Trois propriétaires « intérimaires » du château « d’en bas »

à Saint-Leu : trois destins hors du commun

 

NB. L’article ci-après a été rédigé par Hervé Collet, président de Valmorency, en vue d’une conférence donnée à l’occasion de l’Assemblée générale de l’AHGEHVO (Association Historique, Généalogique et Héraldique du Val d'Oise) à Saint-Leu-la-Forêt le samedi 5 février 2011.

 

Les Valmorencéens1, et en particulier, les Saint-Loupiens2, sont désormais familiers avec les « grands propriétaires » de ce château qu’ont été, à la charnière du XVIIIème et du XIXème siècles : la famille d’Orléans, Louis et Hortense Bonaparte, le prince de Condé et la baronne de Feuchères. Mais peu d’entre eux connaissent ceux qui ont été propriétaires de cette demeure qui se sont intercalés entre ces noms célèbres. Ils auraient pu rester incognito, mais leur parcours atypique a attiré notre attention, car il mérite d’être mis en valeur.


MARTIAL DE GIAC : UN NOBLE CONVERTI A LA DÉMOCRATIE, VICTIME DE SON ZÈLE PATRIOTIQUE (propriétaire de 1792 à 1794)


Le chevalier Martial de Giac achète le Château d’en-bas de Saint-Leu, le 25 mai 1792, à la duchesse d'Orléans, par-devant Me Brichard, notaire. Il meurt sur l’échafaud le 5 juillet 1794, dans les conditions que nous allons relater. Sa veuve revend le domaine le 27 septembre 1799.

 

     Un parcours sans faute brutalement interrompu

François Henri, dit Martial, de Giac, né et baptisé à Bordeaux, paroisse Saint-André, le 19 novembre 1737 est l’aîné des fils de Jean de Giac, écuyer, avocat au Parlement de Bordeaux, conseiller secrétaire du roi, maison couronne de France et de ses finances en 1735, contrôleur en la chancellerie du Parlement de Bordeaux, et de Marie-Elisabeth du Theil. Il mène lui-même une brillante carrière de magistrat : conseiller au Parlement de Bordeaux le 26 janvier 1759, puis maître des requêtes ordinaires de l’hôtel du roi le 13 juin 1768, surintendant de la maison de la Dauphine, puis des domaines de la maison de la reine, le 25 juillet 1773 et distributeur des menus-plaisirs. La marquise de Créquy, mauvaise langue s’il en est, le décrit ainsi :

« Il y avait à Paris (…) un certain conseiller sans barbe qui s'appelait M. de Giac, et qui était l'homme de justice le plus pédant, le plus risiblement coquet et le plus ennuyeux. Il avait l'air d'un squelette à qui l'on aurait mis du rouge de blonde et des habits de taffetas lilas. Il pinçait de la mandoline en se pinçant la bouche et jouant des prunelles. Il avait la prétention d'avoir composé la musique et les paroles d'un opéra tragique, mais par habitude il ne fabriquait que des pièces fugitives, et c'était de la poésie, d'autant plus légère qu'il n'y avait rien dedans »3.

En 1773, sa prestigieuse carrière s’arrête brutalement : il est contraint par le roi à la démission parce qu’il fréquente une riche veuve, de 18 ans son aînée, ce qui déjà scandalise la Cour, mais surtout parce son amie est une cliente dont il a gagné le procès. Il s’agit d’une aristocrate excentrique, Anne-Josèphe Bonnier de la Mosson (née en 1718), veuve de Marie-Ferdinand d’Albert d’Ailly, duc de Chaulnes, gouverneur d’Artois et de Picardie, qu’il épouse le 10 novembre 1773. L’establishment réagit avant même le mariage. Une pension de 12,000 livres est retirée à Martial de Giac, le 21 octobre 1773, et on lui fait défense de se présenter au Conseil. Mme de Créquy poursuit sa charge contre le magistrat déchu :

« Pour apprendre à M. de Giac à compromettre sa dignité parlementaire en épousant une folle à cause de son argent, le Parlement de Paris l'obligea de quitter la magistrature, et le Roi l'exila du côté de Barèges où nous l'avons vu se promenant le long des ruisseaux, costumé comme un berger d'Opéra, sous un parasol orné d'églantines, et la boulette à la main ».

L’union de ces êtres si disparates dure peu et les époux se séparent le 30 juin 1774, on dirait aujourd’hui à l’amiable. Chacun vit de son côté. Il est probable que l’ex duchesse de Chaulnes ne laisse pas son mari sans le sou, d’autant qu’elle reste officiellement mariée, le divorce n’étant pas admis sous l’ancien régime. La mort d’Anne-Josèphe, le 4 décembre 1782, place Martial de Giac à la tête d’une belle fortune, dont il ne tarde pas à faire profiter une jeune fille mineure, Rose Antoinette Françoise de Rochard, qui a perdu son père l’année précédente. Martial l’épouse par contrat passé devant Me Brichard, le 25 août 1783. Il a 45 ans, elle a environ 27 ans de moins que lui. C’est exactement l’inverse de son aventure précédente. Mais il l’aime, et pendant les neuf ans qui suivront, il vivra en bon père de famille4. Nous le retrouvons donc à Saint-Leu en 1792.


Le récit d’Auguste Rey dans son ouvrage « Martial de Giac au château de Saint-Leu, 1792-1794 »5

 « Martial de Giac, les nerfs malades, s’étant vu ordonner l’air de la campagne, achète, le 25 mai 1792, la maison ou, comme on dit, le château du duc d’Orléans, à Saint-Leu. Il le paye 178 000 livres, fantaisie de très grand seigneur, et qui avait été finalement au-dessus des forces du prince lui-même, un prodigue à la vérité, car le prix de la vente fut délégué à son propre vendeur, vis-à-vis duquel il ne s’était point libéré, depuis 1780. Le nouvel acquéreur du domaine ne tarda pas à s’y installer. En peu de temps, il paraît avoir gagné la confiance des gens du village. Comme il avait l’expérience des affaires et une assez bonne plume, la municipalité, écrasée de travaux en ces temps critiques, le consulta. Elle lui demanda la rédaction de certains actes, où elle risquait de s’embrouiller, et de certains discours, où elle avait le désir de montrer de l’éloquence.

Je viens tout de suite au rôle qu’il assuma dans une circonstance solennelle. Au cours de l’été de 1793, le projet de constitution qu’un comité présidé par Hérault de Séchelles venait d’élaborer fut sanctionné par un vote de la Convention. On annonça, dès lors, qu’il serait soumis, le 10 août, à la ratification populaire ».

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Note 1 : le contexte politique

Après la chute de la royauté, le 10 août 1792, la France se trouve sans Constitution. La Convention se met au travail et adopte un projet d’Acte Constitutionnel le 24 juin 1793. Très démocratique, auréolé d'une nouvelle déclaration des droits de l'homme (35 articles) en préambule, ce texte, élaboré par Hérault de Séchelles sous l'impulsion de Saint-Just, confie le pouvoir législatif à une Assemblée élue pour un an au suffrage universel, le pouvoir exécutif à un conseil de 24 membres nommés pour 2 ans par l'Assemblée. Elle accorde de nombreux droits sociaux aux citoyens : droit à l'instruction, droit au travail, droit à la subsistance (pour les indigents), etc. Mais surtout, elle confie l’adoption de la loi au peuple souverain, par ce qu’on appellera plus tard un référendum. Ce dispositif, très lourd et impraticable, est prévu par les articles 56 à 59 : les projets de loi (proposés par le Corps législatif – article 53) sont précédés d'un rapport. La discussion ne peut s'ouvrir, et la loi ne peut être provisoirement arrêtée, que quinze jours après le rapport. Le projet est imprimé et envoyé à toutes les communes de la République, sous ce titre : loi proposée. Quarante jours après l'envoi de la loi proposée, si, dans la moitié des départements, plus un, le dixième des Assemblées primaires de chacun d'eux, régulièrement formées, n'a pas réclamé, le projet est accepté et devient loi. Entre temps, le corps législatif gouverne par décret.

