LES CARRIÈRES À PLÂTRE, BRIQUETIERS ET TUILIERS


EN VALLÉE DE MONTMORENCY




Les buttes témoins de Montmorency et de Cormeilles-en-Parisis qui encadrent la vallée avec leurs formations gypseuses de sulfate de calcium dihydraté forment un potentiel que l’homme a su très tôt exploiter. Il sert, dès la période gallo-romaine au IIIe siècle (à Taverny et à Cormeilles-en-Parisis) et à la période mérovingienne, en particulier pour la fabrication de sarcophages en plâtre aux VIe et VIIe siècles (à Ermont et à Herblay), puis pour améliorer la vie quotidienne, dans un cadre domestique. Il en est de même pour l’argile qui est utilisée très tôt, dès le Néolithique ancien (Ve millénaire avant notre ère), pour la réalisation de poteries, mais aussi pour l’habitat (murs en torchis), puis pour la fabrication des tuiles et enfin des briques, toujours utilisées au XXIe siècle1.

Dès la fin du XVIIIe siècle, l’activité plâtrière constitue un nœud d’enjeux économiques, associés au développement de l’urbanisation, mais aussi du commerce avec les pays voisins. En effet, la matière première ne se trouve pas partout et la présence du gypse a constitué un atout pour les territoires s’étendant dans un rayon approximatif de trente kilomètres autour de Paris.

La Carte des Chasses (1770) fait figurer de nombreuses carrières à plâtre, creusées au pied de Montmorency et sur les trois flancs de la butte de Richebourg, détachée à l’est du massif principal, près des villages de Montmagny, Groslay, Saint-Brice, Villetaneuse et Pierrefitte. En face, au sud, de l’autre côté de la vallée, le massif de Cormeilles-en-Parisis, présente parallèlement le même aspect.

Dans la région, des individus isolés, une famille, deux associés à force de bras et d’opiniâtreté extraient et cuisent la pierre à plâtre, vendent sur place le précieux matériau, mêlé de charbons de bois. Certains, probablement détenteurs d’un savoir-faire transmis - tels les Ponthieux, plâtriers de père en fils, isolés dans la campagne de Villiers-Adam - depuis au moins le XVIIIe siècle, disposent en continu de bras suffisants et d’une aisance acquise au fil des générations et forment des lignées ininterrompues sur deux siècles. Bien plus souvent, les archives mettent en évidence une succession rapide d’exploitants sur un même site2. Des hommes « dans la force de l’âge » s’associent entre eux ou avec un ancien qui est persuadé de réussir là où d’autres ont tenté fortune en vain. Accidents ou fermetures imposées par les autorités de contrôle mettent généralement fin à leurs espoirs. Les choses en sont là au milieu du XIXe siècle, au moment où Adolphe Vieujot entame le parcours qui mènera sa descendance de Villetaneuse au Barrage de Pierrefitte, à Montmagny, puis jusqu’à la plâtrière dite du Pavé-Saint-Paul à Soisy-sous-Montmorency3.

Les plâtrières constituaient, au Moyen Age, une ressource importante du sol valmorencéen. Elles sont mentionnées à Franconville, Montsoult, Villetaneuse, Maffliers, pour ne pas citer celles qui, vers l’abbaye du Val à Villiers-Adam, derrière Soisy et Montmorency trouent le massif forestier. Certaines sont exploitées directement par les habitants de la seigneurie sous forme de corvées, ou pour leur profit personnel : à Villetaneuse, le seigneur du fief perçoit le rouage sur les ventes de fûts de plâtre. À Saint-Leu, la plâtrière est affermée pour le prix de 8 livres parisis par an. Le fermier est-il un maçon désirant s’assurer ainsi la matière première ? C’est probable, à moins qu’il ne s’agisse d’un simple extracteur, revendeur de plâtre.

Terre à plâtre, la région de Montmorency est aussi terre à glaise. Dès le XIVe siècle, cette argile est utilisée à la fabrication de tuiles : Notre-Dame du Val possède sur le territoire de Montsoult, au sud-ouest, près de la garenne de l’Isle-Adam, une tuilerie comprenant la fosse « où l’on prend la terre à faire les tuiles » et une autre tuilerie à Saint-Leu (sur Taverny), mentionnée en 1362.

De cette « industrie », sur laquelle nous n’avons aucun détail complémentaire, il est cependant possible de tirer des conclusions concernant l’amélioration éventuelle de l’habitat : en couverture des masures, les tuiles se sont substituées au chaume, rendant ainsi les habitations plus imperméables, moins sensibles au feu.

Au plâtre et à l’argile, il convient d’ajouter le sable comme composant du sol de la région. Les documents ne mentionnent pas expressément des sablières, mais une analyse géologique complète cette lacune. Ainsi s’explique le développement précoce de l’artisanat du verre. Dès la fin du XIIe siècle, des vasa vitrea sont vendus sur le marché de Montmorency4.


Les sources

Tout au long des XIVe et XVe siècles, les actes concernant des donations ou des transactions de terrains contenant du plâtre ou seulement du sol, en vue de son extraction future, se succèdent, en particulier sur Argenteuil, aux lieux-dits Tirmont, Gode, Ballemont, Vaucelle, ainsi qu’à Sannois aux lieux-dits : fief de Saint-Lor (près des Conches), plâtrière Godart, Bellevue, la Plâtrière, la Plâtrière au Curé, entre autres.

Des marchés passés peu avant 1500, portant sur l’utilisation du plâtre ou de la chaux dans les constructions, nous renseignent sur l’amélioration de l’habitat après la guerre de Cent ans. Ce plâtre est expédié un peu partout, par voie fluviale, grâce à la Seine.

Un contrat de vente d’une maison à réparer évoque, en 1497, le chargement de bateaux qui apportent du blé à l’aller, du plâtre pour le voyage de retour. Le nombre important d’actes concernant cette activité nous prouve que celle-ci est loin d’être négligeable5.


