HISTOIRE GÉNÉRALE DU PLESSIS-BOUCHARD


L’histoire du Plessis-Bouchard est celle d’un village paisible, qui est resté longtemps faiblement peuplé et qui, au XXe siècle, s’est battu pour préserver au maximum son caractère rural. Il entend aujourd’hui encore se trouver à la pointe de la défense des espaces verts et de l’environnement. Il est le seul village de la plaine valmorencéenne à avoir gardé un bois, vestige de l’ancienne forêt princière ayant appartenu à la famille des Montmorency, puis des Condé.


Toponymie

Le Plessis-Bouchard tire vraisemblablement son nom du verbe d’ancien français plaissier, « courber, ployer », qui a pris le sens de « entourer de clôtures de branchages entrelacés ». Le terme plessis s’est alors appliqué à un enclos entouré de haies ou de claies1. Le nom Bouchard vient de la famille des Montmorency qui, du XIe au XIVe siècle, a porté ce patronyme, et dont la châtellenie couvrait alors une très grande partie de la Vallée. Le village primitif du Plessis a porté des noms divers : Plesi jusqu’au milieu du XIVe siècle, avec des variantes en Plessseiz, latinisé en Plesseyum, avec parfois l’adjonction de sous-Taverny, pour permettre à l’interlocuteur de situer ce hameau à proximité d’un bourg plus important et plus connu. Le toponyme Plessis s’est fixé au milieu du XIVe siècle, et s’est vu adjoindre le nom de Bouchard alors que paradoxalement, les Montmorency eux-mêmes ne le portaient plus depuis 1339 (mort du dernier Bouchard, petit-fils de Bouchard 1er, seigneur de Saint-Leu).


Les premiers temps du village

Les premiers habitants se sont installés dans une clairière, encadrée à l’ouest par le bois dit de Boissy et à l’est par une lande et un marais. Le bois de Boissy fait, entre autres, l’objet en 1086 d’une donation de Bouchard IV, seigneur de Conflans, et d’une charge d’âne quotidienne de bois de chauffage aux frères du prieuré de Sainte-Honorine, dépendant de l’abbaye bénédictine du Bec-Hellouin. Ce seigneur a auparavant incendié et détruit le château, l’église Notre-Dame et le prieuré de Conflans-Sainte-Honorine appartenant à son beau-frère Mathieu Ier comte de Beaumont, pour une affaire de succession2. Les villageois ont dû, au fil des âges, se protéger de la faune forestière (cerfs, chevreuils ou sangliers), en édifiant des claies ou des haies, d’où la référence aux plaisses. Le village n’est pas pour autant isolé. Il est longé par le chemin ferré (c’est-à-dire carrossable) qui n’est autre qu’une portion de l’antique chaussée Jules César, qui le relie ainsi à Saint-Denis et Paris via Ermont (ou à Pontoise, en direction de la mer à Harfleur). Cette voie antique forme toujours la limite entre Franconville et le Plessis-Bouchard3. Il dispose par ailleurs de chemins, moins praticables, dans le sens Nord-Sud : trois vers le nord, qui se rejoignent en arrivant à Saint-Leu (voie qui se prolonge vers Taverny) ; quatre vers le sud, en direction de Franconville.


Le village sous l’Ancien Régime

Le village du Plessis-Bouchard est longtemps resté très peu peuplé : il compte 25 feux, soit 100 habitants en 1709 et 216 habitants en 17904. La principale raison est à rechercher dans trois facteurs : la relative étroitesse de son territoire (262 hectares, alors que la moyenne dans la vallée est de 414 hectares), sa situation de « clairière » placée entre une forêt seigneuriale « intouchable » et des terres peu propices à la culture (landes et marais) et surtout, son manque d’accès à l’eau potable. Aucun ruisseau ne parcourt son territoire. Les points d’eau naturels, dans le village primitif, sont des marais putrides. C’est la raison pour laquelle le Plessis ne dispose pas de moulin qui, la plupart du temps, est à eau, situé auprès d’un ruisseau, ou à vent, sur une tour en pierre, ce qui est le cas du moulin de Cernay5, et de celui de Saint-Leu6. Il faudra longtemps se rendre au moulin du seigneur de Saint-Leu pour moudre son grain ou utiliser les vieilles meules domestiques à main. Un moulin à vent est bien mentionné en 1360 dans le domaine agricole de Jean de Cernay7, mais à Franconville. Le seul moyen d’obtenir de l’eau potable est de creuser des puits ou de recueillir l’eau de pluie. Le premier puits dont on trouve mention, en 1350, est le Pillis, qui pourrait être une contraction de Puits du Plessis. D’autres puits communs sont recensés et portent les noms de Garnot (qui deviendra Baguenault), Guybert, Michelle, Lange (ancien nom de baptême, assez rare, à valeur mystique « Ange »8). Les maisons aisées disposent de leur propre puits.


Un village sans château seigneurial

Alors que dans la plupart des villages de la Vallée, les maisons sont mitoyennes et s’organisent de part et d’autre d’un axe central (souvent appelé grand’rue), l’habitat est dispersé dans le hameau du Plessis. Cette dispersion est certainement attribuable à l’absence de volonté régulatrice d’un pouvoir seigneurial. Il est remarquable, en effet, que Le Plessis ne soit le siège d’aucune seigneurie, ni d’aucun fief, au sens féodal du terme, ce qui explique l’absence de château. Le Plessis ne figure pas dans l’énumération des villages relevant de la châtellenie de Montmorency en 1293. Ce n’est pas pour autant un no man’s land : le seigneur de Saint-Leu y exerce la haute, moyenne et basse justice, mais le siège du pouvoir se trouve sur la paroisse voisine, avec cependant un doute sur l’emplacement du gibet. La présence des lieux-dits Les Fourches du Plessis et La Justice donneraient à penser qu’il y a eu des fourches patibulaires sur la paroisse même. Anne de Montmorency achète en 1527 à son cousin Joseph un clos de vigne au Plessis-Bouchard et plus tard probablement, toute la terre seigneuriale, avec une portion, si ce n’est la totalité, du bois de Boissy. L’ensemble de ce domaine passera aux princes de Condé en 1632, après la décapitation d’Henri II à Toulouse.


