L’ÉGLISE SAINT-GERMAIN - LE PÈLERINAGE


LE PRESBYTÈRE – LA FONTAINE


À SAINT-PRIX



Auguste Rey, historien de la vallée de Montmorency1, dans son ouvrage « Le Pèlerinage de Saint-Prix »2, nous fait revivre l’histoire de cette église, dédiée à l’origine à saint Germain, mais aussi celle d’un pèlerinage très important, depuis le XVe siècle, en Île-de-France, dédié à saint-Prix, toujours à la période des grandes épidémies, dont celle de la peste, et plus particulièrement celui du 9 septembre 1583. Nous lirons ensemble le récit d’un grand intérêt historique, avec notamment le nom des différentes auberges qui accueillent les pèlerins, mais aussi de la fontaine du lieu, appelée « fontaine Commode », où l’on plongeait les pèlerins trois fois de suite, en criant trois fois « miracle ! ». Ce texte nous fournit également des données détaillées sur les curés successifs de la paroisse et sur le presbytère, datant du XVIIe siècle, sur les deux prieurés de Saint-Prix, le prieuré Noir, appartenant depuis la fin du XIe siècle, à l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, suite à un don de Geoffroy Le Riche et son épouse Richilde de Montmorency, vers 1085, et le prieuré Blanc, fondé par Mathieu Ier de Montmorency, vers 1135. À l’origine, il est dénommé le prieuré du Bois saint Père, situé dans la forêt de Montmorency3, sur le territoire de Bouffémont et près de son château de La Chasse, situé lui, sur Saint-Prix4, avant de venir s’installer, en 1526, face à l’église du lieu. Nous verrons également l’apport des résultats des fouilles archéologiques de sauvetage menées dans et autour de l’église, des deux prieurés, de la fontaine et du presbytère de Saint-Prix de 1977 à 1993. Enfin, Mathieu Lours nous fournira son interprétation de l’évolution architecturale très complexe de l’église de Saint-Prix, du XIe au XIXe siècle, au travers d’un ouvrage collectif consacré aux édifices religieux de la vallée de Montmorency et du Pays de France, publié en 20085.


L’église Saint-Germain

Sur l’emplacement et autour de l’église de Saint-Prix et du prieuré Noir la jouxtant au nord, des éléments mobiliers gallo-romains (tuiles à rebords) et funéraires mérovingiens6, en résiduel (fragments de sarcophages en plâtre, fragments de céramique), ainsi qu’un fossé profond du haut Moyen Âge7, situé à l’orient de l’abside de l’église ont été mis au jour de 19778 à 19939. Un élément de sarcophage, conservé au musée d’Amiens, pourrait provenir de cette nécropole, ainsi qu’une broche en or, décorée de grenats, du VIe siècle, conservée au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France10.

Une église primitive, dédiée à Saint-Germain, comme l’abbaye mère de Pontoise, fondée en 1050, à une seule nef et à abside demi-ronde probable (ou à chevet plat) existait à Tour vers 1085. L’hypothèse actuelle, à la suite des sondages archéologiques d’octobre 2008, serait qu’au XIIIe siècle, l’église a été reconstruite en forme de croix latine avec une abside supposée demi-circulaire et deux bras de transept nord et sud. Mais seules des fouilles archéologiques menées dans le chœur de l’église pourraient un jour le confirmer.

L’édifice garde cependant des éléments du XIe siècle, comme la corniche chanfreinée de la face orientale du clocher, décorée de billettes et reposant sur des modillons, toujours visible depuis le chœur et une autre corniche chanfreinée avec décors de denticules, sur la face occidentale du clocher, mais seulement visible depuis l’intérieur des combles.

Du XIIIe siècle, ne subsistent que la partie haute du clocher à la section très robuste, d’influence franco-normande, deux piliers à l’est de celui-ci et deux autres à l’entrée de la nef, côté nord. À l’entrée de la nef, une colonne du Temple, supportée par la vouivre, est adossée à un pilier à chapiteau décoré de feuilles de chêne, datable des années 1220. Cette symbolique templière atteste la participation du « membre de Rubelles », dépendant de la commanderie de Cernay à Ermont, sous l’autorité du Temple de Paris, à l’édification de l’église11.