Les carrières à plâtre et les exploitations sous l’Ancien Régime

Comment exploite-t-on les carrières aux XVIIe et XVIIIe siècles ? Quelqu’en soit l’utilisation, vente par les carriers pour l’expédition ou utilisation immédiate pour la construction par les entrepreneurs de maçonnerie, il ne s’agit que de petites surfaces, en général quelques perches. Le carrier commence par choisir un endroit où il y a du plâtre. Comment le sait-il ? En fait, d’une manière empirique, autour d’anciennes exploitations et surtout par l’observation du sol. Lors des labours, le cultivateur ressort avec sa houe une terre blanchâtre : c’est ce qui se produit sur les coteaux où l’épaisseur de terre arable est assez faible, la végétation est moins riche et les noms de lieux-dits reflètent cette pauvreté, comme à Argenteuil, aux lieux-dits des Larris (vieux mot désignant une lande ou un tertre), des Génétés, etc.

Le carrier dégage la partie qu’il désire exploiter. Cette découverte sera entreposée, à côté et, à la fin remise sur les remblais servant à combler l’excavation. Ensuite, la pierre est tirée (il s’agit ici de gypse saccharoïde). Les plus grosses serviront à monter les murs, les autres et les débris seront cuits sur place, dans la carrière ou près du lieu de la construction. La réglementation de cette profession est inscrite dans les Us et coustumes de la Prévosté et Vicomté de Paris. Il est nécessaire d’éviter les litiges, en effet : une coupe trop proche du voisin risque de produire un éboulement et d’entraîner la pièce de terre attenante au fond de la carrière. Il en est de même pour les chemins. En général, la profondeur n’est pas importante : environ 2 mètres (6 pieds) à partir de la couche de gypse saccharoïde. « Le Roi doit, en 1776, édicter certains travaux pour éviter de mettre en péril la sûreté des habitants par suite du cavage et de l’exploitation par des puits. Les carrières à plâtre seront à l’avenir exploitées à découvert et à tranchées ouvertes. Il est désormais interdit de fouiller sous le bien d’autrui. Des accidents se sont en effet produits à Grisy-en-Vexin, à Pontoise, à Triel, à Chanteloup. On discipline l’exploitation de la Montagne de Cormeilles-en-Parisis et jusqu’alors, l’extraction qui était libre pour les citoyens de Cormeilles comme pour les horsains, est autorisée au seul profit des gens du village »6.

À cette époque, il n’existe que peu de chemins. Pour effectuer le transport, on utilise des hommes avec la hotte ou la brouette et pour des charges plus importantes, des chevaux harnachés d’un bât. Ceux-ci circulent en limite des pièces en culture. Mais lorsqu’il s’agit d’exploitations de plus longue durée, en vue du commerce, des accords sont pris avec les voisins pour créer des voies, permettant de rejoindre les grands chemins. On utilise alors des voitures à chevaux pour mener les chargements jusqu’au Port au plastre à Argenteuil.

Il existe trois endroits ainsi dénommés le long des berges de la Seine, depuis un lieu sis près de la porte Saint-Denis, dans le bourg, jusqu’à la fontaine des Saules, le Port-au-plastre (qui deviendra le Port du Milieu), au pied de la butte de Ballemont et le Vieulx-Port7, le plus ancien, à l’est, vers Epinay. Ce qui donne une idée de l’importance de l’exploitation et des échanges.

La cuisson du plâtre peut se faire sur place, dans la carrière. Souvent, un simple toit de tuiles recouvre l’emplacement du four. Sinon, il est établi en plein air, sur un chantier. L’ouvrier dresse des travées de pierres avec les plus grosses, en premier. Entre celles-ci, un emplacement permet de disposer le bois de cuisson. Au-dessus, les pierres sont disposées en claveaux formant des petites voûtes, puis l’on entasse le reste des pierres tout-venant par-dessus.

Assez souvent, la cuisson se fait dans l’agglomération. Ces opérations sont courantes à Paris jusqu’en 1790, époque à laquelle l’Assemblée Nationale fait interdire la cuisson du plâtre à l’intérieur de l’enceinte de la ville, en raison du danger d’incendie.

À mesure que la profession s’étend, une spécialisation dans le métier distingue :

- le plâtrier, un exploitant qui fabrique le plâtre cuit,

- le batteur de plâtre, qui écrase le produit lors de la sortie de cuisson pour le réduire en poudre,

- le carrier, qui extrait la pierre,

- les bardeurs, qui transportent les pierres extraites sur un bard (type de civière),

- le voiturier, qui charrie les pierres,

- le traveur de plâtre : c’est l’ouvrier, à partir du XIXe siècle, qui monte les travées lors du chargement du four8.


L’industrialisation au XIXe siècle

Les industriels, à partir du XIXe siècle, installent leurs fours à demeure. Ceux-ci sont très simples, la température exigée pour cette opération ne s’élevant qu’à 150 °C. Il suffit d’un espace plat, que l’on recouvre d’un ou de plusieurs toits, pour les protéger de la pluie, et de les entourer d’un simple mur de faible hauteur, dans lequel seront montées les travées de plâtre à cuire. La fumée sortira de l’espace restant libre au-dessus des murs.

L’inspecteur du Service des Mines en fait la description dans son rapport de 1883 : « Les fours sont formés de trois murs embrassant une enceinte de 6 mètres sur 7. La pierre y est empilée sur une hauteur de 3 mètres, on ménage à la base 7 ou 8 voûtes de 35 centimètres de large sur 50 centimètres de haut dans lesquels on entasse le combustible ».

Les fabricants de plâtre ont donc besoin de bâtiments pour élaborer leurs produits. À côté des fours, se trouvent des bâtiments fermés, dans lesquels les chevaux font tourner les meules pour écraser le plâtre cuit. Un peu plus tard, l’installation de machines à vapeur remplacera les animaux de trait : 1838 est la première date connue.

