LA FONTAINE SAINT-FLAIVE ET L’ERMITAGE À SANNOIS


LES RELIQUES DE SAINT-FLAIVE À ERMONT



La fontaine Saint-Flaive et l’Ermitage à Sannois


Un peu en-dessous du château du Mail1 et assez près du chemin de Franconville à Argenteuil2, se trouvait une fontaine ou source d’eau vive qu’on appelait la fontaine Saint-Flaive3. Elle se rattachait à la légende de cet ermite qui avait vécu sur la colline de Sannois et près de cette fontaine et dont les reliques avaient été déposées dans l’église d’Ermont. Depuis quand cette fontaine avait-elle reçu le nom de Saint-Flaive ? Vraisemblablement, à partir du jour où l’église d’Ermont fut mise en possession de ces reliques4.


Dès ce moment, les habitants d’Ermont prirent l’habitude de se rendre en procession à cette fontaine, en l’honneur de leur saint, dont ils portaient religieusement avec eux la châsse renfermant ces reliques. À certaines fêtes de l’année, comme aux Rogations5, les habitants des paroisses voisines venaient se joindre à ceux d’Ermont, formant de grandes processions qui parcouraient tous les villages à l’entour.


La première mention de l’existence de la fontaine Saint-Flaive est révélée par un acte de 1559. Il s’agit d’un titre nouvel, c'est-à-dire la reconnaissance d’une obligation financière gagée sur un bien. Ce titre est rendu par Guillaume Brochet, d’Argenteuil, pour un terrain,

« assis derrière la chasteau de May près la fontaine St Flesvre, tenant d’une part à Daniel de Cernay escuier, la dite fontaine entre eulx deux, d’autre au chemin tendant d’Argenteuil à Franconville6 ».


Ces processions étaient régulièrement pratiquées au début du XVIIe siècle et sans doute étaient-elles assez renommées pour qu’un saint homme nommé Séraphin de la Noue fût attiré en ce lieu pour y fonder un ermitage à côté même de la fontaine.

Jean de la Noue, dit Séraphin, était un Parisien qui, après avoir été curé de Rungis, était allé en Italie, dans l’évêché de Viterbe, où il avait reçu, le 8 août 1608, l’habit d’ermite7 des mains du père Ange Massaeus, anachorète florentin en l’ermitage du Mont-Saint-Ange8.

De retour en France sous le nom de Séraphin de la Noue, il fut établi, en 1609, par l’abbé de Saint-Denis et l’évêque de Paris Henri de Gondi, à l’ermitage du Mont-Valérien, dont il devint le quatrième anachorète. Il avait sa cellule sur la partie avoisinant Rueil qui dépendait de l’abbaye de Saint-Denis.

Après avoir séjourné là pendant quelques années, vivant principalement des aumônes de Marguerite de Valois, attiré sans doute par la renommée de l’ancien ermite qui avait vécu près de la fontaine Saint-Flaive et celle des processions qui s’y faisaient, il quitte le Mont-Valérien en 1616 pour fonder un ermitage à l’entour de cette fontaine miraculeuse.

Dans ce lieu, dont la plupart des terres sont en friche, malgré le bail emphytéotique de Jean de Rueil, il lui est facile de s’installer et d’occuper sans titre le terrain où, sans payer de redevances à quiconque, se mettant au travail, il construit de ses mains « au circuit de la fontaine Saint-Flaive », quelques bâtiments dans lesquels il vit et une chapelle dans laquelle, le 7 octobre 1617, l’évêque de Paris lui permet de célébrer la messe.

Dès lors, les processions d’Ermont à cette chapelle prennent plus d’ampleur jusqu’au jour, hélas ! où le Grand Prieur, Georges de Regnier-Guerchy9, après la mort d’Anne de Rueil, revendique pour sa commanderie les terres de l’ermitage qui lui appartiennent10.

