LA PRÉSENCE DES TEMPLIERS EN VALLÉE DE MONTMORENCY1



L’ordre du Temple est un ordre de chevalerie fondé à Jérusalem vers 1118 par le chevalier champenois Hugues de Payns et quelques chevaliers de Champagne et de Bourgogne.

Ils reçoivent une maison sur l’emplacement du temple de Salomon et recrutent rapidement d’autres « frères », désireux de mêler la vie religieuse et la défense des Lieux saints et des pèlerins. Il est définitivement organisé en ordre par le concile de Troyes (1129), avec une règle inspirée sinon rédigée par saint Bernard2. Comme l’ordre de l’Hôpital créé en 1113 et organisé en 1140, le Temple se veut un reflet de la société divisée en trois ordres : il y a donc des chevaliers, des sergents et des chapelains, tous également templiers et soumis aux mêmes exigences à raison des même vœux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance et de combat pour la foi. L’ordre du Temple est gouverné par un grand maître élu, assisté d’un chapitre général.

Au Proche-Orient, l’ordre ne tarde pas à devenir un véritable corps expéditionnaire, « qui garde pour les honnêtes gens voies et chemins contre les larrons et les embûches des envahisseurs et ceci pour le salut des pèlerins ».

En France et dans les pays voisins, le Temple suscite très vite un véritable engouement. Les dons affluents3 et les vocations ne manquent pas, surtout parmi les fils de la noblesse qui voient là l’occasion de marier guerre et piété. Le Temple recrute à deux échelons dans la société. Parmi les nobles, les frères chevaliers sont les combattants. Parmi les roturiers, les frères servants se voient confier les tâches ingrates, l’entretien du domaine, les travaux liés à la production agricole, etc.

Parmi tous les ordres monastiques, le Temple jouit d’une ascèse beaucoup moins austère, justifiée par la qualité de soldats de ses membres : moins de contraintes alimentaires, moins de contraintes spirituelles, plus de repos.

Si le prestige des chevaliers au manteau blanc frappé de la croix pattée de gueules est dû à leurs actes de bravoure en Terre sainte, en Occident, une puissante intendance procure les ressources indispensables au bon fonctionnement de l’ensemble. A cette époque, où l’essentiel de la richesse provient du sol, les Templiers vont rapidement accumuler, un peu partout en France, des possessions foncières par des dons, des legs ou des achats.

Ils acquièrent une telle renommée dans les affaires que le roi ne tarde pas à leur confier la gestion du trésor royal. Mais si, à cette époque, bien peu étaient informés de leurs affaires financières, tous les paysans de France les côtoyaient comme propriétaires terriens.

On manque de renseignements précis sur l’organisation de l’ordre. On sait toutefois que la cellule de base est la commanderie, qu’un groupe de commanderies forme un bailliage et qu’un ensemble de bailliages constitue une province4.

Les hauts faits de l’ordre du Temple et la fin tragique de ses membres ont été l’objet d’une abondante littérature, mais il semble qu’on se soit moins intéressé aux plus humbles maisons, celles-là mêmes, innombrables, où les religieux qui les habitaient, loin des sables du désert, menaient une existence toute rurale faite de sueur et de labeur.

On aurait tort de croire qu’en Occident, les Templiers furent un ordre bâtisseur de forteresses. A de rares exceptions, la commanderie dans nos régions, ressemble plus à une grosse exploitation agricole qu’à un château fort.

Les Templiers usent presque toujours de la même technique pour constituer leur domaine. A l’origine, ils acquièrent par achat ou donation une maison, puis, à partir de là, ils achètent, se font donner ou léguer tout ce qui est autour de ce lieu. Lorsque les biens rassemblés leur paraissent suffisants, le domaine est érigé en commanderie.

La commanderie rurale est dirigée par un preceptor (commandeur) et l’essentiel des occupants est constitué par des frères servants qui remplissent les tâches de la vie laborieuse : cultivateurs, forgerons, vignerons…

Depuis 1285, Philippe IV le Bel règne sur les destinées du royaume de France et, en ce 14 septembre 1307, il se trouve à l’abbaye cistercienne de Maubuisson à Saint-Ouen-l’Aumône. Il aime ce monastère cistercien où il fait de fréquents séjours. Le roi se plaît davantage sur ses terres de province qu’en sa capitale. Du reste, chaque année, il ne passe guère plus de trois mois à Paris, préférant mener une vie itinérante qui le conduit de domaine en domaine. Il s’y adonne aux plaisirs de la chasse ou au recueillement que lui commande sa piété.

Depuis les années 1295, les gouvernants souhaitent réformer les ordres, et, pour remédier à leur continuelle rivalité, les unir en un ordre nouveau et unique, capable de faciliter une éventuelle Croisade. Or l’opposition à toute réforme vient du grand maître du Temple, Jacques de Molay, dont la mauvaise volonté finit par indisposer à la fois le pape et le roi. Mais le velléitaire Clément V n’ose pas trancher. Philippe le Bel agira finalement seul, pour mettre le pape devant le fait accompli et le contraindre à une décision. Le pape ayant une nouvelle fois éludé la question, l’arrestation des templiers est décidée en conseil par le roi de France le 24 août 1307. Les baillis et sénéchaux recrutent à travers toute la France des assistants pour l’opération de police. Personne ne prévient les templiers, qui sont arrêtés au petit matin du 13 octobre.

Le souverain veut être un acteur privilégié de la vie religieuse. Le bras de fer qui l’a opposé au Saint Siège montre à l’évidence qu’il entend peser de toute son autorité sur les affaires de l’Église. Mais en ce début du XIVe siècle, la grande époque des croisades est révolue, tandis que les deux plus puissants ordres militaires demeurent. Le roi, lui, voudrait qu’ils fusionnent. Il se heurte à de farouches résistances.