Les différentes qualités de plâtre proposées à la clientèle nécessiteront un traitement mécanique : la bluterie. La plupart des sociétés installent des sacheries pour l’ensachage. Ces sacs sont en toile, étroits et allongés.

Les transports des carrières à l’usine nécessitent des installations importantes :

- des tombereaux, tirés par deux ou trois chevaux, utilisés pour de courtes distances,

- des wagonnets sur voies ferrées légères à voie étroite (1845) tirés par des chevaux, puis par des machines à vapeur sur voie étroite, type Decauville, 

- le transporteur aérien.

Dès avant 1870, la carrière Gillet, aux Cloviers à Sannois, a installé un téléphérique (système ballon). Sur des câbles, placés sur des chevalets, circulent des nacelles suspendues, mues par des chevaux, puis par des machines à vapeur. Ces bennes sont chargées au départ par des wagonnets, tandis qu’à l’arrivée, des trémies reçoivent les matériaux repris par un autre moyen de transport.

Le développement de l’industrie du plâtre au XIXe siècle constitue une véritable révolution industrielle. Le rapport du Préfet de Seine-et-Oise pour 1841 signale le développement de l’extraction de la pierre à plâtre par suite des travaux de fortification de Paris et de l’ouverture des « nouveaux chemins de fer ». L’urbanisation des nombreux villages entourant Paris, due à l’augmentation de leur population, crée un grand besoin de logements, d’où une demande accrue de matériaux de construction, dont le plâtre.

Parmi les modernisations du XIXe siècle, on trouve aussi l’évolution des combustibles utilisés, le coke en 1838. Plus tard, on utilisera la houille, mais le bois continuera d’être employé, chacun présentant ses avantages et ses inconvénients. Avec le charbon minéral, la cuisson dure environ 36 heures, seulement 18 heures avec le bois, qui donne une flamme plus longue, suivant le rapport de l’inspecteur du Service des Mines, après sa visite, en 1883, dans nos plâtrières.

À la même époque, l’installation de machines à vapeur permet de manœuvrer les meules sans l’utilisation des chevaux. 1838 est la première date connue pour la carrière de Balmont à Argenteuil. Ces machines sont installées dans des locaux maçonnés. Elles comportent une chaudière et un foyer, dont l’évacuation se fait par une cheminée, construite en briques pleines. À côté se trouve la machine à vapeur proprement dite, avec cylindre, piston, système bielle-manivelle et volant d’inertie. Sa puissance est de 8, puis 15 chevaux-vapeur, ce qui représente une avancée technologique considérable.

À l’origine, en exploitation artisanale, les patrons et ouvriers sont issus de la population locale, certains ajoutant cette profession à leur activité de vignerons. Au milieu du XIXe siècle, il est fait appel à une main-d’œuvre étrangère, d’abord les Belges, comme à Sannois où, lors du recensement de 1866, on dénombre 101 hommes de nationalité belge, 37 femmes, en majorité flamandes, mais seulement 2 italiens. Dès le début du XXe siècle, les italiens viendront s’installer de plus en plus nombreux, feront souche et construiront leurs maisons.

Combien de personnes travaillent dans les carrières ? Grâce aux enquêtes préfectorales, on comptait avant 1870, environ 300 à 350 ouvriers de carrières à plâtre, essentiellement à Argenteuil et à Sannois, et 40 à 50 dans les briqueteries, essentiellement à Sannois9.

À Soisy-Sous-Montmorency, au Pavé Saint-Paul, la maison Vieujot, qui deviendra les Plâtres Vieujot en 1948, emploie quinze nationalités différentes avant 1940. De 1924 à 1936, pas moins de 130 Polonais sont embauchés. Il est intéressant de remarquer que sur la même période, on trouve quinze embauches de Marocains, c’est-à-dire autant que d’Italiens. Quelques Portugais passent dans l’une des carrières ou usines. En effet, dans l’entre-deux-guerres la maison Vieujot extrait le gypse et fabrique du plâtre à Villetaneuse, à Montmagny/Pierrefitte et à Soisy-Sous-Montmorency10.


Lieux d’exploitation du gypse

Il est bien difficile de connaître les lieux d’exploitation où l’on tire la pierre à plâtre. Il s’agit de petites exploitations, souvent sur une seule parcelle. D’une part, dès que l’exploitation est terminée, elle est souvent remblayée, et d’autre part, elles ne sont pas toutes déclarées, ce qui exclut de retrouver celles-ci dans les archives, avant les enquêtes préfectorales du XIXe siècle. Il faut donc rechercher ces lieux grâce, aux cartes anciennes du XVIIIe siècle, à la carte géologique11, pour retrouver les lieux susceptibles d’avoir été exploités, mais aussi par la toponymie, qui a heureusement su conserver les noms caractéristiques de certains de ces lieux : la Carrière ou la Plâtrière.

Des carrières à plâtre sont attestées anciennement, d’une part sur l’ensemble du massif de Montmorency, à une altitude, entre 73 m et 90 m NGF, où se trouve la « haute masse » de gypse saccharoïde, datant du Ludien (Eocène supérieur - 40 millions d’années), sur les communes de Montmagny, Groslay, implantées au pied de la butte témoin isolée de Richebourg, Montmorency, Soisy-sous-Montmorency, Montlignon, Saint-Prix, Saint-Leu, Taverny, Bessancourt, Frépillon et d’autre part à Sannois et Franconville-la-Garenne sur la butte-témoin de Cormeilles-en-Parisis12.

