HISTOIRE GÉNÉRALE DE SOISY-SOUS-MONTMORENCY


Jusqu’au 7 août 1850, date de la création de la commune d’Enghien-les-Bains, le territoire de Soisy s’étend sur 457,4 hectares. Il englobe la partie nord du lac d’Enghien et se trouve limitrophe de Deuil1. Il est traversé par deux petits cours d'eau : le ruisseau d'Andilly et le ru Saint-Valéry. D'une longueur de 3,2 kilomètres, le ruisseau d'Andilly naît à proximité du village d'Andilly et se jette dans le ru d'Enghien, après avoir traversé du nord au sud le territoire de Soisy2. Il alimente une petite pièce d'eau à la limite d'Andilly. Le ru Saint-Valéry naît en haut du boulevard de l'Orangerie à Montmorency et rejoint à Soisy le ruisseau d'Andilly où ils forment ensemble le ruisseau des Trois-Communes, qui se déverse dans le ru d'Enghien, formant à cette hauteur le Lac Nord ou Petit lac.

Le village d’autrefois forme grosso modo un rectangle, qui culmine à 140 m. aux confins d’Andilly et descend en pente douce jusqu’à la plaine, longtemps marécageuse, qui borde le lac d’Enghien, à environ 33 m. d’altitude minimale.

La superficie actuelle de la commune, après cession à Enghien de 62,4 ha, est de 395 hectares.


SOISY AVANT LA RÉVOLUTION


Présentation générale du village


La toponymie de Soisy

On estime généralement que le nom de Soisy est dérivé du latin Sosiacus, adjectif s’appliquant à une villa qui aurait appartenu à un homme appelé Sosius. Marianne Mulon3 indique l’interférence constante entre les Choisy et les Soisy. L’examen des formes anciennes montre que les Choisy sont souvent attestés d’abord avec S. Par exemple, le village de Choisy-aux-Bœufs (commune de Vémars, Val d’Oise) est Soisiacum en 1152. De leur côté, les Soisy sont toujours attestés d’abord avec S. Que penser ? Il faut reconnaître que pour les Choisy/Soisy d’Ile-de-France, on ne dispose pas d’attestations antérieures au XIe siècle. Si tous ces noms sont bien dérivés d’un nom de personne, ce dont on discute encore, ce peut être Sosius pour les Soisy et certains Choisy, Cautius pour d’autres Choisy4. Dans l’état de la documentation, on ne peut départager les concurrents.

Cependant, une première implantation d’origine gallo-romaine n’est pas formellement attestée dans la commune. La seule certitude est que l’ancienne voie romaine appelée chaussée Jules César, qui reliait Lutèce à Rouen, traversait l’extrême sud du territoire de Soisy5. Après Ermont, son tracé empruntait le sentier des Callais à Eaubonne, coupait les marais de Soisy, puis réapparaissait à Enghien sous le nom de chemin du Digne-Chien avant de rejoindre la route de Paris à Auvers, à l’endroit où celle-ci fait un coude.

La première mention écrite du village figure dans une charte de 1110, par laquelle Bouchard III de Montmorency donne à l’abbaye Saint-Florent de Saumur le four banal de Soisy (Soisiaco)6. La paroisse est citée en vieux français sous le nom de Sosoi dans une charte de 1293, dans laquelle Mathieu IV de Montmorency (1270-1304)7 décrit l’ensemble des villages de la Vallée qui font partie de sa châtellenie, trois fiefs sur Soisy dépendent à cette époque de sa châtellenie8.

Le village paie en 1369 16 livres d’impôts. Il compte 20 feux en 1470, soit environ 80 habitants. En 1709, le nombre de feux est de 77, soit 308 habitants, en 1735 de 68 feux (272 habitants), et en 1790, on compte 307 habitants9. Il devient officiellement Soisy sous Anghien (puis sous Enghien) quand la ville et le duché de Montmorency prennent l’appellation d’Anghien, en septembre 1689 : dans les faits, la population continuera à utiliser le nom de Soisy sous Montmorency.

Les habitants, pendant toute la période précédant la Révolution, sont en grande majorité des cultivateurs, appelés généralement vignerons, même si la vigne ne constitue pas forcément l’essentiel de leurs revenus. Certains sont domestiques ou jardiniers dans les grandes propriétés, très nombreuses dans le village après la fin de la guerre de Cent Ans, qui a dévasté l’ensemble de la vallée de Montmorency. La vigne est surtout présente sur le coteau. Les cultures vivrières occupent l’espace qui est laissé aux activités agricoles par les bois, les parcs et jardins des grands propriétaires ainsi que les terrains marécageux, longtemps impropres à l’exploitation. Peu à peu, avec l’augmentation démographique de Paris et de ses abords, la vigne fera place à des cultures maraîchères et surtout à la production de fruits, très recherchés par les Parisiens. Des élevages de bovins (de 12 à 30 selon les exploitations) sont également à signaler. La plus grande et la plus connue des exploitations pendant l’ancien Régime est la Ferme du Château de Monseigneur (mentionnée en 1624). En 1783, l’occupation du sol est la suivante : terres labourables : 45, 10 %. Bois : 17, 62 %. Maisons, bâtiments, jardins 13,60 %. Prés : 7,03 %. Ruisseaux, routes et chemins : 3,20 %.

Le village est traversé par le grand chemin qui conduit de Paris à Auvers (actuelle rue du Général Leclerc). D’autres chemins, souvent mal entretenus et impraticables l’hiver, relient Soisy à ses voisins : Eaubonne, Margency, Andilly, Montmorency, Deuil et Saint-Gratien.


SOISY, LE VILLAGE AUX DOUZE FIEFS

Extrait de la "Carte des chasses du Roi" (vers 1760)

Il n’est pas aisé de se retrouver dans le dédale des quelque douze fiefs et arrière-fiefs qui composent le terroir de Soisy sous l’Ancien Régime, d’autant que la situation juridique des différents domaines a beaucoup évolué dans le temps et dans l’espace. Leur répartition dans l’espace reste encore largement à découvrir. Une consolation : ils seront tous réunis au sein de la seigneurie de Soisy…peu de temps (six ans) avant la liquidation du système féodal sous la Révolution.

La seigneurie

Elle est aux mains de l’abbaye de Saint-Denis depuis l’origine10. Au XIIe siècle, elle appartient aux Le Bel, seigneurs de Villiers (-le-Bel), en qualité de vassaux de cette abbaye. Dans l’aveu et dénombrement, de 1146, à l’abbaye dionysienne, Mathieu-le-Bel tient de son vassal, « Adam de Soisy du fief qu’il tient dans Soisy, l’autre à l’extérieur ».

Au XIIIe siècle, une partie de la donation de Jean de Cernay, de février 1270, au Temple de Paris comprend le fief de Mathieu-de-Soisy11.

À partir du XVe siècle, elle est tenue de façon continue pendant près de trois cents ans par la famille de Soisy. Jean de Soisy, écuyer, est cité pour la première fois en tant que seigneur de Soisy sous Montmorency, le 23 juillet 1411.

Selon Lefeuve, le fief de Soisy consiste à cette époque en un hôtel devant l’église, en des bergeries, des colombiers et des terres. Jean de Soisy est également seigneur de la Chaumette qui, donnant au milieu de Soisy, rue des Lartres, se compose principalement de deux maisons, de jardins, d’étables et de 6 arpents à la Croix-d’Eaubonne, avec justice moyenne et basse.

Le fils de Jean, Thibault de Soisy, est maintenu par sentence des Élus de Paris du 4 mars 1454 en la jouissance des privilèges de noblesse contre les habitants de la ville de Dual. On trouve ensuite Guillaume de Soisy, époux de Marguerite de Linières.

Un des fils de Guillaume, Nicolas, rend foi et hommage au seigneur de Montmorency en 1550 pour une portion de la Chaumette, à savoir : les six arpents de la Croix d’Eaubonne, un arpent et demi à la pointe Raquel (qui deviendra Raquet) et un cens dû sur plusieurs héritages à Soisy.

Un autre fils de Guillaume, Jean de Soisy, épouse Antoinette Postel le 22 janvier 1610 en premières noces et Antoinette de Chardonnet en deuxièmes noces. L’abbé Lebeuf le désigne comme seigneur de Soisy et de Versailles au Val-de-Galie12. En réalité, il n’est que détenteur d’un fief à Versailles, où tourne un moulin, propriété qu’il vend vers 162413 à Louis XIII, pour la somme de cinquante mille écus, sur la demande insistante du roi. Ce dernier démolit le moulin et construit un premier château qui deviendra, avec Louis XIV, le magnifique ensemble architectural que l’on connaît. Edouard Fournier décrit l’affaire de la façon suivante, en 1859 :

« On n'eût pas dit que c'était un château royal, tant il était d'apparence modeste : « Nul gentilhomme, disait Bassompierre en 1626, dans son discours aux notables, n'en voudroit tirer vanité ». Quatre pavillons, unis par trois corps de bâtiment ; un péristyle à colonnes, surmonté d'une galerie et joignant ensemble les deux pavillons de l'est, le tout en briques ; tout autour un large fossé, et derrière un parc, qui ne fut agrandi que lorsqu'en 1632 le roi eut acheté et fait démolir le vieux castel des Loménie et des Gondi : tel était alors le château de Versailles. Louis XIV le respecta : « Sa Majesté, dit Félibien des Avaux, a eu cette piété pour la mémoire du feu roi son père de ne rien abattre de ce qu'il avoit fait bâtir ». Mansard, qui résistait, dut se soumettre, et le vieux château de briques resta comme enchâssé dans le nouveau »14.

Le dernier représentant de la lignée, Louis de Soisy, chevalier de l’Ordre de Saint-Louis, capitaine au régiment de la Sarre, est tué en 1703 par les rebelles protestants du Languedoc. Mais la seigneurie est entre temps passée à une famille de robe, les Viole, seigneurs de Guermantes et de Soisy, qui ont déjà réuni quelques fiefs sur le territoire de la paroisse, dont Nicolas de Soisy, Machault de Soisy, Barbou (à cheval sur Margency et Soisy) et le fief de Cuisse, sur Margency, mais avec des dépendances sur Soisy : Mme Viole est citée comme dame de Soisy en 1699, à laquelle succède Pierre Viole, conseiller au grand Conseil, en 1704.

Autres terres bénéficiant de droits seigneuriaux

- Le fief de Jean-de-Soisy–et-de-la Chaumette. Charles Lefeuve signale ce domaine comme ne faisant pas partie des terres réunies par Yves Verduc en 1750 et pourtant, il le décrit comme « probablement ancien château du lieu qui, avec sa chapelle, ses deux parcs, ses potagers, ses pièces de terre et avec une autre maison à l’enseigne du Soleil d’Or, également à Soisy »15. Il est vendu le 9 août 1777 par Mme Duhamel Rigaud de Saussaye, épouse de Pierre de la Haye, seigneur de Sénoville, par représentation de sa mère, à Paul Tabary, écuyer.

- Censives-de-Soisy. Catin, conseiller du roi Henri III (1575-1589), hérite du château principal et des Censives-de-Soisy et, selon Lefeuve, « le règne suivant (Henri IV, 1589-1610) ne les vit pas sortir de la famille Catin ».

- À signaler également le cas de Claude Lebret (cf. ci-après), écuyer, sieur de Choisy (sic), de la Chaumette et de Neuville, à qui le duc de Montmorency, haut-justicier, veut bien octroyer, vers 1624, ses droits de moyenne et basse justice. « Seulement, cette distraction nouvelle ne fut pas de très longue durée. Elle fit naître des difficultés d’exercice que trancha un arrêt du Parlement de Paris, en le supprimant bel et bien, conformément aux conclusions de l’avocat général Omer Talon »16.

Autres fiefs de Soisy

Le bois Jacques.

Son origine est controversée. Charles Lefeuve donne la version suivante dans les deux éditions de son Tour de la Vallée :

« Le roi d'Angleterre Jacques II, pendant son exil, sous le règne de Louis XIV, n'habita pas toujours ce château de Saint-Germain, que S. M. la reine Victoria a été visiter en 1855, pendant son séjour à Paris. Le roi Jacques résida également à Soisy ; il y fit planter le joli bois qui a gardé son nom »17.