À cette nouvelle, les habitants d’Ermont, craignant de perdre cette chapelle et la fontaine Saint-Flaive, objet de leur vénération, se remuent tant et si bien qu’ils obtiennent une sentence des Requêtes du Palais : la Cour déclare que les trois quartiers de terre de l’Ermitage appartiendra au Grand Prieur mais que, néanmoins, l’ermite et ses successeurs en demeureront en jouissance, à la charge de payer chaque année au Grand Prieur trois sols parisis de cens et les dîmes, à la Saint-Martin d’hiver, en sa maison seigneuriale de Cernay11, et de faire célébrer tous les ans une messe au gré du Grand Prieur. En outre, Séraphin de la Noue doit faire ouverture de la chapelle pour les processions d’Ermont et, comme il a bouché la fontaine pour irriguer ses terres, il est condamné à mener un conduit de la fontaine hors de son enclos, pour l’usage du commun.

Cette sentence n’a peut-être pas été du goût de notre ermite, car nous le voyons peu de temps après, le 29 août 1633, transporter « par donation irrévocable faite entre vifs » son domaine de l’Ermitage « à Hilarion Chastelain, clerc du diocèse de Paris, demeurant en la maison de maistre Gerosme Chastelain, son père, secrétaire ordinaire de la Chambre du Roy, sis à Paris, rue des Francs-Bourgeois, par Saint-Gervais12 ».

Aux trois quartiers de terre de l’Ermitage s’ajoute « un quartier sis au derrière du clos du dit lieu, au dit de la Noue donné par deffunt Jean Dreux ». Le tout aux charges indiquées par la sentence des Requêtes du Palais et « encore, à la charge de la célébration d’une autre messe par chacun an, le 28e jour d’aoust à l’intention dudit deffunt Jean Dreux ».

Depuis 1633, c’est-à-dire depuis la donation de Séraphin de la Noue à Hilarion Chastelain, l’Ermitage était devenu propriété de laïques. Vers la fin du XVIIe siècle, nous en trouvons comme possesseur Guillaume-Joseph Prieur, sieur de Blainville. Ce nouveau propriétaire dut vite se lasser d’ouvrir à la foule, pour les processions, son domaine privé. Vers 1720, il fit construire sur le terrain de l’Ermitage une maison et une basse-cour et il ferma la chapelle et la fontaine Saint-Flaive au milieu de ses bâtiments, ce qui eut comme conséquence la fermeture de la chapelle et la cessation des processions habituelles des habitants d’Ermont.

Ces derniers renseignements nous sont fournis par l’abbé Lebeuf13, qui ajoute :


« Il ne reste plus de vestiges de cet ermitage14 que dans la fontaine qui sort dans le jardin de la maison sous une voûte où l’on voit encore une image de bois de saint Flaive, représenté en moine. La maison appartient aujourd’hui à M. Nègre, lieutenant-criminel au Châtelet de Paris. »


Une légende15, sans doute apocryphe et que nous rapportons sous toutes réserves, prétend que les habitants d’Ermont, ne pouvant plus satisfaire leur dévotion envers saint Flaive, se permirent, une nuit, d’enlever la statue de l’ermite pour la placer dans leur église, d’où elle aurait disparu pendant la Révolution16.



Les reliques de saint Flaive, Patron d’Ermont


L’église d’Ermont est dédicacée à Saint-Étienne et à Saint-Flaive. Ceux-ci figurent sur les deux vitraux, datant de 1887, du bras sud du transept, chapelle du Saint-Sacrement. Saint Étienne, premier martyr, est représenté en diacre, nimbé, le regard baissé vers l’attribut de sa lapidation. Premier protecteur de l’église médiévale, il partage ensuite la titulature avec saint Flaive qui, grâce à ses reliques, obtenues par la paroisse, ou par son seigneur féodal, Jean de Gisors, sous Philippe Auguste (1180-1223), devient définitivement le patron principal de l’église au XVe siècle.