Soumis à un vote populaire, le projet d’acte constitutionnel est approuvé par près de 2 millions de voix contre 12 000 et 5 millions d'abstentions. Cependant, les Conventionnels jugent qu'en raison des dangers qui menacent la République, la Constitution est pour l'instant inapplicable. Le texte est enfermé dans une arche en cèdre, d'où il ne sortira jamais !

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Suite du texte d’Auguste Rey

« Il y avait deux façons d’exprimer l’avis demandé : l’une, dont Taverny donna l’exemple, l’autre, adoptée à Saint-Leu. Le patriotisme du premier village s’exalta et se montra impatient de tout délai. Il y fut décidé, le 13 juillet, que, sans attendre la convocation des assemblées primaires, ses représentants iraient porter à la Convention une adhésion enthousiaste, et que les municipalités de tout le canton seraient invitées à se joindre à celle du chef-lieu. Saint-Leu se rendit à l’appel, mais après avoir sérieusement discuté la question posée et les termes de sa réponse. Ses officiers municipaux se présentèrent au rendez-vous avec une consultation écrite et très dissonante. Le délire bruyant des autres les empêcha d’en donner lecture, mais ils la firent annexer au procès-verbal de l’assemblée. N’osant pas rompre l’unanimité du vote, ils acceptèrent l’acte constitutionnel, comme tout le monde. Telles n’étaient pas cependant les conclusions de ce mémoire, fort bien fait, qu’ils avaient eu la prudence de ne pas lire, et l’imprudence de ne pas remporter, funeste amour-propre d’auteur. L’agent « nationalle » Gillequin (ainsi écrit-il son titre), un couvreur peu lettré, l’avait contresigné. Mais l’auteur, qui ne s’avoua que le collaborateur, était de Giac. On verra bien que personne autre que lui, à Saint-Leu, n’avait pu écrire de ce style.

Le factum dont il s’agit était intitulé Pétition présentée au canton de Taverny. Il existe encore aux Archives nationales. J’en citerai les passages les plus saillants, recommandés à l’attention du lecteur par les traits dont les souligna, plus tard, le crayon rouge du terrible accusateur public .

« Citoyens,

Nous sommes réunis pour délibérer sur un acte constitutionnel que le département a fait parvenir à la commune le 5 de ce mois.

Le souverain doit être libre dans ses opinions. Sommes-nous libres de manifester la nôtre ? À l’ouverture des séances de la Convention, au dernier moment de la première séance, un membre proposa l’abolition de la royauté. Sans examen, sans discussion, la royauté fut abolie par un décret. Ce décret n’a pas été sanctionné par le peuple. Il n’a pu être exécuté que provisoirement. Depuis cette époque, il est intervenu un décret qui punit de mort tout individu qui proposerait le rétablissement de la royauté. Ce décret doit-il subsister ? Je ne le crois pas, citoyens, car, s’il subsistait, nous ne serions pas libres de manifester notre opinion. La Convention aurait plus de pouvoir que le souverain lui-même. Par un décret, elle aurait enchaîné nos volontés.

Si nous voulons la République une et indivisible, nous jurerons de la maintenir. Mais il faut qu’aucune fédération particulière ne vienne mettre obstacle à cette unité. Pourrions-nous promettre cette unité, citoyens, si nous examinions dans ce moment l’acte constitutionnel qui a été rédigé depuis l’insurrection du 31 mai. Plusieurs départements sont sans représentants. Pensez-vous que nos frères de ces départements veuillent jamais admettre un acte où leurs représentants n’auront pas concouru ? L’acte constitutionnel qu’on nous envoie peut être bon. Mais, si nous l’examinions dans ce moment, nous appellerions, ce nous semble, le fédéralisme, et la guerre civile en serait la suite.

Par ces raisons, citoyens, je pense que nous devons déclarer que nous ne pouvons examiner, dans ce moment, l’acte constitutionnel qui nous a été remis ; que nous demandons préalablement que les membres de la Convention inculpés soient jugés par un jury civil ; qu’ils soient suppliciés, s’ils sont reconnus coupables, et rendus à leurs fonctions, s’ils sont reconnus innocents ; qu’enfin l’acte constitutionnel soit arrêté par une représentation nationale complète ; que le rapport du comité des Douze soit fait, et que les scélérats qui avaient formé le projet d’assassiner 20,000 de nos frères soient poursuivis et punis suivant la rigueur des lois. Si vous adoptez ces réflexions, que je soumets à vos lumières, nous délibérerons sur chacun des objets que je viens de vous présenter. Votre voeu manifesté sera une loi.

Signé J. GILLEQUIN.

Questions (de la main du sieur de Giac sur l’original)

1. Voulez-vous suspendre l’exécution du décret qui punit de mort tout individu qui proposerait le rétablissement de la royauté ? - Oui ou non.

2. Voulez-vous constituer une république une et indivisible ? - Oui ou non.

3. Jurez-vous de la maintenir jusqu’à la mort ? - Oui ou non.

Jurez-vous d’anéantir les tyrans, les usurpateurs, les traîtres et les factieux ? Croyez-vous, d’après nos réflexions, qu’on puisse délibérer sur la déclaration des droits, sur les actes constitutionnels ? »

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Note 2 : explication de la thèse défendue par Giac et Gillequin

Pour comprendre le débat qui s’instaure au sein de la commune de Saint-Leu, il convient de décrypter l’argumentation du tandem Giac-Gillequin :

En fait, ils sont d’accord avec le texte constitutionnel, qu’ils poussent même jusqu’à son extrême logique, selon le raisonnement suivant :

1. Le peuple est souverain et ils s’en réjouissent.

2. Dans ce cas, rien ne doit restreindre la souveraineté de ce peuple, pas même un décret du corps législatif, surtout dans la mesure où il n’a pas été sanctionné par un vote du peuple.

3. Donc, le décret qui punit de mort tout individu qui proposerait le rétablissement de la royauté n’est pas valide, car il retreint la liberté d’expression du peuple souverain.

4. Par ailleurs, tous les départements ne sont pas actuellement représentés par des députés. Si donc, l’acte constitutionnel n’est adopté que par une partie seulement des départements, il y a risque de fédéralisme, c’est-à-dire dire la mainmise d’une partie seulement de la Nation sur l’ensemble du peuple souverain, alors que « La République est une et indivisible ».

5. Donc, en l’état actuel de la situation, l’acte constitutionnel proposé ne saurait être adopté.

Il convient de remarquer que, dans cette période tourmentée, qui va bientôt donner lieu à un régime de Terreur, cette argumentation court le risque d’être mal interprétée, à deux titres :

- Les partisans de cette thèse vont être considérés comme des royalistes.

- Ils s’opposent aux décrets de la Convention : ce sont des contre-révolutionnaires !

N’oublions pas qu’un rien, à cette époque peut envoyer tout citoyen devant le tribunal révolutionnaire, à plus forte raison s’il est d’origine noble.