« Ce bois lui-même n’a pu être, vers la fin du XVIIème siècle, que replanté. Il y en avait un autre de temps immémorial, au même endroit, et il semblerait avoir porté la dénomination actuelle dès le siècle où Marie Stuart eut pour père un Jacques, roi d’Ecosse et pour  fils un Jacques roi d’Angleterre. Les cartes et les livres écrivent le nom de trois manières : Jacques, Larques et des Lartres18. (…) Le bois Jacques … n’en forma pas moins un fief à part, qui relevait de la seigneurie de Soisy, auparavant d’y faire retour dans la seconde moitié du règne du grand roi. Les tenanciers en étaient, par exemple : dans l’année 1675, Henri Porlier, bourgeois. Sous Henri IV, Cyprien Perrot. Au commencement du même règne, Christophe-Auguste de Thou, chevalier. En 1547, un auditeur à la chambre des comptes nommé Bourgeois, qui ne disposait pourtant que de 8 arpents de bois sur les 22 que contenait le fief »19.

Les historiens ont tendance à penser que l’attribution de ce bois à Jacques II tient de la légende et que Charles Lefeuve, s’il ne l’a pas forcément inventée, l’a en tout cas amplement propagée20.

Le fief de l’Orfèvre ou de Neufville21. L’histoire de ce fief illustre de façon remarquable les possibilités d’ascension sociale rapide d’une famille de négociants parisiens sous l’Ancien régime. À l’origine, on trouve un certain Pierre l’Orfèvre, qui cède le domaine vers 1440 à Quentin Tailleur, procureur au Parlement. Guillaume Legras, marchand de poissons à Paris le rachète en 1457 et le donne en dot à sa fille, qui épouse en 1459 Nicolas de Neufville, bourgeois de Paris, enrichi lui aussi par le commerce de poissons. La propriété comprend à ce moment un hôtel, une grange, une étable, un colombier, un droit de rouage, etc., plus quatre arpents de bois dans la forêt, cinq quartiers de vigne aux Aloyaux, 14 sols parisis de menus cens. Bref, tous les attributs d’un fief féodal. Nicolas de Neufville réussit à faire ériger en seigneurie cette terre. Son fils (mort en 1549) épouse une Villeroy. Leurs descendants porteront le titre de Neufville-Villeroy, d’où sortira notamment le célèbre Nicolas V de Neufville, duc de Villeroy, maréchal de France, né en 1598, mort en 1685.

Le fief de Neufville est cédé par moitié, en 1585, à Catin, conseiller du roi, que l’on a rencontré supra. Il est ensuite divisé en 1624 : une moitié est achetée par Claude Lebret, écuyer (voir également supra) et l’autre par Denis Cochon, secrétaire du roi. Charles de Bourbon, écuyer, réunit les deux moitiés en 1637. Le fief complet revient en 1644 à Nicolas Dubuc, tabellion principal du duché de Montmorency. Il comprend à cette époque hôtel seigneurial, cours, granges, bergeries, etc. Les modalités de succession ultérieure de ce fief traduisent la façon dont le prince de Condé exerce son emprise sur la vallée de Montmorency par des liens de féodalité, que Katia Béguin préfère appeler « de clientèle »:

« Edme Ravière, secrétaire d’Henri II de Bourbon, était propriétaire du fief de Neufville (NB : depuis 1682), à Soisy, relevant du duché de Montmorency, dont héritent ses fils, Charles et Toussaint, tous deux avocats au Parlement. C’est d’ailleurs Charles que le Grand Condé, sollicité par l’avocat général Denis Talon22, choisit pour représenter ses intérêts dans cette cour. Puis son neveu François Ravière, conseiller au Parlement, disparaît de l’horizon clientélaire princier et se défait aussi, en 1706, de Neufville dont il a hérité. L’acheteur est vite trouvé : Pierre Darlons, secrétaire des commandements du prince est encore un commensal »23.

Ce fief sera réuni à la seigneurie en 1746.

Le fief Machault-de-Soisy 

« Henri de Bourbon, prince de Condé érigea en fief Machault-de-Soisy une maison avec cour, basse-cour et jardin, dans le village, rue des Fouessaux, en faveur de Louis de Machault, plus tard président au Grand Conseil, seigneur censier de l’endroit. Les oratoriens de Montmorency vendaient au même, en 1642, le fief Barbou, qui se partageait entre Margency et Soisy. Il donnait, six ans après, aux religieuses de Saint-Antoine-des-Champs, établies au faubourg Saint-Antoine de Paris, 25 livres tournois de rente perpétuelle, pour prix d’un fief de Saint-Antoine, qui consistait en menus cens et rentes foncières sur des biens à proximité des précédents. (…). Pierre Bourdon, seigneur lui-même… était aussi titulaire des susdits fiefs, qui ne devaient pas être de sitôt séparés de sa terre Nicolas de Soisy. Sa veuve, née Griollet lui succéda »24.

Le fief de Blainville

« C’était une terre à laquelle ne manquaient ni maison, ni pressoir, ni vignes, du temps de Marguerite de Blainville, qui était dame du Travers-de-Saint-Brice en 1373. Arnoul Boucher, maître des comptes, vendait Blainville, vingt-deux années plus tard, à Raoul le Pelletier, que remplaça Jeanne la Gentienne, sa veuve. Le même fief fut tenu par un autre Arnoul Boucher, en 1546, et par l’avocat Thirion, sous le règne de Louis XV (roi de 1715 à 1774) : il ne s’annexa à la seigneurie de Soisy qu’en 1784. Des cens étaient dus près Blainville au grand-prieur de France, commandeur du Temple »25.

À citer également :

- Les fiefs Taillefer et de Saint-Paul

- Deux autres évoqués par Lefeuve, désignés sous Louis XII (roi de 1498 à 1515) en ces termes : « qui fusrent à damoiselle Marguerite de Saint-Arnoult ».


Une « maison de campagne » au nord de Soisy

Il nous faut évoquer un domaine situé au nord-est de Soisy, dont il n’est pas facile de repérer exactement à quel fief historique il se rattache : il n’a laissé une trace écrite importante qu’aux XVIIIe et XIXe siècles, pour avoir accueilli des personnages ayant laissé leur nom dans l’histoire. Il est signalé par Charles Lefeuve et Le Prieur comme ayant appartenu à Mme de Verdelin et à l’abbé du Lau d’Allemans. Il supportait à l’époque une « maison de campagne » qui sera citée en 1839 comme étant la propriété Cavillier (cf. ci-après), faisant partie du « grand Soisy », et sera appelée au XXe siècle le château Vaubois.

Mme de Verdelin, la « chère voisine » de Jean-Jacques Rousseau. M. le Marquis de Verdelin, et son épouse, née Marie-Madeleine de Brémond d’Ars, acquièrent en 1759 cette propriété soiséenne, après avoir loué pendant trois ans le château du seigneur de Margency, Adrien Cuyret. Le couple s’est lié à Jean-Jacques Rousseau et à Mme d’Epinay par l’intermédiaire de Mme d’Houdetot. Après le refroidissement de la relation entre Jean-Jacques Rousseau et son amie Eaubonnaise (automne 1757), Mme de Verdelin s’est rapprochée géographiquement et sentimentalement du philosophe genevois, qu’elle nomme « son cher voisin »26. Ce dernier, à mesure que sa passion pour Sophie d’Houdetot s’estompe, se laisse gagner par l’attention que Marie-Madeleine de Verdelin lui porte, jusqu’à lui déclarer dans une lettre d’avril 1765 : « Amie unique, je n'aurai pas assez de tout mon cœur et de toute ma vie pour vous payer le prix d'une si tendre sollicitude ».

En 1763, Mme de Verdelin devient veuve. Adrien Cuyret, qui a été autrefois son amant et qui s’est installé à Sceaux depuis 1762, souhaite l’épouser. Mais il est devenu dévot, ce qui ennuie passablement la Marquise, et elle préfère se consacrer à ses filles. Mme de Verdelin se retire avec elles, en 1765, à l'abbaye de Panthemont, au faubourg Saint-Germain à Paris27, où elle demeure plusieurs années. Elle entretiendra à distance28 jusque vers 1771 des rapports amicaux et soutenus avec Jean-Jacques Rousseau. Elle vit dans sa vieillesse à Cognac et meurt, âgée de près de 83 ans, le 18 décembre 1810 au château de Carrouges dans l’Orne, chez son gendre, le général comte Le Veneur de Tillières.


L’abbé du Lau, ancien curé de Saint-Sulpice. L'abbé du Lau d’Allemans, souvent orthographié Dulau (1710-1794), ancien curé de Saint-Sulpice, résigne sa cure en 1777 en faveur de son vicaire, M. Jean-Joseph de Tersac. Après quelque temps passé à Issy (les Moulineaux), il s’installe dans la « maison de campagne » autrefois habitée par Mme de Verdelin, à une date encore inconnue, mais certainement avant 1784, puisque Le Prieur, cité par Lefeuve29, dans son ouvrage Description d’une partie de la vallée de Montmorency, parle de sa propriété en ces termes :

« Les jardins en sont grands, détachés les uns des autres, mais toujours entourés de murailles. C'est là que se repose, après trente années de travaux pénibles, ce vénérable Pasteur. Ses charités, ses vertus le font honorer autant qu'elles le rendent aimable et précieux à ceux sur qui il répand ses bienfaits »30.

Jean du Lau d'Allemans naît en 1710 au château de La Coste, diocèse de Périgueux. Il est l’oncle de l’archevêque d’Arles, massacré aux Carmes de cette ville en 1792. Il entre en 1737 dans la congrégation de Saint-Sulpice, et devient directeur au séminaire d'Orléans. Il quitte le séminaire pour entrer, en 1745, à la communauté des prêtres. Il est nommé, en 1746, curé de la paroisse Saint-Sulpice, une des cures les plus importantes de Paris. Il décide - peut-être sur ordre - de résigner sa cure en 1764 en faveur du comte de Clermont, prince du sang et patron de la cure en sa qualité d’abbé de Saint-Germain. En échange de ce « sacrifice », on donne à l’abbé du Lau la riche abbaye normande de Corneville-sur-Risle (Eure)31, et le prince nomme l’abbé Noguès pour lui succéder. Mais ce dernier est janséniste et cette nomination soulève une énorme cabale, menée par la Comtesse de Gisors. L’abbé du Lau revient alors sur sa résignation et reste à Saint-Sulpice jusqu’en 1777, tout en gardant le bénéfice de l’abbaye de Corneville qu’on lui a accordée, au moins jusqu’en 1790 (il a 80 ans quand il quitte ses fonctions d’abbé commendataire). L’affaire est entérinée par un arrêt du Parlement32. Sur les revenus que lui procure son abbaye33, l’abbé du Lau donne 50 000 francs pour aider à agrandir l’église de Saint-Sulpice. C’est aussi, probablement, grâce à cette aisance financière qu’il peut acquérir, lors de sa retraite, la magnifique propriété soiséenne décrite par Le Prieur.


LA PAROISSE ET L’ÉGLISE DE SOISY


Grandeurs et déboires de l’église primitive

L’église dédiée à saint Germain (496-576), vingtième évêque de Paris, est attestée dans le pouillé de 1205. Elle est de collation archiépiscopale dès l’origine. La collecte comprend toute la partie septentrionale de l’actuelle commune d’Enghien-les-Bains. Du point de vue des gabelles, elle est unie à Montmorency. En 1269, Thibaut de Montmorency lègue par testament 60 sols à la fabrique paroissiale. Un autre lieu de culte est attesté à Soisy au moins depuis 1270 grâce à une charte par laquelle le roi saint Louis amortit divers biens et revenus destinés à permettre au seigneur Jean de Soisy d’édifier une chapelle. Cette chapelle seigneuriale durera jusqu’au début du XXe siècle.

Une église, qui figure sur un plan de 1624, a été reconstruite en 1536 (il en subsiste uniquement le clocher), comme l’indique l’abbé Lebeuf en ces termes :

« L’église est sous l’invocation de S. Germain, Évêque de Paris. Il est marqué dans la permission accordée aux Marguillers le 29 août 1536, d’y faire bénir cinq autels par Guillaume, Evêque Alexiensis, qu’elle était nouvellement bénite. Le Grand autel devait l’être en l’honneur de S. Germain et de S. Michel, un autre de la Trinité, le troisième de la Sainte Vierge, le quatrième des Saintes Magdelene et Catherine, et le dernier de S. Claude. S. Michel est regardé à Soisy comme second patron »34.

Comme beaucoup d’églises villageoises, cet édifice connaît de gros problèmes d’entretien, au point qu’arrive en 1673 un problème de taille : la voûte du chœur s’écroule !