À côté, saint Flaive est représenté en évêque, nimbé, avec crosse et mitre et bénissant de la main droite. Une tradition orale fait de saint Flaive un ermite ayant vécu près d’Ermont au XVIIe siècle, plus précisément sur la colline de Sannois, à proximité d’une fontaine miraculeuse à laquelle il a donné son nom. Mais l’histoire rapporte plutôt que saint Flaive aurait été archevêque de Rouen au VIe siècle. En 1105, lors du siège de Montmorency par le roi Philippe Ier, ou plutôt par le prince-héritier Louis17, les reliques conservées jusqu’alors à Ermont sont transférées, par sécurité, par les bénédictins en leur abbaye Saint-Martin de Pontoise. Elles sont à nouveau l’objet de deux translations, l’une en 1323 par Jacques, évêque de Sées, en présence de l’abbé Jehan de Labbeville, la seconde en 1523, comme l’indique le Livre de raison de Saint-Martin de Pontoise18.


Si l’on en croit une vieille légende rapportée par l’abbé Lebeuf19 et plus tard par Charles Lefeuve20, un saint Flaive aurait vécu près d’Ermont, sur la colline de Sannois, non loin du château du Mail, et plus près encore d’une fontaine miraculeuse coulant de Sannois à Ermont.

Saint Flaive, encore adolescent, aurait été berger et aurait gardé le troupeau d’une matrone qui, nouvelle Putiphar, l’aurait poursuivi de ses avances, mais en vain, car la pudeur effarouchée du jeune berger l’aurait conduit à prendre l’habit ecclésiastique et ensuite à se faire ermite.


À quel saint Flaive doit-on appliquer la légende que nous venons de rappeler ? Il est assez difficile de le dire, car il y en eut plusieurs, nous dit André Vaquier21.

En dehors de tous ceux, et ils sont nombreux, qui ont porté le nom de Flavianus (Flavien), à côté même d’un saint Flavit dont nous aurons plus loin à discuter, nous connaissons : un saint Flaive, évêque, mort à Nicomédie ; un saint Flaive évêque de Châlon-sur-Saône de 581 à 591 ; un Flavius évêque de Reims en 535, mort en 536 ; un saint Flaive ou Flavien ou Flavinien dont on ne sait pratiquement rien, qui aurait été évêque d’Autun au VIe siècle ; enfin un saint Flaive, aussi appelé selon Taillepied22 saint Flavie ou saint Filleul « par corruption de langage », ou saint Flieu, selon d’autres, qui fut archevêque de Rouen au VIe siècle.


André Vaquier, a essayé de démontrer, dans le premier volume de l’histoire d’Ermont23, en 1965, que « le saint Flaive [d’Ermont] ne pouvait pas être l’archevêque de Rouen24, comme on l’a cru jusqu’à ce jour. Le saint Flaive, patron d’Ermont, était un ermite ayant réellement vécu sur la colline de Sannois. Quand il mourut, dans les environs de l’An Mil, sa sainteté s’était assez répandue pour qu’on voulut garder son corps, qui fut déposé dans l’église carolingienne nouvellement bâtie à Ermont ». André Vaquier a ensuite publié, en 1970, un article récapitulatif, dans le même sens, concernant les reliques de saint Flaive, patron d’Ermont25. Nous allons essayer de voir, à la lumière des recherches hagiographiques récentes, si une autre attribution de ces reliques est possible.


Saint Flaive est cité dans la liste des évêques de Rouen jusqu’au IXe siècle au 15e rang.

Sanctus Flavius assista au concile d’Orléans, entre 538 et 541. Il aurait fondé le monastère des Saints-Apôtres, aujourd’hui Saint-Ouen de Rouen. La translation de ses reliques aurait eu lieu au IXe siècle à Pontoise, puis à Ermont26. Il figure au propre de Rouen, à la date du 23 août. Selon Mabillon, ses restes auraient été déposés dans l’abbaye bénédictine de Jumièges.

Saint Flaive, Flavius, évêque de Rouen, succéda à saint Gildard (Gildardus, 511, concile d’Orléans, [MHG]), bâtit une église en l’honneur de saint Pierre, la 1ère année du règne de Clotaire (511), où fut déposé le corps de saint Ouen, son successeur. Après un glorieux pontificat, il mourut en 644. Quelques reliques de ce saint furent apportées par Jean de Gisors, seigneur de Tour et d’Ermont, sous le règne de Philippe Auguste (1180-1223) à Ermont, dont il est le patron, avec Saint-Étienne, premier martyr27.