Philippe IV n’est pas seul à Maubuisson. Depuis plusieurs mois, Guillaume de Nogaret déploie une activité fébrile autour du souverain. Le 12 octobre 1307, Jacques de Molay, grand maître de l’ordre du Temple, paraît parmi les grands du royaume aux côtés du roi lors des funérailles de sa belle-sœur. Le lendemain, Jacques de Molay et tous les membres de l’ordre sont arrêtés et jetés en prison. Leur destin a été scellé le 14 septembre 1307 à Maubuisson.

On a souvent voulu voir dans l’affaire l’effet de la jalousie du roi devant un ordre trop puissant, et de son avidité devant la fortune du Temple. Sans doute faut-il rappeler que le roi a voulu une dévolution des biens du Temple à l’ordre de l’Hôpital, qui double la puissance et la fortune de ce qui sera plus tard l’ordre de Rhodes, puis de Malte. Lorsqu’on achèvera les comptes, en 1317, on verra que le séquestre des biens du Temple a plus coûté que rapporté au roi de France. Au vrai, le Temple est moins riche que l’Hôpital, que Cluny et que Cîteaux. De plus, les templiers sont les banquiers du roi et même (sauf entre 1295 et 1303) ses trésoriers. Les vrais ressorts de l’affaire sont le déclin spirituel d’un ordre devenu objet de railleries, la médiocrité des survivants (les héros étant morts) et la pusillanimité d’un pape persuadé que l’affaire se réglera d’elle-même, face à un roi vertueux, convaincu que sa mission est de faire régner l’ordre dans le monde chrétien et trop orgueilleux pour accepter aucun compromis : la raison d’État ne veut pas la chute du Temple, mais elle veut que le roi de France ne puisse se tromper.

Le principal trésor du Temple, que bien des fouilleurs amateurs ont voulu chercher dans des souterrains et même sous un château royal, était tout simplement au Temple de Paris, où il fait partie des biens inventoriés et séquestrés. Pris par surprise, les templiers n’ont eu aucune raison d’enterrer les caisses de leurs commanderies, qui se trouvaient normalement dans les coffres saisis lors de l’arrestation.


Les templiers dans la Vallée de Montmorency


Les Templiers s’installent à Paris vers le milieu du XIIe siècle et forment une commanderie qui va peu à peu s’approprier de nombreuses terres autour de la capitale.

On ne sait si ces multiples implantations périphériques sont le fruit d’une politique savamment élaborée ou si elles se constituent plutôt au gré des donations. Sans doute y a-t-il un peu des deux dans ce processus.

Dans la vallée de Montmorency, on peut distinguer deux périodes d’investissement des sols. La première, jusque vers le milieu du XIIIe siècle est assez lente et timide. La seconde, à partir de la deuxième moitié et jusqu’à la date de leur fin, est rapide et massive.

Leur implantation est aussi géographiquement inégale. Fortement pourvus dans le Parisis, on ne les trouve que sur les franges du Vexin français.

Leurs domaines sont de deux principaux types : concentrés à proximité de leurs maisons où ils exploitent eux-mêmes leurs biens, plus dispersés ailleurs où souvent leurs terres sont confiées à des tenanciers.

Leur arrivée dans notre région est encouragée par les seigneurs locaux, au premier rang desquels Mathieu II de Montmorency, mais aussi les seigneurs de Cernay à Ermont et de Rubelles à Saint-Prix, dont les seigneuries vont tout entières passer dans le giron des chevaliers du Temple. D’autres petits seigneurs leur feront d’importantes libéralités.

Il faut enfin préciser que toutes les maisons templières de la vallée de Montmorency ne constituent pas des commanderies autonomes. Elles sont dans l’étroite dépendance du Temple de Paris. Aucune donation n’est faite à telle ou telle maison, mais au « trésorier et à la maison du Temple de Paris » qui les affecte ensuite à ses annexes. Ces maisons sont plus des fermes de rapport que des couvents.


Grands personnages originaires de Saint-Prix et de Taverny


Les Templiers sont le plus souvent restés des gens anonymes. Celui qui entrait dans l’ordre abandonnait tous ses biens et jusqu’à son nom. Entre eux, ils s’appelaient par leur prénom, et, à l’exception des dignitaires, perdaient de ce fait leur identité.

Ce sont les évènements de 1307 et le procès qui s’ensuivra qui vont faire sortir quelques frères de l’ombre. Encore ne s’agit-il que d’une minorité. Sur des milliers de Templiers arrêtés en France, seuls deux cent trente et un seront entendus au cours du procès parisien.

Au fil des pages de leur interrogatoire, nous avons relevé les noms de vingt-neuf frères originaires de la vallée de Montmorency. A l’évidence, il y en avait beaucoup plus, mais seuls ceux dont le patronyme est associé au nom d’une localité sont identifiables avec certitude.

On note qu’il existe une relation entre l’origine géographique des frères et la densité d’implantation des maisons de l’ordre. Ceci est particulièrement flagrant dans le Parisis. On observe aussi que, sauf exception, une majorité d’entre eux reste établie en Ile-de-France après leur réception dans l’ordre.

Quelques Templiers de la vallée de Montmorency se distinguent. Ainsi les deux Jean de Tour. Ils sont originaires de la paroisse de Tour, devenue Saint-Prix à partir du XVe siècle à la suite du développement du pèlerinage au saint évêque de Clermont. Tous deux furent trésoriers du Temple de Paris.

