder leurs terres de Bessancourt à l’abbaye cistercienne de Notre-Dame-la-Royale, dite de Maubuisson, que vient de fonder Blanche de Castille. La paroisse en dépend jusqu’à la Révolution, sur les plans financier, administratif et juridique34.

Notre-Dame-la-Royale naît du désir et de la volonté d’une reine, en un temps d’affermissement du pouvoir politique et de sérénité de la foi médiévale. Mais déjà des ferments contradictoires travaillent la société et lui font rapidement dépasser ce point d’équilibre.

L’histoire particulière de Maubuisson est exemplaire de cette histoire générale, qui donne à lire en 1236 et 1356 l’émergence de la notion d’État en France, la décadence accélérée de la petite et moyenne noblesse et la montée parallèle de la bourgeoisie urbaine, la rétraction progressive de l’économie et le durcissement de plus en plus net de l’autorité seigneuriale dans les campagnes, jusqu’à la généralisation de la crise35.

Après avoir connu la domination des Tirel, Bessancourt est assujettie, pendant cinq siècles et demi, du XIIIe au XVIIIe siècle, à l’abbaye de Maubuisson. Trente abbesses s’y succèdent, se faisant appeler « Dames de Bessancourt ».

Hôtel seigneurial, Maison seigneuriale, Château, ces trois termes recouvrent une même réalité : une vaste bâtisse, à la mesure des anciens seigneurs de Bessancourt, située rue Madame. Ce n’est qu’après la Révolution que cette demeure sera appelée Château-Madame (Madame est le titre donné à l’abbesse).

Les Tirel, comme les abbesses, n’ont fréquenté Bessancourt qu’occasionnellement. L’hôtel seigneurial abritait un corps de logis réservé au maître et à ses hôtes, la maison du garde et les communs, des équipements collectifs soumis à des droits d’usage (banalités) tels que le pressoir et le four à pain, l’auditoire (ou salle de justice), un réduit servant de prison et un poste de péage qui contrôle les chemins de Sognolles et de l’Isle-Adam par Frépillon et Mériel.

Symbole du pouvoir des Dames de Maubuisson pendant très longtemps, il suit les vicissitudes de l’abbaye pour tomber dans le domaine du cens à la fin de l’ancien Régime36.

Dans l’histoire de l’abbaye cistercienne de Maubuisson, Bessancourt tient une place privilégiée dans le temporel de cette abbaye royale. Bessancourt représente, à côté du domaine abbatial proprement dit, la plus grosse partie de la dotation foncière initiale, sous l’abbatiat de la première abbesse Guillemette. Et c’est à Bessancourt que les religieuses consacrent plus de la moitié des sommes investies dans la région entre 1242 et 1275. La politique de cette abbesse vise à résorber, dès que l’occasion s’en présente, toutes les enclaves féodales qui subsistent dans le terroir, à élargir, autant que faire se peut, le patrimoine foncier, à accroître sa cohérence et à récupérer les dîmes ainsi que les pouvoirs du ban (four, moulin, pressoirs et droit de travers) et les offices inféodés (mairie).

Un diagnostic archéologique a été réalisé en 2004 sur l’emplacement du château seigneurial de Bessancourt détruit en 1995. Il s’avère que le manoir seigneurial existe au moins depuis le début du XVe siècle. Des vestiges plus anciens sont incertains sur le site sondé, mais rien n’interdit d’imaginer leur présence au sein du parc de l’ancien château, qui n’a pas fait partie de l’aire sondée.

L’hôtel du XVe siècle est un édifice présentant deux corps de bâtiments en équerre. Le logis et les remises remaniés à l’époque Moderne, n’ont pas été détruits avant 1995. Le rehaussement des sols intervenu à la fin du XVIIIe siècle permet d’envisager la bonne conservation de niveaux plus anciens.

Dans la basse-cour, un bassin, un puits, des caves, un abreuvoir et les écuries ont été relevés. Les descriptions historiques, en particulier un devis de réparation du 3 décembre 1771 donnant une description détaillée du logis, permettent d’envisager la découverte des différents bâtiments et équipements collectifs déjà abordés ci-dessus. Outre un aspect résidentiel essentiellement développé à partir du XVIIIe siècle, l’hôtel de Bessancourt avait donc des préoccupations économiques. On peut en espérer la découverte de vestiges liés à l’économie villageoise toute entière, vestiges rarement fouillés37.


