HISTOIRE GÉNÉRALE DE FRÉPILLON


Un village aux confins de la vallée de Montmorency et de la Vallée de l’Oise

Même s’il s’adosse à la butte témoin de Montmorency, Frépillon participe aussi à l’histoire des territoires longeant le sud-est de l’Oise, en raison de son rattachement féodal, pendant plus de 500 ans (depuis le milieu du XIIIe siècle jusqu’à 1789), à l’abbaye de Maubuisson, située à Saint-Ouen-l’Aumône.

Le terroir total du village connaît une grande déclivité : 169 mètres à la butte Malmont, 146 mètres aux Fortes Terres, mais aussi 62 mètres au Fond du Ru et 58 mètres à Sennevilles. Toutefois, le village s’est historiquement implanté dans la partie la plus basse du terroir, de part et d’autre de l’axe de communication que constitue le grand chemin de Saint-Denis à Auvers, attesté en 885, axe qu’empruntera plus tard le chemin de fer d’Ermont-Eaubonne à Valmondois. Il s’agit donc d’un village groupé, sans écart (c’est-à-dire sans hameau secondaire).

Frépillon, en dépit de l’urbanisation (toutefois modérée) qu’il a connue dans la deuxième partie du XXe siècle garde l’aspect et les dimensions d’un village. La population, d’ailleurs, a peu varié au cours des siècles par rapport aux autres communes valmorencéennes. 500 habitants en 1896, 521 en 1896, 2 300 environ aujourd’hui.

L’air de Frépillon est réputé :

« Le climat de Frépillon est d’une salubrité exceptionnelle. L’air est d’une remarquable pureté… Lorsqu’on descend à la halte, venant de Paris, l’air vif du plateau vous saisit… Cet avantage de notre joli village a été de bonne heure apprécié d’éminents docteurs de Paris, le dit Fournel en particulier, qui envoient chaque année un certain nombre de malades atteints d’affection de poitrine »1.


Une implantation humaine ancienne

Des silex de pierre taillée au Paléolithique et des haches polies du Néolithique indiquent une fréquentation ancienne du territoire, mais aucun site n’est pour l’instant connu. Quelques fossés et fosses peuvent être rattachés aux âges du Bronze et du Fer.

En 1997, un diagnostic mené à l’emplacement de la zone d’aménagement concertée de Montubois-La Justice a permis d’observer un habitat gallo-romain de part et d’autre du ru du Montubois. À la limite de Bessancourt, au lieudit le Bois-du-Cul-des-Angles, le mobilier recueilli va du Haut-Empire à l’Antiquité tardive.

Un diagnostic archéologique réalisé en mai 2007 au lieudit Les Flaches Ouest2 enrichit nos connaissances sur le peuplement ancien.

Une petite occupation structurée, constituée de cinq fosses et d’autant de trous de poteaux, a pu être attribuée au milieu du premier Âge du Fer (650-510 av. J.-C.). La nature domestique ou funéraire de ce site est problématique, car les indices sont contradictoires. Dans certaines fosses, des fragments de céramique associés à des os brûlés d’animaux évoquent des rejets domestiques. Ailleurs des vases complets, une lame en silex ou un fragment de boucle d’oreille en métal sont, d’ordinaire, plutôt l’apanage de la sphère funéraire. Toute la complexité d’un monde où s’affrontent plusieurs réalités ressort à travers ces données archéologiques originales pour le Val d’Oise.

La toponymie

L’origine du nom Frépillon nous est inconnue. Dans les archives, nous trouvons en 1190 les premiers textes qui concernent Frepeillun (Frépillon), et en particulier, le bois de Gehenniaco (bois de Jagny3) qui est situé devant le village. Il s’agit d’un toponyme disparu, qui a conservé le souvenir d’un fundus Joviniacus (comme Montjavoult dans le Vexin, Mons Jovis, « la montagne de Jupiter » ?), anéanti à la fin de l’empire romain, et dont les limites coïncident sans doute avec celles de la villa de Materiacus (Méry-sur-Oise) qui lui succédera4.


LES PREMIERS SEIGNEURS CONNUS AVANT LES RELIGIEUSES DE MAUBUISSON

En 1190, Jean de Trie5 confirme un don effectué à l’abbaye cistercienne de Notre-Dame du Val, de la moitié du bois de Gehenny, proche de Frépillon, en retenant la censive. D’après le titre, c’est, semble-t-il, Guy de Saint-Ouen et Robert Chambrier qui réalisent cette donation6. Jean de Trie confirme la donation faite par Enguérand, son père, du bois de Gehenny, moyennant un cens de 100 sous payable à Pontoise ou à Saint-Ouen-l’Aumône, à l’octave de Saint-Denis7. Il s’agit de plusieurs donations partielles de ce bois, comme nous allons le voir ci-après, un siècle plus tard.

