HISTOIRE GÉNÉRALE DE GROSLAY


Un village aux confins de la Vallée

Certains auteurs se sont demandé si Groslay faisait bien partie de la Vallée de Montmorency, car le village a des attaches historiques très fortes avec ses voisins de la Plaine de France, comme Saint-Brice ou Sarcelles. Mais par ailleurs, ses liens avec Montmorency et Deuil sont également nombreux, et ses coteaux en font un terroir typiquement valmorencéen. Voici comment un chroniqueur du XIXe siècle résout la question :

« Ce grand village, dont la population s’élève à plus d’un millier d’âmes, est situé sur la pente orientale de la colline de Montmorency et n’en est éloigné que d’un quart de lieue, ce qui le fait comprendre dans la vallée, quoiqu’il se trouve hors de son bassin. Il paraîtrait plutôt appartenir au territoire beaucoup moins pittoresque de Saint-Brice et de Sarcelles. Mais comme il touche à Montmorency par l’Ermitage, et que d’ailleurs, il participe aux avantages de climature et de pureté atmosphérique qui caractérise la vallée, il a bien le droit de se considérer comme en faisant partie 1».

Un seul ruisseau, le ru du Haras ou ru Darras ou ru d’Ara (selon Maurice Gachelin), traverse le village. Il prend sa source à Montmorency : un acte de Guillaume de Montmorency de 1490 l’appelle ru de Arras, car il est tient son nom d’un fief établi dans cette ville au XIIIe ou XIVe siècle. Il entre à Groslay au nord-ouest, se profile en ligne droite à travers les jardins et les vergers jusqu’à l’actuelle gare de chemin de fer, où il fait brusquement un coude. Il prend ensuite la direction du sud et entre sur le territoire de Montmagny, au lieu-dit Le Saule. Il se jette quatre kilomètres plus loin dans la Seine, près du fort de la Briche. Il reçoit toute l’eau des pluies tombées sur les coteaux. Souvent à sec pendant l’été, il est vite rempli quand survient un orage et submerge les terrains qui le bordent.

Groslay est également doté de quatre sources à la lisière de Montmorency qui seront plus tard captées et canalisées pour alimenter des fontaines. L’une de ces sources servira longtemps de lavoir aux lavandières du quartier de la Rue. Une autre alimentera un lavoir public, dans le bas de la rue de la Fontaine, aujourd’hui Pierre Corre), au pied de l’église.

Les vicissitudes de l’histoire ont fait du lac Marchais un lieu administrativement rattaché à Deuil, mais le plan d’eau, qui porte si fort le culte de Saint-Eugène2, fait à ce point partie du patrimoine de Groslay, qu’il a fini par être acquis par la commune en 1844.

Le terroir de Groslay est, depuis des temps reculés, sillonnés de sentiers, au nombre de 96 jusqu’au début du XXe siècle. Beaucoup d’entre eux serpentent à travers les bois ou les taillis, derniers prolongements de la forêt de Montmorency.

La superficie actuelle est de 310 ha, mais jusqu’en 1872, date à laquelle intervient un échange (dissymétrique) avec Montmorency3, elle n’est que 295 ha. La commune compte aujourd’hui 8 500 habitants environ. Sa croissance démographique sur 10 ans est de 2,5 %, alors que la moyenne nationale n’est que de 0,41 %.


L’origine du nom

La toponyme Groslay a pris plusieurs graphies au cours des siècles : Graulido ou Granlido, Groelium, Groela, Groeletum, Groletum, Grolaium, Groslayum, puis Groolei et Grooloi, et enfin Grollay ou Grolay, avant de devenir définitivement Groslay à la fin du XVIIè siècle. La forme latine usitée en 862, Graulidum, est dérivée, avec le suffixe latin etum, de gravella, « lieu pierreux ». Gravelle, encore aujourd’hui, est un substantif employé communément dans le sens de gravier, sable (groele en vieux français). Le radical est celtique : graua (comme pour Deuil : Diogilum en 862, est issu de Divo-ialo, lieu divin).

Il est acquis que le territoire a une implantation ancienne. Le territoire de Groslay est traversé par la route RD 1, dont le tracé reprend celui de la voie antique entre Paris et Beauvais. À la limite de Sarcelles, le chemin du Moulin-à-Vent, au sud, et le chemin des Rosiers, au nord, reprennent en partie le vieux chemin des Postes, ancienne voie romaine se dirigeant vers Amiens via Luzarches4.

Vers 1850, une nécropole mérovingienne, comprenant des sarcophages en plâtre a été observée autour de l’église, rue du Général Leclerc, à environ 3 m de profondeur.

Dès le haut Moyen Âge, des vignobles appartenant à l’abbaye bénédictine de Saint-Denis sont déjà cités en 862 dans le premier acte qui mentionne Groslay, « Graulido ».

Au début du Moyen Âge, les paroisses sont moins nombreuses et leurs territoires plus vastes : les habitants de Saint-Brice et de Montmorency remplissaient leurs devoirs religieux à Groslay. À partir de 1090, suite à une donation du prieuré de Deuil, par Hervé Ier de Montmorency à l’abbaye Saint-Florent de Saumur, le prieur de Deuil nomme le curé de l’église Saint-Martin (classée monument historique le 9 décembre 1929), rebâtie au XIIe siècle puis dans la première moitié du XVIe siècle. Tout près, à l’angle des rues du Boys et Pierre-Corre, coulait une source miraculeuse.

En 1146, Mathieu le Bel tient en fief de l’abbaye de Saint-Denis, à la limite de Saint-Brice, le village de Neisans. En 1294, les religieux échangent leurs droits à Anesant et Groslay avec Mathieu IV de Montmorency5.

Une tradition locale fait de Groslay la paroisse mère dont aurait été démembrée Montmorency, pendant le haut Moyen-âge. Ainsi pourrait s’expliquer le fait que la collégiale montmorencéenne est dédiée au même saint que celui de l’église de Groslay, à savoir Martin. L’église est donc anciennement fondée lorsqu’à la fin du XIIe siècle, la collation du bénéfice paroissial est confiée par l’évêque de Paris au prieuré de Deuil, donation confirmée par le pape Alexandre II6.

Groslay apparaît ainsi comme une annexe de Montmorency, et la titulature de son église à saint Martin ne suffit pas à exclure cette hypothèse. Le toponyme est roman, une allusion à la nature caillouteuse qui a fait la richesse du vignoble7.


Le village jusqu’à la Révolution

Contrairement à la paroisse voisine de Deuil, qui compte plusieurs hameaux ou écarts8, Groslay constitue un village compact, groupé de part et d’autre de la Grande Rue. Voici comment l’abbé Lebeuf le décrit vers 1750 :

« Le terrain de Groslay est fort varié : c’est un pays de coteaux, de vallons qui sont remplis principalement de vignes et d’arbres fruitiers, surtout de cerisiers. Le village, qui ne forme presque qu’une ou deux rues, s’étend sur une grande partie de la descente de la montagne, et n’a aucune maison écartée. Il comptait 739 habitants (contre 1 115 à Montmorency), 200 feux (soit environ 800 habitants) en 1742 »9.

À l’origine, le village est desservi par une seule route carrossable, la Grande-Rue, entretenue par les seigneurs locaux, qui s’arrangent pour faire financer les travaux par le gouvernement, et qui mettent à contribution les paysans sous la forme de corvées. Le problème est que cette route est une grande voie de communication, qui relie Paris à Amiens.

« Il passe plus de cent voitures par jour qui vont dans la vallée ou qui en viennent, chercher des pierres, du plâtre, des tuiles, du bois, du vin, du grain, de la farine, des tonneaux et généralement toutes sortes de marchandises, ce qui rend la commune vivante, mais qui détruit étrangement la route »10.

Groslay connaît les affres des guerres. En 978, la population groslaysienne subit l'invasion des troupes de l'Empereur germanique Othon, qui s'empare de la colline de Montmorency et y établit son camp avec 40 000 hommes. Les paysans sont pillés et massacrés. Les Anglais en font autant en 1358. Dom Félibien, abbé de Saint-Denis, rapporte que Groslay est mis à sac par des soldats en 1649 pendant les troubles de la Fronde.


L’affaire des franchises

Richilde de Groslay, sœur de Matthieu de Roissy et épouse de Guy de Groslay (Gui de Groley) fonde dans le village une distribution de pain, qui se pratique dans les premiers temps le 5 février, et plus tard, tous les samedis de l'hiver.