Dom Estiennot28 nous indique la relation suivante concernant saint Flaive :


« Le corps du bienheureux Flavius, confesseur, a été enlevé d’un certain village du Parisis appelé Hermon, par un moine des saints confesseurs Martin et Germain de Pontoise et déposé dans ledit monastère par l’abbé Thibaut [1er] qui était le deuxième abbé dudit lieu, l’an de l’incarnation 1105, sous le règne de Philippe [1er], roi de France (1060-1108), au temps où Louis [VI le Gros], son fils, assiégeait Montmorency.29 »

« À ce jour, le corps dudit saint Flaive est conservé dans le susdit monastère. Son jour de fête est célébré sous le rite des festivités de 2e ordre et 2e classe, le 23 août. »

Et il ajoute : « Les reliques de ce saint sont conservées dans une châsse de bois peinte de diverses couleurs et on peut la voir sur le grand autel de l’église de Saint-Martin, exposée du côté de l’Épître30 ».


Pihan de La Forest31 écrit encore :


« Thibaut [1er] enrichit son abbaye de plusieurs reliques authentiques, telle que celles de saint Flaive ou Flavius, prêtre, dont le corps entier se conserve dans une châsse au Trésor. Ce saint Flavius était inhumé dans la chapelle de Marcilly-en-Champagne, laquelle porte encore son nom. Depuis, ses ossements avaient été transférés à Villemaur, à Sens et au village d’Ermont, dans la vallée de Montmorency. Lorsque le prince Louis, fils de Philippe Ier, faisant le siège de Montmorency, les habitants d’Ermon abandonnèrent leur village et leur église. L’abbé Thibaut informé de leur résolution envoya de ses religieux enlever les saintes reliques et les mettre à couvert des désastres inséparables de la guerre. Il les fit placer au haut du grand autel du côté de l’Épître, où elles ont été pendant plusieurs siècles. En 1661, le corps de saint Flaive fut transféré dans une châsse plus belle ; sa fête se célébrait le 23 août avec cessation de travail pour les religieux…  »


« Les reliques de saint Flaive furent données par les derniers religieux de Saint-Martin aux Carmélites, qui au moment de la Révolution, prises de frayeur, brûlèrent les authentiques et se partagèrent les reliques. »


Selon Jacques Le Maho32, « les reliques de saint Flavius d’Autun, parties selon certaines traditions de Marcilly (Seine et Marne), près de Meaux33, et dont la dernière étape connue se situe à Ermont (Val d’Oise), au nord-ouest de Paris, sur la route de Rouen34 », correspondent à des translations de reliques aux portes de la Normandie, en marge des invasions hongroises du Xe siècle en France.


Saint Flaive de Châlon-sur-Saône35, évêque (581-591), mourut à la fin du VIe siècle et fut inhumé en l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre de Châlon-sur-Saône qu’il avait fondé ou restaurée en 546. Canonisé en 879, il figure au propre d’Autun à la date du 13 mai. Il assista aux conciles tenus à Macon (581), à Lyon (583), à Valence (584) et à Macon (585). Il assista au baptême de Clothaire II, fils de Frédégonde (591) à Nemours. Il fut chancelier ou référendaire de Gontran (Guntheramm), roi de Bourgogne.


Mathieu Lours36, lors de son étude récente de l’histoire et de l’architecture de l’église Saint-Flaive et Saint-Etienne d’Ermont, analysait la situation de la façon suivante :


« Le vocable de l’église d’Ermont attire immédiatement l’attention pour son originalité. La titulature à Saint-Flaive résulte en fait de l’assimilation par la tradition de deux saints distincts, comme cela a également été le cas à Écouen entre les saints Andéol et Acheul. À Ermont aussi, les prédicateurs se sont plu à imaginer un ermite du nom de Flaive (Flavius) qui aurait vécu près d’une fontaine située entre Ermont et Sannois [en réalité sur Sannois]. Le seul trait vraisemblable de cette légende réside surtout en ce que cette source a pu être un lieu de culte païen christianisé.