Nous trouvons, vers 1290, Philippe de Villiers qui donne 16 arpents à la même abbaye, avec le consentement de sa femme Richelée. Il s’agit d’une partie du bois de Gehenny8.

Les successeurs nous sont davantage familiers grâce au cartulaire de l’abbaye de Maubuisson, publié par Alphonse Dutilleux et Joseph Depoin9. Nous reprenons, dans « l'Inventaire des titres de Maubuisson » qu’ils publient, leur Notice généalogique sur les anciens seigneurs de Frépillon :

Généalogie des Seigneurs de Frépillon.

- « Hémard de Frépillon qui vendit à Bouchard II du nom, seigneur de Montmorency, un bois situé entre Bethemont et Maant10, que Bouchard donna en 1174 à l'Abbaye du Val.

- Il paraît par la donation de la dite année 1174 que ledit Hémard de Frépillon avait deux frères, Raoul et Guy, mentionnés dans plusieurs chartes, et que Guy eut un fils nommé Adam. D'Hémard de Frépillon et de Floride sa femme, naquirent Thibaud, Jean, Raoul 1er du nom, Aalis, Héloïse et Agnès.

- Raoul 1er du nom qui, dans la charte de 1219 se dit fils d'Hémard, confirma la donation de son père à l'Abbaye du Val, et laissa d'Agnès sa femme Mathieu, Gaultier et Anthelme.

- Anthelme de Frépillon laissa de Mabile sa femme, Eudes, Albert, Robert, Raoul 2e du nom, et Gille leur sœur.

- Albert de Frépillon chevallier, mentionné dans la charte de 1248, laissa de Mahaut sa femme, Renaud, Raoul, Eudes, Girard11 et Agnès, suivant une charte de Sognolles de 1240, et la charte de Frépillon de 1254.

- Raoul de Frépillon 2e ou 3e du nom paraît avoir laissé de la femme, dont on ne connaît pas le nom, Bernard de Frépillon.

- Ce Bernard de Frépillon, écuyer, et dame Jeanne, sa femme, laissèrent Jean de Frépillon12 ».


L’étude des divers actes du cartulaire de l’abbaye de Maubuisson donne les indications supplémentaires suivantes :

Raoul de Frépillon, fils d’Hémard, autorise Guillaume Le Drapier de Pontoise à « pressorer où bon lui semblera la vendange provenant d’une vigne à Frépillon, soumise au ban » (des vendanges). (contrat 336, 1er mars 1221).

Eudes de Frépillon, écuyer, et Aélis, sa femme, paient un cens à Maubuisson (juillet 1248)

Est évoquée en février 1254 la vente d’un terroir Perruchel (Guidonis de Frepillon), amortie la même année par Guiard.

En novembre 1256, Lambert de Frépillon (en réalité de Villiers-Adam) et sa femme Agnès vendent un bien, avec l’agrément du seigneur Guiard de Frépillon (frère d’Agnès).


La dévolution de la seigneurie et des terres des alentours aux Dames de Maubuisson

On voit ensuite les seigneurs de Frépillon se dessaisir de leurs propriétés au profit des abbesses de l’abbaye de Maubuisson :

- En avril 1256, ils vendent aux religieuses des droits en cens sur divers biens et des droits de justice sur diverses propriétés à Frépillon.

- En avril 1260, Guiard de Frépillon (qui ne porte plus de titre) et sa femme (appelée Tiphaine dans cet acte), vendent cette fois aux religieuses de Maubuisson tous les fiefs qu’ils tiennent d’elles à Frépillon. Cela veut dire que dans un premier temps, ils ont cédé à l’abbaye les droits de seigneurie sur des terres dont ils continuaient à disposer en tant que vassaux et que dans un deuxième temps, ils ont aliéné les propriétés elles-mêmes.

- En janvier 1269, Bernard de Frépillon, écuyer et sa femme Jeanne amortissent une maison acquise par les religieuses à Maant (sur Taverny). Cela veut dire que cette branche familiale n’a pas encore cédé ses droits seigneuriaux. Elle le fera probablement plus tard.

- En mars 1278, Guiard, qualifié maintenant comme étant de Monasterio (du Monastère ou du Monstier)13 et sa femme Agnès, de Frepeillon, vont encore plus loin dans la dépossession puisqu’ils vendent aux religieuses tous les arrière-fiefs qu’ils peuvent tenir d’elles à Villiers (-Adam) (contrat 344).