Des travaux sont réalisés à la fin du XVe, ou au début du XVIe siècle, comme l’atteste la présence de l’amorce de piles ondulées flamboyantes, afin de reconstruire ou de redécorer ce chœur, mais ils seront abandonnés.

C’est dans les années 1550 que l’ensemble de l’église est transformé, pour faire face au développement du pèlerinage à Saint-Prix12. Les reliques du saint, évêque de Clermont assassiné en 674 à Volvic, sont transférées dès 1278, par Jean Ier de Tour, sous-trésorier du Temple de Paris dès 1272. Elles étaient conservées jusqu’alors à l’abbaye bénédictine de Flavigny13 (Côte-d’Or), dont l’église est placée sous le triple patronage de saint Pierre, saint Prix et sainte Reine.

Un maître d’œuvre proche du foyer pontoisien réalise ces travaux. Son œuvre présente certains traits communs avec des églises comme Roissy-en-France, pour l’ordre dorique, ou Chennevières-les-Louvres pour l’insertion du second ordre. Le chœur est entièrement repris. Dans la nef, seules les grandes arcades et le bas-côté sud sont remaniées. Des chapelles sont aménagées, puis le chantier s’arrête, faute de moyens. Le côté sud de la nef et son bas-côté datent entièrement du XVIe siècle, selon Mathieu Lours14. On a cependant gardé les mêmes proportions qu’au nord, ainsi que l’idée de supports superposés, en insérant ici un pilastre dorique au-dessus de la colonne ionique. Les chapiteaux ioniques sont d’ailleurs de très belle facture, avec leurs volutes pincées. À l’angle du bas-côté, on note un quart de chapiteau qui, comme ceux restant des parties détruites au XIXe siècle, est orné d’un élément sculpté simulant un drapé, comme on en voit également à l’église de Méry-sur-Oise.

La sacristie est construite à cette même période et l’église est désormais placée sous le vocable de saint Fiacre15, qui devient patron de la paroisse (et non titulaire) sous l’influence de l’augmentation du nombre de jardiniers travaillant dans les parcs des seigneuries laïques ou religieuses, celles-ci, au nombre de quatorze se sont développées depuis la période médiévale16. François Ier est venu plusieurs fois à Saint-Prix (en 1519, 1539, et surtout en 1540 et 1544), résidant au château du fief de Leumont, propriété d’Anne de Montmorency, à la limite de Saint-Prix et de Saint- Leu.

Robert Cuvernon (ou de Cuvernon), docteur de Sorbonne, issu d’une grande famille de trésoriers et d’avocats de Pontoise17, est nommé curé de Saint-Prix en 1619. Il trouve le chœur ancien menaçant ruine et adresse aussitôt une requête au prieur bénédictin du prieuré Noir voisin:

« […] Monsieur, octroyer, du jardin de vostre prieuré contigu audict chœur, une perche ou perche et demye au plus, pour amplifier ledit chœur, à ce que le clocher et les cloches soient dehors et qu’il soit plus clair. Ce faisant, nous serons obligiés de prier Dieu pour vous »18.

Pour répondre à l’affluence des pèlerins, le chœur est agrandi, avec mise en place des collatéraux triples au sud, de 1620 à 1628, et simple au nord en 1633, répartissant ainsi sept chapelles19. L’autel de la Vierge, dans le collatéral nord, est donné par les Hospitaliers, héritiers des Templiers du « membre de Rubelles », dépendant de la maison de Cernay à Ermont, qui passe, elle-même, à cette époque, vers 1633, sous la tutelle de la commanderie de Louvières et Vaumion dans le Vexin Français, près d’Omerville.

Au XVIIIe siècle, la toiture est surélevée ce qui occulte les quatre fenêtres hautes gothiques qui éclairaient précédemment le chœur et la base du clocher du XIIIe siècle, les deux piliers ouest du clocher qui menaçaient de s’écrouler sont rebâtis.