À Montlignon, par exemple, le lieu-dit la Plâtrière, tenant au chemin des côtes Baziles en 1722 où se trouvait une carrière appartenant au sieur Hinselin, de Saint-Prix, ou le lieu-dit la Carrière, évoque explicitement l’extraction de pierre à plâtre. En 1750, Nicolas Héry loue à André Guyard, plâtrier à Saint-Prix, une carrière tenant au bois du sieur d’Armanville « pour tirer le bloc, le construire en plâtre, ou le vendre en moellons depuis le haut de la masse jusqu’au dessous du fort banc, en laissant la distance convenable, suivant les Us et Coutumes de Paris, des terres voisines et de ne faire aucun tort ou dommages »13. D’autres exploitations voient le jour au cours du XXe siècle, en particulier, autour des lieux-dits les Fossés d’Alleu et le Trou du Tonnerre, où se trouve actuellement la société Val horizon (anciennement Fayolle).

À Taverny, en 1773, la description des dépendances de la seigneurie indique « le parc dans lequel il y a une carrière à plâtre et un four pour le cuire »14.

À Sannois, sous la Restauration, trois propriétaires de carrières à plâtre sont mentionnés dans les délibérations du conseil municipal, MM. Gillet et Forcinal, puis M. Dumont. Après une période d’extension en 1860-1861, le commerce du plâtre se ralentit en 1862 et les problèmes économiques dans ce secteur d’activité deviennent très importants. Néanmoins, deux entreprises exploitent des carrières à plâtre, au lieu-dit les Cloviers, en 1865. Propriétaires : M. Dumont et M. Gillet. On en compte trois en 1875.

En 1869, une usine de chaux et de ciment voit le jour, installée près des Cloviers, d’abord dirigée par M. Alleaume, l’usine l’est ensuite par M. Paul Parmentier. L’entreprise compte 80 ouvriers au début du XXe siècle15.


À ce jour, seules les carrières de Cormeilles-en-Parisis (à ciel ouvert) et Taverny/Montmorency (souterraine), sont encore en exploitation. Toutes les autres carrières exploitées anciennement à Argenteuil, incluant Orgemont (2e masse exploitée en souterrain en 1920), Frépillon (1908), Mériel (1906-1990), Montmagny(1910), Montmorency/Soisy (1947), Nerville (souterraine), Sannois (Les Cloviers), ont été remblayées pour des raisons de sécurité.


Briquetiers et tuiliers autrefois

Le sous-sol de la forêt de Montmorency, riche en gypse et en argile, a donné naissance à l’industrie du plâtre, comme nous venons de le voir, et à l’installation de nombreuses briqueteries et tuileries, tout autour du massif forestier. Bois et bruyère étaient utilisés pour la combustion dans les fours.

Le travail d’autrefois est saisonnier, ce n’est qu’au début du printemps, à la mi-mars, que commence le cycle de la fabrication des tuiles et des briques. Pour la même raison climatique, il se termine à la mi-novembre. L’eau est indispensable pour la fabrication, mais, avec l’hiver, la tuile peut éclater sous l’effet du gel. La cuisson nécessite du bois en quantité, l’hiver, le tuilier se transforme en bûcheron. Les journées sont longues, le travail pénible et insalubre, dans la poussière de l’argile, la chaleur de la vapeur d’eau et les émanations, de gaz carbonique et d’oxyde de carbone, des fours.

Une sole, fosse bordée de glaise sèche, permet en premier de détremper cette glaise : un ouvrier marche l’argile avec ses pieds nus, puis on la laisse reposer tout un hiver, on appelle cela pourrir. Cette pâte travaillée, est transportée par le brouetteur jusqu’au mouleur, installé sous une hallette, pour se protéger de la chaleur estivale.

Le mouleur peut utiliser, l’un des deux modules en bois de tailles différentes, au choix, suivant la demande. Il saupoudre de sable (dégraissant), l’intérieur du moule, projette la pâte avec force à l’intérieur, la comprime, puis passe un coup de plan pour faire tomber l’excédent.

Un bon mouleur peut confectionner 10 000 briques par jour et utilise dans ce but 13 à 14 m3 d’argile. Le coucheur a préparé un terrain plat, couvert de sable, et y dispose les briques fournies par le mouleur pour un premier séchage naturel à l’ombre des hallettes, hangars à claire-voie. Il forme de grandes tours rondes, composées chacune de 3 à 4 rangées, installées concentriquement et on laisse sécher ces briques crues à l’abri du soleil, parfois couverts de claies de branchages ou de roseaux, avant de les cuire définitivement au four.

Dans la cuisson à la flamande, d’abord utilisée, la combustion en plein air produit du gaz et des poussières, qui se répandent à plus de 200 mètres. Les briques séchées sont disposées sur le sol, en tas, en laissant des intervalles réguliers dans lesquels on allume un feu. On alterne un lit de briques et un lit de bois ou de charbons de bois, jusqu’à 7 mètres de hauteur.


Une révolution : le four à feu continu

En 1898, à Domont, l’entreprise Censier développe la mécanisation. Un excavateur à godets sur rails prélevait l’argile, la verse dans des wagonnets tirés par un locotracteur roulant sur des voies ferrées légères à voie étroite jusqu’aux presses à mouler. Les briques sont transportées dans un séchoir à air chaud, dans lequel elles restent pendant 48 heures avant d’être mises au four.

À cette époque apparaît le mode de cuisson en four annulaire, présenté pour la première fois par Hoffmann et Licht (invention de 1858) à l’exposition de 1867. Ce four est muni de 12 portes extérieures donnant sur une galerie annulaire de 3 mètres de large sur 2 mètres de haut. À l’intérieur de cette galerie, au milieu de la distance qui sépare deux portes, se trouve une coulisse aboutissant dans une seconde galerie circulaire appelée chambre à fumée, qui communique avec la cheminée centrale16.

La cuisson se fait donc par étapes. On enfourne les briques en pénétrant à l’intérieur du four, dans une partie éteinte, pendant que le feu brûle plus loin dans l’anneau. Les parois sont encore chaudes, l’atmosphère est bien sèche. On ferme d’un isolant pour faire chambre de cuisson et éviter un tirage excessif quand va se rapprocher le feu. On mure la porte d’accès de l’extérieur. Les pièces crues sont réchauffées doucement par l’air chaud du feu qui se rapproche lentement et montera à plus de 1000 degrés, grâce à la combustion de la houille fine pulvérisée de la voûte.

