L’ÉGLISE NOTRE-DAME DE TAVERNY



L’évènement religieux le plus marquant durant le Moyen Âge à Taverny reste la construction d’une nouvelle église, dans le style gothique alors en plein épanouissement. Il est très vraisemblable que les Montmorency, et en particulier le grand connétable de France, Mathieu II (1189-1230), l’instigateur de l’œuvre, firent appel au travail des Tabernaciens pour coopérer avec les spécialistes à la construction.

C’est tout près du château qu’ils possédaient à Taverny que les Montmorency entreprirent cette construction1. Du château, dont il ne reste plus rien, on pouvait encore voir au XIXe siècle les caves au nord-est du chevet.

L’unité de style de l’édifice est indéniable, car les remaniements du XVe et du XIXe siècle furent faits avec beaucoup de goût et d’unité de style. Aussi est-ce à bon droit que l’on classe cette église parmi les plus beaux monuments de la région parisienne2.


Présentation générale de l’édifice

Elle est un remarquable exemple du début du XIIIe siècle, avec sa nef à trois vaisseaux, son transept débordant, son chœur en abside, flanqué de deux absidioles s’ouvrant sur le transept. Son élévation intérieure est à trois niveaux, avec triforium. Celui-ci, à claire-voie en façade, est un exemple exceptionnellement précoce de ce type.

Cette église devait être achevée en 1237, puisqu’à cette date Bouchard de Montmorency, fils de Mathieu II, le fondateur de l’église, lègue par testament une somme de dix livres pour réaliser des vitraux. Le portail du bras sud a reçu le nom de Porte du roi Jean, en souvenir du passage de Jean II le Bon, roi de France, qui tomba malade au château de Taverny en 1335.

Au XVe siècle, la plupart des grandes fenêtres ont été refaites et le clocher charpenté a été établi sur le bras sud. Au XVIe siècle, l’absidiole du bras sud a été revoûtée. L’église a subi une sévère restauration au XIXe siècle : la façade et l’absidiole du bras nord notamment ont été reprises entièrement3.


Historique de l’édifice

« L’église de ce bourg est incontestablement l’une des plus belles de tout le diocèse de Paris 4». De l’accord de nombreux historiens, dont l’abbé Lebeuf, qui écrivit ces mots en 1775, l’église Notre-Dame de Taverny est un joyau architectural. L’harmonie de ses formes, son unité structurelle, sa luminosité intérieure suscitent l’admiration de quiconque y entre. Un précieux document, conservé aux Archives nationales, précise qu’un dénommé Guntaud possède le village de Taberniacus au VIIe siècle5.

Soucieux du salut de son âme, Guntaud fait don de son domaine à l’abbaye de Saint-Denis. Mais à sa mort, Ebroin, maire du Palais, reprend une partie du territoire. En 754, l’abbaye demande la restitution des terres à Pépin Le Bref. Une charte vient alors confirmer solennellement la donation de Taverny aux moines de Saint-Denis6.

Au XIe siècle, la puissante famille des Montmorency (dont l’ancêtre serait un certain Bouchard qui a du s’établir à Montmorency et en prendre le nom au Xe siècle) étend son domaine sur Taverny, au détriment de l’abbaye. Elle se rend maîtresse du village jusqu’à donner, en 1122, l’église de Moncelles, située à Taverny (peut-être à l’emplacement de l’église actuelle) à l’abbaye Saint-Martin de Pontoise, plus favorable aux nobles seigneurs. Un acte conservé aux Archives départementales du Val d’Oise mentionne ce don, réalisé par Richard de Montmorency et confirmé par l’évêque de Paris7. Les Montmorency élèvent également à Taverny, un château, disparu depuis (des éléments de maçonnerie, qui correspondent aux caves du château, ont été mis au jour lors de fouilles au XIXe siècle, au nord-est du chevet de l’église Notre-Dame). Les rois de France s’y rendent fréquemment.