ILS ONT HABITÉ BESSANCOURT.


Étienne Béquet

Étienne Béquet (c. 1796- 1838), littérateur. Né à Paris vers 1796, il fut admis au Journal des débats, où il écrivit chaque semaine, pendant quinze ans, un feuilleton de critique, signé R., dans lequel, dit Jules Janin, il savait tout dire sans offenser personne. Il y soutint Casimir Delavigne, fut le premier à applaudir aux comédies de Scribe. En août 1829, il évita de justesse un procès politique pour avoir dénoncer les erreurs de la monarchie ; il se réjouit de la révolution de Juillet 1830, mais, contrairement à beaucoup d’autres, il n’en profita pas. Son intempérance, dit-on, contribua à abréger ses jours. Il mourut dans la maison de santé du Dr Blanche, le 30 septembre 1838, et fut enterré à Bessancourt. Quatre personnes seulement suivirent ses obsèques.

Il n’a laissé que quelques opuscules : Marie ou le mouchoir bleu, 1823, nouvelle qui eut, dans les salons, un succès presque comparable à celui de Paul et Virginie ; L’abbaye de Maubuisson, 1831. Il a traduit l’Histoire véritable de Lucien, pour la collection des romans grecs38.

Durant le XIXe siècle, la famille Béquet séjourne souvent à Bessancourt39.


Philibert-Louis Debucourt.

Philibert-Louis Debucourt, peintre et graveur (Paris 1755-Belleville 1832). Il a possédé une maison de campagne dans le village de Bessancourt.

Né à Paris le 13 février 1755, il était fils de Jean-Louis, huissier au Châtelet. Il fréquenta l’atelier de Vien jusqu’au départ de celui-ci pour Rome en 1775, mais, loin de s’intéresser à l’art classique comme son maître, il subit l’influence de Greuze et des petits maîtres flamands. Il peignit donc des scènes de genre et fut agréé, en 1781, à l’Académie royale de peinture et de sculpture (où il ne fut jamais reçu définitivement) en qualité de « peintre en petits sujets dans le genre des Flamands ». Il obtint un logement au Louvre et épousa, en 1782, Sophie Mouchy, la fille du sculpteur, qui mourut jeune en lui laissant un fils. Debucourt exposa au Salon du Louvre, outre des paysanneries inspirées de Greuze, Un trait de bienfaisance de Louis XVI, 1781, et Une vue de la Halle de Paris à l’instant des fêtes données pour la naissance du Dauphin, 1783. Il ne tarda d’ailleurs pas à négliger la peinture pour la gravure en couleurs, alors fort à la mode. Il adopta le procédé de l’aquatinte et, grâce à des tirages successifs faits à l’aide d’encres différemment colorées, il exécuta des estampes d’un coloris clair et délicat. Ses premières tentatives datent de 1785.

Pendant les dix années qui suivirent, il produisit les meilleures de ses planches, traitant tour à tour des sujets empruntés à la vie familiale, à la vie paysanne, enfin à la vie parisienne. En 1876, il fit paraître Le menuet de la mariée, qui eut un vif succès, et Les deux baisers ; l’année suivante, L’escalade ou les adieux du matin, Heur et malheur de la cruche cassée, L’oiseau ranimé, et enfin l’un de ses chefs-d’œuvre, La promenade de la galerie du Palais-Royal, qui nous montre, circulant dans les fameuses galeries de bois, une foule cosmopolite observée d’un œil malicieux et rendue avec une verve satirique. Puis vinrent deux pendants de forme ovale, dans lesquels se montre un vif sentiment de l’intimité familiale : Le compliment ou la matinée du jour de l’an, 1787, et Les bouquets ou la fête de la grand’ maman, 1788. Il publia ensuite La main, La rose, Lise poursuivie, Le songe réalisé, tous en 1788. L’année suivante, il s’inspira pour une de ses estampes d’une comédie de Marmontel, Annette et Lubin, puis donna au Menuet de la mariée un pendant, La noce au château.