La censive des Templiers et de l’Ordre de l’Hôpital

D’autres puissances temporelles disposent de censives au Plessis-Bouchard, en particulier la commanderie des Templiers de Cernay et son successeur, l’ordre de l’Hôpital qui deviendra l’ordre de Malte.

En 1273, Richard et Mathieu de Bantelu, de la branche cadette des Montmorency, vendent au Temple de Paris des masures9 qu’ils possèdent à Cernay (sur Ermont) et plusieurs cens qu’ils perçoivent sur le Plessiez, dont notamment un four banal, peut-être concurrent de celui du seigneur de Saint-Leu. La censive de l’ordre de Malte au Plessis-Bouchard perdurera jusqu’à la Révolution, rattachée à la commanderie de Louviers-Vaumion, qui la donne à bail. Elle comprend en 1369 un manoir et un hostel10.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, de nombreuses contestations s’élèvent entre l’Ordre de Malte et le Conseil du Prince de Condé au sujet de cette censive :

- En 1682-1687, avec le commandeur de Louvières et Vaumion, dont dépendaient Cernay et le Plessis, depuis 1633, sous le mandat du Grand Prieur de France, Philippe de Vandosme.

- À la fin de l’Ancien Régime et pendant la Révolution elle-même, sous le mandat de M. d'Ormesson, commandeur de Cernay, sous le mandat du Grand Prieur de France, le duc de Berry. Ce dernier se prétend seigneur censier universel du Plessis-Bouchard, ce qui donne lieu à un rappel et un examen de titres depuis le XIIIe siècle11. Plusieurs délibérations sont prises par le Conseil du prince de Condé à ce sujet entre 1789 et 179112.


La constitution du domaine du Plessis : Nicolas Louviers et Pierre Clutin

Si le Plessis-Bouchard n’a pas été le siège d’une seigneurie locale, il n’a pas échappé - comme dans la grande majorité des villages valmorencéens - à l’appétit d’un bourgeois parisien désireux d’y établir un vaste domaine avec ferme, terres cultivables et jardin à la française. Penchons-nous sur les étonnantes opérations foncières réalisées par Nicolas de Louviers (biographie ci-après) au Plessis-Bouchard et aux alentours, dans les années 1450-1480, en vue de conforter son ascension sociale.

La famille de Louviers, spécialisée dans le commerce de draps, n’est pas une inconnue dans la Vallée, puisque Jean de Louviers le Jeune, père de Nicolas, a épousé Margot Buignet, fille d'Aubelet Buignet, marchand drapier comme lui. Celle-ci a hérité de son père un fief (fief Jean de Brosses, devenu Jean de Louviers), situé à Saint-Prix13 (dénommé Tour à l’époque), pour lequel son mari a rendu hommage avec elle à Jacques de Montmorency, le 21 août 1409.

Nicolas de Louviers entreprend, à partir de 1453, une politique d’acquisition de biens fonciers et de terres dans diverses localités de la vallée de Montmorency. Sur le Plessis-Bouchard, nous pouvons citer les opérations suivantes :

- Dès novembre 1453, quelques actes de vente sont signés, dont on ne dispose que de témoignages indirects.

- Le 15 mars 1454, Denis Thouyne et Jean du Val, laboureurs demeurant à Saint-Leu, lui vendent 12 arpents de terre en deux pièces pour 12 écus d’or.

- Le même jour, Jean le Mounyer, bourgeois de Paris, lui vend 12 arpents de terre en quatre pièces.

- Le 6 juillet 1454, de Louviers acquiert à Denisot le Jeune, laboureur demeurant à Franconville une masure et un jardin contenant 1 arpent ½ et 5 arpents ½ de terre en six pièces. Pour 15 livres 8 sols parisis.

- Le 22 mars 1464, il achète à Guillaume de Pierrelée, laboureur demeurant au Plessis-Bouchard 5 quartiers de terre pour la somme de 44 sols parisis.

- Cette même année 1464, il traite avec le curé du Plessis-Bouchard : le 1er juin, 4 arpents ½ de terre en cinq pièces pour 5 écus d’or et le 29 septembre, une maison, masure, cour et jardin tenant au cimetière et 2 arpents de terre en cinq pièces pour 16 livres 10 sols tournois.

Comme on peut le constater, ces pièces sont fractionnées et dispersées. Il faut procéder à des remembrements. Le 2 mars 1464, Nicolas de Louviers échange avec Pierre Chevalier 5 quartiers (probablement en vigne) situés au Bois de Sernais, contre 3 arpents de terre aux Fourches du Plessis. Le 29 avril 1470, il échange aux marguillers de la paroisse Saint-Nicolas ½ arpent de terre aux Longues Vignes contre la même surface en friche et buisson, aux Arpents.

À la fin de sa vie (il meurt en 1483), Nicolas de Louviers, se trouve au Plessis-Bouchard, à la tête d’un vaste domaine comprenant une « maison, court, granche (grange), bergeries, volière, estables, jardin et appartenances (…) avec 80 arpents ou environ, tant terre, prez que boys, en plusieurs pièces… »14. Même s’il ne s’agit pas d’une seigneurie, tout fait penser à la propriété d’un grand seigneur (Nicolas de Louviers a été anobli en 1468). À sa mort, le domaine passe à son fils Jehan de Louviers, chanoine de Paris.

Après une période intérimaire de 25 ans, le domaine est vendu à un parent de Nicolas de Louviers, maître Pierre Clutin (biographie ci-après), le 3 mai 1509. Ce dernier va s’employer à arrondir le domaine et le restructurer. Outre une maison située au centre du bourg (dans l’actuelle rue Jérouville, ancienne rue du Puits Michelle) et qui occupe la majeure partie de l’îlot de l’église, Maître Clutin possède dans le village une « maison, court et jardin au lieu de Monseigneur de Gruigny… » ainsi que « des maisons, masures, coulombier … ». Le premier ensemble de bâtiments est implanté autour du Puits Michelle et le second renvoie à ce que les plans du XVIIIe siècle appellent la Grande Ferme. De plus, le 25 janvier 1507 :

« Pierre Clutin, notaire et secrétaire du Roi, avoue tenir en fief de Guillaume de Montmorency, 125 arpents de bois es bois de Boissy, faisant portion de 150 arpents en une pièce, dont le sixième appartient à Nicolas (II, fils de Nicolas) de Louviers, seigneur de Saint-Méry15, qui furent au Breton du Plessis à cause de sa femme, tenant à maître Denis Promont et d'autre part aux terres du Plessis »16.