Au début du XIIIe siècle, Mathieu de Montmorency, dit Le Grand, entreprend la construction d’une nouvelle église dans le style gothique alors en plein épanouissement. Mathieu II participe aux troisième et cinquième croisades. Il s’illustre brillamment auprès de Philippe Auguste lors de la bataille de Bouvines, en 1214, puis est nommé connétable (chef suprême des armées) en 1218. Il meurt en 1230. Son fils, Bouchard VI, continue la construction de l’église. Il fait don, dans son testament, daté de 1237 et conservé aux Archives nationales, d’une somme de dix livres pour la réalisation des vitraux. Il est donc probable que l’édifice est, à cette date, pratiquement terminé. Bouchard meurt en 1243. L’église est placée sous l’invocation de la Vierge et de saint Barthélémy, patron des tanneurs et des bouchers. Les maîtres d’œuvre qui travaillent à Taverny peuvent s’inspirer du chœur de la basilique de Saint-Denis (construit dans les années 1140 sous l’impulsion de l’abbé Suger), de l’abside de Saint-Martin-des-Champs, de Saint-Germer-de-Fly ou de la cathédrale de Sens, de Noyon, de Laon et de Soissons. À travers les lignes architecturales de l’église de Taverny, les seigneurs de Montmorency veulent montrer leur munificence et leur esprit novateur. Les maîtres d’œuvre s’inspirent des chantiers royaux. Ils conçoivent un plan et une élévation dignes d’une cathédrale, malgré des proportions relativement modestes, avec 18 mètres de hauteur sous voûtes. Certains historiens rapportent que Blanche de Castille serait venue à Taverny poser la première pierre de l’édifice (un vitrail, daté du XIXe siècle, mais reproduisant un modèle plus ancien, montre la reine et Mathieu de Montmorency tenant le plan de l’église). Aucun document de l’époque ne confirme cette légende. Les travaux auraient débuté, au début du XIIIe siècle, par le chœur, les chapelles rayonnantes, puis le transept, et se seraient terminés par la nef, dans les années 1240.

Comme la plupart des édifices gothiques, l’église de Taverny a été remaniée au cours des siècles. Mais elle a su conserver une harmonie d’ensemble. Au Moyen Âge, un ouragan, mentionné dans les archives, puis la longue guerre de Cent Ans, sans oublier la peste et les Jacqueries, entraîne probablement des dommages au sein de l’église. Au XIVe siècle cependant, le roi Philippe VI de Valois offre un portail, suite à un vœu formulé durant la maladie de son fils unique, le futur Jean II Le Bon, alors qu’il réside au château des Montmorency à Taverny. Ce portail méridional est nommé Porte du Roi Jean.

Au XVe siècle, une lente reprise économique favorise la réalisation de travaux, financés en partie par les paroissiens. Ainsi les fenêtres hautes peuvent-elles être remaniées dans le style flamboyant. Un nouveau clocher en bois est construit sur le croisillon sud du transept. La charpente, certains arcs-boutants et chapiteaux furent également modifiés.

Au XVIe siècle, l’absidiole sud est dotée d’une voûte Renaissance, ornée d’une clef finement sculptée d’un personnage représentant saint Pierre. Au XVIIe siècle, la Fronde occasionne pillages et razzias à Taverny. Une petite chapelle, l’Ecce Homo, est construite à quelques pas de l’église. Au XVIIIe siècle, les arcs-boutants au nord sont percés d’un oculus, et les voûtes des bas-côtés refaites.

La Révolution est une période sombre pour l’église de Taverny. Un orage de grêle, mentionné dans les cahiers de doléances, vient endommager la toiture, qui doit être réparée en 1790. L’église devient Temple de la Raison, et un inventaire est dressé en 1792. Le bulletin paroissial rapporte qu’ « un vent de folie destructrice » souffle, à cette époque, sur l’église, « entraînant les foules déchaînées, ivres ou furieuses, à tout saccager ». De nombreux vitraux volent en éclats, et il faudra attendre le XIXe siècle pour que des restaurations importantes soient entreprises.