« Jean Guironnet (NB. curé de la paroisse) gros décimateur de la paroisse étant décédé, ses héritiers refusent de prendre en charge les frais de réparation de la voûte du chœur tombée en 1673 et est « en grande ruine capable de tuer quelqu’un ce qui a obligé le sieur curé de transporter le tabernacle »35.

Il est probable que l’église est restée pendant longtemps inutilisable et que les paroissiens ont dû assister aux offices dans la chapelle seigneuriale, car sa restauration (ou sa reconstruction) ne date que de 1757. L’abbé Lebeuf en parle à cette époque en ces termes :

« Avant que deux siècles fussent écoulés depuis la construction de cette église, on s’étoit aperçu qu’elle avoit déjà manqué du côté du choeur. On a été obligé de l’abattre ces années dernières. Lorsque le chœur subsistoit, on y voyait aux voûtes et des deux côtés les armes de Montmorency. La cure est à pleine collation de M. l’Archevêque36 ».

Des curés officient à Soisy depuis au moins 1455 (cf. ci-après).

L’église du XVIIIe siècle est bâtie avec chœur, nef, deux collatéraux et un transept à un seul bras formant chapelle. Elle sera agrandie à deux reprises : en 1757, et de 1966 à 196837, pour faire face à l’extension de la ville (capacité de 800 places).

L’église Saint-Germain de Soisy est renommée pour ses stalles, son confessionnal et son retable. Six stalles Renaissance aux miséricordes en bois sculpté, dont trois sont à l’église, les trois autres à la mairie. Elles étaient disposées dans l’ancienne église de chaque côté du chœur et ont été restaurées lors de son agrandissement38. Elles sont datables du XVIe siècle : elles proviennent peut-être de l’église qui a précédé celle de 1757. Les sculptures représentent des sujets divers de la vie courante au Moyen âge : pélicans, acrobates, tête de lion, tête d’ange, tireuse d’eau, menuisier, tonnelier, ou vigneron, dresseur de chiens, dresseur d’ânes, apothicaire … Le confessionnal est une magnifique œuvre d’art réalisée en 1788 sur ordre de Monseigneur Antoine-Eléonore Leclerc de Guigne, archevêque de Paris, duc de Saint-Cloud et pair de France qui, lors d’une visite à la paroisse de Soisy, interdit d’utiliser le précédent confessionnal, jugé dangereux. Le retable du maître-autel est un tableau légué par Alexandre Javon, un des bienfaiteurs de la commune (cf. ci-après), en 1844, représentant la Sainte Famille avec la Vierge, l’Enfant Jésus, Elisabeth et Jean Baptiste, la croix, l’agneau, la colombe du Saint-Esprit, copie d’une œuvre du peintre espagnol Murillo conservée au musée du Louvre sous le titre de La Vierge de Séville. Restauré en 1935, ce tableau s’est de nouveau dégradé.


Les curés de Soisy font de la résistance

Le chapitre collégial de Montmorency détient depuis sa fondation une partie des dîmes sur la paroisse de Soisy. Par transaction en date du 22 mai 1455, il concède ces dîmes à l’abbaye de Livry39, à charge pour elle de payer le gros au curé de Soisy, et six setiers de grains au chapitre de Montmorency. L'abbaye de Livry abandonne probablement les dîmes au curé pour être déchargée du gros. Mais la redevance, qui est une charge foncière de la dîme, sera toujours exigible auprès du chapitre de Montmorency, avec droit pour le chapitre d’officier dans l’église de Soisy le jour de la fête du patron de la paroisse, saint Germain.

Cependant, à partir de 1530, chaque nouveau curé cherche à secouer le joug d'une charge qui visiblement l’insupporte40 :

- En 1530, messire Simon Quentin, curé de Soisy, est le premier à contester la redevance et à s’opposer à ce que le chapitre continue de célébrer 1’office le jour du saint patron dans l'église de Soisy. Il est débouté de sa plainte par sentence du 11 février  du Châtelet de Paris.

- En 1575, quarante-cinq ans plus tard, le curé suivant s’engage dans une nouvelle contestation. Le chapitre de Montmorency dépose plainte et par sentence du bailli de Montmorency, il est maintenu dans la possession de la redevance de quatre setiers de blé et de deux setiers d'avoine. Le curé n’ose pas s’avancer plus loin et continue à payer sans aucune difficulté.

- En 1671, le marguillier de Margency néglige de faire rendre le pain bénit à la grand'messe célébrée par les prêtres de l'Oratoire, ce qui donne lieu à procès porté devant le bailliage de Montmorency, devenu entre temps Enghien. Le 20 juillet, le marguillier est condamné à quarante sous de dommages et intérêts, et se voit enjoindre de présenter à l'avenir, lui et ses successeurs, le pain bénit à la messe des prêtres de l'Oratoire le jour de la Saint-Germain. À cette occasion, l’abbé Prévost, curé de Soisy, soulève à son tour quelques difficultés concernant la redevance, mais on ne sait pas quelle suite est donnée à sa contestation.

- Le 9 décembre 1678, l’abbé de Bordeaux, nouvellement pourvu de la cure de Soisy, passe une transaction avec les prêtres de l'Oratoire par laquelle, il s’oblige à payer les six setiers de grain par an au chapitre d'Enghien. En échange, les prêtres de l'Oratoire consentent à s'abstenir d'aller célébrer l'office dans la paroisse de Soisy le jour du saint patron, durant le mandat du curé, à titre personnel, sans conséquence pour ses successeurs.

- En 1725, l’affaire est relancée par le curé Germain-Jean Gautier. Ce prêtre est connu pour ses positions jansénistes : il est notamment partisan de réformes liturgiques visant à revenir à une conception plus dépouillée des rites religieux41. Visiblement, sa requête à l’encontre de l’ordre de l’Oratoire ne se réduit pas à une simple réclamation juridique. Il veut en faire un procès religieux : Henri Cochin, l’avocat des Oratoriens, s’efforce d’évacuer cet aspect, mais au lieu de balayer d’un simple revers de manche ce qui pourrait être considéré comme un procédé de diversion, il livre curieusement quelques détails sur la polémique à caractère religieux que semble sous-tendre le dossier présenté par le curé de Soisy (auquel nous n’avons malheureusement pas accès) :

« Mais ces chanoines ont grand tort de vivre en commun ; mais il y en a qui ne résident pas ; mais ils chantent un rite pour un autre ; mais ils disent matines au commencement de la nuit, et non au milieu : voilà, sans doute, des observations bien importantes et bien décisives pour la cause. Si le sieur Gautier était partie capable pour se faire rendre compte de ce qui se passe dans l'église d'Enghien (c-à-d. Montmorency), on n'aurait pas de peine à lui justifier qu'il n'y a rien qui ne soit en règle, et qui ne soit bien autorisé; mais il trouvera bon qu'on ne le regarde pas comme le supérieur du chapitre d'Enghien, et qu'on ne s'abaisse pas à lui demander son approbation; il peut cependant user du droit qui est ouvert à tous les critiques ; il peut impétrer par dévolu pour lui ou pour ses partisans, les bénéfices de cette église, et proposer pour moyen l'affreux scandale de chanoines qui vivent à la même table, qui chantent matines le soir, et dont quelques-uns ne résident pas exactement. Quand il aura fait cette démarche, on lui répondra comme il sera nécessaire. Mais tant qu'il se bornera à la cure de Soisy, qu'il y remplisse ses fonctions avec exactitude et avec édification, sans s'inquiéter sur la conduite d'un chapitre qui ne lui est pas subordonné, qui a des supérieurs éclairés et vigilants, dont il a toujours reçu des témoignages de satisfaction. On ne s'arrêtera donc pas à répondre aux censures répandues dans le mémoire du sieur Gautier ».

Nous ne connaissons pas le verdict de la grand’chambre, mais il est vraisemblable que le curé Gautier a été débouté : le dossier est indéfendable sur un plan purement juridique. Mais on est en droit de se demander pour quelle raison, pendant près de deux cents ans, d’une manière répétitive et juridisée, les curés de Soisy ont tenu à s’affranchir d’une disposition qui pourrait paraître mineure : qu’est-ce que six setiers de grains à livrer et une messe annuelle célébrée par des prêtres extérieurs à la paroisse ! On ne saurait réduire l’affaire à une simple question d’amour-propre de prêtres insolvables ou en mal de pouvoir. Le problème est à examiner sur un plan sociologique. Ne peut-on pas avancer l’hypothèse selon laquelle, derrière une démarche apparemment personnelle d’un simple curé de village, pourrait se cacher l’aspiration de toute une paroisse - unité, rappelons-le, autant administrative que religieuse à cette époque - à s’affranchir de la tutelle de la ville voisine ? Il n’est pas anodin, en effet, de s’appeler sous Montmorency. La dénomination originelle, à vocation purement signalétique – il y avait d’autres Soisy en Ile-de-France - n’aurait-elle pas été vécue au fil des temps comme une subordination politique ? L’affaire est hautement symbolique : la redevance de six setiers pourrait à la rigueur passer pour une question de solidarité, mais laisser à d’autres prêtres le soin de célébrer, dans son église, le saint patron de la paroisse – symbole de la communauté villageoise - le jour de sa fête, voilà qui est intolérable ! On ne peut s’empêcher de penser au combat séculaire du village voisin, Margency, pour s’affranchir de la tutelle d’Andilly42.


GRANDEUR ET DECADENCE DE LA SEIGNEURIE DE SOISY AU XVIIIe SIÈCLE : LE GRAND DOMAINE VERDUC – DE VRIGNY

L’épouse de Pierre Viole, Marie-Françoise Boyer, est veuve en premières noces de Jules de Moreuil, dont elle a eu un fils, Louis. En 1720, les époux Viole vendent la terre de Soisy à ce fils, sous réserve d’en garder l’usufruit jusqu’au dernier vivant. Malgré cette disposition, Louis de Moreuil revend le domaine le 17 janvier 1722 à Yves Verduc (1681-1773), écuyer, conseiller secrétaire du roi, Maison et Couronne de France et de ses finances, greffier en chef du Grand Conseil. Or les Viole sont toujours vivants et demeurent à Soisy. Yves Verduc ne pourra donc jouir de son acquisition qu’à la mort de M. et Mme Viole, qui interviendra en 1724, à sept mois d’écart. Mais en attendant, le Prince de Condé l’autorise dès le 4 juin 1722 à porter le titre de Seigneur de Soisy.

Yves Verduc père, en achetant le domaine en 1722, a trouvé dans sa corbeille, nous l’avons vu, sept des douze fiefs de la paroisse : il va n’avoir de cesse que d’arrondir son territoire. Il achète en 1742 à Antoine Porlier le fief du Bois-Jacques ou de Rubelle, puis en 1746 aux héritiers de Pierre Darlons les fiefs de Neuville et de Lormoy. Il réussit en 1750 à obtenir du Prince de Condé la réunion de tous ces fiefs en un seul, qui devient la nouvelle seigneurie de Soisy. Celle-ci s’accroît encore en 1753 des fiefs Jean-de-Soisy-et-de-la-Chaumette, dont Yves Verduc n’acquiert que les droits de cens. Les anciens propriétaires, M. de Launay et Mme Le Droit, gardent les titres honorifiques et restent en place jusqu’en 1754, date à laquelle leur terre est définitivement rattachée à la seigneurie principale. Un fief résiste encore : celui de Blainville. Yves Verduc mourra en 1773 sans l’avoir, mais son fils réussira à l’acquérir en 1783. Toujours est-il que l’ensemble des terres de la seigneurie de Soisy couvre au milieu du XVIIIe siècle plus de la moitié du territoire utile de Soisy (48 % en 1746, soit environ 200 ha avant l’acquisition des fiefs Jean-de-Soisy-et-de-la-Chaumette, sans compter environ 300 ha en dehors du village, selon le terrier établi à cette époque). Ce fait n’est pas exceptionnel dans la Vallée de Montmorency puisque son voisin Eaubonnais, Joseph-Florent Le Normand de Mézières, en fait autant ou presque sur Eaubonne à la même période43.