Au XIXe siècle, le troisième collatéral sud est supprimé, de même qu’une travée à l’ouest et le porche saillant sur le chemin de la Croix-Saint-Jacques qui était relié par un grand escalier appuyé au mur ouest du presbytère. Le porche est refait en 1896 par Lucien Magne20, architecte ayant réalisé entre autres la fouille archéologique préventive de la nécropole mérovingienne d’Ermont21, en 1885, avant la reconstruction de l’église Saint-Flaive22 et Saint-Étienne.


Le mobilier et décor de l’édifice

Le retable du maître-autel, à l’origine, devait être en bois polychrome. Il semble qu’il fut offert par Nicolas de Lesseville, seigneur de Rubelles, prêtre et abbé commendataire de Notre-Dame de Bourras, près d’Auxerre, de 1676 à 1710. De part et d’autre du tableau de la Crucifixion sont placées dans des niches les deux statues en bois des patrons tutélaires, l’évêque saint Prix du côté Épître et saint Fiacre du côté Évangile. La composition est coiffée d’un fronton ouvragé à toit en bâtière portant la croix centrale tenue par deux anges en mouvement, tandis que deux autres, situés de part et d’autre, sont des anges cérophéraires23.

Cette disposition des deux statues de saints a posé un problème à l’abbé Lebeuf, qui en a déduit que le vrai patron était saint Fiacre, alors qu’il faut penser que c’est l’inverse. Mais les spécialistes24 sont unanimes à ce sujet : saint Fiacre, patron des jardiniers, est rarement patronus ecclesiae (titulaire) et n’apparaît pas avant le XVIe siècle dans les paroisses, mais au contraire il est souvent patronus loci (patron de la paroisse).

La question primordiale est bien celle de la titulature primitive de l’église. En effet, tous les textes du cartulaire de l’abbaye Saint-Martin-de-Pontoise25 portent aux XIe et XIIe siècles : « S. Germano atque S.Praejecto de Turno », dont on pourrait déduire que dès l’origine, vers 1085, l’église est dédiée à saint Germain et à saint Prix, alors que la relique de saint Prix n’est apportée de l’abbaye de Flavigny par Jean de Tour, sous-trésorier du Temple de Paris qu’en 1278 seulement et que le pèlerinage ne débutera qu’au XVe siècle !

Les deux autels placés au fond des bas-côtés, en bois anciennement polychromés, dédiés l’un à saint Nicolas, au midi, l’autre à la Vierge, au septentrion, sont datables de la fin du XVIIe siècle. On compte en tout, au temps du pèlerinage, sept chapelles, où les pèlerins doivent faire leurs dévotions.


La chapelle de saint Prix

La chapelle de saint Prix garde encore, dans le mur sud, malgré la restauration du XIXe siècle, une fenestella (ouverture), par laquelle les pèlerins pouvaient toucher le reliquaire, à l’aide d’un linge, placé sous l’autel et conservant la relique de saint Prix.

Elle garde encore des boiseries datées de 1695, dont le donateur semble avoir été ce même Nicolas de Lesseville, seigneur de Rubelles.

Elle conserve les principaux éléments de la statuaire de l’église : Prix, Fiacre, patron des jardiniers avec sa pelle, Roch, Sébastien, tous ces saints en bois polychrome sont datables du courant du XVIe siècle, ainsi qu’une sainte femme du début du XVIIe siècle.

Elle abritait également quatre panneaux de l’ancien retable du maître-autel, du XVIe siècle qui, après avoir été restaurés, sont maintenant conservés au musée municipal de Saint-Prix. L’un figure Roch et Sébastien (deux saints « pesteux »), invoqués par les pèlerins en cas d’épidémie de peste, notamment lors de la procession Blanche qui arrive à Saint-Prix le matin du vendredi 9 septembre 1583 et se dirige ensuite vers Saint-Denis et Notre-Dame de Paris dans l’espoir d’obtenir la fin de la contagion. Les autres panneaux montrent saint Jacques et deux autres personnages devant une ville fortifiée, un baptême par immersion donné par un ecclésiastique mitré, évêque ou abbé, et une bénédiction devant une église, peut-être celle de Saint-Prix.