« Groslay, fief très étendu, n'est pas un fief absolu de Matthieu II de Montmorency. Richilde de Groslay, qui en est dame parçonnière11, avait donné l'exemple de l'affranchissement de ses serfs, hommes, femmes, enfants, dès l'an 1174, sous Louis VII. Cet affranchissement avait fait une grande sensation, et la mémoire de Richilde demeura chère aux habitants de Groslay. Ils célébrèrent son obit12 tous les ans au mois de février. Ce pieux témoignage de la reconnaissance du peuple se conserva jusqu'à la révolution de 89, que l'obit cessa d'être célébré. Pourquoi ne l'est-il plus ? »13

Richilde a gagné la reconnaissance des Groslaysiens en les faisant affranchir du droit de barrage (péage) que l’abbaye de Saint-Denis a établi à Pierrefitte, ssur le grand chemin qui mène à Paris et qui pénalise lourdement les paysans qui veulent vendre leurs productions au marché du bourg ou à la capitale. Voici dans quelles circonstances cette franchise est établie :

« Les habitants de Groslay racontaient autrefois qu'une femme de Groslay qui avait porté ses cerises vendre à Saint-Denis, y fut détenue enfermée, parce qu'elle n'avait pas payé le droit de barrage, et que, pendant son absence, l'enfant qu'elle avait laissé enfermé dans sa maison manqua de mourir de faim. La dame Richilde fut touchée de cet événement. Et, afin qu'il n'en arrivât plus de semblable, elle donna à l'abbaye quelques biens, moyennant quoi, les habitants de Groslay furent exempts du droit de barrage pour les cerises qu'ils porteraient vendre à Saint-Denis »14.

Jean Pastourel, seigneur de nombreux fiefs, se trouve dans l'obligation de leur intenter un procès, en 1378, pour la même raison.

Il est probable que les habitants de Groslay ont été tentés d’abuser de leurs franchises pour en faire bénéficier des habitants originaires d’autres paroisses. Aussi, en 1587, Germain Robineau, fermier (c’est-à-dire concessionnaire) du péage et barrage de Saint Denis, revendique-t-il le droit de demander aux habitants de Groslay de produire, chaque fois qu’ils se présentent, un certificat prouvant qu’ils sont bien originaires du village. Il est débouté, le 14 avril 1587, par le grand Conseil du Roi, qui fait défense au sieur Robineau « d'inquiéter lesdits habitants pour raison dudit droit ».

Ces sentences seront confirmées à plusieurs reprises : les 18 mars 1589, 17 août 1667, 12 juillet 1668,  21 juin 1672, 18 mars 1680 (« défense de les troubler »).

Un grand procès confirmant ces arrêts intervient en octobre 1724. Les habitants de Groslay sont cette fois épaulés par la châtelaine, Marie Madeleine d'Albon, veuve de Bénigne Le Rageois, seigneur de Bretonvilliers. Toutes les parties en présence sont conscientes que les habitants de Groslay ne sauraient abuser de leurs franchises pour en faire bénéficier indûment les marchandises appartenant à des horsains (des personnes étrangères à la paroisse). D’où un compromis libellé en ces termes :

« …la Dame de Bretonvilliers, comme Dame de fiefs de Groslay, et les habitants de Groslay maintenus en possession de ne payer aucuns droits de péage, barrage, bottage, tonlieux15, coutumes et autres droits qui se perçoivent ès places, portes et passages de la ville de Saint Denis, pour eux, leurs biens, voitures, chevaux, bestiaux, denrées et marchandises à eux appartenant, ou dont ils font commerce et trafic. Et, au cas qu'ils voiturent sur leurs chevaux ou charrettes des marchandises pour autres que pour des habitants de Groslay, les droits seront perçus sur les marchandises et non sur les charrettes ou chevaux, qui en seront exempts comme appartenant à un habitant de Groslay. Comme aussi, lorsque lesdits habitants feront voiturer des marchandises et denrées à eux appartenant sur des charrettes ou chevaux appartenant à autres qu'à des habitants de Groslay, les marchandises et denrées ne payeront aucunes choses, mais le droit sera perçu sur les charrettes ou chevaux »16.

Ce problème restera récurrent jusqu’à la Révolution. En 1789, un des articles du cahier de doléances du village demande : « que la paroisse de Groslay soit remise en possession de ses communes et franchises, dont elle est dépouillée depuis plus d'un siècle »17.


La seigneurie de Groslay au XVIIIème siècle

Après la mort de Marie Fayet, la terre de Groslay revient à son frère Louis Fayet, comte de Serris.

Le 8 Mai 1713, Marie Madeleine d'Albon, veuve de Bénigne Le Ragois, seigneur de Bretonvilliers, président en la Chambre des Comptes, achète la propriété. Elle en fait l’aveu, l’année suivante, en s’intitulant Dame de Groslay.

Marie d’Albon vend le 21 mai 1729 la seigneurie de Groslay ainsi que les fiefs de Fleury, Boubiers, du Marchais, Gascourt et du Rocher à Jacques Simonnet, marchand bourgeois de Paris, époux d’Elisabeth Mathias (contrat de mariage du 24 février 1726). En octobre de la même année, les divers fiefs ci-dessus énoncés sont réunis en en seul sous le nom de fief de Fleury.

Le 8 octobre 1740, Jacques Simonnet cède la terre et seigneurie de Groslay au marquis Jean François de Ficte, seigneur de Soucy et de Quincampoix, commandant au bataillon du régiment Royal-artillerie, en échange de la terre, seigneurie, baronnie et châtellenie de Soucy dans la paroisse de Fontenay-sous-Brie. Ce dernier est marié à Marie Angélique de Jordy de Cabanac.

En 1746, le marquis de Ficte conteste le droit de s’appeler Seigneur de Groslay au marquis Denis Lalive de Bellegarde, mari de Mme d’Epinay, propriétaire du Château de la Chevrette à Deuil. Ce dernier, en effet, prétend qu'il a hérité de ce titre en qualité de successeur de Louis de Machault à Deuil, lequel a acquis des terres au prince de Condé en 164118. Le Conseil du prince de Condé, devant lequel le litige est porté, met tout le monde d¹accord : le 16 juin 1746, il arrête :

« Il n’y a à Groslay qu’un seul seigneur, c’est le prince de Condé, en tant qu’héritier des ducs de Montmorency. M. de Soucy n'est propriétaire que des fiefs de Fleury, Poissy, Boubiers, Marchais, Gacourt et du Rocher. M. de La Live de Bellegarde, comme représentant les différents seigneurs de La Chevrette à Deuil, et singulièrement de M. de Montauron - qui était aux droits de M. de Machault - n'a à Groslay que les censives et droits seigneuriaux vendus par le prince et la princesse de Condé à M. de Machault le 26 mars 1641 »19.

En fait, aux yeux du Prince, les propriétaires de terres nobiliaires dans la Vallée ne sont que seigneurs-censiers des fiefs dont ils lui rendent hommage20. Le Prince de Condé, en effet, est très jaloux de ses prérogatives de suzerain et les défend pied à pied21. Déjà, son prédécesseur, en 1712, a fait disparaître les armes que Louis de Fayet, comte de Sères, qui se faisait appeler seigneur de Groslay, a fait sculpter à la voûte de la chapelle Saint-Nicolas.

Le 17 novembre 1752, les époux Ficte de Soucy font donation entre vifs à leur fils, Armand-François-Joseph, comte de Soucy, lieutenant aux Gardes Françaises, et à sa femme Elisabeth Louise Lenoir22, des fiefs Fleury et autres qui se trouvent à Groslay.

Ces derniers vendent toutes leurs terres groslaysiennes, le 23 juillet 1759, à François Balthazar Dangé de Bagneux. Ce dernier, né à Loches le 13 décembre 1696, seigneur de Taffoneau, du Fay, Grillement, Bagneux et Groslay, a épousé le 19 juin 1721 à Château-du-Loir, Anne Jarry, sœur d’un médecin. Il est receveur des tailles à Loches, puis intéressé dans les fermes. Commis du marquis d’Argenson, il est fermier général de 1736 à sa mort. Secrétaire du roi en 1732, honoraire en 1754, il meurt le 6 mars 1777, doyen de la compagnie.

Le 29 janvier 1772, son épouse, Mme Anne Dangé de Bagneux lègue la moitié de son domaine de Groslay à son neveu Claude Bathazar Dangé de Bagneux. Elle décède deux mois plus tard, le 22 mars 1772 et Claude entre en possession légale de son legs le 22 juin. Mais il ne peut entrer en jouissance réelle qu’en 1777, à la mort de son oncle, qui a gardé l’usufruit des biens de sa femme.