Yves Verduc, fils, naît en 1719. Ses parents lui achètent à vingt ans une charge de Conseiller au Parlement. Il épouse en avril 1753 Anne-Catherine de Selle (née en 1736) et à cette occasion, reçoit de ses parents en cadeau de mariage la seigneurie de Soisy, sous réserve, là encore, d’en garder l’usufruit jusqu’au dernier vivant. Sa mère, Hélène Verduc, née Fontaine, meurt le 17 mars 1757 à Paris, à un âge situé entre 64 et 69 ans. Son père ne décède que le 21 juin 1773, à l’âge de 92 ans (il est inhumé selon ses volontés au cimetière de Soisy), mais Yves Verduc fils n’est pas pressé de succéder à son père : il est devenu par son mariage baron d’Oulmes en Vendée où il possède un château et mille hectares de terres environ, sans compter un hôtel parisien, rue d’Anjou. Il n’a pas d’enfants, mais une de ses deux sœurs, Antoinette (née en 1719, sans doute fausse jumelle), a épousé en deuxièmes noces René Vauquelin, marquis de Vrigny (né en 1721) et le couple partage sa vie entre Paris où il possède un hôtel place des Vosges et Vrigny (près d’Argentan), où le marquis a ses racines. Leur fils, Antoine-René, est atteint de débilité mentale. C’est de lui (à moins que ce soit de son père) que Lenormand parle de la façon suivante dans une de ses « lettres à Jennie » :

« Je vais vous, raconter cette touchante histoire : M. de V*** (N. B. Il s’agit de M. de Vrigny), ancien seigneur de Soisy, adorait madame de S*** (N. B. Nom inconnu). Il s'en croyait aimé, mais bientôt un rival fut également accueilli de cette beauté. M. de V. voulut punir celui qui cherchait à lui ravir un cœur auquel il attachait tant de prix. Il le provoque en duel. Le cartel est accepté et l'on se rend sur le terrain, mais en vain les témoins cherchent à empêcher ce combat, en vain ils prétendent prouver qu'il ne faut point se couper la gorge pour une ingrate qui veut cesser de nous aimer, ou qui déjà nous a trahi, parce que cela ne remédie à rien. Ils citent à cet égard l'exemple de Faublas et mille autres plus concluants encore, rien n'arrête nos deux champions. Le fer brille dans leurs mains, et la vengeance est dans leur cœur. Les épées sont croisées, on se porte réciproquement des coups. Ils sont parés à l'instant : M. de V., quoique très habile en fait d'armes, se laisse trop emporter par le sentiment qui l'anime, il est blessé grièvement. La fureur s'empare de lui, et la fièvre bientôt l'agite. Un sang vicié par une jeunesse trop dissipée aggrave sa blessure, et la démence fut le résultat qu'il retira de cette malheureuse affaire. Aussi l'on dit que dès qu'il voit une dame, il fuit, ou se retourne avec une sorte de colère : du reste il est très bien soigné par les personnes à la garde desquelles il est confié »44.


SOISY PENDANT LA RÉVOLUTION

Les différents épisodes de la Révolution se déroulent à Soisy comme dans la grande majorité des paroisses de la Vallée, suivant les directives venant de Paris. Les grands propriétaires du village, jusqu’en 1793 ne sont pas inquiétés par la population locale, qui a bénéficié de leurs bienfaits durant l’ancien régime. Tout au plus, des « citoyens des environs » viennent-ils casser quelques glaces au rez-de-chaussée du château. Le marquis René Vauquelin de Vrigny a été député lors de la Constituante de 1789 et Yves Verduc est venu régulièrement à Soisy s’occuper de son domaine, devenu simple demeure et de son parc, devenu banal terrain agricole.

Les choses se gâtent à partir de 1793, plus exactement après la loi du 17 septembre sur les suspects, qui autorise l’arrestation de tout citoyen sous des prétextes les plus futiles. Le 2 octobre, René de Vrigny est arrêté à son domicile puis emprisonné le 18 et les époux Verduc subissent le même sort le 23, sur dénonciation de leur domestique, qui les accuse de faits invraisemblables. Les villageois de Soisy prennent leur défense, mais en vain. Yves Verduc meurt en prison, miné par la maladie et les privations, le 4 décembre 1793. Son beau-frère, René de Vrigny est une des dernières victimes de la Terreur, puisqu’il est exécuté le 9 thermidor an II.

Les deux veuves s’efforcent de régler la difficile succession d’Yves Verduc. Ce dernier avait légué à sa sœur, en 1788, le domaine de Soisy , mais du fait du changement de régime juridique pendant la révolution, la succession n’est liquidée que le 25 mars 1796. Antoinette de Vrigny s’est installée avec son fils à Soisy dès les premiers mois de 1795. Elle obtient en mai-juin la tutelle de son fils, atteint de démence. Elle meurt à Soisy le 8 avril 1787. Son fils Antoine est alors placé sous tutelle de ses cousins normands d’Amphernet et survivra pendant 30 ans encore jusqu’en 1828.

Il est probable que, pendant les dernières années du marquis Antoine de Vrigny, placé sous tutelle, le château est géré par le marquis de Chabanais, un cousin normand de la famille de Vrigny45. Charles Lefeuve écrit en 1856 :

« Vraisemblablement, c’est à M. de Vérigny (lire de Vrigny) que succéda le marquis de Chabanais, chez lequel s’arrêtait le 18 juin 1823, avec une suite nombreuse, Mme la Duchesse de Berry qui, afin de passer à Soisy, s’était détournée du chemin direct de Montmorency aux bains d’Enghien »46.

Après la mort d’Antoine, s’ensuit un très long procès mettant en scène ses héritiers indirects, à savoir des membres de la famille d’Amphernet47. Ce dossier fera l’objet d’une notice dans tous les manuels de jurisprudence. La propriété est finalement acquise en 1836 par MM. Auguy, Mauger et Guy-Ogier, qui détruisent le château et lotissent le parc.


L’ÉVOLUTION DES GRANDES PROPRIÉTÉS APRÈS LA RÉVOLUTION


En 1839, Soisy est décrit par le Docteur Perrochet en ces termes :

« Ce beau village, dont la population est de 400 âmes, est divisé en deux portions, le grand et le petit Soisy. Le premier, formé par les habitations des cultivateurs et par la propriété de M. Cavillier, agréablement située à mi-côte, se trouve au pied du versant méridional, et un peu à l’ouest de la colline de Montmorency. Le petit Soisy, un peu plus éloigné sur le plan de la vallée, est à cheval sur la route de Paris à Saint-Leu, et n’est composé que de quelques belles et grandes maisons, des trois ou quatre habitations de cultivateurs et d’une belle église, y compris le presbytère occupée par le digne ecclésiastique qui dessert à la fois Soisy et Eaubonne »48.

Il est à noter que pendant la Restauration, le nom du village retrouve le nom de Soisy sous Enghien.


Deux pionniers de l’aménagement des terres marécageuses

Nous avons eu l’occasion de dire que la partie basse de la commune, proche du lac d’Enghien, était marécageuse. Soisy va être, dans le premier tiers du XIXe siècle, un lieu d’invention de formules originales d’aménagement de terres marécageuses. Deux pionniers49, à quelques mois de distance et dans le même type de terroir, vont faire de cet espace ingrat un véritable Eden, que les promeneurs parisiens ne tarderont pas à venir visiter le dimanche.


Louis-Gervais Delamarre naît en 1766 à Mello dans le Beauvaisis. Il entre à 12 ans chez un procureur et vient à Paris où il est reçu en 1785, maître-clerc de Bourgeois, l'un des procureurs les plus accrédités du Châtelet. Son patron lui cède sa charge en 1791, mais les événements révolutionnaires l'empêchent de l'exercer : il échappe à deux reprises à la guillotine. Après le 9 thermidor, il se dévoue pour défendre les biens de ses clients, menacés de confiscation. Sa santé s'étant affaiblie, il quitte ses fonctions, achète en 1802 la terre d'Harcourt dans l'arrondissement de Bernay et s'occupe d’agriculture. En 1804, il acquiert une propriété à Soisy, dont il fait un terrain d’expérimentation et qui prend le nom d’Elysée de Soisy, en référence sans doute à l’Elysée de Julie, héroïne de la Nouvelle Héloïse de Jean-jacques Rousseau. Ce domaine est décrit en ces termes par Charles Oudiette en 1817 :

« (La propriété) nommée l'Elysée de Soisy, est moins une maison de campagne qu'un ermitage, créé en 1804 par M. Delamarre, à qui elle appartient. La distribution faite du local en plantations forestières, et le mélange avec la campagne, à cause que la propriété n'en est séparée que par des fossés et des bayes, lui ont valu la dénomination de l'Elysée de Soisy.

Le ruisseau qui traverse cet ermitage, et la bonne tenue du local, ajoutent à l'intérêt qu'il inspire, et justifient la disposition à laquelle on cède souvent d'y faire une visite »50.

Delamarre meurt en 1828 en faisant un don à la Société d'Agriculture - dont il ne fait pas partie – et en léguant 500 francs de rente à la commune de Soisy, destinés à l'entretien des rues et places. Il donne son domaine de 5 arpents à l'hospice de Montmorency, à charge pour lui d'entretenir à perpétuité les tombeaux de sa famille. L'Hôtel-Dieu de Montmorency fait entourer d'une clôture circulaire les tombes confiées à sa garde. En 1837, il lotit le terrain en parcelles agricoles et vend la maison, qui est démolie. Jusqu’à cette période, le parc de Delamarre est un lieu d’attraction pour les badauds :

«  L'Elysée de Soisy est une espèce d'ermitage dont la distribution attire une foule de curieux »51

On garde de Delamarre en tant qu’auteur, les ouvrages suivants : Traité de la culture des pins à grande dimension, Paris, 1826, in-8o ; Historique de la création d'une richesse millionnaire par la culture des pins, 1826.


La famille Le Rasle. Dans la même période, et juste en face de la propriété de Delamarre, s’installe à Soisy des jardiniers-fleuristes qui vont contribuer, eux aussi, à mettre en valeur la partie la plus ingrate du terroir communal. Voici comment est décrite, en 1846, l’implantation de la famille Le Rasle au début du XIXe siècle :

« Il y a quarante-quatre ans environ52, qu'un jardinier-fleuriste, nommé Le Rasle, ancien jardinier du duc de Penthièvre, entrepreneur de jardins, habitant à la Chapelle-Saint-Denis, vint, sous prétexte de promenade, visiter les environs de Montmorency. Il remarqua, en passant sur le territoire de Soisy, au bord de la route départementale n° 7, conduisant de Paris à Saint-Leu-Taverny, des marais couverts de joncs, de roseaux, de laiches et autres herbes aquatiques. Ces terrains, divisés par petites parcelles, étaient improductifs. Les propriétaires les avaient pour ainsi dire abandonnés. Il apprit que c'étaient des biens communaux qui avaient été partagés également par tête entre les habitants de la commune. (…)

Lorsque la plate-forme fut bien affermie, ce fut une chaumière élégante, un chalet pittoresque et gracieux, qui réalisa le bon goût et l'intelligence du sieur Le Rasle. Ce lieu dans la vallée, par son originalité acquise, devint même le point de ralliement des curieux qui venaient visiter l'ermitage de Jean-Jacques, et il était proverbial de dire : Allons là-bas, visiter le chalet du jardinier. Ce chalet, quoique situé dans un fond et par conséquent peu saillant, avait été si bien remarqué qu'il fut souvent le point de mire des artistes, qui le dessinèrent sous tous ses aspects.

Au bout de quelques années, la petite propriété de Le Rasle, successivement accrue et embellie, avec un caractère tout particulier dans la forme, faisait les délices des peintres et des amateurs de jardins, qui venaient admirer également cette riche végétation, ces arbres vigoureux qui avaient remplacé les plantes aquatiques et sauvages uniques dans cette localité.

Le Rasle père eut l'idée, vu l'abondance des eaux, de faire une rivière anglaise qui, tout en ornant son jardin, lui fournit encore des terres pour remblayer les parties basses. Après avoir défoncé son terrain, extirpé les mauvaises herbes, bien mélangé les terres, il planta des arbres fruitiers, des plants de haute futaie, des arbustes, etc., qui réussirent très bien et lui procurèrent des bénéfices au moyen desquels il put augmenter l'étendue de son domaine »53.