Les fonts baptismaux

Les textes et les écussons gravés sur les trois côtés du fût évoquent François Vallin, docteur à la Sorbonne et curé de l’église, ainsi que Edme-Michel Rigault, procureur au Châtelet et donateur. Ce dernier est représenté par ses armoiries : la couronne comtale d’azur à un chevron surmonté d’une étoile et accompagné de trois grenades, ainsi que la date de 1723 dans un écusson. Cet écusson est figuré une seconde fois au midi. Les initiales FMD, qui semblent être celles des prêtres Forfait et Martinsart et du vicaire Desjardins, y sont gravées26.

Près des fonts baptismaux, sur le mur septentrional, deux pierres tombales sont également conservées, celle d’Etienne Favières, prieur du Bois-Saint-Père (prieuré Blanc), décédé le 26 janvier 1691, à l’âge de 74 ans et celle de Nicolas de Saint-Denis, curé de Saint-Prix, décédé le 27 juillet 1707, « ayant desservi l’église pendant 39 ans et plus ».

Sur le deuxième pilier septentrional de la nef est conservée une belle Pietà en bois polychrome du courant du XVIe siècle et au dessus, une litre du prince de Condé, seigneur justicier, « D’azur aux trois fleurs de lys d’or et au bâton péri en bande de gueules ».

Sur le mur septentrional, à l’endroit où se faisait la jonction avec le pignon du prieuré Noir, lors de la restauration, le piquetage du mur, en 1977, a fait apparaître trois niches à la coquille, de la Renaissance et une ouverture murée en-dessous, communiquant jadis avec le prieuré bénédictin. Le long du mur, une poutre de Gloire, en bois polychrome, du début du XVIIe siècle, porte le Christ en croix entouré de la Vierge et de saint Jean.

Un tableau de Jean-Bruno Gassies (1786-1832), intitulé Intérieur de l’église de Saint-Prix, vallée de Montmorency, présenté au Salon de 1831 et conservé dans les réserves du musée du Louvre, montre la poutre de gloire en place dans la nef de l’église, au-delà du clocher et de la grille ouvragée en fer forgé du chœur liturgique, qui contient des stalles et le banc d’œuvre, mobilier toujours conservé dans l’église.


Le presbytère

Le bâtiment du presbytère, construit sur la forte pente de la rue de la Croix Saint-Jacques, comprend six niveaux du côté le plus bas et trois du côté de l’église. Il est coiffé d’un toit en croupe, couvert de petites tuiles plates, supporté par une charpente à double poinçon et croix de Saint-André, datable de la fin du XVIIe siècle.

En 1980 et 1981, les fouilles archéologiques ont mis en évidence la cave la plus profonde, à deux nefs, soutenue par six croisées d’ogives séparées par des arcs doubleaux retombant sur deux piliers à chapiteaux situés dans l’axe médian, datables du XIIe siècle et voûtes restaurées au XVe siècle. L’escalier d’accès, sur le côté est, a été remplacé au XVIIe siècle par un escalier en plâtre à nez de marches en bois, et situé au sud-ouest.

Lors de cette même intervention archéologique, une trentaine de profils de coquemars en céramique sableuse pouvant provenir des ateliers de Fosses, dans la vallée de l’Ysieux, datables du milieu du XVIe siècle ainsi qu’un ensemble de profils de verre à boire bi-tronconiques (sans doute de production locale, en forêt de Montmorency, dont certains décorés de filets horizontaux d’émail blanc) ont été dégagés dans le comblement d’une latrine des XVe - XVIIe siècle, découverte sous l’ancien presbytère, au même niveau de profondeur que la cave médiévale27.

Toutes les céramiques et la verrerie ainsi que les divers autres éléments mobiliers mis au jour lors de la dizaine d’interventions archéologiques faites sur l’ensemble de la commune sont conservés au musée archéologique et historique municipal de Saint-Prix28.