Le tableau du maître-autel de l’ancienne église montrait un saint Flaive évêque, ce qui prouve qu’en réalité les reliques d’un saint Flavius, évêque de Rouen au VIe siècle, donnèrent leur nom à l’église. D’autres détails du tableau, comme la présence d’une licorne indiquaient qu’on avait également emprunté des éléments à la légende de saint Flavit de Marcilly [actuellement Marcilly-le-Hayer (Aube)], en Bourgogne [lire : en Champagne], qui finit ermite après avoir réussi à échapper au harcèlement dont il était victime de la part de la propriétaire du domaine sur lequel il avait été esclave, aux temps mérovingiens (VIe-VIIe siècles) ».


Flavit (Saint), originaire d’Italie, né vers 523, chassé par les Lombards, réfugié en France, en Champagne, est vendu comme esclave au seigneur Montan, qui le nomme « custos » (gardien) du domaine de Mothois, à l’ouest de Marcilly-le-Hayer (Aube). Il meurt le 18 décembre 630 (à l’âge de 107 ans) et est inhumé dans une petite chapelle proche de sa cellule, en un lieu nommé Contrée de l’Ermitage. Pas de translation de reliques avant le XIVe siècle37 (cf. Des Guerrois38, abbé Defer39).


C’est pourquoi André Vaquier a conclu son étude sur Saint-Flaive, Patron d’Ermont, de la façon suivante :


« Il est patent que ces reliques ne pouvaient être [en 1105 à Ermont] celles de saint Flaive, archevêque de Rouen, puisque les restes de cet archevêque étaient encore en 1200, d’après l’annaliste de Jumièges dans l’église de cette abbaye, devant l’autel de Saint-Philibert40 ». De même « il ne peut avoir été le saint Flavit de Champagne dont les reliques n’ont été translatées qu’au XIVe siècle ».


L’abbé Lebeuf avait avant lui indiqué que : « quelques-uns (le père François-Joseph de Sainte-Marguerite, Carme Déchaux de Paris) ont pensé que ce saint Flaive a été un solitaire qui aurait vécu à Ermont même et ils se fondent sur ce qu’on dit qu’une fontaine porte son nom ».


André Vaquier a découvert un frère Fiacre de Sainte-Marguerite, des Augustins Déchaussés, dont Garreau trace une courte biographie41, sous le nom de Denis Anthaume, (fils de pauvres laboureurs de Marly ?). Garreau écrit : « La vue et les propos de deux franciscains (Ordre fondé en 1226), égarés sur la route de Franconville à Marly-la-Ville auxquels son père, offre l’hospitalité, lui inspirent de se consacrer à Dieu… il fit profession au couvent d’Argenteuil »42.

Et André Vaquier de conclure :


« C’est dans ces propos, peut-être, des deux franciscains, confirmés un peu plus tard par son séjour au couvent d’Argenteuil, qu’il eut connaissance de la légende de saint Flaive d’Ermont, ayant vécu près de la fontaine baptisée de son nom, située précisément à mi-chemin de Franconville à Argenteuil ».


André Vaquier pense que cette opinion est fort plausible et probablement la bonne. Mais il situe l’époque à laquelle a pu vivre ce saint ermite vers l’An Mil, ce qui nous semble invraisemblable compte tenu des éléments déjà analysés. Nous ne pouvons en aucun cas le suivre sur cette hypothèse et sur cette datation. De même, l’abbé Lebeuf met en doute l’opinion du carme déchaux, car, dit-il, « comme on ne montre aucune tombe où il (saint Flaive) ait été inhumé, cette conjecture ne se trouve point suffisamment appuyée »43.

Il est à remarquer aussi que dans la note de Dom Estiennot rapportant l’enlèvement du corps de saint Flaive et sa dépose à Pontoise pendant le siège de Montmorency, en 1101-1102, il n’est question que d’un saint Flaive confesseur (corpus beatissimi Flavii confessoris).