Jean Ier de Tour, frère de Gauthier de Rubelles, était déjà sous-trésorier en 1272. C’est à partir de 1287 qu’il devint trésorier du Temple, jusqu’en 1297 environ. Parmi ses sous-trésoriers figurent frère Nicolas de Flameng, qualifié de « lieutenant du trésorier » vers 1290 et qui paraît avoir été en même temps précepteur du Temple de Lagny-le-Sec et Jean II de Tour. Ce dernier n’aurait recueilli la succession de Jean Ier que vers 1297 ou 1298 et n’aurait été trésorier que l’espace d’une dizaine d’années. En effet, dans le procès, il est fait état d’une réception organisée par Jean II vers 1297 sur l’ordre de Jean Ier, en la grande chapelle du Temple de Paris.

Quelques renseignements nous sont parvenus sur un certain Raoul de Taverny, né vers 1253, précepteur de la maison de Lagny-le-sec, diocèse de Meaux, reçu dans l’ordre vers 1281 à la maison de Choisy-le-Temple par Jean de Tour, alors sous-trésorier du Temple à Paris, en présence de Jean de Morency, prieur du Temple de Paris et de frère Jean, précepteur de ladite maison. Il sera arrêté en 1307. Détenu à Paris dans la maison d’un certain Anudieu, dans le quartier de la place aux Cochons, il sera entendu à plusieurs reprises par les enquêteurs.

Un autre frère, originaire de Taverny et prénommé Jean, fut l’aumônier du roi de France et fut brûlé vif à Paris le 27 mai 1310. Ce Jean de Taverny semble avoir été également « Messire Jehan de Taverny, procureur des dames de l’abbaye de Maubuisson ». On le voit, en 1275, céder en leur nom, deux maisons à Pontoise en échange « d’une maison et four sis devant le puits de l’Aumône ».

Le trésorier de la maison du Temple de Paris, quelle qu’ait pu être la modestie de son origine, était, grâce à ses fonctions, un des personnages de l’ordre, plus important en apparence que le précepteur de cette même maison (qui semble n’avoir eu qu’un rôle effacé, presque de majordome chargé de veiller au fonctionnement régulier de toutes choses dans cette immense construction qu’était le Temple).


LES BIENS DES TEMPLIERS EN VALLEE DE MONTMORENCY


Les paroisses de cette vallée dans lesquelles les Templiers possèdent des biens fonciers sont nombreux, mais cela n’atteste pas de leur présence physique, car ces terres étaient acensées, louées en quelque sorte à des fermiers qui les exploitaient pour le compte du Temple. Il serait fastidieux de les citer toutes. Aussi nous bornerons-nous à ne décrire que les lieux où les Templiers résidaient réellement.


La maison de Cernay à Ermont


Jean de Cernay, écuyer, donna en février 1270, en pure et perpétuelle aumône, aux chevaliers du Temple de Paris, son manoir de Cernay, des masures, des terres et des redevances dont cependant il s’était conservé l’usufruit. Cette donation consistait principalement en neuf fiefs : le fief d’Adam d’Ézanville, chevalier ; le fief d’Eudes de Sarcelles ; le fief de Guyard de la Chaussée ; le fief tenu par le fils de feu Gauthier de Dampont ; le fief de Mathieu de Soisy, écuyer ; le fief de Jean de Sartrouville, écuyer ; le fief de Sédile, sœur du donateur ; le fief de Philippe, dit Le Maire, chanoine de Montmorency, son neveu ; enfin le fief de Thomas, dit Minier. Elle comprenait en outre des cens et des rentes seigneuriales en divers endroits : Sarcelles, Béthemont, Chauvry, Sartrouville, Sannois, et Cernay.

L’amortissement, daté d’avril 1271, de Mathieu III de Montmorency, nous fait connaître la consistance des biens situés à Cernay et à Ermont : « C’est le manoir de Jean de Cernay et une masure en dépendant, 25 arpents de terre arable, 30 sous de cens assis sur les masures, terres, vignes et autres possessions à Cernay et à Ermont ; en outre, sept masures à Ermont et enfin toute la voirie ».

En juillet 1274, Richard et Mathieu de Montmorency-Bantelu vendirent au Temple de Paris des terres et des biens à Cernay et au Plessis-Bouchard pour la somme importante de 270 livres.

En 1281, Guillaume de Mauléon entra dans l’ordre du Temple de Paris, dont Jean de Tour était le trésorier. Il leur abandonna la part d’héritage sur Cernay (14 arpents de terre) qui lui venait de Pierre de Mauléon, son père. A la suite de diverses autres acquisitions, d’échanges ou de donations, les biens des Templiers devinrent assez importants pour pouvoir former à Cernay une commanderie indépendante.

En 1313, lors de la transmission des biens des Templiers aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, un ensemble de vingt-cinq actes de donation ou d’acquisition fut établi. Conservé, il a été retrouvé dans un inventaire du XVIIIe siècle.

Leurs possessions comprenaient des terres sur Sannois, Le Plessis-Bouchard, des revenus sur le bac et la garenne de Clichy, etc. A Cernay, le cens était perçu sur une vingtaine d’habitations. Le domaine de la commanderie comprenait 160 arpents (53 hectares) de terres et de vignes, 22 arpents de vignes aux environs, six maisons sans parler des cens reçus sur les maisons et terres des paysans. A côté de ses biens propres, la commanderie avait des droits sur des terres et des masures à Ermont et Cernay. Le censier du Temple fait état de trente-deux censitaires avec maison pour un ensemble de quarante-huit avec terres de culture.

Il faut attendre un procès-verbal de visite de 1633 pour connaître une description détaillée de la maison de Cernay :

« Elle consiste en un grand bastiment en aisle où il y a chambre basse, escurie, cellier, au dessus plusieurs chambres et greniers, une grande grange à hauts pots et sous aisles de neuf espaces de long, bergerie, estables, le tout basty de massonnerie et couvert de thuille . Despend de ladite ferme 160 arpents de terre ou environ, le tout affermé à Louis Larcher, laboureur, pour prix de somme de 750 livres par an ».