Le pèlerinage à saint Prix

Le pèlerinage aux reliques du saint évêque Prix se développe dès le XVe siècle et Tour prend alors le nom de Saint-Prix. L’abbé Lebeuf indique : 

« Il est souvent arrivé que les pèlerinages aux reliques des saints ont fait changer le nom des lieux où ils se faisaient. Entre plusieurs exemples, on peut rapporter celui de Tour ou Tor, village du diocèse de Paris et à cinq lieues de cette ville, qu’on méconnait presque aujourd’hui sous ce nom »29.

Les reliques de saint Prix (S. Praejectus), comme nous l’avons vu, se trouvaient conservées dans l’abbaye de Flavigny. De nombreux fragments en ont été distraits, qui se sont retrouvés dans des églises parisiennes : Saint-Sauveur, Saint-Étienne-des-Grez, ainsi qu’à Fontenay-aux-Roses, Villejust, Saint-Maur-des-Fossés, sans compter le village de Saint-Prix, les abbayes de Maubuisson30 et de Saint-Martin-de-Pontoise, en Picardie à Rocourt près de Saint-Quentin. Cette liste n’est d’ailleurs pas limitative, puisque l’on retrouve également des reliques en Alsace (à l’abbaye de Murbach), en Bourgogne (abbaye de Flavigny, St-Prix et St-Prix-les-Arnay) en Champagne (St-Prix) et même en Normandie, en particulier dans l’Eure (Écouis, Iville).

La première source le mentionnant, écrite en 1578, par Claude Haton, curé de la Brie, dans ses Mémoires31 cite : « […], à Monsieur saint Pris entre Paris et Pontoise, […] » le pèlerinage de Saint-Prix est ici mis sur le même rang que les plus célèbres, Notre-Dame-de-Liesse et Saint-Jacques-de-Compostelle :

« C’est le récit d’une « procession blanche » qui se rendit, le vendredi 9 septembre 1583, à Saint-Prix, voici dans quelles circonstances. Elle visait à obtenir la cessation de la peste, qui, après avoir cruellement sévi en 1580, reparut en 1583. La contagion fut « âpre et grande par tout le royaume, nommément à Paris et aux environs, tout au long de l’automne ». On a vu d’ailleurs que le désir de ramener les protestants à l’Église ne fut pas étranger à ces professions de foi solennelles. En plusieurs circonstances, l’auteur de la relation à laquelle j’emprunte la majeure partie de ce qui suit fait remarquer que beaucoup d’assistants, qui auparavant avaient adopté la nouvelle hérésie, crurent à Jésus-Christ et retournèrent à la religion catholique. Ce sentiment inspirait les promenades de pénitents qu’Henri III, la même année, conduisit dans les rues de Paris32. Le mouvement qui, de proche en proche, amena à Saint-Prix la procession prit naissance dans les Ardennes. Quatre mille personnes à Saint-Nicolas en Lorraine ; sept mille vers Notre-Dame-de-Liesse, puis vers Notre-Dame de l’Espine, cette procession gagna le village de Saint-Fiacre en Brie, puis Saint-Etienne de Meaux et ensuite « tirèrent droit à Monsieur Sainct-Prins ». Hommes et femmes, garçons et enfants, tous étaient coiffés et vêtus de toile blanche, et ils allaient deux à deux, nu-pieds souvent, tenant à la main, les uns des cierges allumés, les autres des croix de bois, priant et chantant « comme pèlerins allant en pèlerinage ». Quatre des plus considérables conduisaient le Saint Sacrement de l’autel sous un dais blanc. Telle était la procession blanche qui arriva à Saint-Prix le matin du vendredi 9 septembre 1583. Elle y fit célébrer « une belle messe », puis gagna Saint-Denis. Le samedi, dès la pointe du jour, elle se rendit à Notre-Dame-de-Paris, puis Saint-Maur-des-Fossés, d’où l’on revint à Saint-Fiacre-en-Brie, terme du voyage »33.

Les confréries contribuent à rendre populaire le nom de saint Prix. Elles se fondent nombreuses sous son patronage, dans les églises de Paris et de sa banlieue : Saint-Sauveur, Saint-Étienne-des-Grez, Saint-Sulpice, Notre-Dame-des-Champs.