Clutin explique que « tous lesquelz fiefz appartindrent à mon oncle Jehan de Louviers, chanoine de l'église de Paris, lequel me les a donnez par donation faicte entre vifz ».

Maître Clutin se trouve donc à la tête d’un ensemble de plus de 200 arpents (68 ha) sur le Plessis-Bouchard, ce qui est considérable.

À sa mort le 10 juillet 1533, le domaine de Pierre Clutin revient à son fils aîné, « noble homme maistre Charles Clutin, seigneur de Villeparisis ». Ce dernier ne semble pas vouloir (ou pouvoir) garder la totalité de la propriété. Il vend le 13 février 1541 à Robert Prud’homme, marchand et bourgeois de Paris, une maison cour, grange, étable, jardins assis au Plessis-Bouchard, joignant l’église du lieu en la censive du Temple, chargés de 16 deniers de cens… plus 92 arpents de terre et cinq quartiers de pré »17. Charles Clutin conserve cependant la maison proche du Puits Michelle.

Un certain nombre de bourgeois de Paris s’installeront de cette façon tout au long de l’Ancien Régime dans la Vallée. En plus de leurs maisons de campagne, ces Parisiens achètent quelques maisons villageoises ou parcelles de terrain de façon à éliminer les enclaves dans leurs parcs et vergers. Ces vastes espaces créés à la périphérie du village, au détriment du petit parcellaire paysan, garderont leur cohérence jusqu’à nos jours et donneront lieu à des lotissements.


L’histoire religieuse

Le hameau du Plessis fait partie de la paroisse de Saint-Leu, diocèse de Paris, le collateur étant l’abbé de Saint-Martin de Pontoise, jusqu’à l’extrême fin du XIIe siècle. Une simple chapelle, dédiée à sainte Marie et construite au milieu du village, permet aux habitants d’éviter le déplacement jusqu’au bourg voisin. Vers 1122, Fouchard II de Montmorency-Bantelu donne à Saint-Martin de Pontoise l’église de Saint-Leu près Taverny18, tandis que son frère Richard Ier, donne à l’abbaye pontoisienne l’église Notre-Dame du Moncelles à Taverny19. À la suite de cette donation, ce n’est qu’en 1186 que Maurice de Sully, évêque de Paris, reconnaît à l’abbaye Saint-Martin de Pontoise le droit de présentation à cette cure, ainsi qu’à la chapelle du Plessis-Bouchard dépendant de la paroisse de Saint-Leu20. Enfin, en 1192, le même évêque, érige le Plessis-Bouchard en paroisse21. La chapelle, qui dépend des seigneurs de Montmorency, devient alors l’église Saint-Nicolas. Elle est entourée d’un cimetière, selon la tradition.

L’église Saint-Nicolas du Plessis-Bouchard est dotée, à une date inconnue, du fief des Lignières à Taverny. On trouve notamment aux Archives de Chantilly des reconnaissances de cens et rentes délivrées par les tenanciers à la fabrique de l'église de 1628 à 166622. Ces bénéfices étaient prévus pour assurer l’entretien des bâtiments (église et presbytère) et donner un minimum de confort au curé du lieu. Ce fut certainement le cas à l’origine, mais au fil des temps, il semble que cette source de revenus se soit progressivement amenuisée. Voici ce qu’en écrit Charles Lefeuve (en 1866) :

« M. des Jardins, le curé, affirmait encore en 1728 que l'abbé commendataire de l'abbaye Saint-Martin était collateur à sa cure, dont le revenu brut, en portion congrue, vignes, terres, bois, rentes et honoraires de la fabrique, s'élevait à 602 livres 10 sols, et les charges à 112 livres 10 sols. Mais un autre curé, M. Darlu, parlait avec moins d'assurance et d'optimisme, ou de résignation, dans sa déclaration du 4 décembre 1756, à peu près conçue en ces termes :

« Je crois que c'est l'abbé de Saint-Martin de Pontoise qui nomme à ma cure. Mon prédécesseur habitait Paris, si ce n'est deux jours par semaine, à cause de l'insuffisance des revenus attachés à cette cure, qu'il a quittée après quatorze années d'occupation incomplète. Rien de fixe, ni revenus, ni rentes, en dehors des 375 francs nets que me donnent quelques novales23 et vertes dîmes, la portion congrue et les honoraires payés par la fabrique pour remplir les fondations. Pas un fermier dans le village pour le jardin de 14 à 15 arpents, clos de murs, dont j'ai la jouissance ; encore moins possible que je donne à bail 7 arpents et un quartier de terres sableuses, dont le bois est mangé par des bêtes fauves »24.

Sans doute ému par les sollicitations du curé Darlu (biographie ci-après), le Conseil du prince de Condé ordonne, le 13 mars 1776 et le 30 juillet 1777, une enquête sur les fiefs des églises de Taverny et du Plessis-Bouchard. À cette époque, c’est M. Rouen, notaire à Paris, qui semble jouir du fief des Lignières. Nous tenons probablement là un exemple, malheureusement fréquent, de l’usurpation, par des personnes privées, de biens dévolus à des institutions ecclésiales.

Il est cependant noté, dans ces mêmes archives, une contribution du prince à la réparation de l'église en 1786. Faute de revenus, en effet, la fabrique (organisme de gestion de l’église) n’avait plus les moyens d’entretenir les murs par elle-même.