C’est donc une cuisson à flamme directe. On arrête l’alimentation des bouches quand les briques sont cuites, au bout de quelques jours de grand feu et l’on commence à envoyer du charbon plus loin, là où un autre chargement a été préparé. Le feu s’étant éloigné, le refroidissement met encore plusieurs jours. Enfin, les défourneurs peuvent sortir les briques, tandis qu’on recommence le chargement.

On chauffe donc à 1100 °C dans ce four à feu continu. Un ensemble de briques est enfourné, un autre cuit et un troisième est défourné lorsque la température est descendue à 50 ou 60°C. L’alimentation en charbon par le chauffeur ou cuiseur se fait toutes les 20 minutes, jour et nuit, par des trous percés dans le haut des voûtes, grâce à des pots de chauffe. L’accès doit être largement aéré, pour éviter les risques d’incendie. Il est protégé de la pluie par un haut toit de tuiles et entouré de planches à claire-voie.

Le tour du four est effectué en trois à quatre semaines, chaque pile de produit cru passe au total une quinzaine de jours dans le four. Cette innovation permet une récupération de la chaleur, une bonne montée en température des parois du four et des produits et une cuisson régulière.

Les capacités moyennes des fours Hoffmann à seize compartiments (25 mètres de longueur), les plus employés dans la grande période de 1890 à 1925, sont de 150 000 à 180 000 briques pour un tour complet. La génération suivante est plus importante : 45 mètres de longueur pour une capacité de 350 000 briques17.

Les briques cuites triées sont rassemblées en paquets cerclés, transportées par camions (2000 à 4000 par camion) ou par train.

Ces usines comptent de 50 à 80 ouvriers venus du Nord de la France et de Picardie, puis remplacés par des Belges et, après 1918, par des Italiens et des Polonais18.


Lieux d’exploitation des briqueteries et tuileries

La recherche est la même que pour celle des lieux d’exploitation de pierre à plâtre, à la différence près qu’il faut rechercher les lieux potentiels où l’on pouvait extraire soit l’argile verte datant du Sparnacien (Eocène inférieur - 55,8 millions d’années), soit le lœss, plus connu sous le nom de limon des plateaux, datant des formations du Quaternaire. Ces exploitations sont donc à rechercher sur les zones de plateaux où affleure ce limon des plateaux sous-jacents, mais aussi dans les vallées plus accessibles avec la présence d’axes routiers d’accès et d’échanges plus faciles. Elles doivent être situées non loin des lieux d’extraction de l’argile, où l’homme a pu installer ces petites exploitations artisanales. Celles-ci deviendront industrielles à la fin du XIXe siècle, avec l’amélioration du réseau routier et surtout avec l’arrivée du chemin de fer.

Ces briqueteries et tuileries sont attestées sur de nombreuses communes de la vallée et du massif de Montmorency : à Andilly, Eaubonne, Margency, Montlignon, Montmorency, Soisy-sous-Montmorency, Saint-Prix, Saint-Leu, Taverny, entre autres, mais aussi à Franconville-la-Garenne et Sannois, sur l’autre butte témoin de Cormeilles-en-Parisis.


À Andilly, le 12 avril 1932, Emile Sottieaux, demeurant à Andilly, et Léopold Haveger, de Domont, constituent une société dénommée Sottieaux et Haveger, ayant leur siège sur la route de Domont à Andilly. À l’ouest de la parcelle de l’entreprise projetée est une ancienne carrière de la société Rougeault et C ie, de Sannois : elle a été fouillée sur 4 mètres de profondeur, sur 40 à 60 mètres en longeant la route de Domont à Andilly (chemin vicinal n°1), sur plus de 112 mètres parallèlement au terrain de MM. Sottieaux - Haveger.

En 1952, la briqueterie Emile Sottieaux fabrique de la brique pleine ordinaire et de la terre battue pour court de tennis. Au recensement de 1962, nombreux sont les ouvriers briquetiers qui habitent Andilly. Sur le chemin des Communes, se trouvait encore une briqueterie à cette date19.


À Eaubonne, le 7 janvier 1861, Daniel Louis (1839-1920), entrepreneur de maçonnerie à Eaubonne, prie le sous-préfet de lui accorder la permission d’établir sur son chantier à Eaubonne, près du chemin du Cimetière, à 200 m environ des habitations, une briqueterie temporaire ne faisant qu’une seule fournée en plein air, chaque année. L’établissement sera installé au lieu-dit la croix Sanson (actuellement centre commercial), à l’angle formé par le chemin du Bois du Luat (rue de Saint-Prix) et la route départementale n°7 d’Auvers à Paris (route de Saint-Leu). En 1891, Léonard Daniel fabrique de la brique pleine, creuse et repressée pour la fumisterie ainsi que des tuiles mécaniques, faîtières, arêtiers et abouts20.

À Louis François Léonard Daniel, succèderont son fils Louis Léonard Charles (1861-1921), son petit-fils Maurice Charles (de1921 à 1968), suivi de sa sœur Clémence, épouse Coffe et, enfin Michel Coffe, fils du précédent, et Jean Durand, leur gendre. On pouvait encore voir une partie de l’usine et la haute cheminée tronquée en 198521.


À Margency, en 1581, on voit apparaître dans les archives Toussaint Messager « marchand tuilier au moulin Martinot ». Une tuilerie existe donc au moulin à cette date. Elle sera par la suite appelée tuilerie Germain Messager dans plusieurs actes officiels. Cette tuilerie est mentionnée à la fois dans les descriptifs du domaine de Bury et du fief de Maugarny22.