Observons également que ce n’est pas Gillequin qui est inquiété dans un premier temps. Il est agent national, donc, considéré comme partisan de la Révolution. C’est l’inspirateur de la pétition, un ex noble, qui est emprisonné.

On comprend par ailleurs qu’une argumentation aussi pointue ne peut qu’être le fait d’un juriste parfaitement au courant de la situation politique française, alors que Gillequin sait à peine écrire.

H. C.

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Suite du texte d’Auguste Rey

« La critique était vive et pressante. Quelle raison meilleure ? Comme toujours, celle du plus fort. Or, le plus fort était le pouvoir, complice de l’émeute parisienne, qui s’était gardé de consulter la France sur un changement de régime, et lui avait enjoint, le couperet sur les épaules, d’accepter le fait accompli. Cependant le mémoire de Saint-Leu passa inaperçu, les premiers jours, mais ni les curieux ni les malveillants ne manquent, en tout temps, ni les délateurs, quand on crée des suspects. Le rôle de notre municipalité et celui de son inspirateur furent signalés à Pontoise. Le Comité de surveillance du district, dont le zèle était incessamment stimulé par le citoyen Crassous, député de la Martinique chargé par la Convention de la surveillance de Seine-et-Oise, s’émut de l’affaire. Dans la séance du 30 septembre :

« Les membres… délibérant sur une dénonciation faite contre le citoyen de Giac…, de laquelle il appert que, lors de l’acceptation de la Constitution, il s’était permis de mettre un discours entre les mains du procureur de la commune, tellement insidieux qu’il avait indigné tous les membres de l’assemblée…

Considérant que ledit de Giac est infiniment coupable d’avoir remis ce discours entre les mains des magistrats populaires, et de s’être, par ce moyen, mis à l’abri des suites funestes que pourrait en produire la lecture… ».

Ordonnent l’arrestation de l’auteur et son transfert à la maison d’arrêt de Pontoise. Le Comité de surveillance exagère sa responsabilité, sans doute pour n’avoir pas à inculper la municipalité complice. On n’en est pas encore aux plus mauvais jours, bien que la loi des Suspects ait été promulguée le 17 septembre.

On n’a pas de nouvelles du châtelain de Saint-Leu pendant cinq mois. On l’oublie à Versailles, où il a été transporté, heureux si cet oubli avait pu se prolonger. Mais lui-même, alors, ramena imprudemment l’attention sur soi, en tentant, de concert avec sa famille et ses nouveaux compatriotes villageois, un grand effort pour se tirer de prison. Il écrit le 22 février 1794 (4 ventôse an II), « au citoyen représentant du peuple envoyé dans le département de Seine-et-Oise » :

« Législateur,

Je suis opprimé, je suis patriote : voilà mes droits à ta justice.

Je suis attaqué depuis cinq ans d’une maladie de nerfs très violente, je souffre cruellement, je suis injustement détenu depuis près de cinq mois : voilà mes droits à ton humanité.

J’ai été arrêté, depuis le 1er octobre (vieux style), dans ma maison de Saint-Leu, comme suspect d’incivisme, sur l’ordre illégal du Comité de surveillance de Pontoise.

[Il explique que ce comité ne se composait que de quatre membres, au lieu de douze, exigés par la loi.]

Âgé de cinquante-sept ans, je suis, depuis plus de trente ans, républicain de principe [un précurseur ?] J’ai toujours regardé la liberté comme le bien le plus précieux et l’égalité comme un sentiment divin. Né dans une classe privilégiée, mon coeur ne fut point entaché de ses faux préjugés, et je ne connus jamais d’autre distinction recommandable parmi les hommes que celle des talents et des vertus.

J’ai passé dix ans dans le parlement de Bordeaux  où je méritai l’estime et la confiance de mes concitoyens. L’on me proposa, en 1767, une place au Conseil avec un traitement. Je refusai. Les mêmes propositions me furent renouvelées, en 1768, d’une manière impérative. Je consultai mes sages amis, et j’acceptai, d’après leurs conseils.

Je ne sollicitai jamais ni grâce, ni emplois. Le traitement même qui m’avait été assuré par un titre ne m’a pas été payé. En 1773, Louis XV, de son propre mouvement et sans que j’en fusse instruit [quelle ingratitude envers la duchesse !] me nomma surintendant de la maison de Mme la Dauphine. Je m’empressai de manifester mes principes. Je voulais tenter de rétablir l’ordre dans cette maison.

Après avoir lutté inutilement pendant l’année 1774 et une partie de celle 1775, voyant que je ne pouvais faire le bien que j’ambitionnais, je donnai ma démission, qui ne fut acceptée qu’en 1776. Je me retirai sans avoir fait aucune fonction relative aux finances et depuis, je n’ai eu aucune communication avec la cour, mes principes [que de principes !] n’ayant cessé de m’en éloigner.

J’acquis, en 1792, une maison à Saint-Leu-Taverny, espérant que l’air de cette campagne me rendrait mes douleurs de nerfs plus supportables.

[Il raconte qu’il a envoyé sa femme et ses enfants à Bordeaux, chez une soeur, pendant les réparations qu’il faisait faire, et que leur retour a été empêché « par la crainte des brigands de la Vendée ». Il a vécu en fort bonne intelligence avec les habitants.]

Je fus mis en arrestation comme suspect d’incivisme, sous le prétexte que j’étais l’auteur d’une pétition que le procureur de la commune avait voulu faire, pour l’époque de l’acceptation de la constitution à Saint-Leu.

Il est bien vrai [voilà la confession délicate] que, quelques jours avant la promulgation de la constitution, le procureur de la commune vint me donner lecture de la pétition qu’il se proposait de soumettre à ce sujet. J’étais, ce jour-là, très souffrant. Je connaissais d’ailleurs les intentions de mes concitoyens. Je ne m’arrêtai pas fortement sur cette pétition. Je me rappelle seulement de lui avoir donné l’avis de la résumer dans trois ou quatre questions relatives aux droits du peuple, au gouvernement républicain et à la destruction des tyrans ; qu’il les approuva, et me pria de les lui écrire, ce que je fis effectivement. [L’accusateur public a souligné ces dernières notes au crayon rouge].

Cette pétition n’a pas été lue. Personne ne la connaissait. Le procureur de la commune s’en est formellement avoué l’auteur. La municipalité a reconnu qu’il ne pouvait l’avoir jointe au procès-verbal de l’acceptation de l’acte constitutionnel que par un motif civique.

[Suit l’énumération des circonstances où son propre civisme s’est signalé : discours composé par lui, quelques jours après, pour la fête de l’acceptation de la constitution, à la demande du maire et du commandant de la garde nationale, et qui, envoyé à la Convention, valut à la commune de Saint-Leu une mention honorable ; acceptation pure et simple par lui-même de l’acte constitutionnel ; ses exhortations à la jeunesse, pour l’engager à répondre à l’appel de la patrie, et ses cadeaux aux volontaires ; sa large participation à l’emprunt d’un milliard].

Représentant du peuple, voilà l’exposé fidèle de ma vie politique et privée [avec coupures et interprétations]. Tu reconnaîtras aisément que j’ai toujours fait mes efforts pour diriger mes actions vers l’intelligence de la nature, et régler ma morale sur celle de son auteur.

Rends, législateur, un époux à sa femme, un père à ses enfants, un malade à ses foyers, un vrai patriote à la République. Je jure de consacrer les forces qui me restent à en faire adorer les lois.

Signé Giac ».