L’abbé Thibaut est le deuxième abbé de Saint-Martin de Pontoise dont la fondation est récente et remonte seulement à 105044.


« Mais, à côté de cette abbaye, existait aussi à Pontoise un autre monastère, la collégiale de Saint-Mellon45 qui avait été construite, croit-on, vers la fin du IXe siècle pour recevoir les reliques du premier archevêque de Rouen, primitivement déposées dans un des faubourgs de Rouen [Saint-Ouen], puis transportées à Pontoise par crainte des Normands (en 885-886, la « forteresse » de Pontoise est détruite, le comte Autran se réfugie à Beauvais).

C’est pour répondre, vraisemblablement, à cette collégiale de Saint-Mellon qui se targuait de posséder les reliques du premier archevêque de Rouen [plutôt celles de saint Mellon, apôtre de la Normandie] que l’abbé Thibaut, une fois pourvu dans son abbaye de Saint-Martin de Pontoise des restes de saint Flaive d’Ermont, fit accréditer cette légende qui le flattait que son abbaye possédait aussi des reliques d’un archevêque de Rouen et non des moindres, de saint Flaive, renommé pour sa grande sainteté ».


La chose était d’autant plus facile qu’on ignorait à peu près tout de ce saint archevêque46.


L’étude des attributions successivement avancées et des textes disponibles nous a confirmé que c’est l’abbé Lebeuf, qui, le premier, au XVIIIe siècle, a mis en exergue, même s’il ne l’a pas formulé avec cette approche, la double origine du patronage de l’église d’Ermont, à savoir l’assimilation par la tradition de deux saints distincts : saint Flavius, évêque de Rouen au VIe siècle, et saint Flavit, venu de « Marcilly, au diocèse de Troyes en Champagne ».




Gérard Ducoeur,

juillet 2009





Bibliographie


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Vaquier (A.), Saint-Flaive, patron d’Ermont, in Ermont des origines à la Révolution française, t. 1, Publication de la SHAPVOV, Pontoise, 1965, 234 p., p. 57-64.

1 Cf.: « La présence des Templiers en vallée de Montmorency », L’ancienne « commanderie » du château du Mail à Sannois. L’origine du château du Mail remonterait à la fin du IXe siècle.

2 Cf.: « Le moulin de Sannois », La colline du Mont-Rouillet et la toponymie du lieu-dit.

3 Vaquier (A.), Le château du Mail. La fontaine Saint-Flaive et l’Ermitage, in Ermont des origines à la Révolution française, t. 1, Publication de la SHAPVOV, Pontoise, 1965, 234 p., p. 97-104, en particulier p. 100-104.

4 Voir infra, Les reliques de saint Flaive, patron d’Ermont.

5 Rite de pénitence destiné à attirer la bénédiction de Dieu sur les fruits de la terre et les animaux. Les rogations se déroulent normalement durant les trois jours qui précèdent l’Ascension et en la fête de saint Marc (25 avril). La procession des rogations fut instituée en 469 par saint Mamert, évêque de Vienne, en France, à la suite des calamités qui ravagèrent le Dauphiné. Ce terme semble dériver des Robigalia, fête célébrée à Rome et dans l’Empire romain pour détourner des blés la maladie de la rouille. Dans la vallée de Montmorency, la pratique de la procession des rogations est attestée à Saint-Prix avec le chemin de la procession de Saint-Marc et à Franconville (chapelle de la léproserie et fontaine Saint-Marc) avec des processions et bannières provenant de 12 paroisses des environs jusqu’au XVIe siècle.

Cf.: «  Les maladreries, les léproseries, les Hôtels-Dieu en vallée de Montmorency », La léproserie de Franconville.

Cf. aussi Ducoeur (G.), conférence sur « L’histoire et l’économie de la forêt de Montmorency de la préhistoire à nos jours », donnée à Montlignon, le 11 décembre 1999.