En 1741, une tuilerie est exploitée par moitié par Charles Fillerin, laboureur d’Eaubonne et son frère Nicolas Fillerin, laboureur à Margency, « accréditée de 42 000 tuiles cuites, bonnes, loyales et marchandes ; de 36 000 non cuites ; glaise pour fabriquer 50 000 tuiles et 1700 bottes de bruyère pour cuire » (notaire Rousseau). Cette entreprise fournit des tuiles aux différents villages de la Vallée de Montmorency23.


À Montlignon, l’activité de fabrication de la tuile est attestée depuis la période médiévale. En effet, en 1392, Jacques de Montmorency, élève dans le parc du château de la Chasse (sur Saint-Prix), deux tuileries et un hôtel particulier pour sa mère, Perrenelle de Villiers, pour son douaire.

Un acte de 1405 fait en outre état de la ruelle de la Tuilerie, un autre, de 1722, signale le Clos Bourdon, appelé autrefois la Thuillerie. Beaucoup d’actes de la deuxième moitié du XVIIe siècle indiquent la présence de tuiliers, de fours ainsi que de marchands-tuiliers qui alimentent toute la Vallée de Montmorency à l’époque.

Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que les produits industriels autres que la tuile apparaissent à Montlignon : briques et carreaux, dans une tuilerie située près du moulin de Métiger. François Joseph Achille, fils de Jean Mauduit Larive, le sociétaire de la Comédie Française, obtient en 1812, la permission de la préfecture d’établir un bâtiment pour frapper le carreau et la tuile, c’est la « Tuilerie de Montlignon, vallée de Montmorency ».

En 1857, l’entreprise Voisin est créée par Louis Julien Voisin, d’Ermont, marié à une fille du pépiniériste, Jean François Baptiste Monneau. Leur fils Albert Anatole, puis leur petit-fils Eugène se succéderont jusque vers les années 1948-1949. L’entreprise est reprise en 1950 par Maxime Lefebvre. Elle perdurera jusqu’en 1982. En 1876, elle comprend : tuilerie, briqueterie, poterie. Elle est implantée au lieu-dit les Cinquante Arpents.

En 1866, Daniel Louis François Léonard, d’Eaubonne, s’installe au même lieu-dit. L’année suivante, Ledreux projette d’établir son usine au Pré de la Vallée, et, en 1868, Alfred Harlay aménagea la sienne au Grand-Aulnaye, au-dessus de l’étang Marcille.

Avant la guerre de 1870, plusieurs autorisations sont accordées par la sous-préfecture de Pontoise, pour la création de fours à briques au lieu-dit Le Clos des Bottes (angle nord de la rue des Métigers et de la rue des Rosiers).

Après de nombreux conflits avec les pépiniéristes, qui dureront de nombreuses années, les types de fours évoluent, sous la pression des autorités administratives, et les dispositifs d’évacuation des fumées, avec des cheminées plus hautes s’améliorent, ainsi de nouvelles entreprises voient le jour.

Outre celle d’Olivier Demouy (1859-1877), d’Eaubonne, ayant aussi une briqueterie à Andilly, les briqueteries autorisées sont celles de Voisin (1857), Léonard Daniel (1864), Louis Ledreux (1869), Cosme Adolphe Plessier (1877), au lieu-dit Le Clos des Bottes, Pierre Petit (1877), Cordonnier (1877), Auguste Harley (1868), Jean-François Malet (1881), Victor Bernard (1882-1887) et Allain- Clergé (1879)24.

La société Voisin, à partir de 1902, sous la direction d’Eugène Voisin, continue ses fabrications jusqu’au milieu du XXe siècle, de même que celle de Léonard Daniel. Plessier étant décédé en 1888, la briqueterie Plessier-Cosme est reprise par ses fils et ensuite par leurs gendres A. Pellard et L. Atry à partir de 1920.

Cette activité est d’un grand intérêt économique pour Montlignon, quoique le nombre d’usines soit en diminution, car elles créent beaucoup d’emplois : en 1931, le nombre d’ouvriers travaillant chez Voisin est de 41 briquetiers et 9 chez Pellard et Atry, parmi lesquels beaucoup d’Italiens. Voisin déclare en 1932, l’extraction de 7000 mètres cubes d’argile et la fabrication de 3 500 000 briques pleines et un million de briques creuses.

Ces fabriques cessent leur activité vers 1970. La dernière est la Briqueterie de Montlignon, reprise par Maxime Lefebvre et modernisée en 1966, sa production est d’environ cent tonnes de briques creuses par jour25.


À Montmorency, les briqueteries des Champeaux ont contribué à la construction du château du duc de Dino, en 1709. Louis Théophile Eugène Lefort fait de la brique, de la tuile et du carreau. En 1846, il possède une glaisière au Pavé-Saint-Paul. Les familles Hérodier produisent de la brique, des carreaux, de la poterie et sans doute de la tuile, dès 1869, à la briqueterie du Pavé-Saint-Paul, mais aussi à Andilly, à la Berchère.

Les frères Censier, de Domont, font également de la brique, ils vendent aussi de la meulière des Champeaux. L’instituteur, dans sa monographie de 1899, avance une production de 18 millions de briques par an, pour Montmorency. En 1909, les neuf fabriques produisent 17 millions de briques par an. Les Marchand, qui sont influents à Montmorency, ont une des plus importantes usines.

En 1920, Anhoury et C ie fabrique de la brique ordinaire et apparente. L’affaire sera reprise en 1923, par Bruno Matteo, puis revendue en 1932. Albert Alcide Désiré L’Heureux sollicite la permission d’installer un Decauville en mai 1925, désirant relier la briqueterie appartenant à M. Anhoury à ses carrières.

Maxime Lefebvre a cuit de la brique pleine à Montmorency jusqu’aux années 198026.