La propriété du maréchal Kellermann

Le plus ancien des fiefs de Soisy, dit Jean-de-Soisy, au sud de la route de Paris à Auvers (actuelle rue du Maréchal-Leclerc, du côté d’Eaubonne), est acquis, à une date indéterminée (probablement vers 1800) par le maréchal Kellermann. Lefeuve le décrit en ces termes :

« Une terre plus ancienne et plus autorisée comme fief que la résidence même du Marquis (de Vrigny) bordait et borde encore l’autre côté de la route d’Eaubonne et de Napoléon – Saint-Leu. Le château qu’on y voit semblait d’autant plus neuf vers la fin du XVIIIème siècle qu’on le comparait volontiers à l’hôtel de campagne ci-devant seigneurial dont la construction datait de bien plus loin (…) Celle (des deux propriétés) qui longeait d’une part la route d’Eaubonne et d’autre part le bois Jacques était au maréchal Kellermann, duc de Valmy, qui la tenait de la Comtesse de Montangon, et déjà l’on vantait beaucoup sa position, sa contenance de 40 arpents, son avenue à quatre rangs d’arbres. Mais telle était la force de l’habitude qu’on disait dans le pays : « Le maréchal Kellermann, pair de France, n’a que la maison ; c’est l’autre qui a le château ! »54.

François-Christophe Kellermann (1735-1820), duc de Valmy, maréchal de France, offre l'exemple assez rare d'un officier de fortune aussi bien traité par l'Ancien Régime que par la Révolution et la Restauration. Il naît à Strasbourg le 30 mai 1735, d’une famille distinguée. Jusqu’en 1789, il suit un parcours militaire classique qui le conduit jusqu’au grade de maréchal-de-camp du corps des Hussards. Il est créé commandeur de l’ordre de Saint-Louis en 1790 et, favorable aux idées nouvelles, il participe aux opérations contre les ennemis de la nouvelle République pendant toutes les années révolutionnaires. Il conduit les troupes françaises à la victoire lors de la bataille de Valmy contre les Prussiens (20 septembre 1792), ce qui lui vaudra plus tard son titre de duc. Emprisonné treize mois pendant la Terreur, il échappe de peu à l'échafaud. Sous le consulat et l’Empire, il accède au sommet des honneurs : inspecteur général de cavalerie en 1799, sénateur le 9 novembre 1799, président du Sénat le 2 août 1801, maréchal en 1804, duc de Valmy en mai 1808. C’est lui qui porte la couronne de Charlemagne lors du sacre de Napoléon et la queue du manteau du Roi de Rome lors de son baptême. Cette profusion de marques honorifiques conférées par l’Empereur ne l’empêche pas de voter, au sénat, le 1er avril la déchéance de Napoléon. Resté à l’écart pendant les Cents Jours, il devient pair de France le 2 juin 1815. Il passe alors la plus grande partie de l'année à sa maison de campagne de Soisy et se fait peu remarquer. Il meurt à Paris, le 12 septembre 1820, à l'âge de quatre-vingt-six ans, laissant un fils, lui aussi illustre, François Etienne Kellermann, également général sous l’Empire (mort en 1835). Son petit-fils siègera à la chambre des députés (circonscription de Toulouse) en 1844, sous le nom de duc de Valmy.


Des bienfaiteurs de la commune : la famille Javon – Caubert – Riancey – Saint-Affre

La dynastie Javon-Caubert, qui a illustré l’histoire de la commune est une famille « recomposée », du fait du remariage de Mme Caubert avec M. Javon. Cette grande lignée a habité la propriété que l’on appelle aujourd’hui le Val Ombreux et dont la municipalité a pu sauvegarder l’orangerie. Ce domaine est décrit en ces termes en 1839 :

« On trouve… encore à Soisy la riante propriété de la famille Javon, avec son orangerie, la plus riche de toute la vallée, et ses beaux clos entourés de haies vives où sont soigneusement cultivées et surveillées, par les propriétaires eux-mêmes de précieuses collections de rosiers et d’arbres fruitiers »55.

Jean-Baptiste Javon, maire de Soisy pendant douze ans (1817-1829) fait réparer toutes les routes en ajoutant ses propres deniers aux maigres ressources municipales :

« La salubrité de ce village est due encore à la manière dont les routes et les chemins qui le traversent ont été établis et sont entretenus. On n’y voit nulle part de ces mares vaseuses, croupissantes dans les ornières, de ces flaques d’eau sans écoulement qui vicient l’air dans les chaleurs. Cette inappréciable amélioration est due à M. Javon qui, durant ses fonctions de maire de Soisy a considérablement donné l’exemple et l’impulsion aux villages circonvoisins. Dans son zèle philanthropique, non seulement il consacrait tout son temps et de fortes sommes à cet entretien des routes de sa commune, mais il savait encore exciter une activité chez les autres en surveillant lui-même les travaux, et en leur procurant les avances nécessaires »56.

Mme Jean Baptiste Javon, née Françoise-Elisabeth-Alexandrine Renault, poursuit l’œuvre philanthropique de M. Javon, jusqu’à sa mort, le 5 décembre 1848 à Paris :

« Jamais femme ne fut douée d'un caractère plus noble, plus vertueux et plus animé de la charité chrétienne que Madame Javon. Providence de tous ceux qui souffraient, elle fonda des asiles ; elle bâtit à Soisy une école pour les sœurs qu'elle entretenait à ses propres frais. Elle fit don à la paroisse du presbytère pour le curé »57.

Alexandre Javon, son fils, l’aide dans ses œuvres : « Magistrat intègre, chrétien fervent, il fut un des fondateurs de la société si utile et si éminemment morale de Saint-François-Régis. D'une piété simple, pleine de grâce et de suavité, il savait être courageux dans l'épreuve ». Il meurt le 2 décembre 1843.

Mme Alexandre Javon, son épouse, prend le relais. Lefeuve indique, en 1866, qu’elle habite une maison voisine du château de Soisy, avec son gendre, M. Affre de Saint-Rome « écrivain distingué et neveu de Mgr Affre, ancien archevêque de Paris », qui reprendra le château du Val Ombreux et deviendra maire de Soisy.

Sylvain Caubert. Mme Jean-Baptiste Javon avait épousé en premières noces M. Caubert, dont elle eut un fils, Sylvain58, qui a illustré la commune et la Vallée de Montmorency de multiples façons. Sylvain Caubert naît vers 1799 à Paris. C’est lui reprend la direction du domaine du Val Ombreux à la mort de son père en 1829. Il devient lui aussi bienfaiteur de la commune, où il donne des réceptions somptueuses, le jour de la fête du village. Charles Lefeuve en donne la description suivante  en 1856 :

« Sur l'invitation de M. Silvain Caubert, président de la Société de prévoyance et de secours mutuels de Montmorency et de ses environs, nous assistâmes, le 4 juillet dernier, à une fête d'un caractère absolument nouveau. La haute grille du château de M. Silvain Caubert, qui donne vis-à-vis l'une des portes de M. Th. Davillier, était illuminée. (…) Toutes les classes de la société dansant ensemble, n'était-ce pas un spectacle rare ? Ici la marquise, là Toinon l'huissier, plus que jamais certain de faire ses frais, se voyait abordé amicalement par de rustiques plaideurs, qui lui eussent reproché ailleurs jusqu'aux jugements ayant servi de prétexte à l'état de frais ; la bourgeoisie, devenue minorité, se distinguait à peine de cette classe d'artisans où elle se recrute tous les jours l'agriculture, honorée à coeur joie, avait envoyé là ses représentants les plus actifs, les plus intelligents, et qui sont partout dignes d'estime, surtout dans un pays où les fleurs et les fruits sont assez beaux pour mériter un culte à part. (…) En somme, nous prenions part à une fête admirable, qui est annuelle ; un seigneur de village nous faisait ces charmants loisirs »59.

Sylvain Caubert est un « gentleman farmer » et fait partie de la Société d’horticulture de Seine-et-Oise. Il fonde et préside le 29 mai 1941, la Société de prévoyance de Montmorency, approuvée le 16 septembre 1847, qui servira de modèle à presque toutes les associations du même genre, qui surgiront après les événements de 1848. Le siège social est à Montmorency, mais, outre les membres honoraires, les ouvriers de tous les corps d'état peuvent en faire partie, s'ils habitent les communes de Montmorency, Groslay, Saint-Brice, Deuil, Montmagny, Saint-Gratien, Enghien-les-Bains, Soisy, Eaubonne, Andilly, Margency ou Montlignon. Sa devise, le vers de La Fontaine : « Il se faut entr'aider, c'est la loi de nature ».


Par acte notarié en date du 23 octobre 1858, Sylvain Caubert lègue à la congrégation des soeurs de Saint-Paul, dites de Saint-Maurice, divers immeubles lui appartenant sur la commune de Soisy, ainsi qu’une rente annuelle et perpétuelle de huit cents francs, sous l'obligation d'entretenir une école gratuite de filles, et de visiter les malades pauvres. Le décret impérial du 27 novembre 1859, qui ratifie cette donation, autorise également lesdites sœurs à fonder dans la commune une annexe de leur ordre, dont le siège est à Chartres et qui a été officialisé par un décret impérial du 23 juillet 181160. Sylvain Caubert meurt vers 1860. Charles Lefeuve, en 1866, dit de lui : « M. Sylvain Caubert… avait dans les habitudes autant de stabilité que dans les idées : il couchait encore pendant son dernier hiver, dans le lit où il était avant le commencement du siècle »61.


À signaler les personnages suivants, ayant vécu quelque temps à Soisy dans l’entourage de la famille Javon - Caubert :

- L’abbé Dominique-Charles Nicolle (né le 4 avril 1758, à Poville, près de Rouen) se retire à Soisy vers 1830 dans la propriété de M. Javon, qui a été comme lui élève de Sainte-Barbe de Paris62. Il y décède le 2 septembre 1835. L'abbé Nicolle devient d’abord professeur, puis préfet des études au collège Sainte-Barbe (où il a comme élève Edmond Michelet). Puis, à la Révolution, il émigre à Odessa, à l’appel de son protecteur, le duc de Richelieu, qui est gouverneur de cette ville. Il reçoit du tsar Alexandre le titre de visiteur de toutes les églises catholiques de la Russie méridionale. Il fonde en 1814, à Odessa, le lycée Richelieu, dont il conserve la direction jusqu'en 1820, date de son retour en France, où il est nommé membre de la Commission d'instruction publique le 22 juillet. L'année suivante, l'ordonnance du 27 février 1821 crée le rectorat de l'académie de Paris, dont Nicolle devient le premier titulaire. L'ordonnance du 26 août 1824, qui institue un ministère des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique, met fin à ses fonctions. En 1827, il est nommé vicaire général de Paris. La Révolution de 1830 lui enlève son siège au Conseil royal de l'instruction publique. C’est alors qu’il se retire à Soisy. Un an avant sa mort, il publie en 1834 une brochure intitulée Plan d'éducation ou projet d'un collège nouveau.

- Le colonel, comte Charles Jacquinot de Presle (né le 27 août 1790 à Pont à Mousson), chevalier des ordres de Saint-Louis, de la Légion d'honneur et de Saint-Ferdinand d'Espagne, décède le 8 mai 1851, après une longue et douloureuse maladie, chez son ami Sylvain Caubert à l'âge de 60 ans. Marié le 26 décembre 1826 à Palmyre Sophie de Rochejean (1801-1840), il est ancien officier d'artillerie et d'état-major. Enseignant à l’école d’officiers de cavalerie de Saumur, il publie un Cours d'art et d'histoire militaires, à l'usage de MM. les officiers de l'École royale de cavalerie (Saumur, Adolphe Degouy, 1829, in-8).

- Charles Camusat de Riancey est allié à la famille Javon, pour avoir épousé Mme Affre de Saint Rome, née Javon. Il est signalé par Lefeuve comme un des hôtes de la famille à Soisy. Il naît vers 1819 et meurt en 1861 « à 42 ans, usé avant le temps par le travail et la souffrance, au milieu d'une vie que l'affection des siens lui avait faite si douce et que son dévouement rendait si précieuse et si nécessaire aux autres »63. Avec son frère Henry, qui deviendra journaliste, historien et député, il publie en 1838, à 19 ans, une Histoire du monde, ou Histoire universelle depuis Adam jusqu'au pontificat de Pie IX (qui connaîtra en 1863, une réédition corrigée et augmentée, en 10 volumes, sous la seule responsabilité d’Henry - Charles étant décédé - chez Victor Palmé à Paris). Cette démarche se situe parfaitement dans l’idéologie ambiante de la Restauration qui tend à repositionner le christianisme au cœur de l’Histoire :

« M. de Riancey est, avant tout, chrétien. Pour lui, comme pour nous, le progrès de la civilisation d'un peuple sont liés au progrès de ses principes religieux ; et, de l'histoire des nations, peut se déduire cet axiome philosophique que l'auteur place avec raison dans son Introduction : « Plus une nation se rapproche de la vérité, de la justice et de la charité, dans sa foi, dans ses lois, dans son gouvernement, plus elle acquiert de prospérité morale, de vraie grandeur, de gloire assurée et féconde »64.