La plus ancienne est celle de Saint-Sauveur, qui fait réimprimer en 1689, une image de propagande avec ce titre : « La Confrérie de saint Prix – Première érigée en l’église parochial St-Sauveur à Paris, l’année 1433, auquel lieu il y a un reliquaire d’un doigt dudict saint et un autel privilégié pour les deffuncts confrères »34.

Tous ces pèlerinages contribuent à la prospérité de l’église de Saint-Prix, mais aussi de toutes les activités économiques de la paroisse : les vignerons, les marchands-laboureurs, les artisans, et les aubergistes. Des auberges se construisent, dès le XVe siècle, au bord des voies principales du village, la rue de Maubuisson (actuelle rue A. Rey) et la rue de Rubelles qui permet d’accéder du bas du village vers l’église.

Quelques noms sont connus par les comptes de fabrique de 1614 et de 167835la maison de l’Espée Royale, size à Rubelle ; l’imaige Sainct Anthoine, rue de Maubuisson ; les imaiges de Sainct Cosme et Sainct Damians, rue de Maubuisson ; le Cheval Rouge, grande rue ; enseigne le Cœur, grande rue ; l’imaige Sainct Prix, au carfour ; l’enseigne les Trois Vers gallans, rue de Maubuisson ; la maison des Deux-Anges, rue de Maubuisson ; la maison appelée l’Escu de France, rue de Maubuisson ; la Corne de Cerf, au carfour ; la Boulangerye où pend l’enseigne la Croix Blanche et celle du Coq, rue de Maubuisson ; l’imaige Saint-Fiacre, rue de Maubuisson, l’imaige de Notre-Dame, rue de Maubuisson. Cette dernière existe toujours, à l’angle de la rue A. Rey et de la rue de Rubelles, une statuette de la Vierge est préservée dans une niche moulurée, avec une embase en console XVIIe-XVIIIe siècle, malheureusement non restaurée à l’identique.

Ces établissements étaient tous dotés de caves et de celliers, creusés facilement dans les sables stampiens. L’une des salles voutées, située sous la terrasse du jardin de l’ancien prieuré Noir, a fait l’objet de fouilles archéologiques. De plan cruciforme, sous voûtes en berceaux brisés de 15 mètres de longueur, elle a pu être datée du XVe siècle, de par les céramiques mises au jour. Elle comptait trois diverticules latéraux.

Mais les pèlerinages continuèrent, avec un ralentissement certain (plus d’épidémies), les revenus des produits de la confrérie diminuèrent également sous l’influence de l’inflation (de 1600 à 1750, la livre a diminué des deux tiers), puis tombèrent en désuétude et sans doute fallut-il les relancer dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Le musée conserve une reproduction d’une image de propagande, imprimée par Fortier, datée de 1776, signée par Guillaume Hic, marguillier, dans le style d’Épinal, destinée à réveiller dispendieusement la ferveur des pèlerins. Il reproduit, sous le titre Saint-Prix dans la vallée de Montmorenci, avec un frontispice orné des armes de Condé, les scènes principales de la vie du saint, suivies de cette recommandation : « Obéissés à Dieu, et S. Prix vous escoutera »36.


La fontaine de Saint-Prix

Cette fontaine est liée au pèlerinage de Saint-Prix. Au cours de celui-ci, et dans l’espoir d’une guérison, le pèlerin est plongé par trois fois de suite dans l’eau de la fontaine, dite « fontaine commode », où il invoque saint Prix, en criant trois fois « miracle ! ». Et cela le 25 janvier, jour de sa fête dans le Sanctoral ! Plus sûrement le 12 juillet, jour de la translation des reliques, comme semble l’indiquer l’abbé Lebeuf, ainsi que plus tard Auguste Rey37.

La fontaine médiévale, datant du XIIIe siècle selon la tradition, a été restaurée en 1870 par Julien Ponsin38, architecte de Montmorency et féru d’histoire, puis à nouveau en 1999. À cette occasion, une intervention archéologique permit de mettre au jour de la céramique flammulée du XIIIe siècle et des grés du Beauvaisis du XVIe siècle, en résiduel, confirmant ainsi l’origine médiévale de la fontaine de Saint-Prix39.