À Soisy-sous-Montmorency, le 21 août 1857, trois associés, Alexandre André Victor Prévost, briquetier, Hubert Cassière, épurateur de gaz, Michel Mairecolas, briquetier, sollicitent l’autorisation d’établir une briqueterie au lieu-dit les Aloyaux, sur un terrain, avec carrière, dont ils sont colocataires. Le 3 décembre 1857, cette demande est entérinée par le sous-préfet27.


À Saint-Prix, Napoléon Bousson, demeurant à Montlignon, sollicite l’autorisation d’établir un four volant, pour cuire de la brique, sur un terrain lui appartenant, au lieu-dit les Athènes, jouxtant le chemin de Montmorency à Chauvry et le chemin de la Croix-Jacques, le 28 janvier 1876. Après enquêtes sur les deux communes et oppositions d’un pépiniériste de Montlignon, et de deux propriétaires de Saint-Prix, à la Croix-Buttée, et à la Croix-Jacques, il finit par obtenir l’autorisation du sous-préfet, étant à distances règlementaires des dits plaignants, le 12 mai 1876. Un rapport du 9 juin 1882, constate la présence d’un four en cours de défournement, et qui est analogue aux autres28.


Sur Saint-Leu-la-Forêt, une tuilerie est attestée depuis 1362. Elle appartient aux cisterciens de l’abbaye Notre-Dame du Val. En réalité, cette tuilerie est implantée sur Taverny, au lieu-dit Montubois.


Sur Taverny, Louis Tellier, demeurant à Bethemont, demande l’autorisation d’établir une briqueterie à Montubois, en 1867, les plans indiquent un four carré de 4,50 m intérieurement et une halle à briques. Un an plus tard, Michel Mellin, informe le maire qu’il a loué la briqueterie Tellier et qu’il a l’intention de cuire de la brique, ce qui sera accepté par le sous-préfet29.

À Franconville-la-Garenne, en 1865, Pierre Lehéricy demande l’autorisation d’établir une briqueterie au lieu-dit la Voie-de-Fécamp, mais le sous-préfet questionne le maire au sujet de l’appartenance des bois, dans un rayon de 1000 m (200 parcelles concernées d’après le maire).

Le 5 avril 1904, Adrien Callet demande l’autorisation d’établir une briqueterie flamande avec fours en plein air, sur son terrain, au lieu-dit les Montfrais, près du chemin de l’Ermitage. Deux fours carrés de 10 m de côté et deux abris (séchoirs) de 30 m x 4 m et d’une hauteur de 3 m sont indiqués sur les plans ; le sous-préfet donne un avis favorable le 3 avril 1905, mais le préfet ne visera positivement le dossier que le 3 novembre 190530.

Alfred Censier s’associe à Albert Jacquin, pour fonder une briqueterie en 1913. La société sera dissoute en 1937. Elle sera reprise par la Société des briques, tuiles et céramiques de Franconville. En 1940, les ouvriers sont au nombre de 80, plus 10 rouleuses, femmes portant les briques sur des brouettes au séchoir. Sa cheminée, haute de 50 mètres, la plus haute de la région a été démolie. Les carrières d’où l’on extrayait l’argile et le sable, rue du Chemin Neuf, ont été remblayées. En 1954, cette industrie est totalement abandonnée31.


À Sannois, Louis Paulmier est tuilier en 1817. Sa veuve reprend la fabrique avec ses fils avant 1831. Ils n’apparaissent plus au recensement de 1836. En 1856, François Pierre est tuilier, son épouse est Rosalie Rigault. En 1861, treize ouvriers tuiliers travaillent chez lui et chez Louis Guillaume Touzelin. En 1876, Louis Napoléon Duval est qualifié fabricant de tuile. Dans le recensement de 1876, il est mentionné en tant qu’architecte de Mme Touzelin.

En 1841, Louis Guillaume Touzelin fait de la tuile. En 1845, l’exploitation d’une glaisière, au lieu-dit le Clos, lui est donnée. Mme veuve Touzelin possède une usine exploitée par [François] Lemaître. Cette tuilerie-briqueterie de la Maison Rouge existait déjà vers 1810. Elle se compose de deux fours, l’un très ancien et l’autre récemment construit. Ils contiennent chacun 80 000 carreaux et 3 000 briques. Après de nombreuses plaintes des riverains pour pollution, causée par la combustion de la houille (à l’origine le 1er four fonctionnait au bois), l’administration demande l’installation d’une cheminée. Elle ne sera installée qu’en 1875, mais elle ne donne pas entière satisfaction, d’où de nouvelles plaintes, l’autorisation du préfet est finalement retirée le 8 mai 1878.

La dame A. Berton demande l’autorisation d’établir une briqueterie au lieu-dit le Mont-Trouillet, le 12 avril 1883, mais l’autorisation ne sera pas accordée, trois ans plus tard, suite à des plaintes de différents cultivateurs de Sannois.

Le 24 août 1868, Nicolas Ernest Parmentier demande l’autorisation d’établir une fabrique de brique, tuile et carreau au lieu-dit le Jardin Renard, sur la route impériale annexe n° 14, de Sannois à Argenteuil. L’autorisation est accordée par le préfet le 23 septembre 1868. Son activité continue jusqu’en 1896, où il figure comme fabricant de brique.

La fabrique Rougeault, dirigée par François Pierre Adrien Rougeault, a pris la suite des établissements Nicolas Ernest Parmentier, postérieurement à 1878. L’instituteur note, dans sa monographie de 1899 : « on fabrique des tuyaux, briques et autres produits céramiques. Elle occupe cent ouvriers bien que tout se fasse mécaniquement. Sa production est considérable. Le four à cuire l’argile est circulaire et à feu continu ».

L’entreprise est dirigée par Arthur Rougeault, son frère, en 1906  et par sa veuve Victorine Rougeault, en 1911. En 1926, Marcel Rougeault, fils de François, est à la tête de l’usine. Son activité cessera après la dernière guerre mondiale32.