Les commissaires en visite ajoutent :

« Comme nous visitions ladite maison, aurions remarqué dans le grenier de l’aisle du bastiment où est l’escurie qu’anciennement il y avait une chapelle au lieu de laquelle on a fait une grande chambre sur ladite escurie, par ce que la charpente nous l’a fait connoistre estant tout en courbe, les poinçons moullez […] et comme elle a esté lambrissée […] la mère dudit fermier a bien ouy dire qu’anciennement il y avait une chapelle mais ne l’a jamais veue ».


En 1643, le Grand Prieuré de France transfère la commanderie de Cernay, avec les domaines de Rubelles et de Sarcelles à la commanderie de Louvières et Vaumion, située à Omerville.

« La ferme contenait 3 arpents 2 perches, tenant d’un bout sur la grande rue qui conduit d’Ermont à Sannois et près de 43 arpents alentours », soit 13 hectares environ.


La ferme du Temple était située face au château de la seigneurie de Cernay. La grande rue dont il est question est la rue du Général-Decaen (ancien chemin de Cernay à Sannois).

La ferme s’étendait principalement depuis l’allée de la Fontaine jusqu’à la rue du Docteur-Rosenfeld, autour de l’impasse Marcel-Girard. Un arpentage de 1740, conservé aux Archives nationales, permet de situer correctement son emplacement.


La maison de Rubelles à Saint-Prix, membre de la commanderie de Cernay


Gautier de Rubelles, dont le frère Jean Ier de Tour nommé trésorier du Temple de Paris, donna en mai 1272, aux Templiers de Paris, sa maison de Rubelles et ses dépendances, laquelle devint rapidement le centre d’un important domaine rural. Dès lors, les riches et les puissants, mais aussi les plus simples donateurs, contribuèrent à l’élargissement de l’assise foncière de la maison de Rubelles. Parmi ces donateurs, on trouve, entre autres, Pierre Choisiel, sire de Chennevières et Adeline sa femme, Giles (sic) et Guilermain Choisiel, ses frères, qui firent don d’une masure située en la paroisse de Tour (Saint-Prix) et de 110 arpents de bois en 1279 ; Étienne de Rubelles en 1281 et 1289 ; Colet de Chaumontel, écuyer, qui fit don d’un pré, sis à Tour, dit « Maupré », en 1283.

On pourrait ainsi allonger la liste de donations. Il suffit de préciser que la plupart des donations et achats concernent des parcelles situées autour de la maison de Rubelles, qu’ils sont situés dans une fourchette de dates assez resserrées de 1254 à 1301 et qu’ils sont localisés dans de nombreuses censives, rendant compte du grand morcellement féodal du territoire de Saint-Prix. Autour de la maison du Temple, quelques maisons, probablement paysannes, s’étaient installées à Rubelles, de sorte que, dès la fin du XIIIe siècle, ce quartier formait un écart du noyau principal de Tour. Nous apercevons quelques-uns de ces bâtiments à l’occasion de ventes faites au Temple de Paris. En 1274, Helouys, veuve de Jean Dupuy et Étienne, son fils, de Tour, vendent une maison à Rubelles, en la censive du seigneur de Montmorency, etc. Après l’arrestation des Templiers, ce furent les Hospitaliers qui héritèrent de leurs biens et s’occupèrent de la réorganisation des commanderies.

Pour la région qui nous intéresse, ils apportèrent quelques changements. Nous verrons que la maison de Montmorency sera rattachée au Temple de Paris, tandis que celle de Cernay à Ermont et de Rubelles à Saint-Prix dépendront, au milieu du XVIIe siècle, de la commanderie de Louvières et Vaumion, fondée en 1212 par les Hospitaliers à Omerville, dans le Vexin français.

Templiers et Hospitaliers jouissaient de privilèges nombreux. En matière spirituelle, ils ne dépendaient que du pape et possédaient une juridiction propre. En matière financière, ils étaient en général exempts des décimes et autres impôts généraux exigés du clergé par les rois de France et même des dîmes locales.

Dans la seconde moitié du XVe siècle, nous trouvons mention de « l’hostel de l’hospital de Rubelle » en la paroisse de Saint-Prix, qui, avec ses 66 arpents tant en terre labourable qu’en friche et buissons, est donné à bail par les Hospitaliers à un fermier. Mais il faut attendre la fin du XVIIe siècle pour trouver une description de la maison de Rubelle :

« La ferme de Rubelle […] consistant en maison, grange, estable, escurie, bergerie, pressoir et autres bastiments court et jardin, six vingt [120] arpents de terre labourable compris cinq quartiers de pré et dix arpents et demi de vigne et six à sept vingt [120-140] arpents de bois taillis au dit terroir de Saint-Prix ».


Sur les cartes de la forêt de Montmorency, du XVIIe siècle, figure toujours le « Bois du Temple ».