- Jean de Frépillon et sa femme Agnès vendent des terrains boisés à Maubuisson en juin 1278.


LES NOUVELLES TITULAIRES DE LA SEIGNEURIE DE FRÉPILLON AU XIIIE SIECLE : LES ABBESSES DE MAUBUISSON


Il convient maintenant d’évoquer l’histoire de l'abbaye de Notre-Dame la Royale, dite de Maubuisson, sur l’actuel territoire de Saint-Ouen-l’Aumône, dont les premiers travaux d’implantation datent de 1236, à l’initiative de la reine Blanche de Castille. Celle-ci y installe des religieuses cisterciennes dès 124014, mais la charte de fondation de l’Abbaye est du mois de mars 1241. La mère de saint Louis use de son influence pour que cet établissement soit richement doté. L’abbaye exercera son emprise sur les territoires voisins, surtout au sud-est de l’Oise, car au nord, elle se trouve en concurrence avec l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, fondée 150 ans plus tôt. Sa protection par le pouvoir royal sera suffisamment forte tout au long des siècles pour résister aux assauts des seigneurs « civils ». C’est ce qui vaudra notamment aux villages de Méry, Bessancourt et Frépillon d’échapper à l’appétit des seigneurs de Montmorency, relayés par les princes de Condé.

Dans les trente années qui suivent la fondation de leur abbaye, les religieuses de Maubuisson font progressivement l’acquisition des seigneuries de Frépillon et de Bessancourt, qu’elles placent sous la mouvance du roi

« Mesdames ont acquis de tous ceux des susnommés, leurs hoirs et ayans cause qui ont eu part à cette seigneurie, tout ce qu'ils en avoient, et elles ont réuni le tout qui se trouve en la mouvance du Roy »15.

Elles disposent de la haute, moyenne et basse justice, dont l’audience se tient sur Bessancourt16. Cette situation durera jusqu’en 1789.


Le nom des abbesses de Maubuisson

Voici les noms des religieuses ayant reçu le titre d’abbesses17 de Maubuisson, tels que donnés par l’ouvrage d’Alphonse Dutilleux et de Joseph Depoin déjà cité :

1242. Guillemette, nièce de Louis VIII. 1276. Blanche d'Eu. 1306. Isabelle de Montmorency. S. d. Marguerite de Moncy. 1390. Philippe Payennelle d'Ambaye d'Estouteville. S. d. Catherine. S. d. Jeanne d'Ivry. S. d. 8e abbesse, sans nom. 1409. Catherine d'Estoutevil1e. 14… Madeleine. 14… Marguerite Danès. 1460. Guillemette Martine. 1481. Antoinette d'Euteville. 1524. Henriette de Villers. 1529. Marie de Montmorency. 1545. Marie Dannebault (1ère abbesse nommée par François Ier.). 1546. Marie de Pisseleu. 1574. Madeleine Turselin des Brosses. 1594. Tiercelin des Brosses. 1594. Angélique d'Estrées. 1618. Angélique Arnaud. 1622. Charlotte de Bourbon de Soissons. 1626. Marie de Sureau. 1649. Suzanne de Hénain de Liétard. 1659. Cather.-Ang. d'Orléans de Longueville. 1664. L.-M. Hollandine, Palatine de Bavière. 1709. Charlotte de la Bastille de Château-Morand. 1719. Charlotte Colbert de Croissy. 1765. Marie Marguerite Jarente de Sénas. 1765. Venture-Gabrielle de Ponteves. 17... de Bénac.


LES FIEFS ET LIEUX-DITS DE FRÉPILLON

Voici les toponymes que nous avons relevés à Frépillon, après analyse des actes de vente figurant dans le Cartulaire de Notre-Dame de Maubuisson ou dans celui de l’abbaye du Val :


- Le fief de Ruel

Il relève directement du Roi de France. En octobre 1268, Girard du Perchay, chevalier, fils d’Eustache du Ruel, chevalier, amortit comme premier seigneur, le fief de Ruel à Frépillon, que les religieuses viennent d’acquérir et qu’Eustache « tenait à nu du Roi de France » (contrat 346). En février 1255, Guiard de Frépillon, écuyer, notifie qu’il a vendu du menu cens sur des maisons, terres et vignes situés au fief de Ruolio et au fief de Pooliaco. En janvier 1271, Girard du Monstier et sa femme Agnès, cèdent aux Religieuses tous les droits qu’ils ont sur le fief Ruel (contrat 349).