Cf. enfin Bastard (J.), Delaplace (J.), Montlignon d’hier et d’aujourd’hui, Valhermeil, 2009, p. 14-15.

6 Arch. nat. MC III 96. Cité par Delaplace (J.), Ermont au fil du temps, Valhermeil, Ermont, 1994, p. 141.

7 Lebeuf (abbé J.), Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, t. 2, 1758, ré-éd.1883, article Sannoy p. 39-45, cf. en particulier ce qu’il écrit sur la fontaine Saint-Flaive p. 44-45. « Dit de l’Imitation de S. Antoine » nous indique l’abbé Lebeuf.

8 Cf. Boucher d’Argis, Variétés historiques, 1752, Paris, in-8°, t. III, p. 175.

9 Lebeuf (abbé J.), op. cit., p. 44.

10 Cf. la note 1, sur l’histoire de la « commanderie » du Temple de Paris au château du Mail à Sannois.

11 Cf. la note 1, sur l’histoire de la « commanderie » de Cernay à Ermont.

12 Arch. nat. Y 174, f° 338 v°. Dans cette donation, faite devant Leroux, notaire à Paris, il ne se nomme pas Séraphin, mais « Gerosme de la Noue, prestre ». Dans cet acte, Chastelain est tantôt écrit avec un seul l, tantôt avec deux.

13 Lebeuf (abbé J.), op. cit., p. 44-45.

14 « Il est aussi fait mention de l’Ermitage et de son premier Ermite dans le Journal des Audiences, édition de Du Fresne 1692, au mot Hermite. », cité par Lebeuf (abbé J.), op. cit., p. 44.

15 Il s’agirait plutôt d’une tradition orale Ermontoise ; mais, lors des fouilles archéologiques de 1984, au 3 rue du 18-Juin, lieu-dit « Le Village », le vigile de la banque Société Générale a indiqué au responsable des fouilles qu’il avait vu une personne de l’entreprise, chargée des excavations de l’ancienne propriété du 11 bis rue du 18-Juin (sur la parcelle n° 102, de la section A0, du cadastre d’Ermont- en 1982), partir avec une statue en bois polychrome trouvée sur le chantier qui pourrait bien être la statue de saint Flaive de l’église, enterrée à cet endroit à la période révolutionnaire.

16 La fontaine aménagée par Séraphin de la Noue existe toujours dans l’Ermitage, mais la statue de bois de saint Flaive a été remplacée par une statue de plâtre. Après avoir appartenu de 1923 à 1942 à l’abbé Rudynski, l’Ermitage est devenu, à cette date, une succursale des Orphelins Apprentis d’Auteuil, où l’on forme des ajusteurs, des tourneurs, des menuisiers ou des jardiniers.

17 Bournazel (E.), Louis VI le Gros, Fayard, 2007, 525 p., p. 62-63. L’auteur date le siège de 1101-1102.

18 Ducoeur (D. et G.), Ermont in Le patrimoine des communes du Val d’Oise, Flohic, 1999, p. 270.

19 Lebeuf (abbé J.), op. cit., t. 1, p. 644.

20 Lefeuve (C.), Histoire de la vallée de Montmorency. « Le tour de la vallée », 1866, 2e éd. p. 453, ré-éd. du CHAEVM, n° 2 , 1e éd., 1975, 255 p., p. 221.

21 Vaquier (A.), op. cit., t. 1, Saint-Flaive, patron d’Ermont, p.57-64, en particulier p. 57.

22 Taillepied, Recueil des antiquitez et singularitez de la ville de Rouen, Rouen, 1787, p. 89.

23 Vaquier (A.), op. cit., p. 57-64.

24 Flavius (Saint), évêque de Rouen, figurant au 15e rang sur les listes données par Duchesne. On sait peu de choses de sa vie, sinon qu’il assista aux conciles tenus à Orléans en 538 et 541. D’après Mabillon, ses restes auraient été déposés à Jumièges. Il figure au propre de Rouen, à la date du 23 août. Cf. Vie des saints, t. VIII, 432 – Catholicisme, t. IV, col. 1339 – T. de Morembert.