François Balthazar, avant de mourir, a institué en tant que légataire universel, M. Dangé-Dorsay, un autre neveu, lequel dispose d’une hypothèque sur le domaine, à titre de dot lors de son mariage en 1767. Mais il ne s’en prévaut pas à la mort de son oncle (il la fera valoir lors du litige de 1827). Claude Balthazar Dangé de Bagneux possède donc en 1777 la totalité du domaine23. C’est lui qui se présente, lors de la Révolution, comme dernier seigneur (censier) de Groslay.


Les autres domaines


Le château des Forges

Cette demeure bourgeoise, l’une des plus grandes propriétés du village, est édifiée au cours du règne de Louis XV (1710-1774). Vers 1770, elle appartient au sieur Dufresnes, qui le vend à Antoinette Perety « épouse non commune de biens de Nechault de la Vallette, intendant et contrôleur général des Ecuries de Monsieur à Saint-Cloud ». Le 12 juillet 1788, le château – comprenant jardins, parc attenant, orangerie et communs, le tout couvrant 6 arpents - est acquis par le comte Alphonse de Turconi, chambellan de l’empereur d’Autriche, pour le compte en réalité de Marguerite Cécile Clavel de Saint Huberty, pensionnaire du Roi Louis XVI. Il s’agit d’une artiste lyrique célèbre autant par sa légèreté de mœurs que par son talent24. Parvenue au sommet de la gloire et protégée par la reine Marie-Antoinette, elle se montre capricieuse et prétentieuse. Elle rêve de faire creuser un canal dans la propriété du château qu’elle vient de se faire offrir, et d’aménager un kiosque au milieu d’un îlot que l’on atteindrait « en batelet » pour son futur mari le comte d’Entraygues. Mais le projet n’aboutit pas : la Révolution est proche. Elle installe sa sœur à Groslay et réside elle-même à Paris. Elle assiste cependant, le 9 mars 1790, au baptême de sa nièce, Cécile de Geniès, qui est venue au monde dans sa maison et dont elle est la marraine. Elle gagne peu après les environs de Lausanne. Elle parvient à se faire reconnaître comme « non émigrée », mais c’est trop tard : la propriété a été vendue comme bien national et elle ne pourra que récupérer quelques mauvais assignats de dédommagement.

Très liée aux milieux monarchistes, elle émigre en Suisse à partir de 1790, se marie avec son amant le comte d’Antraigues et anime alors un réseau de renseignement avec les cours d’Europe et le comité secret des Tuileries, assurant les liaisons avec la reine. Après bien des pérégrinations à travers la Pologne, l’Autriche et la Russie, elle est assassinée, avec son mari, à Londres par son domestique à la solde des services secrets anglais. Ces derniers s’approprient ainsi toutes ses archives, dont le testament politique de Louis XVI, rédigé avant sa fuite à Varennes.


Le château des Beauharnais

La maison bourgeoise de grand style, sise au 30 rue de Montmorency et qui sert aujourd’hui de maison de repos aux sœurs salésiennes, a connu avant la Révolution les propriétaires suivants :

Vers 1650, elle appartient à « noble homme Philippe Gervais, conseiller au tiers, eschevin de la Ville de Paris » et passe ensuite à sa veuve, Françoise Cadeau. Celle-ci se remarie à René Coiffier, seigneur d’Orvilliers, « capitaine de cavalerie dans le régiment de feüe son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince de Conty ». Redevenue veuve, Françoise vend la propriété à la veuve de Jacques de Faye, « escuyer, chevalier de l’Ordre de Saint-Michel, directeur de la Chambre générale de la Compagnie des Indes orientales », en 1678. Deux de ses filles, Marie-Antoinette et Anne, héritent de la maison, qu’elles revendent en 1696 à Charles de Rougon, d’abord « gouverneur pour le Roy au château de Dinant et chevalier de l’Ordre de Saint-Louis », puis en 1702 « commandant des troupes du Roy dans la ville de Gueldres (Hollande) ».

Bientôt veuve, Mme Rougon, née Marie de Hémant, lègue ses biens à sa nièce, Mme Favier, qui décède en 1723. On trouve ensuite le sieur Joubert, neveu de Mme Favier, puis la famille Nérat, qui en est propriétaire vers 1750. Une des filles d’Anne Nérat, Magdeleine, qui a épousé le sieur Finot « officier et amy du Roy » et sa sœur, qui ont hérité de la propriété, la vendent le 4 janvier 1779 à Claude II de Beauharnais, comte des Roches, ancien commandant de l’Artillerie au Canada et ancien chef d’escadre des Armées du Roy sur la « Bellone », chevalier de Saint-Louis. Sa femme, née Marie-Anne-Françoise Mouchard (1737-1813), marraine de la future reine Hortense, divorcera pour mener une carrière de femme de lettres, sous le nom de Fanny de Beauharnais (biographie ci-après).

La maison de Claude II de Beauharnais est somptueusement aménagée et comporte une orangerie, une riche cave, une bibliothèque remarquable, un petit observatoire et des salons décorés de toiles de maître. Il entretient un véritable jardin exotique, si l’on en croit la variété des plantes d’acclimatation dans son orangerie : outre les « cinquante orangers de différentes grosseurs dans leurs caisses », ce sont « vingt-deux grenadiers dont deux à fruits, deux myrtes et quatre lauriers » qui croissent à la chaleur d’un poêle25.

Son neveu, Alexandre de Beauharnais (1760-1794), épouse la même année de son installation à Groslay Marie-Josèphe-Rose, dite Joséphine, de Tascher de La Pagerie (1763-1814), qui lui donne deux enfants : Hortense, qui deviendra Reine Hortense, puis Duchesse de Saint-Leu, et Eugène de Beauharnais. Alexandre meurt sur l’échafaud en 1794. Joséphine épouse deux ans plus tard Napoléon Bonaparte26.

Son fils, Claude III de Beauharnais, époux de Claudine de Lézay-Marnésia ( 1791), hérite du 1/6e de la propriété, qu’il vend le 8 septembre 1795.

Entre temps, la majeure partie de la propriété est passée, en 1784, dans les mains d’une dame Favier, sans doute parente de la précédente, qui la revend en 1786 à Charles Couvert des Ormeaux, avocat, conseiller du roi, commissaire au Châtelet, par Claude Bardy, marchand mercier à Paris, qui la tient de Mme Favier. Il semble que la propriété soit entièrement revenue à Claude III de Beauharnais à la Révolution.


La Grande Maison

Dans les années 1670, cette maison appartient à la famille Goriot, puissante famille de petits officiers locaux. Elle passe ensuite entre les mains de Jacques Damoreau marchand bourgeois demeurant rue Saint-Denis. Elle est acquise par François Guy « escuyer garde de la porte du Roy demeurant à Groslay » en 1687 pour 1150 livres. En 1729, François Guy est dit « sieur de la Motte, garde vétéran de la porte du Roy ». C’est durant la vie de ce propriétaire que la maison prend la dénomination de Grande Maison, sans doute parce que c’est la demeure d’un seigneur et le siège d’un fief. François Guy, ainsi que son fils Claude, sont tous les deux des marchands bourgeois de Paris.

À la fin du XVIIe siècle et dans la première partie du suivant, cette maison est la « maison des champs » de maîtres et marchands bourgeois de Paris qui en louent une portion et habitent le reste à la belle saison. La maison des champs, célébrée par Olivier de Serres, dans son Théâtre d’agriculture et mesnages des champs, fait partie intégrante du mode de vie des membres de la bourgeoisie parisienne qui en retirent les fruits, les légumes et le vin nécessaire au fonctionnement de leur maison et qui jouissent sur place, durant quelques mois, des bienfaits de la nature, fuyant la capitale et ses miasmes estivaux.

En 1759, cette demeure, partagée au gré des successions, est achetée intégralement par un vigneron de Groslay. À partir de cette date, tous ses propriétaires sont des habitants du village. Ce n’est plus une villégiature et une maison des champs. Elle devient totalement le centre d’exploitations agricoles ou d’activité économique - commerce de la dentelle, épicerie mercerie. Elle continue à être louée en partie et parfois même à plusieurs locataires autour d’une cour commune. C’est une maison à « plusieurs ménages » et certains anciens Grolaysiens peuvent encore aujourd’hui en témoigner.

Jean Donard, vigneron à Groslay, réunit en 1759 les deux moitiés de la maison divisées lors des successions. Le 31 octobre 1786, il la vend à Pierre Beaugrand, marchand fabricant de dentelle au village, tout en conservant le droit de l’occuper jusqu’à son décès. Beaugrand occupe lui-même la maison et la vend en l’an 5 à un autre cultivateur.