  • Le membre de Sarcelles


La maison de Sarcelles formait comme celle de Rubelles à Saint-Prix, un « membre » de la commanderie de Cernay. En février 1262, suivant l’official de Paris, Eustachie du Temple, veuve d’Augier de Sarcelles, cède aux frères du Temple de Paris, pour 42 livres parisis, une maison à Sarcelles, avec le pourpris et le terrain en dépendant qui s’étendait jusqu’au ruisseau du Rosne. Les Templiers possédaient aussi à Sarcelles un moulin à eau, appelé le moulin du « Haut-le-Roy », sur la petite rivière du Rosne, descendant de Chauffour à Arnouville-les-Gonesse. Ils l’avaient acquis de Mathieu III de Montmorency. Un vidimus de la charte d’acquisition de l’année 1269 porte que Mathieu et Jeanne, sa femme, cédèrent à titre d’échange aux frères du Temple de Paris :

« Le moulin qui est appelé Haut-Louroi, situé sous Sarcelles dont une partie était tenue en fief des Templiers par Simon de Mauléon ; cinq arpents de pré touchant au dit moulin ; le droit de chasse pour rechercher et ramener le blé au moulin dans toute la seigneurie de Montmorency ; soixante arpents de terre arable, situés à Bondy ; vingt-cinq arpents de bois, tenant au « Bois du Temple » et appelés « les Bois du Roi »…


En contre-échange, les Templiers abandonnèrent au seigneur de Montmorency vingt-cinq arpents de terre sur Ecouen, et cinquante-trois arpents à Attainville.

En 1378, le revenu du Temple sur Sarcelles, avec les quarante arpents de terre, les cens et droits seigneuriaux qui en dépendaient, était de 32 livres parisis.

Au XVIe siècle, il n’y avait plus de maison. Il restait une grange qui, en 1535, était affermée avec les terres pour 30 livres tournois. En 1569, la grange aussi avait disparu et les terres qu’on nommait le fief de Sarcelles étaient affermées 108 livres tournois par celui qui tenait de la commanderie le moulin du Haut-le-Roi.


  • Le membre  de Taverny


Le « membre » de Taverny, dépendait de la commanderie de Cernay à Ermont. La première donation qu’on fit aux frères du Temple en bois, cens et vigne, date de 1208. En 1236, Adam Goulable vend aux Templiers un fief qu’il avait à Taverny pour la somme de six livres. En 1273, Arnould de Taverny leur fait don d’une maison à Taverny, etc.

Par ailleurs, les frères templiers, pour leur commanderie de Cernay, achetèrent à Bouchard de Montmorency, en 1281, des biens à Taverny dont il est fait mention encore dans le censier de la commanderie de Cernay en 1568.


L’ancienne « commanderie » du château du Mail à Sannois


Sur l’ancien domaine seigneurial, dont il ne restait plus au XVe siècle qu’une grange, appelée « La Grange l’auxerroise », servant à renfermer les récoltes des terres et le produit des dîmes qui appartenaient à la commanderie, nous n’avons des témoignages que lorsqu’il passe aux Hospitaliers. On ne trouve aucun titre qui puisse faire connaître l’origine de ce domaine qui, depuis le XIVe siècle, a toujours fait partie du Grand Prieuré de France, selon E. Mannier.

Dans un procès-verbal de visite, en 1456, des maisons de la commanderie, on lit : 


« La granche aucerroise où souloit avoir le Château de May5 qui est détruit par la guerre depuis quarante ans, avec une grant quantitez de terre qui à present sont en désert, et aucune quantité de menuz cens, lesquelz sont perduz pour ce que nul y demeure ».


Pour remettre les terres en bon état de culture, le Grand-Prieur, Bertrand de Cluys, les avait données en viager à un frère de l’Ordre, Josse Delaporte. Ce religieux en avait fait un bail, en 1478, à un nommé Mercier, demeurant audit lieu du Château de Mailg, assis entre Argenteuil et Franconville. Le bail comprenait, outre les terres, un moulin, sans la justice du lieu et les droits seigneuriaux, que le bailleur se réservait. Le fermage était fixé à cent sols parisis, mais le preneur devait faire bâtir à ses frais sur l’emplacement de l’ancien château une maison avec grange, écuries, étables, etc., et défricher soixante arpents de terre par année.

Au XVIIIe siècle, il ne restait plus de cet ancien domaine qu’une chapelle et 150 arpents (50 hectares) de terre, affermés avec quelques rentes seigneuriales, 400 livres, selon E. Mannier. L’origine de ce château, selon A. Vaquier, remonterait à la fin du IXe siècle, et pourrait provenir du domaine royal. Une première mention concernant le château du Mail est celle d’un aveu à la reine de Navarre6 de 1274 : « c’est ce que damoiselle Marguerite, dame de Mailg tient ».

En juin 1278, Mathieu de la Tournelle, seigneur de Villiers-Adam, un descendant de Pierre de Tournelle qui occupait autrefois le château du Mail, acheta de Gauthier de Marines, écuyer, un fief à Sannois (dit de Saint-Lor, en partie) que tenait Simon d’Auvers, pour 200 livres tournois. Dès juillet, il l’échangea avec les Templiers, contre des biens que ceux-ci possédaient à Béthemont et à l’Isle-Adam.

Guillaume, fils du seigneur de May et de Marguerite, fille de Gautier III de Saint-Denis, devint en 1339 Grand Prieur de la province de France des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et légua à son ordre, le château paternel du Mail. Sa mère, Marguerite épousa en secondes noces Raoul de Montgé, seigneur de Franconville-sous-bois. Marguerite de Juilly-Saint-Denis, décédée en 1308, a sa pierre tombale actuellement dans la chapelle du collège des Oratoriens de Juilly. Robert de Juilly entra également chez les religieux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et devint Grand Maître de l’Ordre dès 1363.

Les Hospitaliers possédaient quelques terres dans les environs du château du Mail, dont la possession remontait à la fin du XIIIe siècle, au temps des Templiers. En 1276, une vente est faite par Laurent et Jean Duport d’une masure, d’un pourpris7, et sept arpents de vigne, situés au terroir d’Argenteuil, dans le canton du château du Mail, pour 80 livres parisis.