25 Vaquier (A.), Les reliques de Saint-Flaive, patron d’Ermont, in Bull. sem. n° 13, SHAPVOV, Pontoise, 1969, p. 8-10, avec une reproduction de l’authentique des reliques de saint Flaive, dressé le 13 août 1892, par l’évêque de Versailles, monseigneur Goux.

26 Sonzogni (D.), Contribution à l’étude des origines chrétiennes du Vexin Français – Approche historique, in Annales Archéologiques du Nord-Ouest de la France, Revue CCFV, Enghien, 1990, p. 61.

27 Gauthier (abbé), Pouillé du diocèse de Versailles, Paris, 1876, p. 172.

28 Dom Estiennot, Antiquité du Vexin, (BnF ms. latin 12741, p. 94). Dom Estiennot était prieur de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, sous le cardinal de Bouillon (1605-1652).

29 Depoin (J.), Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, 1895, SHV, Pontoise, Acte XLIX, p. 45-46, notes 258-259. « Extrait d’un très ancien manuscrit. »

30 Depoin (J.), op. cit., p. 45-46. D. Estiennot, 1. II, f° 101.

31 Pihan de La Forest, Histoire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise , p. 13, (Bibl. mun. de Pontoise).

32 Le Maho (J.), En marge des invasions hongroises du Xe siècle en France : translations de reliques aux portes de la Normandie, in Les cahiers Vernonnais , n° 26, 2004, p. 5-16, en particulier p. 12 et note 32.

33 L’auteur a confondu Marcilly, en Seine et Marne, avec celui de Champagne, Marcilly-le-Hayer (Aube), dont parle l’abbé Lebeuf au sujet de saint Flavit, il précise : « Marcilly, au diocèse de Troyes en Champagne. »

34 Depoin (J.), Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, SHV, Pontoise, 1895, p. 45-46, acte XLIX, « Le corps de S. Flaive est transféré d’Ermont à Saint-Martin, pendant le siège de Montmorency par le prince Louis (1105). »

35 Flavius (Saint) d’Autun, (580-591, + fin VIe s.), évêque de Châlon-sur-Saône, figure au propre d’Autun à la date du 13 mai ; canonisé en 879.

36 Lours (M.), L’église Saint-Flaive et Saint-Etienne d’Ermont, in Églises du Val-d’Oise, Pays de France, Vallée de Montmorency, Dix siècles d’art sacré aux portes de Paris, SHAGPDF, 2008, p. 113-115, en particulier p. 113.

37 Simon (abbé E.), Vie et culte de Saint-Flavit, Troyes, 1897, in-16, p. 53. Il cite également « l’abbaye Saint-Martin de Pontoise comme patron secondaire et l’église d’Ermont comme patron principal. », ce qui n’est pas concevable avec les reliques présentes à Ermont en 1105, au moment du siège royal de Montmorency.

38 Des Guerrois, Saincteté Chrestienne, Troyes, 1637, in-4°, S. Flavi, prestre anachorète, f° 132 v° à f° 140.

39 Defer (abbé), Vie des Saints du diocèse de Troyes…, Troyes, 1863, in-8°, p. 163. Il nous indique qu’il n’y a pas eu de translation des reliques de Saint-Flavit antérieure au XIVe siècle.

40 Vaquier (A.), op. cit., t. 1, p. 61.

41 Garreau, Pèlerin de Paris, Paris, Grasset, 1936, p. 178.

42 Vaquier (A.), op. cit., t. 1, p. 62, note 188.

43 Lebeuf (abbé J.), op. cit., t. 1, p. 644.

44 Pegeon (A.), L’abbaye de Saint-Martin de Pontoise au Moyen Age (XIe-XIVe s.), t. 78, SHAPVOV, 1995, p. 15-31.

45 Depoin (L.-J.), Histoire populaire de Pontoise, 1889, Pontoise, Le livre d’histoire, Paris, ré-éd. 2004, p. 19-20.

46 Vaquier (A.), op. cit., t. 1, p. 63.