Dans la campagne tentée pour arracher de Giac aux griffes du monstre, l’agent national Gillequin fut au premier rang, et se découvrit avec témérité. Il fit preuve d’un dévouement dont l’histoire, dans cette province au moins, doit garder le rare et émouvant souvenir. Dès le 31 janvier, il avait écrit à Versailles :
« Je soussigné, agent national de la commune de Saint-Leu, déclare que la trop longue arrestation du citoyen Giac, motivée sur la pétition que la malveillance lui impute, pétition qui n’a jamais été lue, est l’injustice la plus criante, puisque c’est moi qui m’en suis toujours avoué, et m’en avoue encore l’auteur ». 
Oh le brave homme ! Mais ce n’était pas tout de mentir, il fallait observer les apparences de la vérité. Comment masquer la collaboration d’un lettré ? 
La protestation même criait contre l’auteur et le montrait incapable d’aiguiser le trait qui avait blessé les maîtres du jour. Alors, il inventa gauchement je ne sais quel complice inconnu, comme on a vu faire à plus d’un criminel aux abois :
« Il est bien vrai que j’ai lu cette pétition au citoyen Giac ; que, tout malade qu’il était, il a paru approuver la rédaction, qu’il a même ajouté de sa main les questions qui la terminent, comme la conclusion de la pétition entière, pour me faciliter le moyen pour me résumer en peu de mots. Mais tout s’est borné [à cela] de sa part. Le reste est l’ouvrage d’un homme que je ne connais point, qui me parut instruit, bon patriote, et que j’ai rencontré aux Tuileries, dans un de mes voyages à Paris. Je proteste que, si je n’avais pas été entièrement persuadé que cette pétition établirait toujours mieux les droits du peuple souverain, non seulement je n’eusse pas exigé qu’on l’annexât au procès-verbal, mais, comme républicain bien reconnu, je me fusse bien gardé de l’intention de la lire. Et j’assure, en mon âme et conscience, que, si je me suis trompé, c’est à moi, et non au citoyen Giac, qu’il faut attribuer cette erreur. Saint-Leu, 12 pluviôse an II (31 janvier 1794) ».

Puis, le 22 février, le jour même où de Giac lance son mémoire justificatif, l’agent national part pour Versailles, avec quelques municipaux, porteur de cette courte requête au Crassous déjà nommé :
« Citoyen représentant, la commune de Saint-Leu nous a députés vers toi, pour te conjurer de mettre enfin un terme à la longue détention du patriote Giac. Elle n’est pas venue tout entière, parce qu’elle ne connaît ni coalition, ni importunité. Mais elle t’assure, citoyen, que la liberté de celui qu’elle réclame est une justice, et tu sais que, sous un gouvernement libre, cette justice ne peut être rendue trop promptement. Salut et Fraternité, GILLEQUIN ».

Ajoutons, pour être complet, que, sous la date du lendemain, une déclaration collective de la municipalité et de plusieurs habitants de Saint-Leu, jointe aux pièces précédentes, réclamait l’élargissement du prisonnier, en des termes qui n’étaient qu’une paraphrase de son mémoire de la veille, et montrent que les bonnes gens avaient pu se concerter avec lui, et peut-être obtenir de le voir. 
Que résulta-t-il de cet effort ? Le député qu’il visait ne paraît pas en avoir été touché un seul instant. Il ne fit que tirer de cette sympathie même les charges qu’elle achevait de lui fournir, en vue d’un procès qu’il songea dès lors plus sérieusement à engager. Il écrivit sur la lettre du détenu cette simple note : « Demande de Giac, où il avoue avoir fait le résumé de la pétition ». En réponse à la lettre de Gillequin, il le fit arrrêter. 
La Conciergerie était encombrée : les suspects parisiens étaient l’objet de poursuites plus ardentes que les provinciaux. Nos gens languirent, non pas assez malheureusement pour atteindre la date libératrice. Ils furent exécutés le 17 messidor (5 juillet 1794), trois semaines avant le 9 thermidor. On n’a aucun détail sur leur jugement, ni sur leur fin. 
Dans les listes des condamnés qui parurent peu après, on trouve de Giac, inculpé de contre-révolution, et « Gillequin (Jean-François), âgé de quarante-sept ans, né et domicilié à Saint-Leu, condamné le même jour, pour le même motif ». Le dossier de l’ancien surintendant de la reine, aux Archives nationales, porte ce titre, inscrit sur l’enveloppe qui le contient : 
« Crassous, représentant du peuple, - Contre Martial de Giac, ci-devant noble et maître des requêtes, depuis cultivateur… condamné à mort… prévenu d’avoir, à l’époque où la constitution républicaine fut soumise à la sanction de la nation, prononcé un discours tendant à en entraver l’acception [sic] ». 
J’ai recueilli à Saint-Leu cette tradition : quand Gillequin entendit prononcer son arrêt, il se pencha vers un gendarme qui lui avait paru avoir une figure de brave homme, et, détachant prestement sa montre de son gilet, il la lui remit, avec cette prière murmurée : « Tâchez de faire parvenir ça à ma famille ». Sa confiance ne fut pas trompée : un des descendants du condamné m’a montré la relique. Gillequin laissait une veuve, et une fille âgée de dix-sept ans. 
La fortune de Giac n’échappa point à la confiscation. Cependant, les châteaux se vendirent moins facilement que les terres, sur lesquelles les paysans se jetèrent avec de beaux deniers comptants. Les contempteurs passionnés de l’ancien régime n’ont pas vu tout l’or tiré des bas de laine. La veuve de l’ex-maître des requêtes rentra en possession de Saint-Leu. Elle l’aliéna elle-même, quelques années plus tard, le 27 septembre 1799. Puis elle se refit une autre existence. Je me bornerai à donner, à ce sujet, de simples notes d’état-civil. Elle épousa, à Courcelles-sur-Viosne, près Pontoise, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801), un neveu de son premier mari, Jean-François de Borie, fils de Joseph de Borie et de Suzanne-Renée de Giac, âgé de 36 ans, natif de Bordeaux.  Elle-même avait 33 ans. M. et Mme de Borie vécurent à Courcelles-sur-Viosne, où ils eurent trois enfants, perdirent un fils et marièrent une fille. M. de Borie y fut maire de 1808 à 1831. Mme de Borie y mourut, à quatre-vingt-un ans, le 19 juin 1849. 
Je ne sais ce qu’il advint des trois enfants du premier lit, dont voici l’énumération : Catherine-Françoise, Antoinette-Suzanne-Zoé et Jacques-Henry qui, le 3 thermidor an III (21 juillet 1795), étaient âgés respectivement de dix, sept et quatre ans. J’emprunte ce renseignement à un acte de notoriété, dressé à Bordeaux, « en présence de Jean-François Borie, cousin [et futur beau-père] des enfants de M. de Giac ». 
Ici finit ce récit, où je reconnaîtrai, avant qu’on ne l’en accuse, un certain manque d’unité : il est vrai que le personnage principal n’en est pas le héros. L’intérêt passe, à la fin, du côté du pauvre couvreur, qui périt pour avoir voulu sauver le noble voisin qu’il connaissait à peine, et trouva des paroles d’aussi généreuse inspiration que le cri du poète Me, me, adsum qui feci. Aussi demanderai-je pour lui la sympathie, le respect, et même un peu d’admiration. Quant au second mari de Mme de Chaulnes, sa mort disposera sans doute à l’indulgence, et, après cette expiation, je proposerai au lecteur d’imiter la confiante invocation des vieilles épitaphes : « Que Dieu lui fasse merci ! ».