Gérard Ducoeur,

avec la contribution de Mathieu Lours,

avril 2009



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Publié sur le site de Valmorency (Association pour la promotion de l’histoire et du patrimoine de la Vallée de Montmorency) : www.valmorency.fr

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1 Cf. notre article « Les historiens de la vallée de Montmorency – Auguste Rey ».

2 Rey (A.), Le pèlerinage de Saint-Prix, Paris, chez H. Champion, 1908, 150 p.

3 Cf. notre article « Les prieurés des abbayes de Saint-Martin de Pontoise et de Saint-Victor de Paris à Saint-Prix  ».

4 Cf. notre article « Le château de La Chasse et l’auberge du Bouquet de la Vallée ».

5 Foussard (D.), Huet (C.), Lours (M.), Églises du Val-d’Oise, Pays de France, Vallée de Montmorency, Dix siècles d’art sacré aux portes de Paris, SHAG PDF, 2008, p. 241-243.

6 Des éléments d’une nécropole mérovingienne ont été découverts autour de l’église de Saint-Prix, vers 1850 et en 1887 : un sarcophage en plâtre, deux sépultures en pleine terre ainsi que de la céramique, en résiduel. Cf. Maignan (A.), Sépultures mérovingiennes à Saint-Prix (Seine et Oise). Notes archéologiques, in Revue archéologique, t. XVI, 3e série, 1890, p. 355-356.

7 Ducoeur (G.), Saint-Prix (Val d’Oise), L’église-Le Village, in Bilan scientifique, DRAC IDF, SRA, 1992, p. 125 et 1993, p. 155.

8 Ducoeur (G.), Renaux (D.), L’église de Saint-Prix, historique et les fouilles archéologiques de 1977, in Balland (R.), Donzelle (G.), Ducoeur (G.), Poupon (C.), Renaux (D.), Histoire de Saint-Prix, AREM, 1982, p. 66-77.

9 Ducoeur (G.), Saint-Prix (Val d’Oise), L’église, le Village, in Chronique des fouilles médiévales, Archéologie Médiévale, CNRS, t. 23, 1993, p. 395 et t. 24, 1994, p. 462.

10 Wabont (M.), Abert (F.), Vermeersch (D.), (sous la dir.), Saint-Prix in Carte Archéologique de la Gaule, Val-d’Oise, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2006, p. 406.

11 Cf. notre article « La maison de Rubelles à Saint-Prix, membre de la commanderie de Cernay. » in « La présence des Templiers en vallée de Montmorency. »

12 Gauthier (abbé), Saint-Fiacre – Saint-Prix, in Pouillé du diocèse de Versailles, Paris, 1876, p. 171 et p. 187.

13 Abbaye de bénédictins, fondée au VIe siècle, détruite par les Normands, elle est relevée au Xe siècle. L’abbatiale (Xe-XIIIe siècle) est sous le patronage de saint Pierre, saint Prix et sainte Reine.

14 Lours (M.) et al, Église de Saint-Prix, in op. cit., p. 241-243.

15 Lebeuf (abbé J.), Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, t. 1, 1758, ré-éd.1883, p. 645-652.

16 Saint-Fiacre, patron des jardiniers est souvent représenté debout, la pelle à la main, comme dans l’église de Saint-Prix. Une confrérie est constituée à Paris en l’église Saint-Sulpice le 30 août 1708. Des sociétés amicales de jardiniers se créent au début du XIXe siècle dans le Parisis, en particulier à Montmorency, Ermont et à Eaubonne, mais aussi en Pays de France et en Vexin.

17 Nicolas (Valérie), L’administration pontoisienne aux XVIe et XVIIe siècles. Pontoise au travers les délibérations municipales et autres sources, Maîtrise d’histoire moderne, Université de Paris X-Nanterre, sous la direction de J.-M. Sallmann, juin 1995, 157 p., bibliographie et 10 annexes.