- Lieu-dit le Chemin.

En mars 1246, Guiart de Frépillon, écuyer et Thiphaine, sa femme, vendent aux religieuses une hôtise18 (hostisia) au lieudit le Chemin (contrat 337). Cette maison est grevée de redevances, qu’il est plaisant de signaler : un sextier d’avoine, deux pains, deux chapons, deux deniers à Noël ; douze œufs à Pâques, 4 deniers à la mi-mai, 12 à la Saint-Jacques et 2 à la Saint-Denis.


- Lieu-dit Mellemont, puis Malmont

Ce lieu-dit de Frépillon est d’abord mentionné sous les graphies Mellemont ou Mellemonte. Il se trouve à 143 m NGF sur la rive gauche du ru de Montubois, au sud-est de Frépillon, face à la côte de Coquesalle (grange de l’abbaye du Val) et à Saucourt (village disparu, avec moulin, appartenant à la châtellenie de Montmorency), situés eux sur Villiers-Adam, sur une butte bien exposée au sud et à l’ouest pour la culture de la vigne19.

Dans le cartulaire de Notre-Dame du Val, en 1218, Raoul de Frépillon, chevalier, reconnaît devoir aux religieux une vigne située au lieu-dit Mellemonte20. Le 27 avril 1248, Eudes, dit de Frépillon, fait cadeau aux religieuses de Maubuisson d’une redevance qu’elles lui doivent pour l’exploitation d’une pièce de terre au terroir de Mellomonte, en échange d’un service anniversaire à la mémoire d’Auber de Frépillon, chevalier, et de dame Matilde, ses parents, la veille de l’Epiphanie (contrat 338).

En 1248, les religieux du Val achètent un demi arpent de vigne au lieu-dit Mellemonte, le vendeur est toujours Raoul de Frépillon21 En 1260, Guy de Frépillon, écuyer, de l’aveu de sa femme Théophanie, consent à ce que les religieux du Val tiennent la vigne donnée par Raoul de Frépillon en main morte22.

En 1316, Guyon dit le Jeune et Jeanne de Taverny vendent, entre autres, à l’abbaye de Maubuisson trois quartiers de vigne à Mellemont.


- Le terroir Perruchel

En février 1254, Jean d’Agou et sa femme Théophanie, vendent aux religieuses une pièce de vigne dans la paroisse de Frépillon, au « terroir » (territorio) qui s’appelle Perruchel (contrat 340).


Sont également signalés :

- Le lieu-dit les Valées (sans précision)

- Le lieu-dit Morbulu (contrat 351, Jean de Bethemont, écuyer, janvier 1277).

- Le lieu-dit La Plastrière (contrat 351 de mars 1277), ce qui démontre l’existence d’une plâtrière sur Frépillon dès le XIIIe siècle. Rappelons que le chemin de Saint-Prix à celui de Frépillon est dit des Plâtrières.


Le difficile rapport à l’eau

Paradoxalement, bien que le haut du pays soit très pentu, le village manque d’eau. Au nord-est, le ru de Montubois, grossi par le ruisseau de la Cailleuse, traverse le terroir de Frépillon et sert en partie de limite avec Villiers-Adam. Il vient de la forêt de Montmorency entre Taverny (Montubois) et Béthemont-la-Forêt (ferme de Montaugland). Il fait tourner le moulin du Gaillonnet, où il forme une mare dite Mare du moulin, d’où le surnom de Bois du Gué donné à cet endroit. Il entre sur le territoire de Méry-sur-Oise et va finir dans l’Oise en aval de Mériel.

Cette question de l’eau est cruciale depuis les temps les plus reculés. Des précautions sont prises pour la conservation des eaux de sources, des puits et de l’eau de pluie.

Le 29 pluviose an XII, la commune fait l’acquisition d’un terrain provenant de la veuve Monchey, au-dessus du regard public pour la conservation dudit regard. La même année, 25 messidor, considérant que le volume de l’eau de la fontaine diminue au point de ne pouvoir suffire pour abreuver les bestiaux, elle faut défense de puiser l’eau de jour et de nuit pour divers usages.

Le 13 juin 1839, une dépense de 1 358,70 francs est votée pour fabriquer des conduits en plomb à la fontaine publique. Le 13 mai 1875, on construit un bassin à la fontaine de l’église. En 1875, on trouve au budget 769,74 francs pour réparation aux fontaines et 2 080, 26 francs pour la construction du lavoir.