Nous avons parcouru les lieux anciens, fort nombreux, les anciennes fabriques où la brique à été produite durant environ 150 ans, par des entreprises familiales qui participaient à la vie économique de notre région, en embauchant des ouvriers, dont le plus grand nombre était regroupé à Andilly, Montlignon, Montmorency et Sannois, pour ne citer que les lieux les plus importants. Cette industrie a maintenant complètement disparu de la Vallée, sans doute par manque d’adaptation au marché, ces fabriques étant trop nombreuses et n’ayant pas su évoluer, en particulier dans leurs investissements des outils de production.

Il n’en est pas de même pour l’industrie du plâtre, qui a su perdurer dans notre région. Certes, le matériau de base est de grande qualité, mais les industriels qui ont créé et développé cette industrie ont su, dès le départ, au début du XIXe siècle, prendre le chemin de la qualité ainsi que celui de la spécificité des produits finis qui, en outre, concernent l’habitat sans cesse en évolution33.

Les carrières actuellement en exploitation, dans notre région, produisent environ un million de tonnes par an de plâtre. Elles sont localisées à Cormeilles-en-Parisis (depuis 1820) et à Montmorency/Taverny, carrières et usine PlacoPlâtre et usine Lafarge à Mériel. La carrière de Cormeilles-en-Parisis devrait fonctionner jusqu’en 2015-2020. Le site est remblayé et revégétalisé au fur et à mesure et formera, plus tard, un espace vert de 130 ha pour une seconde vie.



Gérard Ducoeur,

mai 2009.



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Publié sur le site de Valmorency (Association pour la promotion de l’histoire et du patrimoine de la Vallée de Montmorency) : www.valmorency.fr

Tous droits d’auteur réservés. Reproduction soumise à autorisation avec citation de la source (contact : collet.hym@wanadoo.fr)


1 Cf.: « Présentation de la vallée de Montmorency, géologie, géomorphologie, utilisation des roches et des ressources naturelles par l’homme »

Ducoeur (D. et G.), et al. Histoire géologique du Parisis, in Ermont au fil du temps, Valhermeil, 1994, p. 9-14.

Ducoeur (G.) et al, Histoire de Cormeilles-en-Parisis, AREM, 1982, p. 9-28.

2 Enquêtes et visites de carrières. ADVO, série S -1820-1850.

3 Canet (M.-M.), Quatre générations de plâtriers dans le N.O. parisien. Ruptures et continuités à la plâtrière Vieujot, in Barthe (G.) et GRPA, Le plâtre, l’art et la matière, Paris, CREAPHIS, p. 47-57.

4 Arch. nat., S 4193, n° 46., cité par Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980.

5 Delaplace (J.), La Route du plâtre de Sannois à Argenteuil, in Bull. SHAAP, Vieil Argenteuil n° 34, années1996-1997, (1997), p. 31-46.

6 Janrot (L.), Liberté du commerce au XVIIIe siècle autour de Paris. Étude manuscrite. ADVO cote 3J27.

7 Hartmann (E.), Argenteuil au XVe siècle, 3e partie : le terroir, in Mémoires SHAPVOV, t. 81, 1998, p. 100-130.

8 Delaplace (J.), op. cit. , p. 31-36.

9 Delaplace (J.), op. cit., p. 36-42.

10 Canet (M.-M.), op. cit. , p. 53-54.

11 Pour la vallée de Montmorency, Cf. Carte géologique détaillée de la France. L’Isle-Adam, feuille XXIII -13, BRGM, 2e éd., 1967.

12 Renaux (D.) et al, Le plâtre et la vigne, in Histoire de Cormeilles-en-Parisis, AREM, 1982, p. 29-99.

13 Bastard (J.), Delaplace (J.), Montlignon d’hier et d’aujourd’hui, Valhermeil, 2009, p. 86-87.

14 Arch. Musée Condé Chantilly, BA 45 cité par Jablonski (C.), Taverny. Histoire d’un terroir, Ville de Taverny, 1991, p. 84.

15 Cancelier (A.), Paulard (D.), Sannois hier et aujourd’hui, Valhermeil, 1993, 184 p., p. 22-24.

16 Monneau (A.), Briqueteries et tuileries en vallée de Montmorency, in Stemma, t. 23, fasc. 4, cahier n° 92, 4e trim. 2001, p. 2087-2089

17 Lecuir (M.-F.), Domont les briques. Les origines (1860-1900), Connaître Domont, 2001, p. 40-47.

18. Monneau (A.), op. cit. , p. 2088.

19 Baduel (D.), Briqueteries et tuileries disparues du Val d’Oise, St-Martin-du-Tertre, S.I., 2002, p. 39-40.

20 Baduel (D.), op. cit. , p. 98-102.

21 Monneau (A.), op. cit. , p. 2089.

22 Nicolon (A.), Histoire de Margency, 650 ans d’histoire locale, 200 ans d’histoire communale, Valhermeil, 2003, p. 34.

23 Monneau (A.), op. cit. , p. 2089.

24 Monneau (A.), op. cit. , p. 2089.

Delbée (Mme J.), Histoire de Montlignon, 1914, Le livre d’histoire, ré-éd. 2004, p. 126-127.

25 Bastard (J.), Delaplace (J.), op.cit., p. 84-86.

26 Baduel (D.), op. cit. , p. 140-182.

27 Baduel (D.), op. cit. , p. 251.

28 Baduel (D.), op. cit. , p. 219-221.

29 Baduel (D.), op. cit. , p. 253.

30 Baduel (D.), op. cit. , p. 118-119.

31 Baduel (D.), op. cit. , p. 266.

Collectif, Franconville-la-Garenne, Maury, Assoc. En passant par Franconville, p. 214.

32 Baduel (D.), op. cit. , p. 229-240.

33 À voir : le Musée du plâtre à Cormeilles-en-Parisis, géré par une association fondée en 1982. Il s’articule autour de trois grands thèmes : historique, artistique et scientifique.