Bien entendu, l’orientation de l’art de Debucourt se modifia au moment où la Révolution éclata ; il fit des portraits de Lafayette du duc d’Orléans, de Louis XVI, composa un Almanach pour l’année 1791 qui est une de ses meilleures réussites. Tentant ensuite de changer sa manière, il grava au pointillé La rose mal défendue et La croisée, 1791. Il revint à l’aquatinte avec La promenade publique, 1792, une de ses planches les plus fameuses, qui nous ramène au Palais-Royal où, dans les jardins cette fois, nous voyons évoluer une foule bariolée et pittoresque. Il s’inspira une dernière fois de Greuze en 1795 dans La bénédiction paternelle. Cependant, le goût du public avait changé et l’artiste fut obligé de suivre le mouvement général de retour à l’antiquité. Il grava, en 1800, Les visites et L’orange ou le moderne Pâris, où figure le portrait de son fils unique, qui devait mourir peu après ; mais il n’obtint pas le même succès que dans les œuvres exécutées sous l’Ancien Régime. Sous le titre de Modes et manières du jour à Paris à la fin du XVIIIe siècle et au commencement du XIXe siècle, il publia, en 1800-1801, un recueil de cinquante-deux gravures coloriées évoquant avec beaucoup de charme les mœurs et la mode du temps. Puis il se tourna vers la gravure de reproduction et fut pendant de longues années l’interprète de Carle Vernet. Il ne négligeait pourtant pas la gravure originale ; citons, parmi ses planches, Les petits messieurs ou les adolescents à la mode, Les galants surannés, 1804 ; Le gourmand, qui servit d’enseigne à la maison Corcellet, La porte d’un riche ou les courses du matin, Le printemps ou les amants, L’hiver ou le mari, 1805 ; une vue de Frascati, le café célèbre, qui rappelle les planches du Palais-Royal, mais est traitée avec beaucoup de raideur, 1807 ; La manie de la danse, 1809. En 1810, il grava deux planches relatives aux fêtes données à l’occasion du second mariage de Napoléon : Feu d’artifice à l’arc de triomphe et Illumination de la grande cascade de S.-Cloud.

Puis vinrent, en 1812, Le tailleur, Le coiffeur, Le baiser à propos de bottes. Pendant la Restauration, Debucourt grava un portrait de Louis XVIII, d’après Isabey, 1814, une excellente série de costumes militaires et de scènes de mœurs contemporaines, d’après Carle Vernet, ainsi que des sujets militaires, d’après Horace Vernet. Il publia encore quelques gravures originales : Le marchand de galette, Le café ambulant, La main chaude, et mourut à Belleville, chez son neveu, le graveur Jazet, le 22 septembre 1832. Son œuvre gravé comprend plus de cinq cent cinquante planches. Artiste d’une virtuosité incomparable, il occupa, auprès de Janinet, une place exceptionnelle parmi les graveurs en couleurs français de la fin du XVIIIe siècle40.


Antoine Vollon.

Antoine Vollon, peintre français (Lyon 1833-Paris 1900). Élève du graveur Charasse puis de Vibert à l’École des beaux-arts de sa ville natale (1851-1855), il partage avec Ribot le goût des éclairages violents, des tons sourds et de la solidité de la matière. Il se fixe en 1863 à Paris et débute au Salon l’année suivante par une étude de nature morte : Art et Gourmandise ; il y exposera jusqu’en 1900.

Il a continué dans ce genre où il s’est distingué : Intérieur de cuisine (1865) ; Retour du marché (musée de Lyon) ; Poissons de mer (1876) ; Coin de halle (1876) ; Armures (1875) ; Femme du Polet (1876) ; Courges (1880) ; Pot au feu (1883) ; Vue du Tréport (1886) ; Port de Marseille (1887) ; Pêcheurs (1889) ; etc. Il a aussi peint des paysages, des aquarelles et exécuté des fusains estimés.