GRÉGOIRE HOMBERG : UN RICHE ARMATEUR JUIF CONVERTI AU CATHOLICISME (propriétaire de 1799 à 1804)


Le nouvel acquéreur du château d’en bas, le 27 septembre 1799 est Grégoire Homberg. On ignore tout de lui sur sa vie à Saint-Leu. Riche armateur installé en Normandie, nous présumons qu’il s’agit pour lui d’acquérir un « pied-à-terre » proche de Paris pour faciliter ses relations d’affaires avec la capitale. Son itinéraire familial mérite d’être conté, dans la mesure où il nous renseigne sur la situation des Juifs en France sous l’Ancien Régime.
 
Gerson (devenu Grégoire Eugène) Homberg naît en 1741 au Havre, de Hartog (dit Henri) Lavie-Homberg (1708-1766) et de Simélie (devenue Suzanne) Gompertz (1713-1775). Il se marie en 1770 avec Marie Anne Lévy-Schabracq (1741-1802). En 1771, ils ont un fils, Henri Théodore. Ce dernier se marie en 1798 avec Armande Françoise Eustache, descendante d'anciens armateurs du Havre, et meurt en 1804. Grégoire Homberg, pour sa part, décède en 1817 au Havre, à l'âge de 76 ans.


L’irrésistible ascension d’une famille d’armateurs havrais d’origine juive


Les Homberg, qui se sont installés au Havre dans la première moitié du XVIIIème siècle (vers 1720), sont originaires de Mayence ou de Kassel. Ce sont des Juifs ashkénazes d’origine allemande. Leur nom d’origine est Lévy (autre graphie : Lévie ou Lavie). Le patronyme Homberg n’apparaît qu’au XVIIIème siècle. Le deuxième de la lignée Homberg se prénomme Hartog, dit Henri. Il a repris la maison de négoce et d’armement fondée au Havre par son père et l’a étroitement liée aux armements Gompertz de Hambourg et d’Amsterdam. Il quitte, semble-t-il, Le Havre vers 1745, laissant la gestion du comptoir à son épouse. Henri Homberg a, en effet, épousé vers 1731 ou 1732, probablement à Hambourg, une coreligionnaire, Simélie (qui deviendra Suzanne) Gompertz, née vers 1714 et morte fin avril 1775 au Havre, fille de Magnus Heymann ou Hijman Gompertz, banquier à Hambourg, et de Jacket Lehmann Gompertz. Il en a eu au moins six enfants, dont Gerson. Il meurt entre mai et novembre 1766, on ne sait où. Jusqu’à avril 1766, en effet, sa femme signe Suzanne Compers, femme de Henry Homberg. Ensuite, elle signera veuve Homberg. Elle a la réputation d’être « une femme d’une grande énergie et d’un grand mérite ». Elle est assistée dans la gestion de sa maison de négoce et d’armement par un certain Joseph Lallemand, né à Hombourg en Hesse, présenté comme un « proche parent de leur père, et qui en a tenu lieu après sa mort ». C’est en 1757 que Joseph Lallemand, jusqu’alors désigné en qualité de commis de la dame Homberg, reçoit de cette dernière une procuration générale, lui donnant tous pouvoirs dans ses affaires. Les Homberg se livrent d’abord au petit commerce, sans doute lié au trafic avec le Canada. Mais leurs activités prennent rapidement une grande ampleur puisqu’ils payent dès 1746 entre 50 000 et 60 000 livres de droits de douane chaque année. Il semble, cependant, qu’ils n’entreprennent vraiment leur activité d’armement qu’à partir des années 1750. C’est en 1767 enfin que l’armement Homberg est mis en société sous la raison sociale « Veuve Homberg, Homberg frères et Cie ». Les Homberg semblent s’être livrés au commerce triangulaire et à la traite des « nègres » en 1783, après la guerre d’Indépendance américaine. La Société Veuve Homberg et fils connaît un grand essor à la veille de la Révolution et devient l’une des plus importantes du nord de la France. En 1780, elle est le plus fort contribuable du Havre.


Première étape d’intégration : la naturalisation


C’est seulement lorsqu’ils présentent des requêtes en bourgeoisie, en 1770 et 1776, que les Homberg rencontrent un certain ostracisme de la part des autorités havraises : la bourgeoisie6 leur est refusée pour cause de judaïsme. Les Juifs, en effet, n’ont eu un état civil en France qu’à partir de 1791. Bien que nés et demeurant dans le royaume de France, les frères Homberg ne sont pas pour autant des régnicoles7.Nés de père et de mère qui ne sont pas français, ils restent des étrangers qui ne peuvent pas reconnaître la souveraineté du Roi et s’avouer ses sujets. Or le droit d’aubaine attribue au roi de France la succession des étrangers morts dans son royaume, sans héritiers légitimes régnicoles. Étrangers, les Homberg et Lallemand sont juifs de surcroît, ce qui limite encore leur capacité juridique. « Un Juif n’a proprement point de domicile ; il n’a point d’état dans le Royaume », écrit Jean-Baptiste Denisart en 1754. Les Juifs ne peuvent donc pas acquérir de propriété immobilière. L’accès à nombre de professions, les corps de métiers notamment, leur est interdit : « Ni le sol, ni les arts ne peuvent leur fournir subsistance ». Ce n’est donc pas seulement pour se préserver du droit d’aubaine qu’ils demandent la naturalité, c’est aussi pour bénéficier des mêmes droits et pouvoirs que les naturels français. À titre de précédents, ils invoquent dans leur requête les privilèges accordés aux Juifs de Bordeaux, connus sous le nom de « Marchands portugais », en août 1550 par Henri II, confirmés et précisés à plusieurs reprises. En accédant à la requête des frères Homberg et de Joseph Lallemand, les lettres  de naturalité qui sont accordées aux descendants du premier Homberg, en septembre 1775, par le roi Louis XVI précisent qu’ils sont désormais exempts du droit d’aubaine et des confiscations. Elles décrivent leurs droits en matière de succession et les étendent à toute leur descendance. Elles leur accordent enfin une pleine capacité juridique. Les lettres de naturalité, notamment, défendent à quiconque de troubler ou de perturber leurs titulaires « en façon quelconque pour raison de leurs usages ou manière de vivre ». 