L’enseignement pendant la période médiévale, et sous l’Ancien Régime, est sous le contrôle du clergé. Le lieu consacré à l’école se trouve dans un bâtiment religieux, comme le montre un plan du XVIIIe siècle décrivant l’îlot de l’église. Les maîtres sont nommés par le curé. Ce sont pour la plupart des enfants du pays, vignerons un peu plus lettrés que les autres villageois. Instruire les enfants consiste surtout à leur donner quelques rudiments d’écriture et de calcul, mais aussi à les catéchiser et leur inculquer des principes de morale.

La vie rurale

Dans la partie du terroir qui est labourable, la vigne est prédominante, comme dans toute la Vallée. Mais les paysans, généralement appelés vignerons, cultivent également des légumes et entretiennent des arbres fruitiers pour leur subsistance. Ils possèdent quelques animaux, dont des chevaux utilisés pour les labours, des porcs et de la volaille et parfois des moutons, pour la viande et la laine.

À la veille de la Révolution, le village du Plessis-Bouchard est essentiellement composé de fermes détenues par de grandes familles de cultivateurs, si l’on excepte les propriétés bourgeoises évoquées ci-dessus. Un laboureur d’Ermont, Antoine Beaulieu, fait paître plus de 200 moutons.


La période révolutionnaire

Le cahier de doléances du Plessis-Bouchard est envoyé au baillage de Montmorency le 4 avril 1789. Son contenu est révélateur de l’état du village à la fin de l’Ancien Régime, résumé par le terrible constat : « Nous sommes dans une misère extrême et hors d’état de satisfaire à nos impositions, vu la cherté du blé » (art. 9), compte tenu de l’énorme charge fiscale qui pèse sur eux et surtout, du fait que la presque totalité de leurs vignes et de leurs cultures vivrières a gelé l’hiver précédent.

Les doléances sont légion :

- Le village est envahi par les grands cervidés du bois de Boissy, appartenant au prince de Condé, que les habitants n’ont pas le droit de tuer et qui « détruisent entièrement les jeunes arbres et qu’il n’est pas possible de faire aucune élève desdits arbres. Actuellement, les bis-blés et seigles sont mangés jusque dans la terre par lesdits cerfs et biches ». Il convient de signaler que le bois de Boissy couvre 300 arpents (102 ha) sur le territoire du Plessis-Bouchard, qui en compte en tout 600 environ, soit la moitié !

- Il n’existe dans la paroisse ni fontaine, ni source, ni eau propre pour se nettoyer, juste « un puits pour boire » (celui creusé vers 1700 par Michel Huré), quand il n’est pas à sec, car il tarit souvent : « Nous sommes obligés d’aller à une lieue pour laver notre linge, et encore, l’on ne veut pas nous souffrir (nous supporter) » (art. 4).

- Les chemins sont impraticables.

Cela étant, la période révolutionnaire est vécue d’une manière relativement paisible au Plessis-Bouchard. Tout au plus peut-on signaler l’intervention du représentant du peuple dans le département, qui critique la gestion du premier maire, Roch Alline et le remplace en avril 1794 par Jean Roch Voisin. Le nouveau conseil municipal est alors composé des citoyens les moins imposés de la commune. La lutte contre le christianisme, qu’incarne le curé Pierre Darlu, qualifié de « vieux prêtre fanatique », prend des allures particulièrement sévères, au point que l’église, fermée en 1793, ne rouvrira ses portes qu’en 1804, trois ans après le Concordat. Et le culte reprendra cette année-là avec… le curé Darlu, qui mourra quelques semaines plus tard.


LE PLESSIS-BOUCHARD AU XIXe SIÈCLE

Les municipalités successives du Plessis-Bouchard au XIXe siècle s’appliqueront à remédier aux graves manques signalés par le cahier de doléances de 1789 :


L’approvisionnement en eau

Pendant toute la première partie du XIXe siècle, les habitants ne disposent que de citernes et du Puits Michel. En cas de pénurie, il leur faut aller chercher de l’eau à Saint-Leu et encore, nuitamment. En 1860, le maire, Frédéric Gaillardet obtient de M. Gonzales y Echeverria, propriétaire de la Chaumette à Saint-Leu25, la mise à disposition du trop-plein des eaux de ses terres. Dans ce but, la municipalité fait installer une conduite d’eau qui permet d’ériger une fontaine, appelée de la Chaumette, inaugurée le 2 juillet 1862.

Elle est dotée d’une inscription sympathique à l’adresse du généreux donateur :

« De tous les dons du ciel un des plus précieux nous manquait : c’était l’eau. Par sa munificence, un homme a réparé pour nous l’oubli des cieux. Cette eau tarisse avant notre reconnaissance ! »26.

Elle sera démolie en 1893, la municipalité estimant que les réparations à lui apporter sont trop lourdes. Entre temps, un lavoir a été installé au lieu-dit la Petite Mare, couvert en 1867.


L’aménagement des voies de communication

L’état des chemins demande un travail constant d’entretien et de grosses réparations. Comme elle dispose de ressources très réduites, la municipalité demande à chaque foyer de fournir des prestations, sorte d’impôt en nature, les corvées, consistant en la fourniture de journées de travail, ce qui évite de recourir à des entreprises extérieures. Mais les gros travaux ne peuvent pas être pris en charge par des contributions personnelles. C’est le cas notamment de la mise en viabilité du chemin qui relie Saint-Leu et Taverny à la gare de Franconville, ouverte en 1846. On a alors recours à l’emprunt.


Les services publics

Parallèlement, la commune s’équipe. La municipalité achète en 1835 une maison, qu’elle aménage jusqu’en 1840 pour en faire une mairie et une école à classe unique, avec un logement pour l’instituteur. Ce bâtiment public, jugé trop petit, sera remplacé par une nouvelle mairie-école en 1874.

Le cimetière est transféré à la périphérie du village à partir de 1851. Le terrain de l’ancien cimetière, entourant l’église, est nivelé et devient une petite place.