Le 16 septembre 1880, la commune intente un procès à la Compagnie des eaux pour la restitution de la sente du Vivelet, bouchée par un treillage. Cette même année, le conseil vote la construction d’un lavoir et emprunte à cet effet 2 496,80 francs le 20 février 1881. Cette même année, il est constaté que les fontaines ne fonctionnent plus. Les devis pour la canalisation de la source des Saussayes sont approuvés en 1883, mais les captations définitives ne datent que de 1891.


Le moulin du Gaillonet

Gaillonet est un diminutif de Gaillon, qui viendrait lui-même de l’anthroponyme germanique Wadal ou Wallio plus probablement, avec le suffixe ionem23. Le lieu-dit Gaillon, à la limite d’Herblay et de Conflans-Sainte-Honorine, est cité dans un diplôme du roi Pépin en 754, sous l’abbatiat de Fulrad, abbé de Saint-Denis, sous la forme Walion24. Le village de Gaillon-sur-Montcient (en Vexin, Yvelines) est cité Wallonio en 1149 et Gallon en 1337, comme celui de l’Eure, à la même date, ainsi que le hameau Gaillonet à Séraincourt dans le Vexin français, canton de Vigny (Val d’Oise).

Des recherches plus étendues ont permis de retrouver une famille Gaillonel ou Gaillonet, qui, au XIIIe siècle, possèdent le fief de Gaillonel donné à l’hôtel-Dieu de Pontoise, en mai 1260, par le chevalier Adam, fils du chevalier Jehan du Gaillonel, comprenant des terres et des vignes sur Énnery, Osny et au Val-Hermeil, en particulier, ce qui est ratifié par Héloyse, femme du chevalier Adam, en juin 1260.

Cette famille est seigneur de Villiers-Adam au XIVe siècle, ayant droit de haute et basse justice sur son fief. On voit donc que les Gaillonel appartiennent à une branche cadette des seigneurs de l’Isle-Adam. Au XIVe siècle également, elle semble posséder la seigneurie de Brunoy25. Régnaud de Gaillonet, panetier de Charles VI (1380-1422), seigneur de Gadancourt dans le Vexin français, a été inhumé à l’abbaye du Val26. D’autre part, nous trouvons François de Montholon, garde des sceaux, seigneur du fief du Vivier à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et de Gaillonet-en-France27. Il décède en 1545. Sa seigneurie semble être celle du même lieu-dit de Séraincourt (Val d’Oise), Gallonel en 133728, où existe un ancien prieuré prémontré dépendant de l’abbaye de Dommartin29 (Pas-de-Calais).

Le bois de Gaillonet, contenant 25 arpents, 77 perches, appartient à l’abbaye de Maubuisson.

Le moulin du Gaillonnet, sur le ru du Montubois, est attesté au moins depuis le XVIIIe siècle. En 1847, la population du lieu-dit est de deux habitants, correspondant à un moulin sur Frépillon, village qui, à cette date, compte 481 habitants30. C’est ce moulin dit « à Bertin » que l’on peut voir, avec sa grande roue à aubes, particulièrement étroite (le ru de Montubois est un ruisseau à faible débit, surtout en été, mais capricieux au printemps), quatre personnages posent visiblement, une ancienne meule à grains usagée est posée sur l’ancienne bluterie, sur une carte postale ancienne, dans l’ouvrage « Éléments d’histoire de Frépillon31 ». En 1907, il broyait du plâtre à modeler, pour les carrières de gypse saccharoïde de Frépillon situées sur la butte des Fortes-Terres dominant le village, également attestées depuis le XVIIIe siècle32.

De nos jours, le bois et le moulin de Gaillonet forment des lieux-dits de Frépillon, ancienne scierie devenue centre équestre (altitude 70 m NGF)33.


Le village au XVIIIe siècle

« Sur le rôle de la taille de Frépillon en 1788, on relève 19 artisans et commerçants avérés sur 139 feux (13,60 %). Les activités sont liées à la vie du village, à l’exploitation de son terroir (1 bûcheron, 5 plâtriers, 1 tonnelier, et 1 meunier), à la confection de ce que les paysans ne peuvent produire eux-mêmes (2 tailleurs d’habits, 1 cordonnier, 1 charron, 1 boulanger).

L’exploitation de deux carrières à plâtre dans la colline est une proto-industrie typique, avec deux exploitants dont l’un est aussi boulanger, imposés à près de 50 livres de taille et 3 autres qui sont peut-être leurs salariés.