Au XIXe siècle, dès 1842, l’église de Taverny est classée Monument historique. Des travaux, jugés urgents peuvent alors commencer. Tout d’abord, des tirants de fer viennent remplacer les poutres « provisoires » installées pour étayer la nef. Vers 1861, le pourtour de l’édifice est dégagé et le grand escalier refait. Un nouveau cimetière s’installe au nord de l’église. La façade occidentale est restaurée. Puis, entre 1867 et 1878, le calfeutrage en plâtre des fenêtres est retiré, et de nouvelles verrières, identiques aux anciennes, sont posées. La porte du roi Jean et sa rosace sont restaurées. Une construction vient aussi s’adosser au mur nord de l’édifice, afin d’y abriter la sacristie. À la fin du siècle, les voûtes du chœur, la chapelle sud, certains chapiteaux, ainsi que la flèche du clocher sont restaurés. La façade du croisillon nord, enfin, subit une sévère réfection, sous l’impulsion probable de Viollet-Le-Duc, qui visite, en 1876, Notre-Dame de Taverny, alors qu’il est inspecteur des Monuments historiques8.


Architecture de l’édifice

Le dessin du chevet de l’église est particulièrement remarquable : contrairement à la majorité des édifices de taille comparable, le chevet de Taverny n’est pas plat, mais caractérisé par une abside polygonale à sept pans, et par deux absidioles. La volonté des Montmorency était claire : montrer leur richesse et leur munificence. Notre-Dame de Taverny se distingue par la minceur et la clarté de sa structure. L’élévation est à trois niveaux : grandes arcades, triforium, fenêtres hautes.

Le voûtement est constitué d’ogives quadripartites, c’est-à-dire, de quatre arcs diagonaux, qui aboutissent à une clef de voûte et qui retombent sur de fines colonnettes. Ce type de voûtement était considéré comme novateur au début du XIIIe siècle. L’originalité réside, ici, en l’agencement du triforium. Ce passage opaque se transforme, au revers de la façade occidentale, en claire-voie d’un type très précoce. Les Montmorency témoignèrent, ici, de leur volonté d’innover en matière architecturale. Le troisième niveau était, avant le XVe siècle, sensiblement différent. Les fenêtres hautes n’étaient pas ornées du même remplage. Le réseau flamboyant, constitué de soufflets et de mouchettes ne date que du XVe siècle, et certaines fenêtres furent remaniées au XIXe siècle. À l’époque gothique, les baies étaient ornées de deux lancettes et un oculus, comme l’attestent les deux fenêtres hautes du transept sud, qui ne subirent pas de remaniements9.


Mobilier et décor de l’édifice

À droite et à gauche de l’entrée occidentale de l’église, on trouve les pierres tombales du chevalier Philippe, à la tête encadrée dans un arc trilobé gravés sur une dalle trapézoïdale, XIIIe siècle ; de Mathieu de Montmorency, avec encadrement de style gothique, et présence de deux anges thuriféraires, seigneur d’Avremesnil et de Goussainville, troisième fils de Jean Ier, mort en 1360 ; de Jean, fils du maréchal Charles de Montmorency, mort en bas âge, en 1352, et de son frère Charles, mort très jeune, en 1352 ; de Bouchard du Rû, serviteur des Montmorency, mort en 1387, et de son fils Jehan, prêtre, agenouillé devant une Vierge à l’enfant ; de Jean de la Motte, vicaire à Taverny, mort en 1557. Au revers du portail occidental se trouve le buffet d’orgue du XVIe siècle, dont la tribune est composée de panneaux en bois racontant l’histoire de saint Barthélémy. La partie instrumentale a été remplacée au XIXe siècle par un ensemble de style romantique œuvre du facteur d’orgue John Abbey.

Dans les bas-côtés on peut voir au sud, un banc d’œuvre avec un panneau du XVIe siècle, représentant l’ensevelissement de saint Barthélémy. Au-dessus du portail Saint-Barthélemy, un tableau de l’école italienne du XVIIe siècle représente saint Jérôme soutenu par deux anges. Le vitrail du XIXe siècle montre Blanche de Castille, Mathieu de Montmorency et les patrons de l’église, la Vierge et saint Barthélemy. Au nord, une statue en pierre de la Vierge à l’enfant, est datable de la fin XIIIe - début XIVe siècle. Dans la nef se dresse le superbe crucifix en bois polychrome de la fin du XIVe ou du début du XVe siècle. Dans le transept se trouvent au sud, deux tableaux du XVIIe siècle figurant l’Annonciation (à gauche) et l’Assomption (à droite) : un vitrail du XIXe siècle représente le roi Philippe VI de Valois, son fils Jean, alité, les moines de Saint-Denis et les chanoines de Notre-Dame de Paris, munis des saintes reliques.