L’église

L’église Saint-Nicolas, appartenant à la fabrique paroissiale, fait l’objet de grosses réparations, grâce à un legs providentiel intervenu en 1857, mais finalisé seulement en 1864 pour des raisons d’ordre juridique : l’église du Plessis-Bouchard, depuis 1809, n’a aucune d’existence juridique autonome, n’étant qu’une simple annexe sans titre de l’église paroissiale de Saint-Leu. Cette anomalie est réparée en 1863 : un curé titulaire est nommé. Le sol de l’édifice est réparé et le clocher transformé. Une maison est acquise à quelques mètres de là pour servir de presbytère, l’ancien bâtiment contigu à l’église étant resté propriété privée. En 1888, de grosses réparations sont apportées à la toiture et aux gouttières, grâce à une souscription.


L’école

Elle connaît une migration sans pareille au XIXe siècle27. Que l’on en juge par la liste des lieux utilisés :

- Tout d’abord, de 1800 à 1819 : pas d’école du tout.

- En 1825 : elle est installée dans le cellier d’une maison donnant sur la place du Puits-Michel.

- Peu de temps après, elle émigre dans un autre cellier, rue de la Queue-Martin, et un peu plus tard dans une pièce de l’ancien presbytère.

- En 1830, elle loge dans les communs d’une propriété au début de la grande Rue.

- En 1835, l’instituteur et les écoliers peuvent enfin disposer d’une installation plus stable et moins sommaire dans le bâtiment que la commune vient d’acquérir rue du Puits-Michel pour en faire une mairie-école, comme nous venons de le voir.

- En 1874, la nouvelle mairie-école peut accueillir 60 élèves. À la fin du XIXe siècle, environ cinquante élèves, garçons et filles, fréquentent la classe unique (cas également rare en vallée de Montmorency : on tient partout ailleurs à séparer les sexes). Mais la fréquentation est irrégulière, car les enfants sont très tôt chargés de multiples tâches domestiques et agricoles. Même si l’enseignement est donné par un laïc, l’instituteur, selon le règlement général des écoles communales de 1875, est tenu de jouer un rôle religieux et moral : donner aux enfants une éducation religieuse, ainsi que leur inculquer le « sentiment de leurs devoirs envers Dieu, envers leurs parents envers les autres hommes et envers eux-mêmes »28.

Les lois dites Jules Ferry de 1881 et 1882 apportent un peu plus d’aisance financière à cette petite école dans la mesure où l’instruction – rendue obligatoire et laïque – devient aussi gratuite.

Cette législation a pour corollaire :

- la laïcité des locaux et des programmes scolaires,

- le remplacement de l’instruction religieuse par l’instruction morale et civique en tête des matières à enseigner,

- la vacance des écoles, un jour par semaine, qui doit permettre aux enfants de suivre un enseignement religieux, hors de l’enceinte scolaire.

Une Caisse des Ecoles est créée le 23 avril 1883 dans le but de stimuler et de récompenser les meilleurs élèves.


La vie agricole

Un événement de très grande importance intervient en 1834 pour les cultivateurs du Plessis-Bouchard : à savoir la vente des biens et domaines ayant appartenu au prince de Condé, trouvé pendu dans son château de Saint-Leu, le 27 août 1830. Le bois de Boissy, d’une superficie d’environ 100 ha sur le Plessis-Bouchard, est morcelé et déboisé. Un seul hectare reste en bois. La terre ainsi dégagée est mise en culture et la surface labourable passe de 141 hectares en 1834 à 220 hectares en 1862, soit 80 hectares environ de terres cultivables mises à la disposition des paysans du village. Presque tous sont propriétaires de tout ou partie de la terre qu’ils cultivent. Les principales cultures sont les céréales (froment d’hiver et avoine), la pomme de terre et la luzerne. La production, déduite de la consommation locale, est acheminée sur les marchés des environs et aux halles de Paris.

Le Plessis-Bouchard, à la fin du Second Empire, apparaît comme un village calme, loin de l’agitation de la ville et des remous politiques. La vie se déroule au rythme des saisons et du travail de la terre.


La fin du XIXe siècle

En 1870, après la capitulation de Sedan, les troupes prussiennes arrivent aux portes de Paris, qu’elles investissent. Le village est occupé comme toutes les autres communes de la Vallée. Un grand nombre d’habitants se réfugient à Paris, qui résistera quelques mois, de septembre à fin janvier. Après une nouvelle occupation, consécutive à l’insurrection de la Commune, les troupes prussiennes se retirent en juin 1871, laissant derrière elles de grosses déprédations aux bâtiments publics comme aux chemins vicinaux. Les travaux agricoles sont restés suspendus pendant cinq mois.


Une commune qui entend conserver son environnement

La fin du XIXe et le début du XXe siècle voient la démographie communale progresser régulièrement, mais dans des proportions encore modestes, à mesure des constructions nouvelles : la population passe de 244 habitants en 1872 à 389 en 1901 et 484 en 1911. Après la Première Guerre mondiale, la progression s’accentue, due à un grand mouvement d’exode rural vers Paris, qui n’est pas en mesure d’absorber tout ce flux de migrations. De 671 habitants en 1921, le Plessis-Bouchard passe à 1596 en 1931 pour atteindre 2946 en 1962 et 7666 en 2006.

En dépit de cette urbanisation croissante, dévoreuse de terres agricoles, la commune essaie de préserver son cadre de vie et de conserver son caractère « rural ». La municipalité s’oppose en 1894 à l’installation d’une entreprise de transformation de produits de vidange en engrais et émet un avis défavorable en 1899 à l’implantation d’une boyauterie à Pierrelaye.

Parallèlement, les activités agricoles se maintiendront dans la commune jusqu’à une période récente. Le village comptera encore 15 agriculteurs et 25 salariés agricoles en 1975.

Dans un passé récent, les différentes tentatives pour modifier le cadre de vie du Plessis-Bouchard se sont heurtées à la vigilance des élus locaux : rejet du projet de ville nouvelle dite de Beauchamp, mais en réalité prévu sur Le Plessis-Bouchard, en 1965 ; refus du Plan directeur d’urbanisme intercommunal (PDUI 33) en 1971 ; avis défavorable opposé au Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) en 1979.