Deuxième étape : la conversion au catholicisme


Bien avancée, l’intégration des Homberg n’est cependant pas encore parfaite. La conversion au catholicisme leur apparaît comme une nécessité, l’aboutissement de leur assimilation dans leur pays d’élection : avec une maison de négoce de premier plan, il devient nécessaire aux Homberg d’asseoir cette prospérité par des liens autres que ceux du commerce, de la finance ou de la banque. Leurs concurrents comme les Begouën Demeaux, les Foäche, les Eustache, les Feray, les Blanche, ont tissé entre eux des alliances qui les renforcent. Les Homberg sont exclus de ce réseau pour cause de religion. Or ils n’ont plus de juif que le souvenir d’une origine. Le temps est venu de le rejeter pour s’agréger à la bourgeoisie havraise, ce qui ne peut se faire tant qu’ils restent juifs de religion : pour épouser un catholique, il faut le devenir. La religion n’étant plus considérée comme un fondement, elle n’est plus un obstacle et les trois frères Homberg (Louis, Grégoire et Edouard) se convertissent avec les leurs, en l’église Saint-Ouen de Rouen le mardi 3 mai 1785 et le vendredi suivant à Saint-Michel d’Ingouville. Ils sont immédiatement et totalement intégrés : le 28 février 1786, Colombe-Henriette Homberg, fille de Léon, épouse en l’église Saint-François, Joseph Lambert, conseiller du Roi et directeur de la Monnaie à Rouen. D’autres alliances consolideront la position sociale de la famille par des mariages avec des descendants d’armateurs et négociants, de juristes ou de secrétaires du Roi havrais ou rouennais, des ingénieurs de la Marine en poste au Havre, tous milieux qui formeront le terreau de l’élite dirigeante de l’Empire et de la Restauration. Le Journal de Normandie du samedi 7 mai 1785 en fait l’un de ses titres : « Événement remarquable. Rouen. L’abjuration collective de onze membres de la famille Homberg ». L’article précise lui aussi que les Homberg sont « chrétiens dans le cœur depuis longtemps » et insiste sur « la modestie et la ferveur » des néophytes. Il rappelle en outre l’importance économique de la maison de négoce des « trois frères connus non seulement dans tout le royaume, mais même à l’étranger par l’étendue de leur commerce et leur grande délicatesse dans les affaires ». L’éditorialiste des Archives israélites, Hippolyte Prague y voit, pour sa part, la preuve des manœuvres de séduction du clergé : « On se rend compte que les Homberg, étant devenus de très gros personnages, furent circonvenus par les prêtres qui attachaient une importance considérable à faire entrer dans le giron de l’Église des hommes de cette notoriété ». Pour autant des machinations cléricales semblent exclues : elles sont vraisemblablement inutiles. Les frères Homberg ne vivent pas pour rien au siècle des Lumières. Gerson et Éliézer font d’ailleurs partie en 1777 d’une loge maçonnique (la franc-maçonnerie, à cette époque, n’est pas antireligieuse) : Gerson y exerce les qualités maçonniques de substitut du trésorier et Éliézer de premier expert avec le grade de Maître Bleu secret. Si l’attachement des Homberg à leur nouvelle religion ne se démentira pas dans leur descendance, il faudra toutefois attendre la cinquième génération pour y rencontrer des vocations religieuses. Les extraits baptistaires de cette famille auront donc rempli selon le mot du poète juif allemand Henri Heine, leur office de « billet d’entrée donnant accès à la civilisation européenne ».

       

Texte adapté de l’article d’Anne Mézin et de Pierre de Boissieu « L'intégration d'une famille ashkénaze dans la France du XVIIIe siècle : les Homberg du Havre », Archives Juives 2/2001 (Vol. 34), p. 95-108.  Cf. www.cairn.info/revue-archives-juives-2001-2-page-95.htm <http://www.cairn.info/revue-archives-juives-2001-2-page-95.htm> .



GIOVANNI TORLONIA, BANQUIER ITALIEN DES BONAPARTE ET DESCENDANT D’UNE FAMILLE AUVERGNATE (propriétaire par procuration de 1792 à 1794)


Grégoire Homberg se défait du château d’en bas de Saint-Leu le 16 juillet 1804. Louis Bonaparte, frère de Napoléon l’achète, avec l’aide financière de l’Empereur, mais c’est surtout sa femme, Hortense, qui en fait sa demeure favorite.
D'après un ordre donné par les Bourbons, en 1815, la famille Bonaparte doit se défaire, dans un délai de six mois, de toutes les propriétés qu'elle possède en France. Louis Bonaparte retiré à Rome vend le 4 septembre 1815 au grand banquier romain, Giovanni (Jean) Torlonia, duc de Bracciano, pour 200 000 piastres romaines, soit 1 070 000 francs, son hôtel de la rue Cerutti à Paris, ainsi que son château et sa terre de Saint-Leu. Louis n'excepte de la vente que les meubles et tableaux appartenant à la reine Hortense. Mais cette vente est fictive et réserve les droits des parties : dans les faits, la famille Bonaparte reste propriétaire du château et il est probable que les Torlonia ne sont jamais venus à Saint-Leu. 


Louis Bonaparte se défait de ses propriétés françaises en 1818 et 1819, très largement en dessous de leur prix d’achat. Le 2 juin 1818, il vend l'hôtel Cerutti à un banquier suédois nommé Hagerman, moyennant, outre les charges, le prix principal de trois cent mille francs. Cet hôtel avait coûté, en l'an XII, au moins 484.000 francs de prix principal, ayant été payé par la maison de la rue Chantereine achetée de Simons 184 000 francs et d'une soulte de 300 000 francs ! La terre de Saint-Leu, quant à elle est franchement bradée à la moitié de sa valeur. Elle avait été achetée 464 000 francs et accrue de 10 hectares (passée de 69 hectares 49 ares 42 centiares à 79 hectares 50 ares). Louis avait restauré et considérablement agrandi le château. Il avait fait dans le parc des mouvements de terrain qui avaient coûté des sommes immenses, et il vend le tout, le 14 juin 1819, au prince de Condé, moyennant 250 000 francs, soit 214 000 francs de moins que le prix d'origine (sans compter le prix des embellissements).

Pourquoi cette vente, et dans des conditions si désastreuses ? On connaît l’attachement de la reine Hortense, sinon à l’hôtel Cerutti, du moins au domaine de Saint-Leu. L’historien Masson s’insurge contre une telle infamie.
« Par combien de lettres et de déclarations n'avait-il pas affirmé qu'il donnait à Hortense les biens qu'il possédait en France ! Il ne pouvait avoir besoin de l'argent qu'ils représentaient puisqu'il venait d'acheter à Civita-Nova, moyennant 120 000 piastres (643 000 francs), partie des biens que le prince Eugène avait reçus dans les Marches de la munificence de l'Empereur »8. 
Il faut pourtant croire que c’est à la demande de sa femme, que Louis Bonaparte vend ses biens en France, dans le but, invoqué par la duchesse de Saint-Leu, de pourvoir à l’éducation de leurs enfants.
« Je me dispense, écrit Louis dans une lettre à Hortense, en date du 15 juillet 1819, de répondre à ce que vous appelez votre pauvreté, à laquelle je ne puis croire. Ce serait à s'indigner si vous n'aviez deux cents louis à votre disposition pour faire le voyage d'Italie. Qui veut trop prouver ne prouve rien ou prouve le contraire. Ce n'est pas ma faute, de plus, si les gens d'affaires nous ont grugés. J'ai fini par faire tout ce que votre agent, le fameux Rey, a voulu et le résultat a été pour moi que j'ai cédé mes biens patrimoniaux dont j'avais été privé injustement depuis 18 ans pour la moitié de leur valeur, ce que je n'aurais jamais accepté sauf la nécessité de céder à mes enfants »9.
C’est ainsi qu’en vendant le domaine de Saint-Leu pour le compte de son client, le magnat Giovanni Torlonia disparaît le 14 juin 1819 du paysage saint-loupien, sans l’avoir le moins du monde marqué. Mais avant de le voir s’évanouir, attardons-nous sur la fabuleuse histoire de ce banquier franco-italien, parti de rien et devenu une des figures les plus représentatives du XIXème siècle romain.