Le domaine du général de Vaubois, comte d’Empire et pair de France

Le général comte de Vaubois achète sous l’Empire la propriété occupée précédemment par la Marquise de Verdelin et l’abbé du Lau. Lefeuve estime que ce domaine est, à ce moment-là, plus réduit que précédemment : 14 à 15 arpents65.

Charles Henri de Belgrand, comte de Vaubois (1748-1839), naît en 1748 à Clairvaux. Il s’engage dans l’armée à 20 ans et gravit tous les grades jusqu’à celui de général de brigade le 6 août 1793. Il participe au siège de Lyon. Nommé général de division et commandant la 1ère division de l'armée des Alpes le 8 mai 1796, il passe presque aussitôt sous les ordres de Bonaparte à l'armée d'Italie où il prend part au siège de Mantoue. En juin de la même année, il s'empare de Livourne dont il devient le commandant. Placé à la défense de Trente il l'abandonne sous la pression de Davidovitch et recule jusqu'à Rivoli. Il participe à l’expédition d’Egypte et reçoit le commandement de l’île de Malte. Après avoir défendu La Valette avec 4 000 hommes contre les assauts anglais, il ne se rend, le 3 septembre 1800, qu'à la 8e sommation et après avoir perdu la moitié de sa garnison. Au commandant anglais venu prendre sa reddition et auquel il remet les clés des magasins, il déclare : "Vous les trouverez bien balayés. S'il y restait un sac de blé, vous ne seriez pas ici". Rentré en France, il est nommé sénateur, puis comte d’Empire en 1808 et reprend un peu de service actif. C’est probablement à ce moment-là qu’il acquiert (ou occupe) sa propriété de Soisy. Il est fait Grand-officier de la Légion d'honneur. Le 1er avril 1814, il adhère à la déchéance de Napoléon et se rallie à Louis XVIII, qui le nomme pair de France en juin et le fait Chevalier de Saint-Louis. Le général de Vaubois vote la mort du maréchal Ney en 1815. Il est mis de nouveau à la retraite en 1817 avec le grade de lieutenant général. Il meurt à Beauvais en 1839. Le nom du général Charles Henri de Belgrand de Vaubois est inscrit sur la 24e colonne de l'Arc de Triomphe de l'Étoile, pilier Sud (Champs-Elysées/Kléber). Son épouse, la comtesse de Vaubois est seule citée en 1817 par Charles Oudiette comme propriétaire du domaine de Soisy, en ces termes :

« (La propriété) dont madame la comtesse de Vaubois est propriétaire, a un parc de 14 à 15 arpens, bien planté, ainsi que les jardins où les arbres fruitiers de toute espèce sont très nombreux »66.

Le domaine passera ensuite à un certain M. Darchy, puis au colonel Leroux, dont on n’a pas la biographie (il est cité par Lefeuve comme étant présent à Soisy en 1866) et à la famille Cavillier susmentionnée, qui lui paraît liée, selon Lefeuve67.


Une dynastie de banquiers à l’ouest de Soisy

L’ancien domaine du Maréchal Kellermann, au sud de la route de Paris à Auvers, du côté d’Eaubonne, est acquis en octobre 1836 par Théodore Davillier (1789-1868), fils de l’illustre baron Jean-Charles Davillier (1758-1846), régent de la Banque de France de 1801 à 1846, et gouverneur de cette même banque en 1836. Sa famille achètera plus tard des domaines dans l’entourage immédiat de Soisy68. Théodore Davillier est lui aussi régent de la Banque de France. Il a épousé en 1820 sa cousine germaine Blanche Fillietaz, née en 1803 et qui meurt deux ans après l’installation du couple à Soisy, en 1838 : son nom est donné en Juin 1839 à une fontaine publique – la fontaine Blanche - payée sur les deniers de son mari. M. Davillier est nommé maire de la commune presque aussitôt après son arrivée, fonction qu’il occupera de 1836 à 1840 et de 1846 jusqu’à sa mort en 1868.

« On admire surtout le superbe domaine de M. Th. Davillier, qui se découvre en partie de la grand route, et dont le château moderne avec ses deux ailes encadrées par de hauts tilleuls déploie soudainement sa riche façade à l’extrémité d’une longue et large avenue. Sa majestueuse cour d’honneur, circonscrite par une galerie aux pilliers en pierre, dont l’entablement est orné de beaux vases toujours garnis de fleurs. Son trottoir porte deux lignes de grands orangers, dont le parfum se mêle aux odeurs suaves d’une belle collection de rosiers et de mille autres fleurs distribuées dans toute l’enceinte. Le centre de la cour forme une immense corbeille où les fleurs sont constamment renouvelées. Un côté de cette cour s’ouvre entièrement à jour sur un beau parc au moyen d’une grille dont on admire la longueur et le bon effet. Le côté opposé est fermé par des murs et une autre grille donnant sur la route. En bas, la cour d’honneur donne entrée dans un grand carré de mêmes dimensions, dessiné à la française, et bien digne de porter le nom de parterre de Flore. Plus loin vient la grande cour, dite cour d’arrivée, avec plusieurs corps de bâtiment et l’orangerie. Elle paraît faire partie de l’avenue au moyen d’une grille qui la laisse à jour dans toute sa largeur.

La beauté du parc de M. Th. Davillier répond à celle de son château. La lisière en est bordée par le bois Jacques, dont il a fait récemment l’acquisition, et dont les allées et les rotondes sont aussi soigneusement entretenues que s’il en avait interdit l’accès au public »69.

On doit à Théodore Davillier et à ses filles d’avoir grandement facilité l’édification en 1855 du temple protestant d'Enghien70, qui sert de lieu de culte aux membres de sa famille élevés dans la religion réformée (« mais la moitié de la famille de M. Davillier est catholique », précise Lefeuve).

L’aîné de ses trois filles71, Laure Cécile Davillier (1821-1906), épouse en 1842, Mathieu Dollfus, de la banque Dollfus, Mieg et Cie., fils de Mathieu Dollfus et de Salomé Koechlin. Il est administrateur de la Compagnie des chemins de fer de l’Est. Le couple hérite du château à la mort de Théodore Davillier en 1868. Leur fille Madeleine (1855-1926), épouse en 1874 le baron et banquier Jean Frédéric André Poupart de Neuflize (1850-1928), nommé régent de la Banque de France en 1902. Leur château est démoli en 1925 et la propriété morcelée.

La fille cadette de Théodore, Cécile Davillier (née vers 1823), épouse en 1839 Jules Delon, né en 1800, fils de Louis Delon, négociant et membre du Conseil d'Escompte de la Banque de France, et de Marie Julie Santerre. Le couple édifie, vers 1855, à l’emplacement de l’actuel ensemble commercial, près du Mont d’Eaubonne, le Château des Tourelles, à ce point limitrophe d’Eaubonne que les cartes postales de l’époque le situent sur cette commune. Il s’agit d’un édifice néogothique, dans le style Napoléon III, pastiche des châteaux féodaux, avec des tourelles d’angle.


TROIS ÉVÉNEMENTS MAJEURS AU MILIEU DU XIXe SIÈCLE

La physionomie du village va être profondément modifiée dans les années 1850 par trois événements importants : l’arrivée du chemin de fer, l’érection de la commune d’Enghien et la mise en service du Champ de courses dit d’Enghien.


Le chemin de fer

La mise en service de la ligne Paris-Nord – Pontoise, en 1846, est vécue d’une manière mitigée par la population. Pour les uns, elle facilite la liaison avec Paris. Pour les autres, elle est source de pollution et de bruit, elle isole le sud de la commune, même si deux lieux de passage sont ménagés : un souterrain au niveau de l’actuelle station du Champ-de-Courses (qui n’existe pas en 1846) et un pont à proximité de la gare d’Enghien (située à l’époque sur le territoire de Soisy). La station d’Enghien dessert alors tout le voisinage, et des omnibus à chevaux prennent le relais pour effectuer la liaison avec les bourgs de Soisy, Montmorency, Andilly, Margency, Deuil et Saint-Gratien. Elle est saccagée lors des événements révolutionnaires de juillet 1848. Des observateurs avisés ont cru reconnaître parmi les vandales, des cultivateurs de Deuil et de Soisy, ulcérés par l’arrivée du chemin de fer.

Dès 1841, lors des premières études d’implantation de la ligne, est posée la question d’un prolongement ferroviaire en direction de Montmorency. Mais la Compagnie des chemins de fer du Nord recule devant l’investissement, qu’elle n’estime pas rentable. L’idée est reprise par des pionniers obstinés, dont les plâtriers de Montmorency et de Soisy, désireux d’acheminer directement sur Paris les produits de leur exploitation72. Une ligne de liaison à voie unique, d’une longueur de 3 km entre la gare d’Enghien et le centre de Montmorency est inaugurée en 1866. Le train composé de voitures poussées à la montée par une locomotive à vapeur est surnommé le « Refoulons », car la locomotive est placée à l'arrière du train et non à l'avant, par souci de sécurité, dans la mesure où la pente du parcours est parmi les plus raides d’Europe (sans crémaillère). Cette ligne dessert Soisy, d’abord par la gare du même nom en 1871 (construction interrompue par la guerre de 1870), puis par la station de la Pointe Raquet (quartier limitrophe d’Enghien). L’exploitation est rentable pendant plusieurs années, puis devient déficitaire à partir de 1836, en raison notamment en raison des coûts d’entretien. La SNCF et les pouvoirs publics refusant de prendre en charge le déficit d’exploitation, la ligne est fermée et remplacée par un service d’autobus. La dernière liaison a lieu le 30 juin 195473.

L’érection de la commune d’Enghien-les-Bains

Une loi promulguée le 7 août 1850, érige en commune une superficie de 175 ha, prise sur les communes de Soisy, Deuil et Saint-Gratien, pour former la commune d’Enghien-les-Bains, consacrant ainsi la longue évolution du petit hameau qui s’est développé au fil des temps depuis l’exploitation des premières sources découvertes par le Père Cotte en 1766. Soisy cède 62,4 hectares de terrain, dont la gare d’Enghien, le Casino et surtout la bordure nord du lac, dont il ne lui reste plus que le Petit lac. C’est une grande perte pour la commune, non seulement en matière de notoriété et d’agrément, mais aussi de ressources fiscales.


La mise en service du Champ de courses

La commune de Soisy voit s’ouvrir en 1860 un premier hippodrome aménagé dans ce qui fut autrefois le Bois-Jacques ou le fief Jean-de-Soisy, appartenant alors à Théodore Davillier. Cette installation prend paradoxalement le nom de Champ de courses d’Enghien, alors que la totalité de son territoire se trouve pour 9/10e environ sur Soisy et pour le reste sur Eaubonne. Mais la notoriété de la commune nouvellement érigée d’Enghien-les-Bains est telle que les promoteurs de cet hippodrome ont préféré lui donner le nom de la station thermale voisine, universellement connue. Cependant, la commune de Soisy ne perd pas trop au change dans cette affaire, dans la mesure où elle en tire des bénéfices financiers74 et où elle se voit desservir par une nouvelle station, plus proche du bourg, inévitablement appelée Champ de courses d’Enghien75.

L’hippodrome se développe progressivement. La première course d’obstacles est organisée en 1879. Enghien fait alors partie des cinq hippodromes de la société des Suburbains (la Marche, le Vésinet, Saint-Ouen, Maisons-Laffitte et Enghien-les-Bains), repris à sa création en 1886 par la Société sportive d’Encouragement, qui l’achète en 1921. Une piste en dur est construite en 1922 pour le trot. Géré depuis 1997 par la Société d’Encouragement du cheval français, l’hippodrome est entièrement à la disposition des courses d’obstacles organisées par France Galop.