Le 29 juillet 1359, le régent Charles de France, le futur Charles V, confirmait l’ordre de prescription du 17 mars 1359 donné aux habitants de 19 paroisses de la vallée de Montmorency d’abattre le château du Mail, la « court » de l’église de Cormeilles-en-Parisis, le fort du prieuré d’Argenteuil et le fort de Gennevilliers-en-la-Garenne.

Le 11 novembre 1374, le commandeur de Cernay, Nicole de Buissel fait bail à Jean Lambert « de l’hostel de Mailg… ». Le 14 novembre 1377, il est fait mention d’un Jehan Himbert demeurant au « chastel de Mail-lez-Cormeilles ».

Puis le 4 mars 1389 (n.st.) nouveau bail à Jean le Charron, dit de Bourgogne, comprenant le domaine de Cernay, la grange auxerroise et le moulin à vent qui en dépendait.

En 1471, un bail est fait par le Grand Prieur Bertrand de Cluys, à un nommé Jean Haze, maréchal, demeurant à Montmorency : 


« Une place ou souloit avoir moulin à vent où il y a encore de présent une partie de la tour dudit moulin, située et assise assés près d’une grant masure ou place wide où souloit avoir maison, granches, estableset autres édifices jadis appelée la Granche auxerroise et qu’on dit de présent le château de Mailg, assis au dessus de la ville d’Argenteuil. Or est ainsy que lesd. lieux dessus déclarés sont de longtemps en totale ruyne et désolation tant à l’occasion des guerres comme aultrement et que dès longtemps ne nous furent de nul profit »8.


Un bail du 27 juin 1484 est plus explicite encore : il est fait à


« Jehan Fortin, pour 20 arpents dont 7 en friches et bruyères assis près dudit moulin à vent[…] depuis le chemin qui vient de Cormeilles, passant devant ledit château de May droit aux Conches[…] et au chemin de Cennoys droit audit chasteau de May ».


De même, il figure dans un acte passé le 20 juin 1494 par Hemery d’Amboise, Grand- Prieur de France depuis Grand Maître et Jehan de Rueil, conseiller et auditeur des causes du Chastelet de Paris, et Jehanne de Neuville, sa femme.

La terre du Mail mesurait 153 arpents, dont 40 produisant des grains, 70 plantés de vignes et le reste en friches ; le tout tenant, du côté d’Argenteuil, au chemin bordant le terroir des Rosiers ; du côté de Franconville, au carrefour des Aubaines ; du côté de Sannois, aux Vieilles-Aubaines par un bout, au bois de Montfrat et aux vaines pâtures d’Argenteuil par l’autre bout (abbé F. Massuchetti)9.


L’improbable « commanderie » de Soisy-sous-Montmorency


A la suite de Trudon des Ormes, de nombreux auteurs ont voulu voir une maison templière à Soisy-sous-Montmorency. Cette assertion repose sur l’interprétation de plusieurs documents d’archives :

- Un acte de 1164 de la vente faite au profit du Temple du moulin de Saint-Leu.

- Plusieurs mentions d’une commanderie de Soisy dans les pièces du procès des Templiers.

L’examen de ces documents conduit à un jugement beaucoup plus nuancé.

L’acte de 1164 est en fait la confirmation par Louis VII de la vente faite par Henri, abbé de Barbeaux (ancienne abbaye cistercienne de Seine-et-Marne), aux Templiers de l’étang et du moulin de Saint-Leu. Dans ce document, il n’est fait aucune référence à une quelconque maison du Temple située à Soisy. Seule la proximité de Saint-Leu pourrait être retenue, si tant est qu’il s’agisse bien de Saint-Leu-la-Forêt, or les toponymes en Saint-Leu ou Saint-Loup (sanctus lupus dans les actes médiévaux) sont très nombreux en Ile-de France. Ce document est donc à écarter.

Dans les pièces du procès, une commanderie de Soisy est citée à plusieurs reprises. Au cours de leur interrogatoire, les frères sont priés de raconter leur réception dans l’ordre :


« Frère Raoul de Taverny, […] fut reçu à vingt-huit ans, à la maison de Soisy, diocèse de Meaux, par frère Jean de Tour, trésorier du Temple de Paris, en présence de Jean de Morency, prieur du Temple de Paris et de frère Jean, précepteur de ladite maison […]. Frère Thomas du Quesnoy […] fut reçu à Soisy, diocèse de Meaux, par frère Hugues de Paraud en présence de frère Nicolas Flameng […]. Frère Arnaud, de Fontaine-sous-Montdidier […] fut reçu à Soisy, il y a seize ans, par frère Jean de Tour, alors trésorier du Temple de Paris et de frère Raoul d’ Hardivilliers […]. Frère Jean de Saint-Leu, maître de la maison de Soisy près de Taverny […] fut reçu à Lagny-le-Sec par le frère Nicolas Flameng en présence de Raoul d’Hardivilliers et de frère Déodat… »


Pour ce qui concerne les deux premières mentions, il est évident qu’il ne s’agit pas de Soisy-sous-Montmorency, puisque cette paroisse n’a jamais fait partie du diocèse de Meaux. Ce Soisy-là doit être recherché en Seine-et-Marne. C’est en fait la maison de Choisy-le-Temple (en latin, Soisy ou Choisy s’écrivent tous deux Soysiacum), paroisse de Charny, une des plus anciennes commanderies templières d’Ile-de-France.

Reste la mention « Soisy près de Taverny ». Il n’existe qu’un seul Taverny en Ile-de-France, celui de la vallée de Montmorency, mais il est troublant de noter que le précepteur de cette maison-là porte le même prénom que celui de la commanderie de Choisy-le-Temple.