18 Anciennes Archives départementales de Seine-et-Oise, Fonds de St-Martin de Pontoise, carton 2. Cité par Rey (A.), Le pèlerinage de Saint-Prix, Paris, 1908, p. 30-31. La pièce est signée : « Raffelin, T. Puissant, Foy, N. Puissant, Charpentier, Pierre Bourgeois, Pierre Chéron, (marque de) Jehan Barbier, Adrien Barbier, Granet, M. Boulliette, Cuvernon » noms du curé et des marguilliers qui permettent de dater ce document.

19 Ducoeur (G.), Archéologie médiévale à Saint-Prix, les sondages autour de l’église, in Bull. JPGF, n° 7, 1983, p. 101.

20 Regnault (P.), Baillargeat (R.), L’abbé Marais et Lucien Magne à Montmorency, Mémoires SHAPV, t. 57, 1960, t. à. p., 1963, 33p.

Cf. notre article « Lucien Magne (1849-1916) architecte de la vallée de Montmorency ».

21 Cf. notre article « La nécropole mérovingienne et l’église carolingienne d’Ermont »

22 Cf. notre article « La fontaine Saint-Flaive et l’Ermitage à Sannois-Les reliques de saint Flaive à Ermont

23 Anges qui portent des cierges, ou des luminaires, de nos jours.

24 Lerou (P.et R.), Saint Fiacre, histoire et culte, Revue d’histoire et d’art de la Brie et du Pays de Meaux, n° 51, 2000, p. 10.

Sirat (J.), Saint Fiacre patron des jardiniers, in Jardins en Val-d’Oise, CGVO, 1993, p. 264-266.

25 Depoin (J.), Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, fascicule 1, SHPV, Pontoise, 1895, acte XV, p. 13 et confirmation, acte XVI, p. 14-15.

26 Rey (A.), Le pèlerinage de Saint-Prix, Paris, 1908, p. 49-50.

27 Ducoeur (G.), Le prieuré Noir et le presbytère, les fouilles archéologiques de 1980, in Balland (R.), Donzelle (G.), Ducoeur (G.), Poupon (C.), Renaux (D.), Histoire de Saint-Prix, AREM, 1982, p. 80-88.

28 Le musée archéologique et historique municipal est situé à côté de la mairie, 45 rue d’Ermont 95390 Saint-Prix.

29 Lebeuf (abbé J.) : op. cit., Paris, 1758, ré-éd.1883, t. 1, p. 645-652.

30 Rey (A.), op.cit., p. 2.

31 Collections de documents inédits sur l’histoire de France, Paris, 1857, 2 vol., in-4°, t. I, p. 926. Claude Haton, né en 1534, vivait encore en 1605.

32 Le Vray Discours des grandes Processions qui se font depuis les frontières de l’Allemagne jusques à la France, dont jamais n’en fut faicte de semblable, et comme plus amplement vous sera montré dans le discours, À Paris, 1584. Cette pièce a été reproduite par Édouard Fournier dans ses Variétés historiques et littéraires, Paris, 1855-1864, 10 vol., in-16°, t. VII, p. 339. Cf. Pierre de L’Estoile, Mémoires-Journaux, éd. Jouaust, Paris, 1875-1896, 12 vol., in-8°, t. II, p. 134.

33 Rey (A.), op.cit., p. 5-7.

34 Rey (A.), op.cit., p. 1-9.

35 Rey (A.), op.cit., Appendice A (1614), p. 103-137 et Appendice B (1678), p. 138-141.

36 Rey (A.), op.cit., p. 56.

37 Lebeuf (abbé J.) : op. cit., Paris, 1758, ré-éd.1883, t. 1, p. 645-652.

Rey (A.) : Le pèlerinage de Saint-Prix, Paris, 1908, p. 32 et p. 50.

38 Lefebvre (J.-C.), Les Ponsin, in Bulletin de la Société Historique de Montmorency, n° 26, 2008, p.56-77.

Duchesne (A.), Julien Ponsin (1846-1914). Les historiens de Montmorency. In Bulletin de la Société Historique de Montmorency, n° 6, 1987, p.27-29.

39 Ducoeur (G.), St-Prix, in Le patrimoine des communes du Val d’Oise, Ile-de-France, Flohic, 1999, t. 2, p. 771-783.