Il est habituel d’affirmer que le groupe des artisans et commerçants forme avant 1789 une élite aisée au sein des collectivités villageoises : l’analyse détaillée des rôles infirme souvent ce postulat. La comparaison pour Frépillon du montant des tailles des artisans et commerçants et de la répartition des tailles pour l’ensemble du village, montre au contraire une correspondance frappante : 60 % environ des feux paient moins de 5 livres de taille, 60 % des artisans et commerçants du village aussi ».34


L’église Saint-Nicolas

Pour remplir leurs devoirs religieux, les fidèles doivent dans un premier temps se rendre à Méry-sur-Oise. D’après Michel Roblin, la paroisse Saint-Nicolas de Frépillon aurait été érigée, au XVe siècle, sur les premières pentes du plateau dominant l’Oise. Cette datation nous paraît cependant trop tardive, d’autant que deux colonnes de l’église Saint-Nicolas présentent un décor du courant du XIIIe siècle. La titulature dédiée à saint Nicolas ne se retrouve qu’à La Frette, dans le Parisis et au Plessis-Bouchard, en vallée de Montmorency. Elle est généralement considérée comme tardive et aucune paroisse titrée de Saint-Nicolas n’est attestée avant le XIe siècle35.

Dans le Pouillé du XVIIIe siècle, l’église saint Nicolas de Frepillonum est dite érigée au XIVe siècle, et de fondation épiscopale (le collateur est l’archevêque de Paris)36. Dans celui du XIXe siècle, l’église de Frepilio, Frepillio, Frepillionum est mentionnée comme étant érigée en 1276, date qui pourrait être en effet celle de la première fondation de l’église titrée à saint Nicolas 37.

L'église de Frépillon est placée sous le patronage de saint Nicolas. L’abbé Jean Lebeuf, en 1755, la décrit de la façon suivante :

« Elle est basse et petite et n'a que le choeur voûté. On y entrevoit quelques vestiges du travail du XIVe siècle aux chapiteaux de quelques piliers. La Dédicace s'y célèbre le dimanche après la Saint Barnabé. À la Chapelle du fond de l'aile gauche, c'est-à-dire du côté septentrional, est élevée au-dessus de l'autel une vieille châsse qu'on dit contenir des ossemens des compagnes de Sainte Ursule, donnés par l'Abbesse de Maubuisson, qui est Dame du lieu. Ces reliques avaient été tirées de la châsse qui est à Maubuisson du côté septentrional de l'autel par l'Abbé de la Charité-lez-Lesignes. Elles consistent en une partie de crâne, une jointure d'os du bras, et un os de la jambe. L'Archevêque consentit qu'on les honorât à Frépillon par acte du 8 Mai 1647 »38.


À remarquer : deux colonnes qui se distinguent par leur chapiteau, dont le décor végétal, dérivé des feuilles d'acanthe de l'Antiquité, remonte au courant du XIIIe siècle. Il s'agit en fait d'éléments de remploi, selon une méthode assez développée durant le Moyen Âge, qui consiste à réutiliser des éléments sculptés d'un édifice pour un autre, en particulier au moment de la reconstruction d'une église.

L'encadrement architectural du portail a été transformé, sans doute vers la première moitié du XIXe siècle, dans un style néo-Renaissance florentine. À l'intérieur, le choeur, voûté sur croisée d'ogives, comporte deux travées de voûte sur plan barlong.


Maubuisson sous l’abbatiat de Charlotte de Croissy, la grande réformatrice de l’Abbaye

L’âge d’or de l’abbaye au XVIIIe siècle est sans nul doute la période de quarante-cinq ans, marquée par l’abbatiat de Charlotte Colbert de Croissy (1678 - 1765), qui arrive en décembre 1719 et qui y décède le 26 mars 1765.

« Madame de Croissy, par sa gestion véritablement réparatrice, rendit à la communauté de Maubuisson l’ordre et la paix à l’intérieur, la splendeur et la richesse au dehors. Elle maintint énergiquement la réforme, qu’elle embrassa en devenant abbesse, car elle ne suivait auparavant que la règle mitigée. Maubuisson fut, sous son règne, le séjour de la concorde et des vertus.

En peu d’années, elle éteignit toutes les dettes de la maison. L’excédent des revenus fut consacré à l’embellissement de l’abbaye. Elle fit planter de longues avenues d^ormes et de noyers, édifier une seconde grande porte et un colombier neuf, refaire la charpente de l’église, paver et boiser le grand chœur et forger la grille qui le séparait du chœur des religieuses. Sa propre pension était absorbée aussi par des dépenses utiles à l’abbaye. « Le feu ayant détruit successivement, en dix ans, le moulin Maheu, la grange de Gonesse, celle de Frépillon et la maison de Liesse, Madame Colbert trouva dans ses épargnes les moyens de rétablir le tout avec cette solidité que l’on voit dans les bâtiments des monastères opulents et bien administrés. C’est ce que l’on remarque encore dans la reconstruction qu’elle fit du moulin de Bart, situé dans la ville de Pontoise, auprès de la porte Notre-Dame39 »40.