Une fabuleuse ascension sociale


Giovanni Torlonia, naît en 1754 à Sienne, dans la classe la plus infime, et meurt à Rome, le 25 février 1829, avec le titre de duc de Bracciano10. Il descend d’une famille auvergnate du Forez. Son père, Marin Tourlonias (qui changera son nom en Marino Torlonia), né à Augerolles, petit village du Forez, en 1725, est tout d'abord valet de chambre à Rome du célèbre abbé de Montgon. Il ouvre ensuite dans cette ville un commerce de soieries et draperies sur le Corso, très vite florissant, puis une banque peu avant sa mort en 1785.
On raconte que Giovanni a d'abord été domestique de place à Rome, cicerone, et qu'il se tient d'habitude sur la Piazza di Spagna, attendant la pratique et vivant des paoli qu'il gagne en montrant le Colisée aux Anglais, ou en leur servant tant bien que mal d'interprète. À force de zèle et de probité, il parvient à se faire une réputation parmi les voyageurs, qui se le recommandent les uns aux autres. C'est ainsi qu'il se trouve mis en rapport avec Basseville, agent envoyé à Rome pour travailler l'esprit des masses dans un sens révolutionnaire, et qui attache à son entreprise le cicérone de la Piazza di Spagna. Les menées de Basseville aboutissent à provoquer une émeute au cours de laquelle il est assassiné par la populace. Le cicerone disparut à ce moment pour quelque temps. Mais on le voit réapparaître un peu plus tard, riche d'économies où se trouvent sans doute quelques assignats français, reste de ceux que Basseville a mis à sa disposition pour agir sur les basses classes de la population romaine. Il épouse la veuve d'un sellier dont la dot, assez ronde, ajoute à sa petite fortune. Il quitte alors la Piazza di Spagna et ouvre une petite boutique. C'est de là que l’ancien domestico di piazza part pour devenir en peu de temps un négociant de premier ordre, grâce à son intelligence, à la sûreté de son coup d'œil, à son esprit entreprenant, et un peu aussi aux suites de la révolution française. Les États de l'Église sont alors inondés d'assignats frappés de dépréciation. Giovanni Torlonia spécule en grand sur la réhabilitation de ces valeurs. Il opère vite et bien, et c’est dans sa propre maison qu'on finit même par établir l'imprimerie d’où sortent ces si commodes assignais romains, auxquels on donne cours forcé. Une de ses opérations les plus heureuses sera un emprunt garanti par les diamants de Notre-Dame de Lorette, sur lesquels le général Miolis a mis la main lors de l'occupation des Marches. De grandes affaires de banque, des fermages considérables - par exemple les fermes des alunières de Tolfa, et l'exploitation d'avantages équivalant à des privilèges - lui mirent en mains des capitaux importants. Comme à la suite des bouleversements politiques la plupart des grandes familles romaines sont tombées dans la détresse, Torlonia peut en outre spéculer sur l'acquisition et la revente de leurs propriétés. Et de la sorte, sa fortune s'accroît encore. Il reçoit la grandesse d'Espagne.


La consécration aristocratique


Une circonstance inespérée le met en relation avec le cardinal Luigi Barnaba Chiaramonti, futur pape. Lors de la mort de Pie VI (mort à Valence, exilé par Bonaparte, le 29 août 1799), le conclave, pour l'élection du nouveau pape, doit se tenir à Venise. Faute d'argent, Chiaramonti ne peut s'y rendre. Torlonia lui avance à tout hasard quelques centaines d'écus. Le cardinal s'en sert pour gagner Venise, où, dans l'église de Saint-Georges, il est élu pape sous le nom de Pie VII, le 14 mars 180011[9] <#_ftn9> . En reconnaissance de ce service, le souverain pontife nomme Torlonia banquier du Saint-Siège, marquis, et enfin duc de Bracciano (il a acheté la propriété des Odescalchi-Bracciano). Plus tard, Mme Laetitia Bonaparte, le roi Louis, Lucien Bonaparte et le cardinal Fesch, de même que Charles IV d'Espagne et son favori Godoi, mettent en dépôt chez lui d'énormes capitaux. Torlonia marie dès lors ses filles à des princes romains de la plus haute volée. 
L'aîné de ses trois fils, le duc Marino Torlonia, né à Rome le 6 septembre 1796, hérite du duché de Bracciano, qu'il revendra plus tard à la famille Odescalchi. Le cadet, le prince Carlo Torlonia, né le 18 décembre 1798, commandeur de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, continue les affaires du père, en société avec son frère puîné Alessandro (1800 - 1886). Ce dernier accroît démesurément l'immense fortune laissée à sa mort par leur père, en affermant pendant longues années la régie des sels et des tabacs tant à Rome qu'à Naples, de même que par des emprunts souscrits dans des conditions favorables et une foule d'autres grandes affaires. Et dès lors, son unique embarras est de trouver des placements pour ses capitaux, soit en fonds de terre soit dans des opérations industrielles. Il achète tout ce qui se met en vente dans les États de l'Église. C'est ainsi qu'aux environs de Rome, toutes les villas, toutes les terres productives lui appartiennent. Il  dépense plus d'un million de scudi romains rien qu'à embellir le palais qu'il possède en face du Palazzo di Venezia, ainsi que sa villa, située en avant de la Porta Pia. Il finance l’aménagement du lac Fucino, dont les travaux durent 13 ans et qui permettent la mise en culture de plusieurs milliers d’hectares. Ce mécénat lui vaudra le titre de prince de Fucino. Il épouse Thérèse, princesse Colonna-Doria et par suite de ce mariage, il ajoute à ses armoiries une colonne, comme armes parlantes. La fille aînée de ce grand mécène, Anna-Maria, épouse l’héritier d’une grande famille romaine, Giulio Borghese, qui deviendra de ce fait 2ème prince de Fucino et accolera à son nom celui de Torlonia. Faute d’avoir eu des fils, la plus grande partie de la colossale fortune d'Alessandro revient aux deux fils de son frère aîné Marino, Julio Torlonia, duc de Poli, né le 12 avril 1824, et Giovanni Torlonia, né le 21 février 1831. Marino, qui s’est fait remarquer par l'élévation de ses sentiments, une bienveillance sans égale et une franchise proverbiale, meurt le 1er janvier 1848.


Le souvenir des Torlonia à Rome


Les visiteurs peuvent admirer aujourd’hui à Rome, dans le quartier Nomentano, la Villa Torlonia, construite à partir de 1806 pour Giovanni Torlonia qui en commanda l'exécution à l'architecte Giuseppe Valadier. Celui-ci dessina une imposante villa dans le style néoclassique entourée d'un jardin anglais. Elle a été achevée par son fils Alessandro, qui aménagea notamment les jardins dans la partie sud, construisit, dans la zone de la Capanna Svizzera, la Casina delle Civette (1840) sur les plans de Giuseppe Jappelli et fit édifier deux obélisques (un égyptien et un moderne) en l'honneur de ses parents en 1842. Après avoir été la résidence privée de Benito Mussolini de 1925 à 1943, cette magnifique propriété est devenue en 1978 un parc municipal qui abrite trois petits musées : le musée de la villa dans le Casino Nobile, le musée de la Casina delle Civette, et le Casino dei Principi.