Il est significatif que ce soit la commune du Plessis-Bouchard qui, dans le cadre de son adhésion au Syndicat Émeraude (rassemblant la quasi-totalité des communes de la Vallée), accueille depuis quelques mois un Éco-site destiné à la collecte des objets encombrants des particuliers. La commune entend, en effet, défendre plus que jamais, son environnement pour faire mémoire de son passé agricole et rural, dans une perspective de développement durable.


ILS ONT HABITÉ LE PLESSIS-BOUCHARD


L’irrésistible ascension de Nicolas de Louviers, prévôt des marchands de Paris et « légataire » de François Villon

Nicolas de Louviers naît vers 1415/1420 du premier mariage de Jean de Louviers le Jeune avec Margot Buignet. Il est membre d’une lignée de drapiers normands qui ont fait fortune. Comme beaucoup de roturiers enrichis, son rêve est de devenir gentilhomme, surtout depuis que Jean Sans Peur, en 1409, a autorisé les bourgeois à acquérir des fiefs nobles. Dans ce but, il convient de satisfaire à au moins deux conditions :

- Disposer d’une certaine fortune, ne serait-ce que pour acheter terres, charges et mener grand train afin de recevoir dignement les gens importants,

- Obtenir la faveur du Roi ou d’un haut personnage proche de lui.

Nicolas, encore jeune, parie sur Charles VII, qui peine à se faire reconnaître, avec l’aide de Jeanne d’Arc, comme roi de France, alors que Paris est occupé par les Anglais. L’historien de la capitale, Dom Michel Félibien, est le premier auteur qui le nomme, lorsqu’il évoque la reprise de Paris par les troupes du roi Charles VII, le 13 avril 1436, sous le commandement du connétable de Richemont, avec l’aide des bourgeois de la capitale :

« Les habitants de Paris, lassés d'une domination étrangère, ne cherchaient que l'occasion de secouer le joug. Le temps de leur délivrance semblait être venu. Depuis la réconciliation du duc de Bourgogne avec le roi de France, le parti anglais dépérissait de jour en jour. Corbeil, Lagny, Pontoise, Meulan, Poissy et Saint-Denis même étaient rentrés sous l'obéissance du roi Charles, et coupaient les vivres à Paris; ce qui sollicitait puissamment tous ceux de cette ville à suivre leur exemple. Mais l'entreprise n'était pas aisée. » Je n'ai pas à en rappeler les péripéties, ni la victoire française du 13 avril, mais seulement cet hommage de l'historien a les noms des bons bourgeois qui entreprirent, au péril de leur vie, de remettre la ville sous l'obéissance de son légitime souverain a mérité de passer à la postérité. Ce furent Michel de Laillier, Jean de La Fontaine, Pierre de Lancras, Thomas Bicache, Jacques de Bergières29 et Nicolas de Louviers »30.

La récompense suprême ne vient pas très vite, d’autant que Nicolas est jeune, semble-t-il, au moment des événements. Il lui faut gravir les échelons du cursus honorum. Échevin de Paris31 en 1444 et 1449, il devient receveur des aides de 1454 à 1461. Il procède à une série d’acquisitions en Vallée de Montmorency, entre 1453 et 1464, comme nous avons pu le voir, se constituant ainsi un grand domaine foncier. Lors de son accession au trône, en 1461, Louis XI le crée conseiller à la Chambre des comptes.

L’ambition de Nicolas n’échappe pas à son entourage, notamment au poète François Villon (1431-1463), qui le couvre de railleries, à l’occasion de la publication de ses derniers écrits, - prémonitoires puisqu’il mourra deux ans plus tard - à savoir le Petit et le Grand Testament (1461). Dans cet ouvrage, le poète franc-tireur règle ses comptes avec certains de ses contemporains sous la forme de « legs » tout à fait fantaisistes :


§. XXXIV
Item, je laisse à Merebeuf
Et à Nicolas de Louvieulx
32,
A chascun l'escaille d'un oeuf,
Plaine de frans et d'escus vieulx.
Quant au concierge de Gouvieulx,
Pierre de Rousseville, ordonne,
Pour le donner entendre mieux,
Escus vieulx que le prince donne
.33

Item, quant est de Merebeuf
Et de Nicolas de Louviers,
Vache ne leur donne, ne beuf,
Car vachiers ne sont, ne bouviers,
Mais gens à porter esperviers,
Ne cuidez pas que je me joue,
Et pour prendre perdriz, plouviers,
Sans faillir, sur la Machecoue
34.


L’historien valmorencéen, et ancien maire de Saint-Prix, Auguste Rey commente ainsi ces huitains :

« Trois noms sont ainsi livrés à la malignité publique. Le premier huitain distribue des legs dérisoires, ce qu'on appelle des nigauds dans une loterie, à Merebeuf et à Nicolas de Louviers (et non Louvieulx, écrit ainsi pour la rime), de la vieille monnaie, de quoi remplir une coquille d'oeuf. (...) Le second huitain nous offre une facétie plus facile à comprendre. On découvre à première vue que Villon y retient Merebeuf et Louviers pour se gausser de la prétention à la noblesse. Un des privilèges des nobles étant d'aller à la chasse l'épervier au poing, il représente les deux compagnons déployant cet appareil, pour prendre le gibier d'une rôtisseuse célèbre, la Machecoue, femme d'ArnouIet Machecol, poulailler au Lion d’or, en la Saunerie, près du Grand-Châtelet »35.