Cette précision « près de Taverny » serait peut-être erronée. En effet, la phrase latine est : frater Johannes de Sancto Lupo magister domus de Soysiaco juxta Taverniacum. Si Saint-Leu jouxte bien Taverny, Soisy en est séparé par plusieurs paroisses. La logique géographique voudrait que la phrase soit ainsi restituée : « frère Jean de Saint-Leu, près de Taverny, maître de la maison de Choisy ». Ce n’est là qu’un raisonnement intellectuel peut-être illusoire, mais il faut souligner que l’on n’a aucune autre trace de cette maison. A la différence de toutes les autres, elle serait à peu près la seule dont les archives du Temple de Paris n’auraient pas gardé la mémoire. Son existence s’avère, à notre avis, grandement hypothétique.

Cependant, un texte d’archives tardif, du 1er mai 1778 mentionne la présence de deux bois taillis, l’un de 6 arpents 17 perches « sous le bois Brisault » et l’autre de 5 arpents 18 perches et demi à « la fontaine du bois » au terroir de Soisy (-sous-Montmorency), appartenant au Grand Prieuré de France, représenté par le duc d’Angoulême, enclavés dans la seigneurie de Soisy appartenant à Mr Yves de Verduc, secrétaire du roi et greffier en chef du grand-conseil : peut-être sont-ils les éléments survivants d’une partie de la donation par Jean de Cernay du fief de Mathieu de Soisy, en février 1270.


La maison de Montmorency


Etre présents à Montmorency fut sans doute d’une grande importance pour les Templiers de Paris. La paroisse, chef lieu de la châtellenie, siège du pouvoir administratif local, au milieu d’un riche terroir viticole ne pouvait laisser insensibles les avisés gestionnaires qu’ils étaient. Pourtant, leur présence devait être souhaitée plus encore par les puissants seigneurs du lieu. Ce sont eux qui leur feront les premières avances, assez modestes au début, de plus en plus pressantes par la suite.

A l’origine, leur apparition dans la vie montmorencéenne se limite à une rente de deux setiers de châtaignes que leur aumône Bouchard IV en 1173. Mais dès 1205, les Templiers possèdent déjà sur le territoire de la paroisse terres, vignes et masures. Les faveurs dont ils jouissent du successeur de Bouchard, Mathieu III, les confortent dans leur projet. En 1221, celui-ci leur octroie la moitié des dîmes qu’il possède à Deuil.

Mais c’est à partir de 1257 qu’on voit se mettre en œuvre le processus classique d’implantation d’une « commanderie ». A cette date, ils achètent, pour 10 livres parisis, une maison appartenant à Agnès, veuve d’Eudes de Boules, située rue de l’Etang (actuelle rue du Temple). De là, on voit leur domaine se développer sur deux fronts : concentré autour de cette maison, plus dispersé dans le reste du finage paroissial. Leurs possessions immobilières s’accroissent rapidement dans la rue de l’Étang où ils acquièrent d’autres biens. Ceux-ci semblent avoir été composés de deux types de constructions : des maisons d’habitation d’une part, des bâtiments d’exploitation agricole (grange, pressoir, cellier) d’autre part.

Il n’est nulle part fait mention d’une chapelle dans cette enceinte, bien que toutes les commanderies en possèdent une. Mais ce n’était pas toujours un édifice spécifique et indépendant. Un simple lieu de prière, aménagé dans une pièce, pouvait en tenir lieu. Ici, tel fut sans doute le cas.

Le souvenir des Templiers persista à travers ces bâtisses. Au XVIIIe siècle, les Hospitaliers, héritiers des biens des Templiers, possèdent tout l’îlot urbain compris entre les actuelles rues du Temple et du Docteur Millet. Jusqu’au XIXe siècle, date de sa destruction, cet ensemble continue d’être appelé « l’hôtel du Temple ».

Quant à leur domaine foncier, il explose littéralement à Montmorency et aux environs immédiats. De nombreuses terres et vignes passent entre leurs mains en quelques années, en particulier aux lieux-dits Clairveaux, Corps Saints, Haras, Champeaux, Augefontaine, Chesneaux … Au début du XIVe siècle, les Templiers comptent parmi les plus importants propriétaires fonciers de Montmorency.

En dehors de leur patrimoine, ils jouissaient dans cette paroisse de privilèges non négligeables : amortissement de leur biens en 1263, droit de presser leur raisin en 1269, etc. Cela s’explique par la faveur dont ils jouissaient auprès de la famille de Montmorency. Il faut rappeler que dès 1228, Mathieu II s’oblige pour Thibaud, comte de Champagne, à 500 marcs d’argent pour les Templiers dans un différend qui opposait le comte à l’ordre ; que l’un des enfants de Mathieu III et de Jeanne de Brienne, Guillaume de Montmorency, était chevalier du Temple ; que ce même Mathieu, qui avait participé aux croisades, vouait un attachement particulier à l’ordre.

Lorsqu’ils prendront le relais, les Hospitaliers ne jouiront pas de la même estime. L’une des premières mesures que les Montmorency prendront à leur encontre sera de leur faire payer 1 600 livres pour pouvoir occuper le domaine qui leur avait été cédé.


On aura noté les particularités des « commanderies » de la vallée de Montmorency, à laquelle on peut ajouter le Pays de France. A deux exceptions près, elles sont toujours situées à l’extérieur du bourg. Il s’agit d’exploitations agricoles isolées, implantées au milieu de leur terroir. Ceci avait pour effet de renforcer le caractère d’isolement des frères par rapport aux habitants du village et d’autre part, cette position était idéale pour la pratique du faire-valoir direct qui était de règle sur les terres les plus proches de leurs maisons.