L’étrange facétie de Mme de Récamier et de la duchesse de Saint-Leu au bal de Giovanni Torlonia


En février 1824, la duchesse de Saint-Leu fit un séjour à Rome avec ses deux fils. Elle rencontra un jour, dans l’église Saint-Pierre, Mme Récamier12, qu’elle n’avait pas revue depuis les Cent-Jours. Elles sympathisèrent à nouveau. La politique empêchait les deux femmes de se faire des visites officielles, mais elle se donnèrent rendez-vous au Colisée. Puis elles ne cessèrent de se promener incognito dans la Ville éternelle jusqu’au jour où elles furent invitées toutes les deux à un bal masqué organisé par Giovanni Torlonia. Elle imaginèrent une incroyable facétie consistant à se faire passer l’une pour l’autre en portant le même costume. L’épisode est rapporté par Juliette Récamier : 
      

« Chaque jour nous nous donnions rendez-vous, tantôt au temple de Vesta, tantôt aux thermes de Titus ou au tombeau de Cécilia Métella, d'autres fois à quelqu'une des nombreuses églises de la cité chrétienne, ou des riches galeries de ses palais, ou des belles ville de ses campagnes, et notre exactitude était telle que presque toujours nos deux voitures arrivaient ensemble au lieu désigné. Ces mystérieuses promenades duraient depuis assez longtemps, quand on vint à parler d'un bal brillant qui devait avoir lieu chez Tortonia. Ce bal était masqué, ce qui fit venir à la reine la fantaisie d'y aller et de m'y donner rendez-vous. Nous convînmes de nous faire faire un costume semblable. C'était un domino de satin blanc tout garni de dentelles. Ainsi vêtues, on pouvait facilement nous prendre l'une pour l'autre. Seulement, comme signe de reconnaissance, je portais une guirlande de roses, et la reine un bouquet des mêmes fleurs. J'arrivai au bal, conduite par le duc de Laval-Montmorency. Au milieu de l'immense et brillante cohue qui remplissait les salons, je cherchais la reine des yeux et je l'aperçus enfin accompagnée du prince Jérôme Bonaparte. Tout en passant et repassant l'une près de l'autre, nous trouvâmes moyen de nous dire quelques mots et nous eûmes bientôt organisé un petit complot. Dans un moment où la foule était excessive, je quitte tout à coup le duc de Laval, et, m'éloignant de quelques pas, je détache à la hâte ma guirlande. La reine, attentive à ce mouvement, me donne son bouquet en échange et va prendre ma place au bras de l'ambassadeur de Louis XVIII, tandis que j'occupe la sienne sous la garde de l'ex-roi de Westphalie. Elle se vit bientôt entourée de tous les représentants des puissances étrangères et moi de tous les Bonaparte qui se trouvaient à Rome. Tandis qu'elle s'amusait des saluts diplomatiques que lui attirait la compagnie de l'ambassadeur, et dont quelques-uns sans doute n'étaient pas nouveaux pour elle, je m'étonnais, à mon tour peut-être, à la révélation de regrets et d'espérances que d'ordinaire on ne dévoile que devant les siens.
Avant qu’on ne pût soupçonner l'échange qui avait eu lieu, nous reprîmes nos premières places. Puis à une nouvelle rencontre, nous les quittâmes encore. Enfin, nous répétâmes ce jeu jusqu'à ce qu'il eut cessé de nous amuser, ce qui ne tarda guère. Car tout ce qui amuse est de sa nature peu durable.

Cependant, cette ruse, dont on avait fini par se douter, avait mis le trouble dans nos sociétés respectives. Le bruit s'était répandu dans le bal que la reine Hortense et Mme Récamier portaient le même déguisement, et l'embarras de ceux qui nous abordaient l'une ou l'autre, tant qu'ils n'avaient pas constaté notre identité, prolongea quelque temps le plaisir que nous prîmes à cette plaisanterie. Tout le monde du reste s'y prêta de bonne grâce, à l'exception de la princesse de Lieven que la politique n'abandonne jamais, même au bal, et qui trouva fort mauvais qu'on l'eût compromise avec une Bonaparte. Après cette soirée, nous reprîmes, la reine et moi, nos excursions journalières qui nous plaisaient de plus en plus. La reine apportait dans nos relations une grâce si coquette, elle avait pour les opinions qu'elle me connaissait des ménagements si délicats, que je ne pus m'empêcher de dire alors, en parlant d'elle, un mot qui fut répété, c'est que je ne lui connaissais que le défaut de n'être pas assez bonapartiste »13.

Extrait du testament de Napoléon


Un témoignage des relations d’affaires entre Napoléon et le banquier Torlonia nous est donné par un passage de son testament :


« Napoléon (sceau)


Ce 24 avril 1821, à Longwood. 


Ceci est un troisième codicille à mon testament du 15 avril.


...............


2. J'avais chez le banquier Torlonia de Rome deux à trois cent mille francs en lettres de change, produits de mes revenus à l'île d'Elbe, depuis 1816 ; le sieur Peyrusse, quoiqu'il ne fût plus mon trésorier, et n'eût pas de caractère, a tiré à lui cette somme ; on la lui fera restituer »14.

Hervé Collet


Février 2011

Bibliographie


Martial de Giac


- Auguste Rey, Martial de Giac au château de Saint-Leu, 1792-1794, in Mémoires SHAPOV, t. 25, 1903, 19 p.


- André Maillard, Saint-Leu-la-Forêt à travers les siècles : Histoire des châteaux, des seigneurs, des princes, de la reine Hortense, duchesse de Saint-Leu, et du village, depuis les origines jusqu'à nos jours, Jouve, 1936. Rééd. Le livre d’histoire, 2001, 238 p.


Grégoire Homberg


- Anne Mézin et Pierre de Boissieu « L'intégration d'une famille ashkénaze dans la France du XVIIIe siècle : les Homberg du Havre », Archives Juives 2/2001 (Vol. 34), p. 95-108.   Cf. www.cairn.info/revue-archives-juives-2001-2-page-95.htm

Giovanni Torlonia


- William Duckett (fils), Dictionnaire de la conversation et de la lecture, Firmin-Didot, 1860.


- Julie Récamier, Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, T. 2, Michel Lévy frères, Paris, 1860
- Frédéric Masson, Napoléon et sa famille, T. 12, P. Ollendorff, Paris, 1897-1919.


- Henri Ponchon, L'incroyable saga des Torlonia : des monts du Forez aux palais romains, Montmarie, 2005, 349 p.



1 Habitants de la Vallée de Montmorency

2 Habitants de Saint-Leu-la-Forêt

3 Courchamps (comte de), Souvenirs de la marquise de Créquy, 1710 à 1802, vol. 1, Fournier jeune, 1836, p. 291.

4 Peut-être dans l’actuel département de l’Oise : Mme de Créquy le présente comme seigneur de la Chapelle-en-Parisis.

5

6 Ce terme est dérivé de bourgeois (l'habitant du bourg) et attesté dès 1538 avec le sens d'« ensemble des habitants du bourg »

7 Régnicole est un terme juridique ancien qui désigne tous les habitants naturels d’un royaume ou d’un État. Cette qualité de régnicole est opposée à celle d’aubain ou d'étranger. En droit contemporain, on parle de citoyen ou de justiciable.

8 Frédéric Masson, Napoléon et sa famille, T. 12, P. Ollendorff, Paris, 1897-1919, pp. 306-307.


9 Ibidem.

10 Cette biographie est tirée en grande partie de l’ouvrage : William Duckett (fils), Dictionnaire de la conversation et de la lecture, Firmin-Didot, 1860, p. 613.

11 Ce pape est connu pour ses démêlés avec Napoléon et pour avoir prononcé la célèbre phrase : « Commediante ! Tragediante »

12 Jeanne Françoise Julie Adélaïde (dite Juliette) Bernard (4 décembre 1777, Lyon - 11 mai 1849, Paris) avait épousé en 1793, à 15 ans, Jacques Récamier, riche banquier parisien, amant de sa mère.

13 Julie Récamier, Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, T. 2, p. 82.

14 Las Cases (comte de), Mémorial de Saint-Hélène, édition de Joël Schmidt, éditions du Seuil, 1968.