Elle fit encore planter une garenne spacieuse à Sognolles. Enfin, dans les quarante-cinq années de son gouvernement, elle ne cessa d’améliorer le bien spirituel et temporel de Tabbaye. La mort seule interrompit la tâche qu’elle s’était donnée. Madame Charlotte de Croissy rendit son âme à Dieu le 26 mars 1765. Comme la Palatine, son illustre devancière, dont elle avait suivi en tout les exemples, elle vécut près de quatre-vingt-huit ans ».

En 1746, Charlotte de Croissy fait aménager une autre grande avenue sur le chemin de Frépillon, depuis le grand étang jusqu'au petit bois de Maubuisson et plante des ormes. Ces travaux excitent la verve poétique de l'abbé Milhet qui s'écrie, dans sa « Chronique rimée » :

C'est encore toujours sous Charlotte Croissi

Que furent à propos plantés ces noyers-ci

Depuis le clos du Roy jusqu'au bout des Tourelles,

Pour avoir beau chemin et noix encore plus belles.

Vers Frépillon aussi nous fait belle avenue

En ormeaux bien plantés et veut qu'on en ait vüe :

Ainsi doit-on toujours avoir soin de planter.41




1Rambert, Monographie de l’instituteur 1900 in Calleron (F.) et Collet (H.), Eléments d’histoire de Frépillon, CHAEVM, n° 5, 1978, p. 21

2Pariat (J.-G.), L’occupation Hallstatt moyen des « Flaches-Ouest » à Frépillon (Val d’Oise) : funéraire ou domestique ? in BAVF-VO, n° 40, 2008, p. 99-104.

3À ne pas confondre avec le village du même nom, dans la vallée de l’Ysieux, Val d’Oise, qui appartenait à une branche des Montmorency.

4Roblin (M.), Le terroir de Paris aux époques gallo-romaine et franque, Picard, Paris, 1971, p. 251.

5La famille de Trie est une famille de petite féodalité du Vexin, seigneur de Trie-le-Château et de Mouchy-le-Châtel en Beauvaisis (Oise). Par ses alliances matrimoniales, en moins d’un siècle, on compte dans la famille un grand chambellan, deux maréchaux et un amiral (au XIIIe et XIVe siècle).Cf. Favier (J.), Dictionnaire de la France médiévale, éd. Fayard, 1993, p. 927-928.

6Archives nationales LL 1542, et LL 1541 f° 38, cités par Foucher (S.), Notre-Dame du Val, abbaye cistercienne en Val d’Oise, éd. Valhermeil, 1998, p. 183.

7Archives nationales S 4169 n° 10, cité par Foucher (S.), Idem.

8Archives nationales LL 1542, cité par Foucher (S.), Ibidem.

9Dutilleux (A.), Depoin (J.), L’abbaye de Maubuisson (Notre-Dame-la-Royale) : histoire et cartulaire, publiés d’après des documents entièrement inédits, Pontoise/Paris, SHAP VOV, 1882, p. 248.

10Maant, sur Taverny, est le nom primitif de Montubois, que l’on voit apparaître au XIIIe siècle, par transformation de Maant-au-bois.

11Il semble que Girard soit le même que Guiard, dernier seigneur laïque de Frépillon, dans la mesure où ce dernier est indiqué dans divers contrats des années 1254/1260 comme étant frère d’Agnès, cf. ci-après).

12Le texte publié par Dutilleux (A.) et Depoin (J.) ajoute « Dans ce temps-là le partage des fiefs les multipliait à l'infini, parce que l'aîné rendait seul l'hommage et la foi au seigneur dominant, et les puinés relevaient de lui et lui rendaient foi et hommage, ce qui est cause qu'il y avait alors quantité de fiefs et arrière-fiefs ».

13Compte tenu qu’il est époux d’Agnès et qu’il détenait auparavant des droits sur le fief de Ruel, il est probable que ce Girard du Monstier n’est autre que Guiard de Frépillon, qui a changé de nom depuis qu’il n’est plus seigneur de Frépillon et qu’il s’est peut-être mis au service de l’abbaye (monastère). Cette interprétation est confortée par le fait que ce même Guiard est appelé plus tard de Monasterio (que l’on peut traduire par du Monstier).