Les activités économiques sous l’ancien Régime

La première d’entre elles est pratiquée dans le village par des hommes ou des femmes. Il s’agit de la dentelle : la blonde. Les dentellières et marchands de dentelles en Vallée de Montmorency sont connus par les registres paroissiaux, les minutiers ruraux, les archives judiciaires et récemment par l’étude de Béatrix de Buffévent, L’Économie dentellière en région parisienne au XVIIe siècle. Les négociants en dentelles, cependant, sont rares dans la Vallée : 3 à Montmorency, 4 à Taverny et 2 à Saint-Leu (en comparaison, pour le Pays de France, où ils sont 121 à Villiers-le-Bel), et 3 ouvriers professionnels en dentelles (attestés en tant que métier principal et déclarés officiellement) sont mentionnés à Montmorency dans le rôle de taille au XVIIe siècle, alors que l’on trouve 10 ouvrières en dentelles à Saint-Prix à la même période27.

Par ailleurs, au XVIIIe siècle, de petites gens prennent en nourrice des enfants des « bourgeois » de Paris et de la région pour compléter leurs faibles revenus28. Ces nourrissons sont élevés dans des conditions souvent discutables, ce qui provoque un grand nombre de morts précoces29.

Une seule activité non directement agricole est à signaler : les carrières de Groslay sont exploitées depuis le XVIIe siècle pour la fabrication du plâtre. Mais il n’est pas prouvé qu’elle soit exploitée de manière intensive. Voici ce qu’en écrit Jules Vincent, instituteur, dans sa monographie de 1899 :

« Le sous-sol de presque tout le territoire de Groslay est constitué par des couches de gypse superposées qui atteignent dans certains endroits une épaisseur de douze mètres. La pierre à plâtre n’est plus exploitée à Groslay depuis quelques années. Cependant, on remarque encore aux lieux-dits le Mont et le Haut de Nézant des éboulements de terre qui attestent que des carrières à ciel ouvert y ont été pratiquées autrefois. Cette industrie n’a jamais eu grand développement. Les entrepreneurs de maçonnerie de la commune ou des communes voisines ouvraient une carrière pour obtenir juste le plâtre qui était nécessaire à leur travail. La pierre extraite était employée comme moellons de construction ou cuite au four et réduite en plâtre à gâcher.30


L’église de Groslay

Placée sous le vocable de saint Martin, l'église de Groslay est une des plus anciennes du doyenné de Montmorency. Modifiée dans toute son étendue à différentes époques, elle remonte par son architecture au règne de Louis VII, dit le Jeune. Fondée en 1160, elle est donnée, en 1186, sous le règne de Philippe-Auguste, aux moines du prieuré de Deuil, par Maurice de Sully, évêque de Paris. En 1729, elle relève encore de leur juridiction, la cure de Groslay est à leur nomination et à la collation de l'archevêque de Paris31.

« L'église de Groslay… est fort ancienne. Elle est, en outre, intéressante en ce qu'elle présente plusieurs régimes et plusieurs styles d'architecture de différentes époques.

Au temps de sa fondation les constructions s'arrêtaient à l'endroit où est placé le lutrin. Le maître-autel s'élevait sur le sol où sont aujourd'hui les stalles des choristes : on y voit encore un groupe de colonnettes du XIIe siècle, liées et appuyées aux larges fondations des anciens piliers qui servaient d'assises à cette partie principale de l'église (1160).

Plus tard, au XVIe siècle, de 1520 à 1562, sous les règnes de François 1er et d'Henri II, la deuxième partie, plus vaste et plus hardie, fut construite : c'est l'abside principale du sanctuaire. Huit colonnes corinthiennes supportent l'édifice. Leurs chapiteaux sont surmontés d'autres colonnes à demi-épaisseur, qui reçoivent la buttée, des arcs de la voûte élancée qui les couronnent et des élégantes nervures qui la décorent. Ces colonnes accusent deux régimes d'architecture distincts. En effet, les chapiteaux en style roman du XIIe siècle, ont été retaillés sur place, ramenés au style corinthien, et manquent peut-être de proportions.

La nef du couchant, à gauche du sanctuaire, en style plus riche et plus fleuri, est à peu près du même temps. Ses contreforts, bien conservés, portent à l'extérieur, gravé dans un bossage, le millésime de 1542, date de la construction, contemporaine de l'abside du sanctuaire.
L'entrée de la nef du bas de l'église, touchant le buffet d'orgues, dont l'état de vétusté atteste suffisamment l'ancienneté, n'existe plus qu'en partie. Le portail paraît avoir été coupé. Huit colonnes, dont celles des quatre angles sont engagées dans des masses de maçonnerie informe et écrasante, rappellent, par leur style d'architecture, la date du XIIe siècle, époque de la fondation de l'église.

La base de ces colonnes n'est pas du même régime que les chapiteaux qui, comme ceux du chœur, ont été retaillés après coup. Ils sont surmontés de bases d'attentes, destinées à recevoir les retombées d'une voûte ogivale qui, par suite des changements survenus dans l'ordonnance des travaux de l'église, n'a pas été terminée. Ces colonnes, ornées de chapiteaux cantonnés de crochets, semblent doubler d'autres colonnes plus anciennes et juxtaposées : elles portent une partie des combles de cette ancienne partie de l'édifice, dont l'importance est bien reconnue par les historiens du temps.

La consécration de l'église remonte à 1420, règne de Charles Vil. Elle fut faite par Mgr Guillaume Chartier, évêque de Paris1. Les croix de consécration ou croix épiscopales existent encore saillantes sur les piliers à moitié cachés sous la maçonnerie. Ces croix, ordinairement au nombre de douze, servant à la cérémonie de l'encensement le jour de la fête de la Dédicace, et les douze cierges allumés au maître-autel, sont le symbole et la représentation des douze apôtres, qui répandirent, comme envoyés de Dieu, la lumière de sa doctrine et de ses lois, dans le monde entier »32.

Octave Comartin précise que cette église, « vraiment remarquable par ses proportions, n'a cependant ni portail, ni porte principale. On y entre par une porte latérale située au levant, surmontée d'un porche, construction bâtarde qui défigure le pied de la tour du clocher, et qui servait autrefois d'habitation à l'un des chapelains de l'église ». Les mutilations et les déprédations qu’elle subit de 1791 à 1793 lui font perdre sa grande porte qui était ouverte sous les orgues.

La fabrique, sous l’ancien régime, possède des propriétés foncières importantes.


LE LAC ET LE FIEF DU MARCHAIS


Le petit lac Marchais (env. 0,5 ha) aux eaux légèrement sulfureuses, à la limite de Groslay, mais appartenant à Deuil sur le plan administratif a longtemps fait l’objet de rapports conflictuels entre les deux communes. L’enjeu était de taille, puisque ce petit plan d’eau a été marqué par la légende du martyre de saint Eugène33, disciple, pour les uns, des saints Denis, Rustique et Éleuthère martyrisés au milieu du IIIe siècle (sous l’empereur Dèce 249-251)34 ou pour les autres, évêque de Tolède au VIe siècle. Son corps y aurait été jeté après avoir été décapité.

Si le lac fait partie de Deuil, les terres aux alentours relèvent d’un fief situé sur Groslay pendant la période féodale et sous l’ancien Régime :

« Le Marchais ou Patin était autrefois un fief seigneurial, au profit duquel une perception de dîme avait été solennellement établie, vers 1202, sous Philippe-Auguste, en faveur des suzerains.

Il était enclavé dans les terres de Groslay ; situé sur la paroisse de Deuil, relevant, cependant, de la seigneurie de Montmorency. L'étang ou le lac était, comme il est encore de nos jours, un vaste carré d'un arpent environ, planté sur ses bords de saules et d'arbres de différentes essences. Il appartenait, en 1790, à M. Dauger de Bagneux35, ancien seigneur de Groslay.

Avant la Révolution de 1830, M. Le Marquis Eugène de Montmorency était sur le point d’acheter le lac et les terrains des abords. Son désir était de transformer cet étang, d’y construire une chapelle sous le vocable de Saint-Eugène, et d’en faire don à la fabrique de Deuil. La Révolution, en l’éloignant du pays, fit renoncer M. de Montmorency à son projet.

Des constructions importantes entouraient le lac. Une chapelle et une communauté de religieux avaient été établis au lieu même où se trouve aujourd'hui une propriété appartenant à M. le commandant Legros, bâtie sur le même emplacement, de l'autre côté de la route, proche du village de Montmagny, mais dépendant du territoire de Groslay, et qui porte toujours le nom de maison ou propriété du Marchais.

Il n'y a pas longtemps que les derniers vestiges des murs du domaine existaient sur les bords du chemin, jadis, petit sentier à peine indiqué, qui conduit de Groslay aux villages de Montmagny et de Deuil. Les cultivateurs y trouvent encore, en labourant leurs champs, les traces de vieilles fondations qui attestent l'existence et l'ancienneté de ces souvenirs. On assure même que des pierres tombales recouvrant les corps des religieux de l'ancienne communauté, existent à une certaine profondeur, non loin du lac »36.