Les deux exceptions sont Montmorency et Gonesse, où les maisons de l’ordre sont au contact du bourg. La topographie de Montmorency, l’origine castrale de la ville, le fait que s’y trouve le siège du pouvoir central de la châtellenie, l’inexistence de ferme ou de hameau isolé ont contraint les Templiers à s’installer à cet endroit. Pour Gonesse, il s’agit d’un don que les Templiers acceptèrent, mais il semble qu’ils n’aient pas porté une attention particulière à cette possession.

On remarquera que, à une exception près, la grange et la maison de Puiseux-en-France, les Templiers n’ont construit aucune de leurs demeures, dans notre région. A chaque fois, il s’agit d’acquisitions ou de donations de manoirs, fermes ou maisons. A Montmorency, il leur était même expressément interdit d’élever la moindre tour ou forteresse.

Ils se contentèrent d’occuper, d’exploiter, d’entretenir, mais ne construisirent pas.


François Chairon et Gérard Ducoeur

Texte augmenté par G.D. en mars 2009


Frères du Temple originaires de la région

Liste (non exhaustive) des frères du Temple originaires de la région ayant comparu ou cités au procès de leur ordre vers 1309.


Jean d’Ambleville, Robert le Sec d’Ambleville, Gérard d’Argenteuil (chevalier), Pierre de Beaumont, Guillaume de Boisemont, Pierre de Cernay, Jean de Cormeilles-en-Parisis, Lambert de Cormeilles-en-Parisis, Mathieu Chef de Ville de Cormeilles-en-Parisis, Pierre dit de Cormeilles-en-Parisis ou de Tour (Saint-Prix), Etienne de Domont, Guillaume d’Ermont, Guillaume d’Herblay, Pierre d’Herblay, Guillaume du Mesnil-Aubry (prêtre), Guy du Mesnil-Aubry, François de Montigny, Guillaume de Montmorency, Robert de Pontoise, Pierre de Sarcelles, Jean de Saint-Leu, Pierre de Saint-Leu, Jean de Saint-Ouen-l’Aumône, Jean de Taverny, Raoul de Taverny, Thibaud de Taverny, Jean de Tour (Saint-Prix), Clément de Tour, Etienne de Tour (prêtre).

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Notes complémentaires

Les sources manuscrites relatives au Temple de Paris se trouvent aux Archives nationales, principalement dans la série S.

Les plans anciens se trouvent au Département des cartes et plans aux Archives nationales et aux Archives du Musée Condé à Chantilly.

Les monographies locales (Argenteuil, Cormeilles-en-Parisis, Ermont, Le Plessis-Bouchard, Montmorency, Saint-Prix, Sannois, Taverny, etc.) donnent également quelques indications sur les possessions templières sur le territoire de leur commune.

1 Chairon (F.), Ducoeur (G.) : Les Templiers en Val d’Oise, in Vivre en Val d’Oise, n° 34, nov. 1995, p. 16-25.

2 Saint Bernard (1090-1153). Entre à Citeaux en 1112, fondateur de Clairvaux, il s’engage dans le soutien à la 2e croisade (qu’il prêche à Vézelay en 1146) et aux ordres religieux-militaires (il est présent au concile de Troyes qui approuve la règle des Templiers en 1129).

3 A la période médiévale, les dons sont assez nombreux. Ce sont d’abord les Bénédictins puis les ordres nouveaux, Augustins, Cisterciens et les Prémontrés qui en bénéficient au XIIe et dans la première moitié du XIIIe siècle. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle ce sont les ordres militaires qui vont en bénéficier avec les Hospitaliers et les Templiers. Un peu plus tard, ces dons iront vers les ordres mendiants, Dominicains, Franciscains, Grandmontains et enfin vers les Célestins, sous Charles V. Ces donations viennent d’abord du roi, puis des grands princes qui montrent l’exemple et ensuite des seigneurs locaux qui les suivent dans leurs donations.

4 La commanderie se définit comme une circonscription regroupant des terres, des biens et des maisons, dont l’une est chef-lieu et dont les autres sont membres. On utilise parfois comme terme équivalent celui de baillie (dans l’ordre de l’Hôpital). Le terme commandeur est la traduction normale de preceptor. Le maître désigne aussi bien le maître général de l’ordre, que les maîtres des provinces, voire, lorsque cet échelon existe, des baillies. C’est le maître de l’ordre qui nomme les maîtres des provinces.

5 Le château appelé invariablement dans les textes : du Mail, de Mailg, de May, était situé sur la paroisse de Sannois, à mi-chemin d’Argenteuil à Franconville et sur le chemin menant de Sannois à Cormeilles. Il figure en ruines sur des documents, comme la vue d’Argenteuil en 1610 de Claude Chastillon et sur un plan de 1677 de N. Lallemant des Archives du Musée Condé à Chantilly.

6 Jeanne de Navarre-Champagne, reine de Navarre en 1274, épouse de Philippe IV le Bel en 1284.

7 Au XIIIe siècle, en région parisienne, la maison d’un paysan. (Lachiver (M.), Dictionnaire du monde rural, éd. Fayard, 1997, p. 1363).

8 Des vestiges de fondations de « la grange auxerroise » auraient été rencontrés, il y a quelques années, lors des travaux d’enfouissement du gazoduc au-dessus de « l’Ermitage », route du Fort.

De même, des traces de fondation d’une tour avec un large fossé comblé ont été photographiées le 14 janvier 1996, au 56 allée de Cormeilles à Sannois, lors de la construction de pavillons. Ce fossé assez large pourrait être celui « du château du Mail », sur lequel fut bâti le moulin comme nous l’avons vu dans les baux du XVe siècle.

9 Un plan géométrique de l’Ermitage et dépendances du château du Mail, levé en 1770, conservé aux Archives nationales, montre un parcellaire très découpé : la grange auxerroise, le moulin (ancien château du Mail) et la fontaine Saint-Flaive.