Peintre de natures mortes à la belle richesse de pâte, il remet à l’honneur, dans la tradition du XVIIe siècle, les objets de cuisine accompagnés de gibier et de marée (Poissons de mer, musée d’Orsay). Ses envois au Salon, presque régulièrement acquis par l’État, Intérieur de cuisine (1865, musée de Nantes), Le Singe à l’accordéon (1866, musée de Lyon), Curiosités, commande officielle exposée au Salon de 1868, Fruits et objets d’art sur une table. L’Aiguière de François Ier, ou Armures, confirment son succès ; il sait exprimer le goût, propre au second Empire, pour les présentations d’objets dans un désordre étudié et plaît à tous les publics. Il exécute aussi des paysages, à l’huile ou à l’aquarelle, avec le même sérieux dans le réalisme exact. Il travaille dans le Midi, les environs de Paris (La Pièce d’eau des Suisses à Versailles, aquar., coll. Part.), la Normandie où il peint au Tréport avec Ribot et Boudin, en Belgique (Burght, près d’Anvers, 1871, aquar. et encre, musée Granet, Aix). Des imprégnations impressionnistes apparaissent dans Bateaux de pêche (vers 1876, Mesdag Museum, La Haye). Élu à l’Académie des beaux-arts, il fait partie en 1900 du jury de l’Exposition universelle. Son fils, Alexis Vollon (Paris 1865-1945) débute au Salon de 1885 et expose des scènes de genre et des paysages influencés par son père, mais également par l’impressionnisme. Il travailla sur les bords de la Seine et en Normandie41.

Vers 1878, Pierre Cottin, graveur et peintre animalier, domicilié 128 Grande Rue, entraîne Vollon à Bessancourt. Ce dernier trouve le village charmant et fait l’acquisition d’une maison au numéro 12 de la Grande Rue. Il y peint de très belles toiles, entre autres sa célèbre Courge. Outre des natures mortes, Vollon compose à Bessancourt de nombreux paysages, dont : les Fours à plâtre et les champs.

Le peintre a eu un brillant protecteur en la personne de Carpeaux, le sculpteur attitré de la cour de Napoléon III. Dans la liste de ses amis illustres, signalons Alexandre Dumas qui lui a rendu visite dans son atelier de Bessancourt, auquel il convient d’ajouter le nom de Daumier, le caricaturiste et le profond observateur, qui vit alors à Valmondois, dans la maison que lui a achetée « le bon papa Corot ». Mais l’amitié, plus forte que toutes les autres, qui l’a uni au peintre Daubigny a fait l’orgueil et la joie de Vollon42.


Gérard Ducoeur

octobre 2009


Bibliographie


Ouvrages de base

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Autres références

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1 Mulon (M.), Noms de lieux d’Ile-de-France. Introduction à la toponymie, Ed. Bonneton, 1997, p. 86-87.

2 Bornet (R.), Bessancourt, des origines à la Belle Epoque, éd. municipale, 1989, p. 17.

3 Roblin (M.), Le terroir de Paris aux époques gallo-romaine et franque, Picard, Paris, 1971, p. 241- 246.

4 Bornet (R.), op. cit., p. 43-44.

5 Cf. « Géologie de la vallée de Montmorency dans le Parisis. Géologie, géomorphologie, utilisation des roches et des ressources naturelles par l’homme ».

6 Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980, p. 47 et 228.

7 Cf. « L’église Notre-Dame et le château Madame de Bessancourt ».

8 Le Saint Allain (M.), Bessancourt, in Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.), Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 182-183.

9 Le Saint Allain (M.), Bessancourt, op.cit., p. 182-183.

10 Bonis (A.), Abbaye cistercienne de Maubuisson (Saint-Ouen-l’Aumône, Val d’Oise). La formation du temporel (1236 à 1356), CGVO, SDAVO, Archéologie en Val d’Oise n° 1, 1990, 110 p.

Dutilleux(A.), Depoin (J.), L’abbaye de Maubuisson : Histoire et cartulaire publiés d’après des documents entièrement inédits. Pontoise, SHV, 1882-1885, 4 vol., 397 p.

11 Bornet (R.), op. cit., p. 17.

12 Dufour (J.-Y.), Bessancourt (Val d’Oise) « Château-Madame », rapport de diagnostic archéologique (09/03/2004- 24/03/2004), INRAP, SRAIDF, Saint-Denis, 2004, 16 p., 14 fig.