Le dernier propriétaire groslaysien est Jean Toussaint Testart. La suite des événements se ferme sur une conclusion heureuse pour les habitants de Groslay, qui considèrent depuis des siècles que le lac Marchais fait partie de leur patrimoine. Le 12 août 1844, M. Comartin, maire de Groslay, achète le plan d’eau à l’une des héritières de M. Testart, Mme Toussaint Baudoin, épouse du maire de Stains. Le montant de la transaction, 500 francs, est réglé par une souscription publique auprès des habitants. Le lac Marchais est converti en lavoir, puis en lieu de pêche de loisir : tout le monde peut venir pêcher moyennant une redevance de cinq francs s’il est habitant de Groslay et de dix francs s’il est étranger à la commune.

M. Octave Comartin, maire de Groslay, est à ce point heureux de son acquisition qu’il consacre en 1865, dans son ouvrage sur l’histoire de Groslay37, un chapitre complet sur l’histoire et la sépulture de saint Eugène et sur le lac Marchais. On lui doit un résumé des controverses à propos du martyre de Saint Eugène, ainsi qu’une explication scientifique du curieux phénomène suivant : vers le 15 novembre, époque supposée du martyre de saint Eugène, les eaux du lac se colorent de rouge, comme s’il s’agit de sang. La crédulité populaire y a vu de tout temps un fait « miraculeux ». M. Comartin fait analyser ces eaux et son diagnostic est clair :

« L'eau n'est pas rougie par le sang, a-t-on dit, ce point n'est plus contesté. Mais elle n'est pas rougie davantage par les minerais de fer qui, d'après ce que nous enseignent les analyses, n'existent pas, ou du moins, d'une manière presque inappréciable dans les eaux. Ce second système étant également écarté, un seul reste, c'est celui que nous venons d'énoncer. La coloration qui se produit chaque année, vers le 15 novembre, au lac du Marchais, est un phénomène purement accidentel, qui ne saurait avoir la moindre influence sur la solution de notre unique question »38.

En fait, il établit qu’un tel phénomène est dû à la présence, à ce moment de l’année, d’infusoires violacés, des « Euglena purpurea », animalcules microscopiques qui éclosent à l’automne sur les feuilles en décomposition.

En 1930, est fondée une société de pêche « La Groslaysienne », qui va assurer jusqu’à aujourd’hui la gestion piscicole du lac (lequel dépend toujours juridiquement de la commune de Deuil).


LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE


Des événements en premier lieu bien accueillis et qui tournent mal

Les premiers temps de la Révolution sont plutôt bien accueillis à Groslay, comme dans les autres paroisses valmorencéennes, d’autant que les curés successifs à la fin de l’Ancien Régime, les abbés Maltor et Martin (cf. biographie ci-après) ont été adeptes de la philosophie des Lumières. La rédaction du cahier de doléances en 1789 est l’occasion pour les cultivateurs du village de faire connaître leurs revendications.

Les événements se précipitent après l’exécution du roi et l’entrée en guerre de la France contre les Alliés. Tout ce qui peut servir à l’effort de guerre est réquisitionné. L’église est dépouillée du riche mobilier, des objets précieux, des somptueux ornements du culte qu’elle détient. Le carillon39 disparaît également du clocher et le métal sert à battre monnaie. Une seule cloche est épargnée et laissée à la paroisse : Louise, inaugurée en avril 1783, en sonnant le baptême de dame Marie-Josèphe Tétart et qui, coïncidence peu banale, se fêlera et sera mise hors service en mai 1863, quatre-vingts ans plus tard, en sonnant la messe de son enterrement !

L’éxécution par le comité de salut public du seigneur du village, considéré comme un bienfaiteur, traumatise les habitants et c’est avec soulagement qu’ils accueillent la fin de la Terreur.


La triste fin du dernier seigneur, Dangé de Bagneux

En avril 1794, Claude Balthazar Dangé de Bagneux, âgé de 56 ans, est arrêté à son domicile parisien par le comité de salut public au cours d’une opération visant 35 fermiers généraux, symbole à ses yeux des abus de l’Ancien Régime. Voici un des récits qui décrit la parodie de justice délivrée à ces financiers, pris comme boucs émissaires d’un régime honni :

« Le procès ne dura que trente heures, le temps nécessaire pour la lecture de l'acte d'accusation et pour écrire de rapides interrogatoires qui n'allaient pas de beaucoup au-delà d'une reconnaissance d'identité de chaque accusé. C'était le 7 mai 1794, jour d'un soleil rayonnant, les bancs de bois grossier, qui servaient de siége aux accusés dans le tribunal révolutionnaire, se remplirent de ces hommes élégants, un peu sybarites, naguère entourés de luxe et de richesse, d'artistes, de gens de lettres, de parasites et de flatteurs. Vieillards et jeunes hommes s'assirent avec dignité pour écouter l'acte d'accusation, qui fut lu rapidement par le greffier avec ce ton d'indifférence accoutumé à voir planer la  mort chaque jour sans s'émouvoir sur de nouvelles têtes. Le Comité de sûreté générale (la police d'alors) avait choisi tout exprès le public qui entourait les accusés; on entendait dire dans l'argot populaire : « Ce sont les assassins du peuple, les accapareurs de blé et de vin; quand la guillotine en aura fait justice, le peuple sera plus heureux et l'on mangera le pain à meilleur marché ». Pas un mot de pitié ne fut prononcé, parce que la richesse déchue n'en inspire pas. Le président Cofinhal alla vite en besogne. Le jugement était d'avance rédigé par le Comité de salut public, et voici en quels termes : « Attendu qu'il est constant qu'il existe un complot contre le peuple français, tendant à favoriser, par tous les moyens possibles, les succès des ennemis de la France, notamment en exerçant toute espèce d'exactions et de concussions sur le peuple français, en mêlant au tabac de l'eau et des ingrédients nuisibles à la santé des citoyens qui en faisaient usage, en prenant 6 à 7 %, tant pour l'intérêt du cautionnement des fermes que pour la mise de fonds nécessaire à leur exploitation, en volant, en pillant ainsi autant que possible le Trésor national pour enlever à la nation des sommes immenses et nécessaires à la guerre contre les despotes en armes contre la République française ; les condamne tous à la peine de mort, et leurs biens seront confisqués au profit de la République ». (…) L'échafaud se leva hideux, le 8 mai 1794, pour vingt-huit des fermiers-généraux ; tous marchèrent très calmes à la mort au milieu des vociférations atroces d'une meute de cannibales : l'habitude de la fortune donne le haut sentiment de soi-même »40.

Par la suite, ce jugement trop rapide sera reconnu injuste et une des premières lois du Corps législatif ordonnera la restitution des biens des condamnés au profit de leurs veuves et héritiers en prouvant que la condamnation de leurs parents a été « révolutionnairement prononcée »41.


LE VILLAGE AU XIXe SIÈCLE


Des habitants riches, une commune pauvre

Après la Révolution, tout semble « rentrer dans l’ordre ». En tout cas, les différents régimes qui se succèdent s’y emploient et chaque nouveau changement de système politique est salué par les édiles municipaux (nommés par le Gouvernement) avec la même ferveur !

Au XIXe siècle, le village apparaît comme un village prospère, du moins en ce qui concerne l’aisance des habitants sur un plan individuel. Nous en voulons pour preuve deux témoignages autorisés.

Le premier est celui d’un médecin de l’hospice de Montmorency, le docteur Perrochet qui, en 1839, publie une petite brochure où il compare 12 communes de la Vallée de Montmorency sur le plan de la santé, de l’hygiène et de la situation sociale. Il déclare que « moitié ville, moitié village par la différence des nombreuses maisons qu’il renferme, Groslay est d’une des plus riches communes de nos environs »42.

Le second témoignage est donné en 1899 par l’instituteur, Jules Vincent43, qui donne davantage de détails sur l’aisance des habitants, à peine évoquée par le Dr Perrochet :

« Cette situation prospère et qui pourrait être enviée par les paysans de presque tous les villages de France, n’est pas celle de quelques rares privilégiés, mais de la presque totalité des cultivateurs, de tous ceux au moins qui sont originaires de la commune et qui forment la grosse majorité de la population… Les indigents ne constituent à Groslay qu’une très infime minorité. C’est à peine si le bureau de bienfaisance, qui est cependant bien doté, puisqu’il possède 2 300 francs de rente, secourt une dizaine d’individus. Il n’existe pas de société de prévoyance, mais beaucoup de personnes sont membres des sociétés de secours mutuel de Montmorency »44.