14Les travaux se poursuivront jusqu’à 1244, mais les premières religieuses s’installent déjà en 1240 : « Il fut achevé de bastir l'an 1240, et la reyne y mit cette mesme année des religieuses de Cisteaux qui avoient esté tirées (à ce que porte la tradition) de l'abbaye de Saint-Antoine des champs les Paris. Elle sousmit ce nouveau monastère à celuy de Cisteaux ». Extrait de l’histoire manuscrite de Dom Estiennot, citée par Arthur de Marsy, Les abbesses de Maubuisson, Paris, Dumoulin, 1868, p. 1.

15Adolphe Dutilleux, Joseph Depoin, op.cit., idem

16Cf. notre article « Histoire générale de Bessancourt ».

17Il convient de rappeler la différence entre abbesse et prieure au Moyen Âge. La fonction d’abbé ou d’abbesse concerne surtout la gouvernance générale de l’abbaye, à commencer par la gestion de ses biens immobiliers. Un prieur ou une prieure a une mission essentiellement spirituelle. Le régime de la commende, instauré par le traité de Bologne du 18 août 1516, généralise dans le royaume de France la nomination des abbés par le pouvoir royal contre l'ancienne pratique qui voyait leur élection par les autres moines. Ce système a abouti à la dévolution, souvent à titre de récompense ou de compensation, de la charge d’abbé ou d’abbesse commendataire à des nobles sans formation religieuse ou des ecclésiastiques « de cour », tentés de tirer de leur charge des revenus quelquefois considérables sans en faire profiter leur abbaye, dont la situation matérielle ne pouvait que se dégrader peu à peu. On a pu ainsi assister parfois à de véritables scandales. Cette séparation des statuts a souvent abouti à des conflits entre des prieurs, soucieux de spiritualité et d’intégrité, et leurs abbés commendataires abusant de leur situation. Toutefois, certains abbés commendataires furent de grands réformateurs.

18L’hostise est une tenure de terre concédée au Moyen Âge à une catégorie de paysans appelés hôtes.

19Ducoeur (G.), Les lieux-dits de Méry-sur-Oise et des environs, in Collectif, Méry-sur-Oise. Un château dans l’Histoire, Val d’Oise éd., 2006, p. 49.

20Lebeuf (abbé J.), Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, 1755, ré-éd. 1883, t. II, p. 129.

21Archives nationales LL 1542, cité par Foucher (S.), op. cit., p. 183.

22Lebeuf (abbé J.), op. cit., t. II, p. 129.

23Dauzat (A.), Rostaing (Ch.), Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Paris, Libr. Guénégaud, 2e éd. 1983, p. 309.

24Leroy (N.), Herblay au Moyen Âge, quelques sources écrites, in Catalogue, Le passé à la loupe, enquête sur 50 siècles d’habitat à Herblay en bord de Seine, MADVO, 1994, p. 22-28.

25Lebeuf (abbé J.), op. cit., t. V, p. 206.

26Lebeuf (abbé J.), op. cit., t. II, p. 136.

Foucher (S.), L’abbaye du Val à Mériel et ses tombeaux disparus, éd. Valhermeil, 1989, p. 27 et p. 61-62.

27Lebeuf (abbé J.), op. cit., t. I, p. 561.

28Vincent (A.), Toponymie de la France, éd. G. de Monfort, reprint 1984, p. 46.

29Gauthier (abbé), Pouillé du diocèse de Versailles, Paris, chez Victor Palmé libraire,1876, p. 76.

30Arbellot (G.), Dictionnaire des lieux habités du Val d’Oise, mission écomusée, CGVO, 1997, p. 78.

31Calleron (F.), Collet (H.) op. cit., p. 32, fig. 12.

32Idem, p. 30, fig. 11.

33Ducoeur (G.), Les lieux-dits de Méry-sur-Oise et des environs, in Collectif, op. cit., p. 46-47.

34Calleron (F.), Collet (H.) op. cit., p. 51.

35Roblin (M.), op. cit., p. 188-189.

36Collectif, Pouillé du XVIIIe siècle, in Documents inédits de l’histoire de France, Cartulaires : Notre-Dame de Paris, t. IV, p. 459.

37Gauthier (abbé), op. cit., p. 12, p. 36 et p. 102.

38Lebeuf (abbé J.), op. cit., t. II, p. 129.

39Manuscrit de Pihan de la Forest, p. 109.

40Dutilleux (A.), Depoin (J.), op.cit., ibidem

41Dutilleux (A.), Depoin (J.), op. cit., p. 92.