CARRIÈRES ET PLÂTRIÈRES

La butte-témoin de Montmorency constitue, avec celle d’Orgemont qui lui fait face, le plus important gisement de gypse d'Europe. Le gypse (sulfate de calcium), chauffé à 150o C. environ donne du plâtre. Les carrières de Soisy sont exploitées dès le début du XIXe siècle.  Elles sont situées, à flanc de côteau, au nord-est de la commune, aux lieux-dits le Châtaigner Brûlé, les Hauts-Alloyaux, le Grand-Chat, le Petit-Chat et le Trou du loup. Elles se trouvent dans la continuité de celles qui sont travaillées dans les communes voisines de Montmorency et d’Andilly. L’exploitation de ces carrières, ainsi que la production de plâtre, ne sont pas sans occasionner des tracas aux habitants des environs, relayés par la  municipalité :

« L’état des routes, suite au charroi des pierres a été l’objet de conflits constants entre les municipalités et les exploitants des carrières (…) : les voieries empierrées étaient défoncées d’ornières et étaient souillées par les débris de pierre et par les poussières de plâtre. Pour compenser les dommages, les plâtriers qui contribuaient à la prospérité du pays trouvaient des arrangements pour être tolérés. Ainsi, en 1827, deux exploitants de carrière à Soisy s’engagent-ils à fournir « dix journées de voiture à trois chevaux pour voiturer des pavés aux endroits indiqués par le maire » pour la réfection des voieries. Quelques années plus tard, c’est le sous-préfet qui proteste contre les conditions d’exploitation des carrières à ciel ouvert, à cause des effondrements. Un arrêté préfectoral interdit aux plâtriers de pousser l’excavation à moins de dix mètres des chemins voituriers et impose qu’à Soisy « la terre extraite (déblai) devra être rejetée sur le bord du terrain du côté des travaux pour former des berges destinées à prévenir le accidents »76.

Aussi l’activité d’entrepreneur dans ce domaine est-elle assujettie à la nécessité de développer un bon réseau de relations publiques. C’est ce en quoi excelle le plus Louis Marchand, un des plus célèbres plâtriers et briquetiers-tuiliers de Montmorency77, mais exerçant dans la commune de Soisy :

« Située au lieu-dit Grand Chat, l’autre carrière sur le territoire communal trouve des compromis avec la municipalité. Louis Marchand, son propriétaire, est un personnage influent. La municipalité l’autorise, par exemple, à creuser une galerie de huit mètres de haut sous un chemin, moyennant un don de 500 francs à la caisse municipale, associé à un engagement d’entretien d’une passerelle piétonne franchissant une partie de la carrière. Mais inexorablement enserrées par la ville qui gagne par l’est, les couches de gypse de la carrière du Chat ne peuvent plus être découvertes et l’activité est réduite dès 1906… » 78.

La personnalité de ce Louis Marchand est atypique. En effet, il tire ses bénéfices du commerce de vin en même temps que de la carrière du Chat :

« Il a su investir dès avant 1875 pour relier sa carrière à la voie ferrée et équiper l’usine d’une machine à vapeur. Une phrase en forme de slogan permet d’imaginer l’intérêt pour la production du plâtre suscité chez les hommes d’affaires de l’époque : « Le plâtre n’est pas, à Paris, sans analogie avec le pain. Paris a besoin, chaque matin, de sa ration de plâtre frais… »79.

À côté de lui, l’autre exploitant de Soisy, Joseph Barrois, pourrait faire pâle figure avec ses

20 000 tonnes par an. Et pourtant  son entreprise emploie en moyenne 65 ouvriers.


Ces entreprises survivent difficilement à la crise économique des années 1880. Du fait de la crise du bâtiment qui dure depuis 1882, la demande de plâtre diminue de moitié à Paris. L’entreprise Barrois, dans le quartier Saint-Paul, ne tarde pas à fermer ses portes et Louis Marchand transforme en 1906 ses carrières souterraines en champignonnières.

En 1899, une société en nom collectif, Leneru père et fils, acquiert l’ensemble des carrières et installations du quartier Saint-Paul. Peu après, Louis Auguste Leneru, avocat parisien, s’associe à Louis-Etienne Froidure, des carrières de Sannois. Ils exploitent à Soisy de nouveaux fours à chaux et construisent une unité de fabrication de carreaux de plâtre. L’association durera jusqu’à la reprise en 1947 par les Plâtres Vieujot. Cette entreprise familiale, créée en 1880 par Adolphe Vieujot, a installé ses premiers fours à Villetaneuse et à Pierrefitte. Elle s’implante ensuite à Montmagny, puis reprend, en vue d’établir un des fils Vieujot, Maurice (1913-1988), l’exploitation du Trou-du-Loup à Soisy, qui n'est plus utilisée comme carrière, mais en tant que plâtrière. Depuis 1965, les gypses qui sont travaillés à Soisy sont livrés depuis la carrière de Bessancourt. Une petite partie du site du Trou du loup est classée.


Une ville résidentielle au XXe siècle

Le XXe siècle voit s’accentuer la vague d’urbanisation amorcée à la fin du XIXe, par le lotissement des grandes propriétés. Les activités agricoles, puis industrielles comme celles des usines Rincheval (mécanique) et Bernard (fonderies) disparaissent peu à peu. La loi Loucheur de 1921 ne fera qu’accélérer le mouvement. Le développement de l'habitat à loyers modérés, d'abord près de la halte du Champ de courses, puis en limite d'Eaubonne, gonfle le chiffre de population qui passe de 7 000 habitants en 1954 à 13 000 en 1964, pour atteindre aujourd’hui environ 17 500 habitants. La commune, bien que restée « résidentielle », a vu son activité commerciale se renforcer par la création d’une zone de grandes surfaces à la limite d’Eaubonne, tandis que le vieux centre, composé d'anciennes fermes et maisons bourgeoises, a été réhabilité en respectant sa physionomie traditionnelle. Un ensemble de bâtiments administratifs et de services publics ont été édifiés dans les années 1970 de part et d’autre de l’avenue du Général de Gaulle, tandis qu’un grand complexe sportif était installé au bord de l’avenue Schweitzer, dans le parc du vieux château seigneurial. La commune a réussi à sauvegarder de l’ancien patrimoine architectural une partie du parc du Val Ombreux, transformé en jardin public et son Orangerie, utilisée à des fins culturelles. La commune est reliée directement par autoroute à Paris depuis la mise en service en mars 2003 du Boulevard intercommunal du Parisis (BIP, rebaptisé en 2007 Avenue du Parisis), lui-même raccordé à l’autoroute A 15, ouverte en 1975 en ce qui concerne la section Sannois-Franconville.

La commune fait partie depuis 2002 de la CAVAM (Communauté d’agglomération de la Vallée de Montmorency80), dont le maire de Soisy, M. Luc Strehaiano est président.

Hervé Collet,

novembre 2009.


Bibliographie


Ouvrages de base


- Hennequin (J), Soisy - promenade dans le passé, Éditions du Valhermeil, Auvers-sur-Oise, 1989, nombreuses illustrations.

- Lefeuve (C.), Le tour de la vallée : histoire et description de Montmorency, Enghien-lesBains, Napoléon-Saint-Leu… Herblay/par Lefeuve, Dumoulin, Paris, 1ère éd., 1856. 2e édition, 1866. Rééditée par le Cercle Historique et Archéologique d’Eaubonne et de la vallée de Montmorency, Eaubonne, 1975, 256 p. (Ces deux éditions présentent des versions très différentes)

- Monographie de l’instituteur 1900, Soisy, 1899, 11 p., Hist. Scol.,1 photographie.

- Dr. Perrochet, Essai sur la thérapeutique des eaux minérales d’Enghien et sur la topographie physico-médicale de la vallée de Montmorency, par le docteur Perrochet, de Montmorency, Paris, Malteste, 1939, 112 p. Cf. pp. 89-99.

- Roubault (J.), Yves Verduc, seigneur de Soisy-sous-Montmorency de 1722 à 1773, in Bulletin de la société d’histoire de Montmorency et de sa région, n° 15, 1997, p. 28-32.

- Roubault (J.), La fin des seigneurs de Soisy-sous-Montmorency, in Revue de la société d’histoire de Montmorency, vol. 16, 1998, p. 35-44.

- Roubault (J.), Lieux-dits et rues de Soisy-sous-Montmorency, in Revue de la société d’histoire de Montmorency, vol. 19, 2001, p. 39-45.

- Valdenaire (N.), Vivre à Soisy-sous-Montmorency : l’apport des inventaires après décès, de 1648 à 1684, mémoire de maîtrise d’histoire, 1994, Université Paris XIII (Villetaneuse), dactylographié, 182 p. (consultable au Fonds ancien de la Médiathèque d’Eaubonne).


Autres références


- Arzalier (F.), Des villages dans l’histoire, vallée de Montmorency (1750 à 1914), éd. P.U. Septentrion , Lille, 1996, 340 p.

- Baduel (D.), Briqueteries et tuileries disparues du Val d’Oise, Saint-Martin-du-Tertre, S. I., 2002, 302 p.

- Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980, 405 p.

- Canet (M.-M.), Quatre générations de plâtriers dans le nord-ouest parisien. Ruptures et continuités à la plâtrière Vieujot, p. 47-57, in Barthe (G.), (sous la dir.) et le GRPA, Le plâtre, l’art et la matière, Paris, Créaphis, 2001.

- Cochin (H.), Oeuvres complètes de Cochin, avocat au Parlement de Paris, Volume 7, Paris, Fantin, 1822, chapitre Cause à la grand'chambre. Pour les doyen, chanoines et chapitre de l'église collégiale d'Enghien, alias Montmorency, tous prêtres de la congrégation de l'Oratoire, demandeurs et défendeurs. Contre messire Germain-Jean Gautier, prêtre, curé de Soisy-sous-Enghien, défendeur et demandeur, pp. 78-86.

- Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 454.

- Frappaz (Z.), Vie de l’abbé Nicolle, vicaire général et chanoine honoraire de Paris…, J. Lecoffre et Cie, 1857, 308 p.

- Kraus (D. et H.), Le monde caché des miséricordes, éd. de l’Amateur, 1986, p. 210.

- Lebeuf (abbé J.), Soisi, in Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, 1745, rééd. 1883, t. 2, p. 39-45.

- Le Normand (F.), Lettres à Sophie, ou Itinéraire de Paris à Montmorency, à l'Hermitage et à l'île des Peupliers, en passant par Chantilly ; avec des détails historiques sur le séjour de J. J. Rousseau dans ces divers lieux, par M*** (le Normand), avocat, Paris, Nève, et Caen, le Roy, 1813, 85 pages. Cf . l’édition augmentée de 1818 sous le titre de Lettres à Jennie sur Mme d'Épinay, J. J. Rousseau, etc. (par M. Le Normand, avocat, à Caen), Paris, Bechet, 176 p.

- Le Prieur (J.-C). Description d’une partie de la vallée de Montmorenci, Et de ses agréables Jardins, Ornée de Gravures.À Tempé, et se trouve à Paris, chez Moutard, 1784.

- Mulon (M.), Noms de lieux d’Ile-de-France. Introduction à la toponymie, Ed. Bonneton, 1997, p. 62.

- Oudiette (C.), Dictionnaire topographique des environs de Paris, jusqu'à 20 lieues à la ronde de cette capitale, Oudiette ed., 1817, article Soisy, p. 612.

- Poisson (G.), Évocation du Grand Paris, éd. de Minuit, 1960, p. 280-284.

- Rival (M.), Le Refoulons, chemin de fer d’Enghien à Montmorency. Petite histoire d’une grande ligne » (1866-1954), éd. Valhermeil, 1989, 290 p.


1 Ce qui n’est plus le cas actuellement.

2 Il est aujourd’hui canalisé en égout.

3 Mulon (M.), Noms de lieux d’Ile-de-France. Introduction à la toponymie, Ed. Bonneton, 1997, p. 62.

4 Un exemple d’erreur d’interprétation : certains historiens ont évoqué la présence des Templiers et d’une « commanderie » à Soisy, alors qu’elle était implantée à Choisy-le-Temple, Soysiacum, paroisse de Charny (Seine-et-Marne). Cf. « La présence des Templiers en vallée de Montmorency, l’improbable « commanderie » de Soisy-sous-Montmorency ».

5 Cf. « La chaussée Jules César et le vicus d’Ermont-Les sites gallo-romains de Taverny ».

6 Cf. « Histoire générale de Deuil-la-Barre ».

7 Cf. « Les premiers seigneurs de Montmorency ».

8 Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980, p. 297-303.

9 Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 605.