Dans la croisée, le lutrin est daté de 1757. Au nord, dans la chapelle, une statue en bois de la Vierge à l’enfant date du XIIIe siècle. L’antependium brodé d’or et de perles, est du XVIe siècle. Le maître-autel possède un tabernacle en bois peint et doré, du XVIIe siècle. Dans le chœur, on trouve l’élément le plus remarquable : le retable en pierre du XVIe siècle offert par le connétable Anne de Montmorency. Le superbe décor est d’un classicisme très précoce, associant des motifs antiquisants dans une composition pyramidante.

Les parties peintes, œuvre de l’architecte Magne et du peintre Gomez10, dans le goût du milieu du XVIe siècle, datent du début du XXe siècle et représentent les donateurs et leurs enfants11.


Les anciennes cloches du XVIIIe siècle

Jusqu’à la Révolution, on trouvait dans le clocher de l’église Notre-Dame de Taverny deux cloches sortant des ateliers de la célèbre famille de fondeurs parisiens : les Gaudiveau. Sur l’une d’elles on pouvait lire :


« Seigneur, faites que chaque fois que je sonnerai, incendies, tempêtes, tonnerre, foudre et toutes espèces de calamités s’éloignent, et que la dévotion augmente dans le cœur des fidèles. L’an 1768, Marie Barbe suis nommée, par Messire André Marc, du diocèse de Caen, curé de Notre-Dame de Taverny, et par Marie-Louise Fontaine, épouse de M. Nicolas Rousseau, ancien marguillier, et suis bénite avec ma compagne par le susdit curé. Jean Fromont marguillier en charge. L.C. Gaudiveau m’a faite12 »


Laure Schauinger.

Texte augmenté en mai 2009 par

Gérard Ducoeur



Bibliographie


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1 La tradition veut que la reine Blanche de Castille, alors à résidence à Pontoise, ait voulu honorer l’œuvre de Mathieu de Montmorency, l’un des plus zélés défenseurs pendant la régence, en venant poser la première pierre de l’édifice. Cité par Poupin, Enghien et ses environs, p. 116.

2 Rousseau (abbé A.), et al. Taverny (754-1981), ville de Taverny, 1982, 216 p., p. 70.

3 Pérouse de Montclos (J.-M.), (sous la dir.), Le guide du patrimoine, Ile-de-France, Hachette, 1992, p. 627-629.

4 Lebeuf (abbé J.), Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, t. 2, 1758, ré-éd.1883, p. 60-67.

5 Schauinger (L.), Notre-Dame de Taverny, in Foussard (D.), Huet (C.), Lours (M.) : Églises du Val-d’Oise, Pays de France, Vallée de Montmorency, Dix siècles d’art sacré aux portes de Paris, SHAGPDF, 2008, p. 270-272.

6 Source : Monumenta Germaniae Historiae, Diplomata Karolini, p.7-11. Traduction d’après Rousseau (abbé A.), op. cit., p. 35-37.

7 Depoin (J.), Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, Pontoise, 1895/1896, actes CXXXII (1160) p. 106-107 et CLX (1170) p. 126-130, Inventaire des titres de Saint-Martin de Pontoise, ADVO 9H1 p. 586 et 9H76 (1122).

8 Schauinger (L.), op. cit., p. 270-272.

9 Schauinger (L.), op. cit., p. 272.

10 Schauinger (L.), Taverny, in Le Patrimoine des Communes du Val d’Oise, Flohic, 1999, p. 854.

11 Schauinger (L.), op. cit., p. 272-273.

12 Guilhermy (F. de), Inscriptions et épitaphes de la France du Ve au XVIIIe siècle. Ancien diocèse de Paris. Paris, 1873 - 1883, in 4°, p. 323.