Il termine d’ailleurs sa monographie sur une note lyrique :

« Il est permis de croire que, paisiblement et au sein d’une meilleure harmonie, Groslay poursuivra sa destinée heureuse : s’enrichir par la production maraîchère et fruitière chaque jour mieux entendue, s’étendre, s’embellir, progresser dans l’ordre matériel et oral et rester ce qu’il est déjà : un des villages les plus favorisés et les plus riches du sol français »45.


Mais si l’on passe au plan collectif, le tableau est plus sombre. Pendant une grande partie du XIXe siècle, les ressources communales sont extrêmement précaires et la situation des équipements collectifs et des services publics s’en ressent. Une lettre du 8 fructidor an XIII (26 août 1804), conservée aux archives de Groslay, adressée au sous-préfet Vanier, signale que « la commune se trouve aujourd’hui dans un dénuement total : plus de presbytère, plus d’écoles, pas même de maison commune, plus de fontaine, plus de lavoirs, plus de puits banaux, la grande route sera bientôt impraticable, l’église menace ruine ou a, tout au moins, besoin de fortes réparations »46. C’est que la commune dispose d’un infime revenu : 482,19 francs en l’an VIII. Elle ne possède aucun bien propre, les impôts rentrent mal et avec beaucoup de retard. Aussi le maire est-il obligé de faire appel aux « souscriptions volontaires » pour rétablir au moins les fontaines et les puits banaux. Les habitants qui ne peuvent pas s’acquitter de ce devoir civique, faute de ressources financières, sont invités à « travailler auxdites réparations par le moyen de la corvée ». On en est revenu aux pratiques de l’ancien régime !

Le grand problème est l’entretien de la route principale qui traverse le village, la Grande Rue. Le maire continue sa plainte :

« Il passe plus de cent voitures par jour qui vont dans la vallée ou qui en viennent, chercher des pierres, du plâtre, des tuiles, du bois, du vin, du grain, de la farine, des tonneaux et généralement toutes sortes de marchandises, ce qui rend la commune vivante, mais qui détruit étrangement la route »47.

Le maire suggère une sorte de « droit de péage » pour l’entretenir. Le 8 juin 1824, un de ses successeurs, Pierre-Joseph Comartin, se plaint à son tour auprès du préfet d’avoir à entretenir la Grande-Rue sans cesse défoncée « par le passage de la diligence, dite célérifère48, qui fait le service de Paris à Montmorency à raison de dix à douze voitures par jour, dans les deux sens, le dimanche jusqu’à vingt-cinq, avec trois ou quatre chevaux et qui transportent de vingt à vingt-quatre personnes »49.

On ne sait comment la solution est trouvée, mais en 1839, le Dr Perrochet indique que « la grande rue est bien pavée et toujours propre », tout en signalant que les rues « sont généralement étroites et demandent à être assainies car il y séjourne, et quelquefois trop longtemps, des immondices »50.

En fait, la plupart des services publics - écoles, cimetière, fontaines, percement de rues nouvelles, etc. – sont dus à la générosité des grands propriétaires de la commune : on verra le cas avec la famille Treuttel (biographie ci-après), mais la plupart des maires de Groslay mettront de leurs deniers dans avec l’édification ou la réparation des équipements publics. C’est une des raisons pour lesquelles les édiles municipaux - qui, rappelons-le, sont nommés par le préfet jusqu’en 1871 - sont généralement choisis parmi des personnages les plus riches et les plus influents de la commune.

Six bornes sont installées le 1er novembre 1878 par la Compagnie générale des eaux depuis l’eau de l’Oise traitée à Méry, après avoir été puisée dans la Seine à Epinay.


Les écoles de Groslay, pionnières de la méthode d’enseignement mutuel

Mme Treuttel fait édifier gracieusement, en 1817, sur un terrain de 535 m2 qu’elle a acquis en 1816, deux écoles contiguës, une pour les filles et une autre pour les garçons, en bordure de rue51. Elle fait mieux encore : elle persuade l’instituteur, M. Jorel, quoique d’un âge vénérable, d’adopter une méthode d’enseignement nouvellement introduite en France depuis 1815, et venant de Grande-Bretagne, à savoir la méthode d’instruction mutuelle52.

L'enseignement mutuel est basé sur le principe de l'instruction des élèves les uns par les autres. À la tête de chaque classe, ou petite division de l'école, un élève plus fort que ceux qui composent cette classe en dirige les exercices. Ces différents chefs de classe ou de banc se nomment moniteurs. Dans les exercices de lecture, le moniteur se tient dans l'intérieur d'un demi-cercle autour duquel sont rangés les élèves, en face d'un tableau appendu au mur. L'élève placé le premier commence à lire. S’il fait une faute, le moniteur agite sa baguette, et à ce signe, le second cherche à relever la faute et passe le premier. S'il n'est pas en état de le faire, le moniteur s'adresse au troisième, au quatrième, etc., jusqu'à ce qu'il s'en trouve un qui lise plus correctement et qui passe avant tous les autres. Si aucun des huit ou dix élèves de la classe n'est capable de relever la faute, le moniteur le fait lui-même. Les choses se passent de même dans les premiers exercices du calcul, c'est-à-dire, tant qu'il ne s'agit que de la connaissance des chiffres et de la table de multiplication. Lorsque le tableau a été lu en tout ou en partie, le moniteur le prend en main, et, se plaçant au centre du cercle, il fait épeler les mots, en suivant la même marche que dans la lecture. Quand il suppose que les élèves savent par cœur le tableau, il lit le commencement d'une phrase qu'ils sont tenus d'achever. Dans les classes supérieures, à ces exercices de mémoire se joignent ceux d'analyse. Enfin c'est aussi au cercle que le moniteur fait réciter les leçons apprises au logis. Les dictées et autres travaux par écrit se corrigent dans les bancs.

Pour se former à cette nouvelle méthode, le maître et la maîtresse ont suivi des cours à Paris, avec la Société pour l’instruction élémentaire (SIE), fondée en 1815. Il s’agit donc de pionniers. D’ailleurs, le Journal de l’Education, organe de la SIE, publie en février 1818 la mention élogieuse suivante : « Nous ne croyons pas que des écoles de village puissent offrir tableau plus enchanteur que celles de Groslay ». On vient en effet la visiter de partout.

La commune, après le décès de la bienfaitrice, en 1835, achète l’école à ses héritiers, Marie Christine Sophie Treuttel, épouse de Jean Godefroy Würtz. Elle fonctionnera jusqu’en 1855 : la vétusté des locaux oblige les autorités à fermer l’école des filles. Celles-ci vont-elles être mises à la porte ? Non, car entre temps, Jean-Baptiste de la Chaussée, maire de la commune, 45 ans après son père, a acheté des terrains et des vieux bâtiments pour édifier ce que l’on appelle à l’époque un asile, c’est-à-dire l’ancêtre à la fois de la crèche et de l’école maternelle (ce qui donnera lieu à la rue de l’Asile)53. Ce sont les religieuses de la Sainte Enfance qui ont la charge des enfants. Cet établissement accueille tout naturellement, à une époque où la religion et l’Etat sont très imbriqués, les filles qui ne peuvent plus fréquenter la maison fondée par Mme Treuttel. L’école porte le nom de Saint-Joseph, en 1857, lorsque les sœurs de Saint-Joseph de Bourg-en-Bresse relaient celles de Versailles. La situation dure jusqu’en 1881, date à laquelle on installe une mairie-école. En 1893, la municipalité anticléricale tente à son tour d’ouvrir un asile, mais sans succès. L’École Saint-Joseph fonctionnera jusqu’en 1970 et sera remplacée par un établissement destiné aux jeunes handicapés de l’association Le Colombier.