13 Arzalier (F.), Du berceau à la tombe, in Des villages dans l’histoire, vallée de Montmorency (1750 à 1914), éd. Pr.Univ. Septentrion , Lille, 1996, 340 p., p. 55-62 et en particulier pp. 59-62 pour Taverny.

14 Buffévent (B. de), L’Économie dentellière en région parisienne au XVIIe siècle, SHAPVOV, Pontoise, 1984, les paroisses dentellières p. 58-59.

15 Cf. « Vignes et vignerons en vallée de Montmorency ».

16 Cf. « Les carrières à plâtre, tuiliers et briquetiers en vallée de Montmorency ».

17 Cf. « La forêt de Montmorency et les métiers de la forêt ».

18 Aubert (J.), Bessancourt, in La grande histoire du Val d’Oise, éd. Edijac, Pontoise, 1987, p. 39.

Jacquin (G.), Bessancourt, Paris, impr. Renou et Maulde, 1880.

19 Contour (S.), Le chemin de fer d’Ermont à Valmondois, in Le Val d’Oise dans les revues illustrées du XIXe siècle, éd. Valhermeil, 1996, p. 91-92.

20 Cf. « Les pépiniéristes en vallée de Montmorency ».

21 Monographie de l’instituteur 1900, Bessancourt, 1899, 31 p., 4 photographies.

22 Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 454.

23 Lebeuf (abbé J.) : Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, t. 2, 1758, ré-éd. 1883, p. 72-76, part. p. 73.

24 Guilhermy (F. de), Inscriptions et épitaphes de la France du Ve au XVIIIe siècle, ancien diocèse de Paris, Paris, t. 2,1875, in 4°, p. 324-325. Indique aussi la dalle du curé Delage, antérieure à 1549, servant de marchepied à un autel.

25 Lebeuf (abbé J.), op. cit. p. 73-75.

26 Bornet (R.), op. cit. p. 248-289.

27 Pérouse de Montclos (J.-M.), (sous la dir.), Le guide du patrimoine, Ile-de-France, Hachette, 1992, p.128 et 506.

28 Bornet (R.), op. cit. p. 272-273.

29 Bornet (R.), op. cit. p. 274-277.

30 Guilhermy (F. de), op. cit. p. 326-327. L’abbesse citée sur la cloche est Charlotte II Colbert de Croissy, élue en 1719.

31 Bornet (R.), op. cit. p. 266-268.

32 Depoin (J.), Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, SHPV, fasc.2, Pontoise, 1896, acte ccv, p. 160.

33 Bedos (B.), op. cit., p 78.

34 Collectif, Bessancourt, in Le Patrimoine des Communes du Val d’Oise, Ile-de-France, Flohic, 1999, p. 839.

35 Bonis (A.), op. cit., p. 42 et 101.

36 Bornet (R.), op. cit. p. 109.

37 Dufour (J.-Y.), op. cit., p..

38 Prevost (M.), Étienne Béquet, in Prevost (M.) et Roman d’Amot, (Sous la dir.), Dictionnaire de biographie française, t. 5, Paris, lib. Letouzey et Ané, 1951, p. 1454.

Journal des Débats, 1er octobre 1838.

Racot (E.), Notice sur E. Béquet, en tête de la réédition de Marie ou le mouchoir bleu, 1884.

39 Collectif, Bessancourt, op. cit. , p. 839-844.

40 Blumer (M.-L.), Philibert-Louis Debucourt, in Prevost (M.) et Roman d’Amot, (Sous la dir.), Dictionnaire de biographie française, t. 10, Paris, lib. Letouzey et Ané, 1965, p. 453-454.

Fenaille (M.), L’œuvre gravé de P.-L. Debucourt, 1899.

Bouchot (H.), P.-L. Debucourt, 1904.

Exposition Debucourt, catalogue, Paris, musée des Arts décoratifs, 1920.

41 Schurr (G.), Cabanne (P.), Dictionnaire des Petits Maîtres de la peinture 1820-1920, t. 2, éd. de l’Amateur, 1996, p. 510-511.

Collectif, La grande encyclopédie, t. 31, Paris, Larousse, c. 1885-1902, p. 1112.

42 Bornet (R.), op. cit. p. 231-233.