10 Cf. « Le rôle social et économique des communautés religieuses dans la châtellenie de Montmorency ».

11 Voir supra note 4 : « L’improbable « commanderie » de Soisy-sous-Montmorency ».

12 Alexandre Laborde, dans son ouvrage, Versailles ancien et moderne, 1839, 516 pages, p. 85, dément la date de 1627 donnée par L’abbé Lebeuf : « En fait, on n'a pas la date de ce contrat, et c'est sans aucune preuve que l'abbé Lebeuf, et après lui les autres historiens, lui donnent la date de 1627. M. Eckard (p. 35) en adoptant ce chiffre, avoue cependant que tous les titres antérieurs à 1632 ont été détruits ou dispersés. Or, le maréchal Bassompierre, dans le discours qu'il prononça a l'assemblée des notables convoquée à la fin de 1626, parle déjà du château de Versailles comme d'un édifice alors terminé ce qui fait supposer à Blondel avec raison qu'il fut construit en 1624 ». 

13

14 Edouard Fournier, Variétés historiques et littéraires : recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers, Paris, P. Jannet, 1859, note p. 315.

15 Charles Lefeuve, Le tour de la vallée : histoire et description de Montmorency, Enghien-lesBains, Napoléon-Saint-Leu… Herblay/par Lefeuve, Dumoulin, Paris, 1ère éd., 1856. 2e édition, 1866. Rééditée par le Cercle Historique et Archéologique d’Eaubonne et de la vallée de Montmorency, Eaubonne, 1975, p. 168.

16 Omer Talon (1585-1652) fut un célèbre magistrat sous Louis XIII et pendant la Régence. Il n’hésita pas à s’opposer à Richelieu pour défendre l’indépendance de la magistrature. Cf. ses Mémoires en plusieurs volumes, édités en 1732 à la Haye chez Gosse et Neaulme (numérisés par Google). Cf. également sa biographie, établie par Wikipedia sur Internet.

17 Lefeuve (C.), op. cit., 1ère éd., 1856, p. 334.

18 Lefeuve ajoute en note : « Le plan de Paris et de ses environs par Lagrive (établi entre 1747 et 1749), est un de ceux qui disent : bois Jacques. Mais d’après l’atlas appelé Cartes des Chasses (établi entre 1764 et 1804), le même bois se serait divisé en bois Notre-Dame et en un bois des Larques ».

19 Lefeuve (C.), op. cit. 2e éd., 1866, p. 174 de l’édition du Cercle Historique d’Eaubonne (1975).

20 Jean Roubault écrit « Cette légende semble être apparue au XIXe siècle dans la littérature touristique liée à Enghien-les-Bains et dont la valeur historique laisse à désirer », in Revue de la société d’histoire de Montmorency, vol. 19, 2001, « Lieux-dits et rues de Soisy-sous-Montmorency », p. 40.

21 Parfois orthographié de Neuville, surtout au XVIIIe siècle.

22 Fils d’Omer Talon.

23 Katia Béguin, Les princes de Condé : rebelles, courtisans et mécènes dans la France du Grand Siècle, Seyssel/Champ Vallon, 1999, 462 pages, p. 218.

24 Lefeuve (C.), op. cit., éd. 1866, p. 168.

25 Ibidem.

26 Cf. « Mme de Verdelin, une « aimable voisine » de Jean-Jacques Rousseau, selon Sainte-Beuve »

27 Ancien couvent des Augustines du Verbe-Incarné, où les Bernardines de l’abbaye de Panthémont, diocèse de Beauvais, sont venues se réfugier, en 1671, en gardant son nom d’abbaye de Notre-Dame-de-Panthémont, devenu temple réformé en l’an XI. Le prieuré des Bernardines d’Argenteuil fut uni à cette maison, en 1745.

28 Elle fera cependant une fois, avec ses filles, le voyage de Motier-Travers où réside le philosophe, après avoir quitté la France.

29 Charles Lefeuve, op. cit., éd. de 1856, p. XXX

30 Le Prieur (J.-C.). Description d’une partie de la vallée de Montmorenci, Et de ses agréables Jardins, Ornée de Gravures. A Tempé, et se trouve à Paris, chez Moutard, 1784.

31 Corneville-sur-Risle (Eure) : abbaye d’Augustins fondée en 1143.

32 Cet épisode est notamment rapporté par Grimm dans sa Correspondance littéraire (lettre du 1er décembre 1765), citée par Louis Petit de Bachaumont, Jules Amédée Desiré Ravenel, Mémoires secrets de Bachaumont, de 1762 à 1687, 1830, p. 376.

33 « À l'époque de la Révolution, dit M. Canel, les religieux de Corneville possédaient 45 000 livres de rentes, et ils étaient parvenus à absorber à l'avance une année de leurs revenus. Outre les dîmes déjà citées, ils percevaient encore la moitié de celles de Tocqueville. Parmi leurs fiefs nobles, nous trouvons ceux de Biancourt, de la Vaquerie, de Juliane ou des Dames-Juliennes, de la Vinque, le petit fief de Saint-Mards et les vavassories de Chopellard et des Champs ». Cf. Mémoires et notes de M. Auguste Le Prevost pour servir à l'histoire du département de l'Eure: recueillis et publiés sous les auspices du Conseil général et de la Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure, Evreux, Impr. d'A. Hérissey, 1862, p. 550.

34 Abbé Jean Lebeuf, Soisy, in Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, 1745, ré-éd. 1883, t. 2, p. 632.

35 Father Raoul de Sceaux, Jean Mauzaize, Le rôle et l'action des capucins de la province de Paris dans la France religieuse du XVIIe siècle, 1978, Vol. 2, p. 764.

36 Abbé Jean Lebeuf, op. cit., p. 632.

37 La première pierre a été posée par Mgr Renard, évêque de Versailles et le nouvel édifice a été béni par Mgr Rousset, nouvel évêque de Pontoise après la création du Val d’Oise en 1968.

38 Kraus (D. et H.), Le monde caché des miséricordes, éd. de l’Amateur, 1986, p. 210.

39 Abbaye de Livry-en-l’Aulnois. Collateur : l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs, doyenné de Chelles, fondée par Guillaume de Garlande, en 1186, diocèse de Versailles (dans l’ancienne Seine-et-Oise). Actuellement commune de Livry-Gargan, chef-lieu de canton, arrondissement du Raincy, Seine-Saint-Denis.

40 Informations tirées de l’ouvrage Henri Cochin, Oeuvres complètes de Cochin, avocat au Parlement de Paris, Volume 7, Paris, Fantin, 1822, chapitre Cause à la grand'chambre. Pour les doyen, chanoines et chapitre de l'église collégiale d'Enghien, alias Montmorency, tous prêtres de la congrégation de l'Oratoire, demandeurs et défendeurs. Contre messire Germain-Jean Gautier, prêtre, curé de Soisy-sous-Enghien, défendeur et demandeur, pp. 78-86.

41 Cf. la revue L’ami de la religion et du roi, 1829, p. 20.

42 Cf. « Histoire générale de Margency ».

43 Cf. « Le Louis XV Eaubonnais : Joseph-Florent Lenormand de Mézières ».

44 Lettres à Jennie sur Mme d'Épinay, J. J. Rousseau, etc. (par M. Le Normand, avocat, à Caen), Paris, Bechet, p. 126.

45 Louise Perrine d’Amphernet, grand-mère maternelle du marquis de Vrigny, épouse en 1769 haut et puissant messire Colbert, chevalier, marquis de Chabanais, capitaine d’ordonnance des gendarmes bourguignons, maréchal de camp des armées du roi. Cf. Nobiliaire universel de France ou Recueil général des généalogies, 1843, p. 110.

46 Charles Lefeuve, op. cit., éd. de 1856 p. 337.

47 Extrait du Recueil critique de jurisprudence et de législation. Cour de cassation, France. Conseil d'Etat, France. Tribunal des conflits, 1840, p. 113, Arrêt de la Cour de Cassation du 21 janvier 1840 : « Le marquis d'Urigny (NB : en réalité de Vrigny) est décédé en 1828, laissant une fortune considérable. Par un partage intervenu entre ses héritiers, le domaine de Soisy a été attribué indivisément aux dames Marie et Antoinette Damphernet. La première, décédée en 1835, a légué sa moitié indivise à plusieurs de ses neveux. La seconde, décédée peu de temps après, a légué l'autre moitié au sieur Pierre Damphernet. Pendant que l'indivision existait encore, et par acte du 7 juillet 1836, les légataires de Marie Damphernet ont vendu leur portion aux sieurs Auguy, Mauger et Guy-Ogier, moyennant 450 030 fr. De son côté, et par acte du 14 juillet suivant, Pierre Damphernet a aussi vendu sa moitié aux mêmes acquéreurs, moyennant une somme égale ».

48 Dr. Perrochet, Essai sur la thérapeutique des eaux minérales d’Enghien et sur la topographie physico-médicale de la vallée de Montmorency, par le docteur Perrochet, de Montmorency, Paris, Malteste, 1939, p. 99.

49 Cf. « À Soisy-sous-Montmorency, deux pionniers de l’aménagement de terrains marécageux ». Consulter également le paragraphe sur Les cressonnières de Saint-Gratien dans l’article « La présence de l’eau en Vallée de Montmorency ».

50 Oudiette (C.), Dictionnaire topographique des environs de Paris, jusqu'à 20 lieues à la ronde, Paris, 1817, p. 612. Le ruisseau mentionné est le ru d’Andilly.

51 Dictionnaire géographique universel ou description de tous les lieux du globe, 1837, p. 672.

52 Soit vers 1802.

53 « Sur le jardin et les constructions de M. le Rasle ». Rapport, fait à la Société d'Horticulture du département de Seine-et-Oise, dans sa séance du 3 décembre 1846, in Bulletin de la Société d'horticulture du département de Seine-et-Oise, Versailles, 1844/46, p. 65.

54 Charles Lefeuve, op. cit., éd. 1866, p. 169.

55 Dr. Perrochet, op.cit., p. 99.

56 Idem, p. 90.

57 Cf. Z. Frappaz, Vie de l’abbé Nicolle, vicaire général et chanoine honoraire de Paris…, J. Lecoffre et Cie, 1857, p. 264.

58 Donc, demi-frère d’Alexandre Javon.

59 Charles Lefeuve, op. cit., éd. 1856, pp. 337-340.

60 Bulletin des lois de l’Empire français, 1860, p. 1182.

61 Charles Lefeuve, op. cit., éd. 1866, p. 170.

62 Z. Frappaz, op. cit., p. 264.

63 Annales de la charité, vol. 7, Société d’économie charitable, Société internationale de charité, Paris, 1861, p. 156.

64 R. d'Estaintot in Revue de la Normandie, édité par Gustave Gouellain et Jean Benoît Désiré Cochet, 1864, p. 180.

65 Charles Lefeuve, op. cit., p. 169.

66 Charles Oudiette, Dictionnaire topographique des environs de Paris, jusqu'à 20 lieues à la ronde de cette capitale, Oudiette éd., 1817, article Soisy, p. 612.

67 Charles Lefeuve, op. cit., p. 337.

68 À l’est d’Eaubonne (Mont-d’Eaubonne) et au sud-est de Margency (la Renaudière)

Cf. « Histoire générale d’Eaubonne » et « Histoire générale de Margency ».

69 Dr Perrochet, op.cit., p. 94.

70 Cf. « La paroisse d’Enghien fête les 150 ans de son temple ».

71 Il n’a pas de garçons.

72 C’est ainsi que Joseph Marchand et son fils Alfred ont fait partie du premier conseil d’administration de la Compagnie Enghien-Montmorency qui a exploité la ligne du Refoulons.

73 Cf. Rival (M.), Le Refoulons, chemin de fer d’Enghien à Montmorency, éd. Valhermeil, 1989, 290 p.

74 « Il procure des ressources assez importantes au bureau de bienfaisance », signale la monographie de l’instituteur en 1899.

75 La municipalité a cependant obtenu, dans une période récente, que la station prenne le nom de « Champ de courses d’Enghien-Soisy » et a mis en valeur sa vocation hippique par des fresques ornant le souterrain de la gare.

76 Canet (M.-M.), Quatre générations de plâtriers dans le nord-ouest parisien. Ruptures et continuité à la plâtrière Vieujot, pp. 47-57, in Barthe (G.-L), Pingeot (A.), Le Plâtre : l’art et la matière, Art, Paris, 2001, p. 48.

77 Cf. « Les carrières à plâtre, tuiliers et briquetiers en vallée de Montmorency ».


78 Ibidem.

79 Idem, p. 56.

80 La CAVAM groupe huit communes de l’est de la Vallée de Montmorency : Andilly, Deuil-la-Barre, Groslay, Margency, Montmagny, Montmorency, Saint-Gratien et Soisy-sous-Montmorency.