La tradition des fêtes

Groslay a développé une tradition de festivités populaires, qui n’a pas échappé à l’oeil sagace du chroniqueur Charles Lefeuve, qui rapporte les faits suivants :

« Quant à la jeunesse féminine qui garde Groslay toute l'année, et qu'on pourrait appeler, par conséquent, les jeunes filles des quatre saisons, elles sont d'une coquetterie qui vient d'exempte. Mais elles ont le bon goût de préférer à des modes importées le coquet bonnet du pays, qui peut s'enrubanner richement, et qui leur va le mieux du monde. Le jour de la fête communale, M. d'HardiviIlé, instituteur et secrétaire de la mairie, tire une loterie, sous les beaux arbres du champ de foire, et puis il distribue les fichus, les bonnets qui en composent les lots, et mirlitons d'aller leur train Bientôt la danse commence, pour ne cesser que faute de danseurs, et assez avant dans la nuit, bien que la fête ait lieu en juillet, saison des grands travaux de la campagne. Les dames de Groslay se mêlent quelquefois à ces jeux, autrement que comme des témoins. Mais la conscription militaire et celle des cabarets, qui compte également ses blessés, enlèvent une bonne partie des garçons du pays, et il manque bien des cavaliers aux jeunes. Elles, parées pour le bal; des marquis, des fils de banquiers, des avocats, remplissent volontiers l'intérim… La fête de Groslay a son lendemain, et les bals de Paris n'en peuvent pas dire autant. Les salons passent, les bals champêtres restent, car le calendrier les a pris sous sa protection qui éternise. Les paysannes coquettes, ou pour mieux dire les grisettes de Groslay, ont tellement l'amour de la danse qu'elles se déplacent et arrivent les premières, partout ou deux ménétriers se donnent où se retirent l'accord, à plus de deux lieues à la ronde. Le dimanche soir, j'en ai vu, même l'hiver, qui revenaient seules la nuit, ces trois mots sont à souligner, heureuses d'avoir fait leur partie dans un quadrille, n'importe où. Le sieur Ménétrier, qui est à la fois musicien et marchand de vin à Deuil, fait danser toute l'année, sur divers points de son canton et au-delà »54.


Trois périodes éprouvantes d’occupation étrangère

Groslay qui, nous l’avons vu, a été durement éprouvé durant la période médiévale, par des conflits meurtriers qui l’ont laissé exsangue, est à nouveau touché par les trois occupations étrangères qui ont marqué le XIXe siècle : les deux occupations de 1814 et 1815 et la guerre de 1870-1871. Il convient d’y ajouter la mobilisation des hommes et la réquisition du matériel en vue des guerres révolutionnaires, puis napoléoniennes, de 1794 à 1814.

Au printemps 1814, lors de l’abdication de Napoléon et de son transfert à l’île d’Elbe, Groslay se trouve occupé par des « Cosaques durant douze jours et d’autres troupes fort nombreuses ». Ces occupants pillent et ruinent le village, détériorent les maisons et les meubles, volent les vêtements et crèvent les tonneaux, réquisitionnent les voitures et les chevaux et parfois maltraitent les habitants eux-mêmes. Aussi, quand les soldats de l’Alliance contre Napoléon reviennent après les Cent-Jours, la mairie déclare-t-elle ne plus pouvoir loger de nouvelles troupes. Mais en vain : du 17 au 26 juillet 1815, séjournent à Groslay 1100 soldats hollandais et belges. Puis, le 25 juillet arrivent 681 Hollandais qui restent quatre mois. Les 19 et 20 août, ce sera le tour de 256 Prussiens. Il en sera de même jusqu’en octobre. Quand on sait que la population groslaysienne de l’époque est d’environ 1000, on peut imaginer les affres subies par les habitants, admirablement soutenus par le maire Pierre Comartin, qui défend de son mieux des gens quotidiennement perquisitionnés ou rançonnés.

En 1870-1871, la population subit le même sort, mais une grande partie d’entre elle prend les devants dès le 29 août et part six mois en exode vers Mantes. La Vallée de Montmorency sert de base arrière pour les troupes prussiennes qui assiègent Paris. Les soldats occupent toutes les grandes propriétés ainsi que les bâtiments communaux : les écoles, la mairie, le presbytère. Ils pillent les maisons, dont ils défoncent le plancher dans l’espoir de découvrir des trésors cachés. Les rues sont saccagées, les lanternes considérées comme des cibles de tir. Les archives de la commune sont piétinées, lacérées, voire déchirées. Les registres municipaux de 1842 à 1870 disparaissent. Le maire, Paul du Boÿs, resté à son poste, fait lui aussi de son mieux pour faire face aux dégâts. Il doit, comme tous les maires du canton de Montmorency, acquitter une part de la contribution de 300 000 francs pour frais de guerre imposés par l’occupant. Quand les troupes étrangères partent, à l’été 1971, le village est à nouveau exsangue et les habitants ne toucheront presque rien à titre d’indemnisation.


Le chemin de fer

La première ligne établie est ouverte en 1846 entre Paris-Nord et Creil par Ermont et Pontoise. La seule gare accessible aux Groslaysiens pendant huit ans est celle d’Enghien qui dessert la station thermale, objet d’attraction des Parisiens.

« Un service d'omnibus qui conduit à Enghien-les-Bains et en ramène plusieurs fois le matin et plusieurs fois le soir, met ce joli village en communication incessante avec le chemin de fer du Nord, dont il n'a ainsi à sa charge ni le bruit, ni la fumée, ni la monotonie assez fatigante »55.

La gare d’Épinay, plus proche, est inaugurée en août 1852. Une autre ligne va desservir le village, en le traversant sur une longueur de 1 570 mètres : celle qui joint Paris au Tréport via Beauvais. La station de Groslay est inaugurée en avril 1877.


La population s’accroît, ce qui change la physionomie du village

Dans le troisième tiers du XX e siècle, la population se modifie considérablement, sur le plan quantitatif et sociologique.

- Quantitativement : en 1872, Groslay compte 1072 habitants, en 1881 : 1108, en 1886 : 1258 et en 1896 : 1448. Soit 40 % en près de trente ans.

- Sociologiquement. L’arrivée du chemin de fer amène une population inconnue jusqu’alors : les employés de l’administration ou du commerce de Paris qui, avec leurs familles, représentent environ 150 personnes nouvelles à la fin du XIXe siècle. À cela s’ajoutent les « journaliers », qui constituent, aux yeux des Grolaysiens de longue date, des « pièces rapportées », dont l’instituteur parlent en 1899 en ces termes :

« Quant aux déracinés, aux rapportés, comme nous les avons entendu nommer ici, journaliers agricoles ou employés, leur sort est certainement très différent : ce sont des des salariés et naturellement comme tels, ils gagnent juste de quoi pourvoir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

En général ces étrangers ne s’implantent pas d’une façon durable dans la commune. Cependant, le nombre des employés s’accroît d’année et c’est à cette cause surtout qu’il faut attribuer l’accroissement constant de la population »56.


Groslay s’agrandit d’un petit quartier de Montmorency

Le 11 juillet 1861, le hameau de La Rue-des-Gallerands et plusieurs lieux-dits voisins, peuplés de 109 habitants, sont distraits de Montmorency et rattachés à Groslay dans les circonstances suivantes :

Rapport fait au nom de la commission chargée d'examiner le projet de loi relatif à la fixation des nouvelles limites des communes de Montmorency et de Groslay (Seine-et-Oise), par M. le général Verrot, député au Corps législatif.

Messieurs, la commune de Groslay, du département de Seine-et-Oise, propose une modification dans la circonscription de son territoire aux dépens de celui de Montmorency. Elle demande l'annexion du hameau de La Rue, qui dépend de la commune de Montmorency, et voici les motifs qui lui font désirer celle appropriation :

Le hameau de La Rue, composé d'une population de 109 habitants, touche aux dernières maisons de Groslay et peut être considéré comme en faisant partie. Eloigné de Montmorency d'un kilomètre et demi, les relations de sa population sont toutes avec Groslay. Ainsi elle fait usage de l'église, de l'école, de la salle d'asile, du lavoir et de l'abreuvoir, sans contribuer aux charges d'entretien de ces divers bâtiments. Les pauvres du hameau sont secourus par le bureau de bienfaisance de Groslay, et ses malades sont visités, par le curé de cette commune. La surveillance de la police par les agents de Montmorency est rare, et c'est à Groslay, dans les cas d'urgence, qu'elle incombe. Il suit de cette situation que la commune de Montmorency retire de ce petit hameau tout le parti possible sans en avoir une seule charge”57.

Déjà, le 12 décembre 1830, un échange de terrains était intervenu avec Enghien58.



Les activités agricoles

La propriété agricole est morcelée à Groslay comme dans tous les villages de la Vallée, par suite de la division des héritages de génération en génération (les enfants restant souvent sur place). A la fin du XIXe siècle, les agriculteurs cultivent 284 hectares, divisés en 7 225 parcelles, sur Groslay et environ 200 hectares sur les communes voisines, principalement à Saint-Brice et Sarcelles. Le vignoble n’occupe plus que 32 hectares en 1899. Les vignerons produisent environ 1600 hectolitres de vin, qui se vend entre 30 et 45 francs l’hectolitre.

Dans une cinquantaine de maisons en culture, on trouve un domestique à gages fixes que l’on appelle presque toujours bourguignon 59parce qu’il vient de quelques villages de l’Yonne qui ont accaparé le « marché de l’emploi » des salariés agricoles à Groslay60.