La consécration tant convoitée ne vient qu’en 1464, année où le Roi lui confère enfin des lettres de noblesse, rendant justice à l'honnêteté de ses mœurs et à ses services éminents. Mais son ascension ne s’arrêtera pas en si bon chemin. En 1465, quand débute la guerre menée par la Ligue du Bien public36, Nicolas de Louviers accompagne le roi en Bourbonnais. Louis XI, obligé de quitter la capitale veut, au cours de la campagne, se rappeler au souvenir des Parisiens et les confirmer dans sa fidélité, au moins par de bonnes paroles. Il délègue deux des personnages les plus considérables du royaume, le chancelier Jouvenel des Ursins, comte de Trainel, et Étienne Chevalier, seigneur de Grigny et de Plessis-le-Comte, receveur général des finances, exécuteur testamentaire d'Agnès Sorel et de Charles VII, associé à la gloire de Jean Fouquet, par le livre d'heures de Chantilly. Nicolas de Louviers les accompagne et apporte avec eux aux Parisiens, le 22 mai 1465, la lettre connue, où le souverain les remercie de leur fidélité, et leur mande qu'il enverra la Reine faire ses couches à Paris « comme à ville du monde que plus il aymoit »37. Cet honneur vaut sans doute à Nicolas d’être élu par ses pairs prévôt des marchands (cf. annexe), le 16 Août 1468, mandat de trois ans qu’il exerce jusqu’en 1470.
Nicolas de Louviers épouse en première noces Michelle Brice, qui décède en 1450. Il se marie en secondes noces à Jacqueline Petit. On lui connaît au moins six enfants, dont Nicolas II de Louviers, auquel il abandonne son office de maître des Comptes. Mais ce dernier meurt en 1473 et Nicolas I reprend sa charge, jusqu’en 1475, date à laquelle il est « désappointé ».

Nicolas de Louviers meurt en 1483, la même année que Louis XI, et est inhumé aux Saints-Innocents, où viendra reposer plus tard, à ses côtés, Jacqueline Petit. Son épitaphe le qualifie de seigneur de Cannes38 et de la Forêt.


Pierre Clutin, prévôt des marchands de Paris

Pierre Clutin (c. 1450-1533) est apparenté aux Louviers. Il se marie en 1475 avec sa cousine Jeanne, fille de Nicolas de Louviers. Secrétaire du Roi, il devient lui aussi prévôt des marchands de 1516 à 1518, en remplacement de Jean Boulart, élu en 1515 et décédé en cours de mandat39. Il est reçu conseiller au Parlement en 1522, la même année que son oncle chanoine, Charles de Louviers. Il y devient président aux enquêtes deux ans après. On l’appellera désormais le président Clutin. Comme conseiller de Ville, il est député, avec deux de ses collègues, auprès de la Régente, à Lyon, pour la haranguer après le désastre de Pavie (24 février 1525).

Il joint à ses fiefs de Saint-Prix la seigneurie même du village, dont il rend aveu à Guillaume de Montmorency, le 30 janvier 150840. Il hérite, en 1517, de son cousin Renaud de Paris, fils de Guillaume, épicier, et de Marguerite Clutin, la seigneurie de Villeparisis. Il meurt en 1533.

Un de ses fils, Henri Clutin, seigneur d'Oysel, de Saint-Prix41 et de Villeparisis, même s’il n’a pas possédé de biens sur le Plessis-Bouchard, mérite une petite mention. Conseiller au Parlement de Paris et président à la chambre des requêtes, il est destiné d'abord à la carrière ecclésiastique, mais son tempérament, sans doute, le dirige dans une autre voie. Sa vie commence mal : il accomplit un meurtre en 1535, dans des circonstances troubles :

« L'an 1535, le samedy huictiesme de may, fut tué le fils de monsieur de Gapanes, à Paris, par le filz du feu président Clutin, et trois ou quatre autres. Et ce par jalousie, à cause de la femme de..., esleu de Paris : et pour ce qu'eulx deux se trouvèrent en la maison d'elle »42.

Alors qu’il est promis à la potence, on le trouve blanchi ou gracié en 1538 :

« Henri Clutin, alors âgé de 23 ans, protonotaire apostolique, reçoit du roi des lettres de rémission pour un meurtre commis à Paris sur un certain Charles de Gapaines (cf. BnF. Cabinet d’Hozier, 38, p. 135) »43

Envoyé en Écosse sous François Ier, Henri Clutin y arrive en 1545, après un passage à Londres. Il séjournera longtemps dans ce pays, déchiré par les luttes civiles et religieuses, au service de Marie de Lorraine, veuve du roi Jacques V, avec le titre d'ambassadeur de France (nomination le 31 mars 1546).

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1 Mulon (M.), Noms de lieux d’Ile-de-France. Introduction à la toponymie, éd. Bonneton, Paris, 1977, p. 94.

2 Cf. notre article « Les premiers seigneurs de Montmorency ». « Bouchard IV seigneur de Conflans ».

3 Cf. notre article « La chaussée Jules César et le vicus d’Ermont. Les sites gallo-romains de Taverny ».

4 Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 534.

5 Ce moulin est appelé de trois noms différents : le moulin du Ru, le moulin de Cernay, le moulin à Tour de Franconville, il était situé, sur l’actuelle rue de la Station, à Franconville, il n’est attesté qu’en 1518 pour la 1ère fois, lorsque Guillaume de Montmorency autorise Guillaume du Ru, seigneur de Franconville à construire un moulin. Cf. Delaplace (J.), Les moulins à eau et à vent dans la vallée de Montmorency et près d’Argenteuil, Catalogue d’exposition, Association « Sannois d’hier à aujourd’hui », Sannois, s. l. n. d., 25 p., en part. p. 10. Cf. Le Roy (N.), Collet (D.), Mémoire de l’eau… La roue et la meule. Moulins du Val d’Oise, Catalogue d’exposition, CGVO, 1991, 75 p.

6 Cf. Le Roy (N.), Collet (D.), Mémoire de l’eau… La roue et la meule. Moulins du Val d’Oise, Catalogue d’exposition, CGVO, 1991, 75 p.

7 Le fief de Jean de Cernay passa, à sa mort, en 1368, à Pierre Bateste, seigneur de Franconville. Cf. nos articles « Histoire générale d’Ermont – Les seigneurs de Cernay » et « Histoire générale de Franconville ».

8 Dauzat (A.), Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, éd. Larousse, Paris, 1982.

9 Le terme masure n’a rien de péjoratif à la période médiévale. Il désigne une maison de paysans.

10 Cf. notre article «  La présence des Templiers en vallée de Montmorency - La commanderie de Cernay à Ermont ».

11 Documents qu’il serait intéressant d’explorer, dans la mesure où les titres de propriété détenus par les nobles et les ecclésiastiques ont été brûlés, au Plessis-Bouchard, comme dans toute la Vallée, pendant la Révolution.