Les cultivateurs forment en décembre 1892 un syndicat agricole pour acheter en commun des outils et écouler leurs produits (asperges, fraise et poires), notamment en Angleterre. Dans ce but, il construit près de la voie ferrée un hangar où il emmagasine les produits qu’il se prépare à expédier.

Les premières plantations de poiriers remontent à 1860. Elles couvrent 85 hectares, 75 sont de plein rapport en 1899. Les plants proviennent des pépinières et Vitry-sur-Seine et de Montlignon61. Les principales variétés sont la duchesse d’Angoulême, la bon-chrétien Williams, la beurré Hardy, la louise-bonne d’Avranches, la doyenné de Mérode ou beurré Boussock, la beurré d’Amante, la poire de curé et très peu de poires tardives.


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1 Dr. Perrochet, Essai sur la thérapeutique des eaux minérales d’Enghien et sur la topographie physico-médicale de la vallée de Montmorency, par le docteur Perrochet, de Montmorency, Paris, Malteste, 1839, p. 105.

2 Cf. les légendes relatives à Saint-Eugène et l’histoire du lac Marchais dans notre article « Histoire générale de Deuil-la-Barre ».

3 Cf. ci-après.

4 Ducoeur (G.), Les voies romaines dans le nord du Bassin Parisien, in Bull. JPGF, n° 2, 1973, p. 30-33.

5 Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980, p. 179-183.

6 Cf. nos articles : « Les seigneurs de Montmorency et le rôle social et économique des églises, abbayes, prieurés dans la châtellenie de Montmorency », « Historique du prieuré bénédictin de Saint-Eugène de Deuil », pp. 5-6, et « L’église Notre-Dame et Saint-Eugène de Deuil ».

7 Roblin (M.), Le terroir de Paris aux époques gallo-romaine et franque, Picard, Paris, 1971, p. 246.

8 Cf. notre article « Histoire générale de Deuil ».

9 Lebeuf (abbé J.), Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, t. 1, 1758, ré-éd. 1883.

10 Francois Collin, Groslay, à bâtons rompus, Valhermeil, 2006, p. 18.

11 La communauté taisible, encore appelée parsonnerie ou communauté familiale, ou frérèches quand elle ne regroupe que des frères et sœurs, est un mode d’exploitation agricole collective autrefois très répandue dans le centre de la France.

12 Un obit est un rite religieux à la mémoire d’un personnage religieux ou laïc, qui a rendu des services signalés à une paroisse.

13 Vauvilliers, Histoire de Blanche de Castille, reine des Français, Paris, Paulin, 1841, p. 158, note 46.

14 Jacques-Antoine Dulaure, Histoire physique, civile et morale des environs de Paris, 1825, p. 50.

15 On appelait tonlieu le droit seigneurial qu'on payait à titre de redevance pour exposer en vente des denrées sur un marché.

16 Extrait du registre des délibérations du Conseil établi par le Roi pour l’administration du temporel de la Maison de Saint-Louis, le 19 octobre 1724 (orthographe modernisée), tiré de l’ouvrage d’Octave Comartin, Recherches archéologiques sur l’église et le village de Groslay, précédées d’une étude sur l’histoire et la sépulture de saint Eugène, Paris, 1865, pp.122-124

17 Jérôme Mavidal, Emile Colombey, Louis Claveau, Constant Pionnier, Louis Lodoïs Lataste, Centre national de la recherche scientifique (France), Marcel R. Reinhard, Marc Bouloiseau, Georges Lefebvre, Archives parlementaires de 1787 à 1860 : recueil complet des débats, 1879, p. 596.

18 Cf. notre article « Histoire générale de Deuil-la-Barre ».

19 Chantilly : Les Archives. Le Cabinet des titres, Archives Archives du Musée Condé à Chantilly, 1929, p. 304.

20 Claude Cailly, La France d'ancien régime: Textes et documents, 1484-1789, Presses Universitaires de Bordeaux, 2003, 415 p. p. 193.

21 Cf. notre article « Le prince de Condé, jaloux de ses prérogatives de suzerain »

22 La comtesse Armand-François-Joseph de Fitte de Soucy (1728-1813), sera sous-gouvernante des Enfants de France en 1775.

23 Journal du palais : recueil le plus ancien et le plus complet de la jurisprudence, Volume 65, 1862, p. 593.

24 Edmond de Goncourt lui a consacré un écrit : La Saint-Huberty, E. Dentu, libraire-Editeur, Paris, 1882.

25 Archives nationales, Minutier Central, et. XCV 387. Cité par Erick Noël, Les Beauharnais : une fortune antillaise, 1756-1796, 2003, p. 202.

26 AN, MC/XXXVI/565, 4 janvier 1779.

27 Buffévent (B. de), L’Économie dentellière en région parisienne au XVIIe siècle, SHAPVOV, Pontoise, 1984, Les paroisses dentellières, p. 58-59.

28 Cf. notre article « Les nourrices rurales d’enfants des « bourgeois » de Paris et de la région parisienne - Du berceau à la tombe ».

29 Arzalier (F.), Du berceau à la tombe, in op. cit., p. 55-62.

30 Vincent (J.), Groslay, Monographie de l’instituteur 1900, (1899), éditée par l’association "Mieux vivre à Groslay", p. 36. Jules Vincent rédige une monographie que le ministre de l’instruction publique recommande à tous les instituteurs de France d’établir en vue de l’Exposition universelle de 1900.

31 Cf. notre article : « L’église Saint-Martin de Groslay ».

32 Octave Comartin, op. cit., pp. 125-128.

33 Roblin (M.), Le terroir de Paris aux époques gallo-romaine et franque, Picard, Paris, 1971, p. 163 et 246.

34 Brown (E. A. R.), Saint-Denis, La basilique, coll. Le ciel et la pierre, 6, éd. Zodiaque 2001, p. 42-51.

35 En réalité Dangé de Bagneux.

36 Octave Comartin, op. cit., pp. 47-48.

37 Voir supra.

38 Idem, p. 70

39 Un carillon se compose ordinairement de trois cloches de tons différents, symboles de la sainte Trinité : un seul Dieu en trois personnes.

40 Jean Baptiste H. R. Capefigue, Histoire des grandes opérations financières : banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc., Amyot, 1855, p. 342.

41 Lettre de Demetz, représentant de la succession au préfet de Seine-et-Oise, en date du 19 germinal an VIII (9 avril 1800), citée par l’abbé Georges Pacaud, Groslay de Seine et Oise, le terroir, les habitants, les évènements depuis les origines, 3e éd, revue et augmentée, avec la contribution de Jean Aubert, 1990, p. 109.

42 Dr Perrochet, op. cit., p. 105

43 Jules Vincent rédige une monographie que le ministre de l’instruction publique recommande à tous les instituteurs de France d’établir en vue de l’Exposition universelle de 1900

44 Vincent (J.), op. cit, p. 73-74.

45 Idem, p. 74.

46 Idem, p. 71.

47 Idem, p. 18.

48 Cf. notre article « La Vallée de Montmorency au temps des diligences, des célérifères et des coucous ».

49 Abbé Georges Pacaud, op. cit., p. 124.

50 Dr Perrochet, op. cit., p. 105

51 Ces bâtiments seront rasés en 1888 pour faire place au nouveau presbytère.

52 Cf. notre article « Les écoles élémentaires d’enseignement mutuel en Vallée de Montmorency ».

53 Leur vocation première est essentiellement sociale : il s'agit d'offrir un lieu de protection aux enfants des ouvrières, afin de les soustraire aux dangers de la rue. C'est pourquoi la maternelle est d'abord nommée salle d'asile.

54 Charles Lefeuve (C.), Le tour de la vallée : histoire et description de Montmorency, Enghien-les-Bains, Napoléon-Saint-Leu… Herblay/par Lefeuve, Dumoulin, Paris, 1ère éd., 1856.

55 Charles Lefeuve, op. cit., p. 305.

56 Jules Vincent, instituteur, op. cit., p. 73.

57 Sénat, Annales du Sénat et du Corps législatif, Vol. 2, Administration du Moniteur universel, 1862, p. 242.

58 Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 514.

59 Idem, p. 129

60 On observe le même phénomène à Deuil. Cf. Guérin (U.), Cultivateur-maraîcher de Deuil (coll. Les Ouvriers des deux mondes, F. Le Play, [sous la dir.]), Paris, Firmin-Didot, 1886. Ré-édition par le Cercle historique et archéologique d'Eaubonne et de la Vallée de Montmorency sous le titre : La Vie quotidienne d'un cultivateur en vallée de Montmorency au temps de Jules Grévy, 1978, 99 p.

61 Jules Vincent, instituteur, op. cit., p. 31.