12 Cf. Archives du Musée Condé à Chantilly, Inventaire des sources, 1929, série 1 – BA - 044, p. 411.

13 Cf. notre article « Brève histoire de Saint-Prix ».

14 AN S 5105, 3 mai 1509 (il s’agit de l’inventaire au moment où le domaine est vendu à Pierre Clutin). Nous supposons que ce domaine n’a pas changé depuis la mort de Nicolas de Louviers.

15 Saint-Méry, commune du canton de Mormant, arrondissement de Melun, Seine-et-Marne.

16 Archives du Musée Condé à Chantilly, op. cit., série 1 – BA - 044, p. 410.

17 AN S 5266, pièces 193 et 194.

18 Depoin (J.), Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, 1er fascicule, Pontoise, SHPV, 1895, p. 58, acte LX. Fouchard était frère de Thierry de Bantelu, petit-fils de Bouchard le Barbu.

19 Cf. notre article « La seigneurie de Cernay à Ermont - Le comte de Corbeil, seigneur d’Ermont, de Saint-Prix, de Saint-Leu et de Taverny, au XIe siècle » et pour l’historique de l’église de Taverny « L’église Notre-Dame de l’Assomption de Taverny ».

20 Depoin (J.), op. cit., fascicule 2, 1896, p.158, acte CCII. Cité par Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980, p. 114, note 103.

21 Depoin (J.), op. cit., fascicule 2, 1896, p.162, acte CCVIII.

22 Archives du musée Condé à Chantilly, op. cit., p. 406. 42 pièces sur papier

23 Une novale est une dîme prélevée sur une terre qui, naguère en friche, est nouvellement mise en culture. La question des novales est soulevée à la fin de l’Ancien Régime dans la mesure où personne ne sait plus trop de quoi il s’agit exactement. Un édit de 1768 (article 14) décide de les supprimer purement et simplement : toute terre en culture donnera lieu à paiement d’une dîme unique. Il n’y aura plus de différence entre les dîmes anciennes ou nouvelles. Cf. article novales in Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières, par une société de gens de lettres, de savans et d'artistes, Vol. 6, Panckoucke, 1786, p. 204.

24 Lefeuve (C.), Histoire de la vallée de Montmorency. « Le tour de la vallée ». 2e éd., 1866. Réédition du CHAEVM n° 2, 1975, p. 190.

25 Cf. notre article « Les maladreries, les léproseries, les Hôtels-Dieu en vallée de Montmorency - La léproserie de La Chaumette, à Saint-Leu ».

26 Charles Lefeuve, op. cit., édit. 1866, réédition du CHAE VM de 1975, p. 190.

27 Ce cas est unique en vallée de Montmorency.

28 Cf. Poupon (C.), Renaux (D.), Histoire du Plessis-Bouchard, éd. AREM, 1982, p. 128.

29 Jacques de Bergières est un épicier qui a épousé Catherine de Bréban, cousine germaine de Nicolas de Louviers, dont celui-ci héritera en 1457. (BnF, Mss., pièces originales, vol. 1764, dossier Louviers, p. 3 bis)

30 Dom Michel Félibien, Histoire de la ville de Paris, chez l’auteur, 1725, p. 823.

31 Les échevins de Paris sont les assesseurs du prévôt des marchands et siègent avec lui à l'hôtel de ville. De même que le prévôt des marchands est l’ancêtre du maire de Paris, les échevins sont les ancêtres des conseillers de Paris. Cf. annexe.

32 Le nom de Louviers est transformé en Louvieulx pour rimer avec vieulx et Gouvieulx, mais les exégètes ont attesté la référence à Nicolas de Louviers :
« L'édition de Galiot du Pré porte :
Nicolas de Louviers. Sous Charles VII, on trouve, parmi les bourgeois de Paris qui travaillèrent, au péril de leur vie, à remettre la ville entre les mains de leur souverain, un Nicolas de Louviers, qui pourrait fort bien être celui dont Villon veut récompenser le dévouement (M. Prompsault.) Voy. Le Grand Testament, huitain 92, où la rime n'oblige plus Villon à défigurer le nom de son légataire ».

33 34e huitain du Petit Testament Gaston Paris, François Villon (Collection des Grands Écrivains Français), Paris, 1901, petit In-8°, p. 75.

34 Idem, Le Grand Testament, 92e huitain.

35 Rey (A.), Un légataire de Villon, in Bulletin de la Conférence des sociétés savantes, littéraires et artistiques du département de Seine-et-Oise, 1904, p. 54-66, en part. p. 56. Cette communication, présentée le 11 mai 1904 à l’Hôtel de Ville de Pontoise, fera l’objet d’un tiré à part sous le titre : Rey (A.), Un légataire de Villon, Nicolas de Louviers, Paris, chez H. Champion, 1905, 16 pages.

36La ligue du Bien public est une révolte des nobles, menés par Charles, comte de Charolais, contre l’accroissement des pouvoirs du roi Louis XI. Elle s'étend de mars à octobre 1465.

37 Rey (A.), op.cit., p. 61.

38 Il s’agît de Cannes-Écluse, canton de Montereau-Fault-Yonne, arrondissement de Provins, en Seine-et-Marne.

39 Pierre Lescot lui succède.

40 Archives du Musée Condé de Chantilly, série BA - 49.

41 Il possède, entre autres, le fief de Rubelles avec son château, sans doute construit à l’origine par Henri Clutin, qu’il vend à Anne de Montmorency le 14 mars 1560, plus tard dit des « Vendôme ». Cf. Rey (A.), Excursion à Saint-Prix, SHPV, Pontoise, 1912, p. 6. Cf. aussi Rey (A.), La fin de l’Ancien Régime à Saint-Prix, I – La seigneurie, Paris, 1881, 64 p.

42 Ludovic Lalanne, Journal d'un bourgeois de Paris sous le règne de François Premier (1515-1536), Paris, J. Renouard et c., 1854, 492 p., p. 455.

43 Cf. site Internet de la Société d’histoire locale de Villeparisis :

http://villeparisis-histoire.over-blog.com/40-index.html